[PC #10] Pour un autre concert…

Ne faisons pas dans la finesse, et pour une fois allons droit au but. Puisqu’il y a des gens qui décident d’attaquer des salles de spectacle et des lieux de loisir au motif que c’est contre la religion de les fréquenter, autant leur répondre en chanson. Je crois que c’est ce qu’on appelle l’esprit de contradiction. Des fois, ça sert à exprimer son dégoût. Des fois, juste à faire chier le monde. Des fois, un peu des deux.

Et puis, je suis un anonyme sur internet. Je peux poster les liens de toutes les chansons que je veux, personne ne saura où tirer pour arrêter ça.  Non, arrêtez d’essayer, monsieur. Là, vous êtes en train de tirer dans un arbre innocent. Je ne suis pas un arbre, monsieur. Les arbres ne tiennent pas de blogs. Vous allez mettre Eva Joly en colère, c’est tout ce que vous allez faire, et même vous ne voulez pas voir Eva Joly en colère.

Bref, qu’est ce que je disais ?

Imaginons donc que j’organise un concert virtuel, et un peu fantasmé, dans la mesure où il est peu probable que tous les artistes que j’évoque ci dessous se réunissent un jour en un même lieu (Ferré et Brassens ont un mot d’excuse).

J’admets parfaitement, d’ailleurs, que ça m’ennuierait un peu que, sur nos 25 lecteurs une partie soit constituée d’adeptes de la Sainte Grenade1, mais je me dis tout de même que ça ne leur aurait pas fait de mal de plus écouter ces chansons, parfois.

Pour nos autres lecteurs, j’imagine qu’il n’y aura pas grand chose de nouveau à apprendre pour vous ici, mais ça fait toujours plaisir de réentendre quelques beaux morceaux. Et c’est une manière de dire que les chanteurs ne se tairont pas, et qu’ils iront jouer dans d’autres salles. Et si vraiment vraiment vous n’aimez pas ce qu’ils font, écrivez aux Inrocks. Même ça, c’est plus civilisé que ce qui s’est passé hier.

Comprenez moi bien, ce n’est pas contre la religion en général que je veux lutter, au fond, chacun fait ce qu’il veut, j’ai mon propre avis sur la question et j’ai déjà bien assez de mal à le comprendre pour ne pas en plus essayer de vous l’imposer (ce qu’on m’a pourtant appris à faire au cours de mes études). Non, ce qui m’ennuie, c’est justement que d’autres, parce qu’ils sont persuadés de l’existence d’un dieu, veuillent à tout prix l’imposer à tous ceux qui sont autour d’eux. Surtout que je ne vois pas bien en quoi tuer des gens va les convaincre qu’ils devraient croire. Messieurs les terroristes, retenez ça : c’est très compliqué de convertir un mort. Ou alors c’est juste pour punir, mais quand bien même un dieu existerait vraiment, je n’arrive pas à comprendre comment il pourrait en vouloir à ce point à ceux qui, sans croire en lui, ne sont pas forcément des salauds finis. Ca relèverait du problème d’égo tellement énorme que même Freud, il n’y pourrait plus rien.

Donc bon, playlist. Playlist d’artistes que j’admire, en général, pas seulement pour les chansons que je poste là. Elles ont été choisies parce qu’elles sont thématiques, mais je vous encourage à écouter ce qu’ils ont fait de manière générale.

Et si par hasard un Dieu tombe la dessus, j’ose espérer ne pas l’avoir offensé. Les souffrances éternelles, ça ne me tente pas plus que ça, et je penses faire bien moins de mal avec une chanson qu’avec une grenade.

C’est parti. Je n’ai plus grand chose à dire, les mots des artistes bien plus talentueux que moi qui suivent seront amplement suffisants.

RENAUD – La ballade Nord-irlandaise (1991)

 

LEO FERRE, Thank you Satan (1984 pour cette version)

 

THE ROLLING STONES – Sympathy for the Devil (1968)

 

ALAIN SOUCHON – Et si en plus y’a personne (2005)

 

PETER HAMMILL – The Lie (Bernini’s St Theresa) (1974)

 

GEORGES BRASSENS – Mourir pour des idées (1972)

 

OINGO BOINGO – Insanity (1994)

 

 

Et pour finir, The Eagles of Death Metal le groupe qui jouait au Bataclan le soir du 13 Novembre était en train d’interpréter une chanson intitulée Kiss the Devil. C’est pas fin, mais il faut bien finir quelque part. Et puis au moins, ici, vous êtes sûr de pouvoir l’entendre jusqu’au bout sans être interrompu. A moins que votre connexion internet ne plante, mais alors là, on ne peut plus lutter…

  1. s’il y en a parmi vous qui ont plutôt pensé à ceci en entendant parler de cette arme originale, c’est une très bonne référence aussi. Et de toutes façons, c’est une référence aux Monty Python de base. Donc tout va bien. Enfin non, mais un peu, c’est comme si. Oh et puis merde, de toutes façons personne ne lit toutes ces notes en bas de page.

La Vérité

Aujourd’hui, je veux vous révéler la vérité.

On les prend pour de simples réseaux sociaux, des innovations technologiques, rien de bien dangereux. Oh, il y en a bien pour dire que ces sites nous surveillent, mais c’est bien là l’intelligence de leurs créateurs : dévoiler une source d’inquiétude fabriquée de toutes pièces pour ne pas qu’on s’intéresse à la Vérité.

Et pourtant…Elle est là, sous nos yeux ! Regardez le symbole de Facebook :

Facebook

Et celui de Twitter ;

twitter

Vous voyez un F et un T, n’est ce pas ? C’est aussi ce que j’ai vu pendant des années, et c’est ce que les Grands de ce monde veulent que l’on voit. Mais la Vérité, c’est qu’il s’agit de CROIX TORDUES.

Oui, mesdames et messieurs, nous sommes bien face à des symboles de BLASPHEME de la FOI CHRETIENNE !

Piers Compton, dans son livre « The Broken Cross: Hidden Hand dans la Cité du Vatican », décrit ainsi la croix tordue :

.. un sinistre symbole, utilisé par les Satanique dans le sixième siècle, qui a été relancé par le temps du Concile Vatican II. Il s’agit d’une croix tordu ou une croix cassé, qui a montré un image répulsif et une distorsion de la figure de Christ, que les praticiens de la magie noire et sorcières du Moyen Âge ont utilisé.

Il dit cela a propos de Jean Paul II, qu’il suspectait déjà d’être un païen déguisé en chrétien. Théorie VALIDEE aujourd’hui car le pape UTILISE LES RESEAUX SOCIAUX et fait du ROCK, la musique du DIABLE ! Pourquoi ne pas l’avoir écouté à l’époque ? Que faisaient nos grandes instances de pouvoir ? J’ai essayé de poser la question en envoyant un mail à François Mitterand, qui venait d’être élu président à la sortie du livre, mais il a refusé de me répondre. QUEL HASARD !!!

HASARD aussi, bien entendu, que l’inventeur de Facebook ait un nom à consonance sioniste ! Aucun lien avec l’invasion du Vatican par les illuminatis, bien entendu.

HASARD encore que Twitter soit symbolisé également par un oiseau :

twitter 2

Alors même que l’Israël a choisi un oiseau national, la huppe fasciée (je n’insisterai pas sur l’évidente racine commune entre fasciée et fascisme, encore un aveu à peine dissimulé de la complicité entre Israël et Hitler !!!)

Huppe

Un peu de chiffres, maintenant :

FACEBOOK : 8 lettres

Place des lettres dans l’alphabet : 6 1 3 5 2 15 15 11

Or :  Un six !

Puis : 1 + 5 = 6

Et 15 = 1+5 = 6, deux fois !

Et 11 – 2 – 3 = 6 !!!

Facebook peut donc être…Un 66666 !

TWITTER : 7 lettres

Place des lettres dans l’alphabet : 20 23 8 20 20 5 18

2 + 2 + 3 +8 +2 + 2 + 5 + 1 + 8 = 33, soit la moitié de 66

Et l’addition du nombre de lettres de facebook et twitter donne 15, dont j’ai déjà expliqué la symbolique.

C’est pourquoi je vous demande, mesdames et messieurs, au nom de la route Juste à suivre et au nom du bien commun, d’abandonner tout de suite ces deux réseaux sociaux qui ne sont que les vecteurs du complot judéo-siono-maçonico-nazi pour installer un nouvel ordre mondial qui règne sur nos âmes, en les condamnant à la damnation éternelle par l’utilisation d’un outil foncièrement opposé à notre Sauveur.

L’avenir du monde est dans nos mains, camarades, vivons libres…

Diable

L’obs irrationnel

Ici Lambegue, voici un petit article sans lien réel avec les sujets habituels du blog (et encore moins mes propres rubriques), pour exprimer ma consternation face à la critique de L’homme  irrationnel de Woody Allen, écrite par François Jost et publiée dans l’Obs.

Avant d’aller plus loin, je signale que la critique de Jost comme mon article contiennent des spoilers (dans mon cas, sur l’homme Irrationnel mais aussi des mineurs sur quelques autres films d’Allen), arrêtez vous donc si vous n’avez pas vu le film et voulez garder la surprise. Pour les autres, c’est par ici pour lire l’article de Jost.

D’ailleurs, commençons par là : c’est tout bête, mais quand on spoile la quasi intégralité d’un film dans ce qu’on écrit, on le signale avant. Je trouve que c’est une marque de respect élémentaire envers le lecteur qui voudrait avoir le plaisir de découvrir les rebondissements de l’oeuvre critiquée par lui même. Ca ne coûte rien, juste une phrase d’avertissement, voire même seulement des balises de spoil, et à peu près n’importe quel critique actuel a le réflexe de le faire. Même les critiques amateurs sur le web le font. C’est donc inexcusable venant d’un professionnel, qui en plus parle d’un film qui vient de sortir, et qui n’aura donc probablement pas été vu par une grosse majorité de ses lecteur.

Ça ne vous rappelle rien ? Cet homme pour qui tout bascule d’un coup et qui est aussi professeur, même si ce n’est pas dans une université, mais dans le secondaire ? Bien sûr, les fans de « Breaking Bad » ont reconnu le lien de parenté : Abe, le prof de fac revenu de tout, ressemble à s’y méprendre à Walter White. Bien sûr, il n’est pas atteint du cancer comme le héros de Vince Gilligan, mais il accomplit un trajet similaire.

Dans les deux cas, un événement externe (la maladie, une bribe de conversation saisie par hasard) entraîne un véritable changement de caractère. De même que White devient méchant dès l’annonce de son cancer, et clame fièrement qu’il s’est « réveillé », qu’il est « vivant », l’attitude d’Abe face à la vie se métamorphose quand il entend une conversation : Abe is « Breaking Bad ».

On ne peut pas nier tout à fait ça, les postulats de base se ressemblent. Dommage que Jost oublie de signaler qu’Allen avait déjà employé cette idée dans La vie et tout le reste, qui date d’avant Breaking Bad.

De plus, la comparaison entre le cancer de White et la conversation entendue par Abe ne tient pas : ce n’est pas la même chose, et les deux personnages n’agissent pas du tout pour les mêmes raisons. On peut difficilement parler de considérations morales dans le choix de White : il agit parce qu’il se sait perdu, et parce qu’il veut garantir une certaine sécurité à sa famille (du moins dans un premier temps). Abe, lui, a tout le temps qu’il veut. Et s’il agit, c’est parce qu’il croit réellement que son acte fait sens, qu’il est moral. La personne qu’il élimine n’est pas choisie au hasard, c’est un juge visiblement corrompu, et en le tuant Abe est persuadé d’agir comme une sorte de justicier. Son acte, qui semble immoral à première vue, devient moral à ses yeux par le fait même qu’il est commis sur quelqu’un de nuisible. Abe remet réellement en considération les notions de bien et de mal, c’est en cela qu’il devient un homme irrationnel.  Et encore une fois, nous retombons dans des thèmes familiers du cinéma de Woody Allen : Crimes et délits, Match Point ou encore Le rêve de Cassandre exploraient déjà la problématique du meurtre, et la morale prise au sens large est très souvent questionnée par le réalisateur.

Le parallèle va plus loin : il vole dans son université les produits chimiques qui vont lui permettre de confectionner le poison, comme Walt vole dans son collège les outils qui vont lui permettre de fabriquer de la méthamphétamine. Et il ira jusqu’à tuer sa petite amie quand il s’apercevra qu’elle a compris qu’il a tué.

Un prof de chimie passablement méchant et inquiétant, qui a sévèrement pété un cable et qui se sert de son équipement pour faire des expériences dangereuses….Bon sang, Breaking Bad se serait-il inspiré de la bd Les profs ?

C’est bien l’histoire d’un changement : celui d’un homme qui dort, pour parodier Perec, et qui se réveille à la faveur d’un événement arbitraire. Et dont le réveil se fait dans et par la méchanceté. Difficile d’imaginer que Woody Allen n’ait pas eu « Breaking Bad » en tête en écrivant ce scénario.

Mais…Mais…Oh mon dieu ! Star Trek : the Wrath of Khan a aussi servi de source d’inspiration ???

Ou alors, j’évoque ça comme ça, Woody Allen a été inspiré par Dostoïevski, comme le film le dit plusieurs fois. Dostoïevski et bien d’autres philosophes et auteurs, qui marquent la filmographie d’Allen depuis ses débuts.

Et par contre, aucune évocation des différences entre les deux oeuvres. Par exemple,  Jost aurait pu prendre la peine de signaler que le milieu de la pègre n’apparaît à aucun moment du film de Woody Allen, et que les fins sont très différentes, le film se terminant sur une ironie mordante, qui établit encore une fois que la morale comme la volonté humaine sont au final dominées par des hasards absurdes. Encore une fois, on pense à Match Point

Je veux bien, encore une fois, que les postulats de base se ressemblent : mais dresser ce parallèle en ignorant toute la filmographie passée d’Allen, c’est de la malhonnêteté. Parce que ça semble dire que ce film est une exception dans l’oeuvre du réalisateur, et donc que le lien avec Breaking Bad ne peut pas être dû au hasard. Et quand bien même il y aurait eu inspiration (et vu le nombre de fois ou Allen a dit ne pas regarder de séries télé, j’en doute quand même un peu), garder sous silence toute la réflexion philosophique de L’homme Irrationnel revient à nier ce qui constitue pourtant une des différences essentielles d’avec Breaking Bad. Même dans un film clamant l’irrationalité, les questionnements existentiels sont présents à chaque instant chez Allen. Des bases similaires qui donnent lieu à des œuvres extrêmement différentes, ça arrive très souvent. On peut par exemple prendre l’exemple de La peste de Camus face au Hussard sur le toit  de Giono ; ou encore Les justes du même Camus face aux Mains sales de Sartre…

On ne lui reprochera pas d’avoir copié : comme on sait, les idées ne se déposent pas, seules les réalisations concrètes sont protégées.

Je suis peut-être parano, mais ce que je comprend ici pourrait se reformuler ainsi : « On ne lui reprochera pas d’avoir copié, parce que les idées ne se déposent pas, mais si on avait pu lui faire un procès on ne s’en serait pas privés ».

Mais la conclusion que j’en tire concerne plutôt les mérites comparés des séries et des films, dont je suis parti. Certes, ce n’est pas un grand Woody Allen. Personnellement, je ne suis guère convaincu par ses essais de fabriquer des scénarios hitchcockiens.

Bon déjà : qu’est ce qui fait dire à notre critique que ce n’est pas un grand Woody Allen ? Non parce que là sorti de la comparaison avec Breaking Bad, il n’a à peu près rien dit du film, donc on aimerait bien des arguments. Je me trompe peut-être, mais je crois que c’est un peu son métier quand même.

Et aussi…Scénario hitchcockien ? Vraiment ? Donc en gros quand on fait un film relevant un peu du thriller au cinéma, c’est un scénario hitchcockien ? Eh ben, on en apprend tous les jours. Je veux bien qu’il ait marqué le genre, mais à ce compte là, dès qu’on met une scène de cul dans un film, on devrait dire qu’on fait un film Dorselien…A la limite, on peut le comparer à La Corde, d’Hitchcock, qui soulevait des questionnements similaires, et encore les conclusions diffèrent assez radicalement…

On peut se demander si, en l’occurrence, l’auteur comme figure tutélaire qui maîtrise l’ensemble d’une œuvre cinématographique n’est pas en train de battre de l’aile devant le travail et l’inventivité d’une writer’s room élaborant pour une série l’équivalent de huit longs-métrages par an.

Effectivement, un auteur seul est moins productif que tout un groupe d’une dizaine de personnes, ça paraît relativement logique. Mais est-ce un problème pour autant ? Est ce qu’on est obligés d’industrialiser le cinéma, sous prétexte que ça permet de produire plus ? Non parce que là, c’est bien de productivité que nous parle Jost, pas de qualité. Il ne dit pas qu’un writer’s room écrit mieux, il dit qu’elle a plus d’idées et donc écrit plus.

Doit-on en déduire que la série Hôpital Central est supérieure à Breaking Bad, parce qu’elle produit en moyenne 255 épisodes par an depuis 52 ans ? Et, qu’à l’inverse, Kubrick est à peine digne de nettoyer des chiottes à Hollywood ?

On peut se demander aussi si pour montrer une telle métamorphose d’un personnage, la transformation de sa vision du monde et son glissement moral, 90 minutes sont suffisantes.

On dit parfois que les séries sont l’avenir du cinéma. Il me semble qu’elles n’ont rien à voir avec les films car leurs temporalités ne sont pas comparables. Pour nous installer dans la tête d’un héros et comprendre ses évolutions, rien de tel qu’un temps qui mime le temps dans lequel nous baignons, distillant de semaine en semaine des transformations au même rythme que les nôtres.

Malgré ce qu’il dit, comme quoi les séries n’ont rien à voir avec les films de par les questions de temporalité, on notera que Jost ne se gène pas pour effectivement faire des comparatifs, que ce soit dans cet article ou dans l’autre dont il nous propose aimablement le lien, et qui est tout aussi brillant d’analyse en profondeur.

Mais donc, que veut-il dire par là ? Que le cinéma devrait s’interdire de faire évoluer psychologiquement ses personnages, parce qu’il n’a pas le temps de le faire ? Qu’il devrait se contenter de nous servir des transformers ou des Bienvenue chez les Ch’tis, par ce que boaf, la profondeur émotionnel, en une heure et demi, soyons sérieux, oh la la, laissez ça à ceux qui ont le temps ? Je ne prendrai même pas la peine de faire une liste de tous les contre exemples qui me viennent en tête, tellement ils sont nombreux. Je ne comprends pas ce besoin qu’ont les gens de comparer séries télé et cinéma sur le mérite comparé de chaque média : ça mène nécessairement à faire des grossissements assez malvenus, au fond il y a du très bon et du très mauvais, tant au cinéma qu’en série. Le médium en lui même n’est en rien déterminant sur la qualité du produit, ni sur les thèmes qu’il peut ou ne peut pas aborder. C’est effectivement idiot de chercher à comparer une histoire qui se développe sur 13 épisodes d’une heure1 , à une qui tient en 90 minutes, parce que ça change énormément de choses, dans la manière d’écrire et de filmer. C’est comme si je cherchais à comparer une bd comme Persépolis avec One piece, en voulant déterminer qui a raison, entre celle qui tient en 400 pages et celle qui s’étend sur plus de 80 tomes, encore en cours.

Pour faire une métapjhore encore plus parlante, l’argument de Jost appliqué à la critique culinaire ressemblerait à ça : « Cette tarte aux pommes n’est pas bonne, parce que ce n’est pas un clafouti à la cerise ».

Et cet article vient, je le répète, d’un critique légitimé par un journal officiel. D’un critique « pro », donc.

Aujourd’hui, sur internet, il y a des dizaines d’individus que l’on qualifie d’amateurs et qui font pourtant infiniment mieux.  Et, vu la qualité de ce qu’écrit Jost, ce n’est même pas un compliment.

Et, comme je n ai pas pu vraiment en parler dans l article, je le dis ici sans justifier : c est un très bon Woody Allen.

J’imagine que vous l’aurez compris à la lecture de l’article, même si je n’ai pas pris le temps de m’attarder sur le fait que les acteurs sont très bons et le tout aussi bien écrit que filmé : c est un très bon Woody Allen. Dommage que le but de cet article n’ait pas été de faire la critique du film lui-même, ça m’aurait probablement plus détendu.

  1. On passera d’ailleurs sur l’argument selon lequel les transformations se font dans une série au même rythme que les nôtres. Donc, une bonne série devrait se dérouler selon son rythme de diffusion, chaque épisode correspondant à une semaine de la vie des personnages, puis une ellipse de six mois en attendant la prochaine saison ? Et du coup, que penser de ceux qui regardent les séries d’une traite en dvd, et n’évoluent donc pas au même rythme que les personnages…?

[PC #9] Eh, dit, Mitchell…

ORCHIS : Partisan, partisan !

LE PARTISAN ; Oui, qu’y a-t-il, mon bon Orchis ?

ORCHIS : J’ai trouvé la chanson pour cette semaine !

LE PARTISAN : Tu m’en diras tant.

ORCHIS : Non mais écoute !

https://soundcloud.com/believedigitalitaly/wake-up-go-go-forward

LE PARTISAN : Bon, j’ai écouté ton truc, c’est bon, on peut passer à autre chose ?

ORCHIS : Quoi, me dit pas que tu n’as pas envie d’en parler…

LE PARTISAN : Non, c’est mal de se moquer des handicapés.

ORCHIS : Bon, alors on fait quoi puisque tu es si malin ?

LE PARTISAN : On fait ça.

ORCHIS : Tu sais, entre le film de la semaine dernière et cette chanson, les gens vont finir par croire que tu aimes beaucoup de choses. Méfie toi.

LE PARTISAN : C’est vrai qu’il faudra que j’entretienne ma réputation de connard râleur. Fais moi penser à regarder si Sardou n’a pas sorti un nouvel album dernièrement.

ORCHIS : Et donc, pour Pas de Boogie Woogie ?

LE PARTISAN : C’est parti !

Le pape a dit que l’acte d’amour
Sans être marié est un péché

ORCHIS : J’aime bien le coté Gospel blues…ça donne un coté parodique a toute la chanson, c’est très classe. Et puis musicalement, c’est un genre qui a donné plein de bons trucs, on peut pas retirer ça à la religion.

LE PARTISAN : Ni aux noirs.

ORCHIS : Je m’y attendais, à celle là. Tu ne peux vraiment pas t’en empêcher.

LE PARTISAN : Bah, on s’en fiche, ils savent pas lire.

ORCHIS : Et en plus tu les enchaînes…

LE PARTISAN : Comme au bon vieux temps de l’esclavage. COMBOOOOOOO !

ORCHIS : Mon dieu.

LE PARTISAN : Reprenons notre analyse.

ORCHIS : Ça vaudra mieux, oui.

LE PARTISAN : Ce n’est que le début, mais c’est déjà intéressant de constater que le premier vers dit : le pape a dit, et pas la Bible a dit ou quelque chose d’équivalent. Déjà là, il y a une remarque sur le fait que ce ne sont pas les textes sacrés qui décident de ce qu’est la pratique religieuse, mais bien les religieux eux même.

ORCHIS : Même si, dans ce domaine précis, je pense que la Bible dit effectivement quelque chose.

LE PARTISAN : Probablement. Tiens, j’ai une idée, va lire la Bible, ça me fera un petit temps de tranquillité.

Alors ça, c’est du Curé Nantais, un fromage dont je ne connaissais pas l’existence avant de chercher « curé » dans google image, et qui ressemble quand même un peu, vu de loin, à un savon bas de gamme.

Cette nouvelle il me faut l’annoncer
A ma paroisse, je suis curé.

LE PARTISAN : Je trouve ce passage très drôle, on sent déjà à quel point il angoisse à l’idée de devoir apprendre ça à ses fidèles.

ORCHIS : En parlant d’angoisse, je commence à me demander si c’était une bonne idée ce thème. On risque de tellement blasphémer qu’à côté de nous le premier quart d’heure de La Montagne Sacrée aura l’air d’un évangile.

J’ai pris une dose de whisky
Afin de préparer mon sermon
Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit
Je me posais bien trop de questions

LE PARTISAN : Orchis, donne moi ton avis : penses-tu que le whisky est divin ?

ORCHIS : C’est quoi, ça ? Tu fais une pub ?

LE PARTISAN : Non. Mais dans la mesure où le vin est le sang du Christ, peut-on dire que le whisky, dont le degré d’alcool est bien plus élevé, est une sorte de concentré de sang du Christ ? Un peu comme le concentré de tomate, mais en plus catholique ?

ORCHIS : Je n’en sais rien, il faudra poser la question au Synode. En attendant, je ne regarderai plus jamais mon Jack Daniels de la même manière

LE PARTISAN : Tu parlais de blasphème tout à l’heure ? Eh bien, c’en est un que de boire ce machin. Reprenons. Mitchell raille le questionnement religieux en le détournant : notre curé ne se questionne pas sur le sens de ce qu’il doit dire, mais sur la manière dont il va faire passer le message, puisque dire « Bon, les gars, maintenant les femmes c’est comme un tonneau de bière, il vous faudra un sceau d’autorisation avant de pouvoir mettre en perce », ça fait pas terrible au milieu de l’église.

ORCHIS : Oooooh putain…

LE PARTISAN : Donc, notre curé se pose des questions. La suite !

Je ne sais pas le pourquoi du comment, je ne veux pas savoir le pourquoi du comment, je ne sais même pas pourquoi je mets cette image ici.

Au petit matin Dieu m’est apparu
Et il m’a donné la solution
Aussitôt, vers l’église j’ai couru
Parler à mes fidèles sur ce ton

ORCHIS : Donc Dieu apparaît, pouf, comme ça ? C’est étrange, je croyais que d’habitude il envoyait plutôt un messager. Ça lui évite de se déplacer, traverser le ciel juste pour causer à un cureton de campagne je comprend que ça le fasse chier.

LE PARTISAN : Pas si étrange que ça, hein. Si notre curé a passé la nuit à prendre des doses de whisky, je veux bien admettre que ça finisse par faire apparaître Dieu. Mais ça ne change rien au fait que, pris au premier degrés, on est quand même en train de nous dire que ce qui suit est la parole de Dieu lui même. Cette chanson a déjà atteint un joli niveau d’absurdité.

Mes bien chers frères
Mes bien chères sœurs
Reprenez avec moi tous en choeur !

Pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir
Ne faîtes pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir
Maintenant l’amour est devenu péché mortel
Ne provoques pas votre Père Eternel
Pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir

ORCHIS : Eh ben… Il a sacrément relâché son langage, Dieu, depuis la Bible.

LE PARTISAN : Que veux-tu, il faut bien se faire au monde contemporain.

ORCHIS : C’est quoi exactement, un boogie woogie ?

LE PARTISAN : La définition wikipédia étant un peu obscure, voici plutôt une vidéo.

ORCHIS : Ouais. Je sais pas trop quoi dire. En même temps, j’aime pas la danse.

LE PARTISAN : Moi non plus, mais la métaphore devient tout de suite plus claire. le boogie Woogie a tout un côté charnel en tant que danse, en tous cas pour son époque. D’où le fait qu’il soit une bonne métaphore pour l’amour.

ORCHIS : Ou l’épilepsie.

LE PARTISAN : La grande question restant de savoir si, après la prière, on peut booguer-wooguer comme on veut.

ORCHIS : booguer-wooguer ?

LE PARTISAN : Et surtout, en quoi le fait de ne pas être marié empêche de booguer-wooguer…

ORCHIS : Je ne suis pas certain que ce néologisme passe dans le langage quotidien..

LE PARTISAN : A moins que la prière ne permette de légitimer le péché à venir, un peu comme une autorisation spéciale ? Un permis de booguage-wooguage ?

ORCHIS : Euh…

LE PARTISAN : Ou encore, la prière du soir est elle même une métaphore de l’acte sexuel, auquel cas le refrain veut plus ou moins dire : « un p’tit coup pour Dieu, puis un p’tit coup pour se détendre », auquel cas effectivement le mariage est nécessaire pour réaliser la première étape ?

ORCHIS : « Un p’tit coup pour Dieu, un p’tit coup pour se détendre », on croirait presque un titre de chanson de Patrick Sébastien. Qui est bizarrement sans doute le type qu’on a le plus évoqué dans ces chroniques.

LE PARTISAN : Mais dans cette dernière optique, que doit-on comprendre quand on dit que les enfants doivent faire leur prière du soir ?

ORCHIS : On s’engage sur un terrain glissant.

LE PARTISAN : Tellement de questions, si peu de réponses. Soudain, je comprend pourquoi certaines personnes veulent étudier la théologie.

ORCHIS : Faudra écrire une thèse.

LE PARTISAN : Continuons.

Puis j’ai réclamé le silence
Afin d’observer les réactions
Sur certains visages de l’assistance
Se reflétait surtout l’indignation

Quant aux autres, visiblement obtus,
Sachant qu’ils n’avaient rien compris
Ils me demandèrent de faire à nouveau
Le sermon du Boogie Woogie

ORCHIS : En gros, il y a ceux qui comprennent et s’en indignent, et ceux qui pigent rien.

LE PARTISAN : Ouais. Comme dans une vraie église.

ORCHIS : Ça me va.

LE PARTISAN : On peut aussi envisager que ce qui scandalise les gens, c’est le fait qu’on leur interdise de tringler comme ils veulent. La suite de la chanson continuera d’ailleurs à entretenir cette ambigüité. Et c’est vrai, à quoi sert à l’homme d’être supérieur à la pieuvre s’il ne peut pas, comme elle, passer sa journée à tirer tout ce qui bouge ?

ORCHIS : Je crois qu’il y a des espèces de pieuvre ou le mâle perce la femelle avec son pénis, un peu n’importe ou, pour la féconder. J’admets que ce serait marrant de voir ça à échelle humaine.

LE PARTISAN : Et c’est moi qui suis vulgaire, hein ?

ORCHIS : C’est juste de la curiosité biologique !

Jeu : où est la tête sur cette saloperie ?

LE PARTISAN : Mouais. Bon, du coup re-refrain. Puis instrumental.

ORCHIS : Un instrumental sur lequel on pourrait faire un boogie woogie, d’ailleurs.

LE PARTISAN : Ouais, sauf que nous on est tout seul et que du coup on aurait l’air con.

Maintenant tout est fait tout est dit
Mais mes fidèles sont partis
Dieu, je reste seul dans ta maison
J’en ai l’air, mais le dire, à quoi bon ?

Si ton pape m’a fait perdre l’affaire
j’irai tout droit, tout droit en enfer
Mais j’essaierai encore à la messe de midi
Le sermon du boogie woogie

LE PARTISAN : Ici, on peut se demander si les fidèles sont partis parce qu’ils se sentaient offusqués du thème du sermon, ou parce qu’ils voulaient continuer à booguer wooguer comme ils le voulaient, non mais. Et dans les deux cas c’est très drôle.

ORCHIS : J’aime bien aussi le curé qui accuse le pape de l’avoir peut-être envoyé en enfer.

LE PARTISAN : Oui, et qui dit d’ailleurs « ton » pape, comme s’il se discréditait de tout ça. Un peu comme si même lui se rendait compte de l’absurdité de tout ça, mais sans avoir le choix de continuer à faire son sermon. Je peux me tromper, mais j’ai le sentiment que le message de cette chanson c’est qu’il y a certains thèmes que l’Eglise ne devrait pas évoquer, parce qu’elle ne les connaît pas bien. Ce qui fait que notre chanson est tout à fait dans le thème de la semaine, pour une fois.

ORCHIS : Très classe.

LE PARTISAN : Alors on est loin d’être sur de la grande chanson blasphématoire, mais c’est quand même drôle.

ORCHIS : J’ai toujours bien aimé Eddie Mitchell.

LE PARTISAN : Sur ce, je vous dit à la semaine prochaine…

ORCHIS : Moi aussi.

LE PARTISAN : …Et je m’en vais militer pour que cette chanson soit inscrite dans le prochain Diapason Rouge.

Je suis le seul que la vue d’un Diapason rouge fait inévitablement déprimer à cause de souvenirs de colonies de vacances ?

[PC hors série 2] Le serrement d’Hippocrate

LE PARTISAN : Bonjour à tous, aujourd’hui nous allons parler d’Hippocrate, réalisé par Thomas Lilti et…

ORCHIS : D’accord, donc maintenant on ne parle plus de chanson ?

LE PARTISAN : Tiens, tu es encore là toi ?

ORCHIS : Oui. Et heureusement, pour t’empêcher de faire n’importe quoi.

LE PARTISAN : Je vois pas bien le problème.

ORCHIS : Le problème, c’est que la chronique s’appelle Le partisan de la chanson. Or, le partisan de la chanson, de quoi il doit parler ? De chanson. Sinon, c’est n’importe quoi.

LE PARTISAN : Non mais c’est un peu comme la Manif Pour Tous qui n’est pas du tout pour tous, si tu veux. Les noms, c’est là juste pour faire joli, et après on fait ce qu’on veut avec. Et puis je te demande pas ton avis, si j’ai envie de parler d’Hippocrate je parle d’Hippocrate et puis c’est tout.

ORCHIS : Vas-y, mais je t’aurai prévenu.

LE PARTISAN : Bien. Hippocrate donc est un film réalisé par Thomas Lilti, sorti en 2014 et avec Vincent Lacoste et Reda Kateb dans les rôles principaux, mais aussi Jacques Gamblin et Marianne Denicourt dans des rôles secondaires. Ça suit Benjamin, un étudiant en médecine qui commence son premier internat dans le service hospitalier dirigé par son père.

ORCHIS : Oh là, ça pue le film social français larmoyant, ça.

LE PARTISAN : C’est aussi ce que je me disais, mais la bande annonce, assez axée sur le comique, m’avait rassuré. C’est toujours bien, de rire des malades. C’est bien à ça qu’ils servent, d’ailleurs, non ?

ORCHIS : Et alors, au final ? Film social tire larme ou comédie ?

LE PARTISAN : Un peu des deux. En tous cas c’est très réussi.

ORCHIS : D’accord, c’est bon, tu m’as rendu curieux. C’est tellement rare que tu dises du bien de quelque chose…

LE PARTISAN : Le film fonctionne un peu en crescendo : on commence avec un Benjamin très optimiste, rempli d’idéaux sur son métier et super motivé, et dans un premier temps le service où il bosse nous est montré comme certes désorganisé, mais au fond assez agréable. Les défauts sont soulignés avec un certain humour, et même les premiers contacts avec les patients lorgnent plutôt du coté du comique. En somme, ça nous montre le milieu hospitalier tel que l’imaginerait probablement un étudiant en médecine un peu idéaliste.

ORCHIS : Ça existe encore, les étudiants en médecine idéalistes ? Ce sont pas tous des cyniques qui font des blagues sur les cadavres à la morgue ?

LE PARTISAN : Non, justement, il faut attendre qu’ils commencent leur internat. Ou qu’ils regardent Dr House et se persuadent que le cynisme, c’est cool, alors que tout le monde sait que c’est la canne qui fait tout boulot.

ORCHIS : Eh, c’est cool comme série !

LE PARTISAN : Très. Mais revenons à notre sujet. C’est peu à peu que les soucis se feront plus marqués et plus sombres : sans vouloir spoiler, le personnage principal sera assez vite mis face à l’erreur médicale, au manque de moyens, à un dilemme éthique et au côté oppressant de l’ambiance d’internat.

ORCHIS : En gros, tout ce qui pouvait merder merde effectivement.

LE PARTISAN : Ouais.

ORCHIS : « Comme dans la vraie vie », c’est ça que tu allais dire ?

LE PARTISAN : Même pas. De l’aveu même d’étudiants en médecine parmi mes connaissances, le film présente effectivement une situation assez extrême. Mais ça tient aussi du fait qu’il a pour but de concentrer en 1h40 tous les soucis du marché de la médecine actuelle.

ORCHIS : Je crains que l’usage du terme « marché » soit très adapté…

LE PARTISAN : Passées les vingt premières minutes, le film va d’ailleurs très vite. La majorité de scènes sont assez brèves, on suit plusieurs intrigues à la fois, il y a du monde partout, ça grouille, ça fourmille, c’est le bordel : ce qui faisait le côté lumineux du début du film en fait également le côté oppressant par la suite.

ORCHIS : Donc, en gros, c’est ce que je disais plus tôt : c’est un drame social larmoyant.

LE PARTISAN : Justement non. Principalement grâce à un élément : le film nous présente ses personnages pour ce qu’ils sont, et pas seulement en tant que fonction.

ORCHIS : C’est à dire ?

LE PARTISAN : Prenons ton exemple : toi, dans ces articles, tu n’existe que pour remplir la fonction de casse-couilles de service. Tu n’as aucune personnalité réelle, aucun charisme, tu n’intéresses personne…

ORCHIS : Parce que toi, tu crois que tu es intéressant ?

LE PARTISAN : Non, mais moi j’écris alors je fais ce que je veux. A l’inverse, j’aurais pu choisir de te donner des émotions, des buts, un passé, des humeurs, une vie… Dans ce cas, tu aurais été un vrai personnage.

ORCHIS : Et pourquoi tu l’as pas fait ?

LE PARTISAN : Parce que ça demande beaucoup plus de travail. Et c’est un défaut récurrent des films à tendance sociale, ils sacrifient leurs personnages au message qu’ils veulent faire passer. Les personnages, et donc l’histoire, deviennent seulement des éléments mécaniques pour transmettre une idée.

ORCHIS : Et ce n’est pas bien ?

LE PARTISAN : Disons que je trouve ça dommage. Si on fait son œuvre juste pour le message, autant assumer complètement et faire un essai. Pour le coup, il y a même des chances que ce soit plus efficace et qu’on puisse en dire plus.

ORCHIS : Sauf que personne n’acceptera de distribuer ça en salles.

LE PARTISAN : Je sais bien, mais c’est dommage. J’aime bien les essais et les thèses, en tant qu’ancien étudiant en philosophie je peux pas dire l’inverse…

ORCHIS : T’as étudié la philosophie, toi ?

LE PARTISAN : Oui.

ORCHIS : On dirait pas.

LE PARTISAN : Mon vieux, si j’avais fait quelque chose de plus utile que la philosophie, c’est à dire à peu près n’importe quel autre cursus universitaire, je ne serai pas là en train de me parler à moi même sur un blog.

ORCHIS : C’est pas faux.

LE PARTISAN : Je reprend ! Donc, selon moi, à partir du moment où on décide de faire une œuvre de fiction, quand bien même on veut y faire passer un message fort, il faut jouer le jeu : les personnages sont des personnages, et ils doivent exister pour eux même, pas juste comme silhouettes porteuse du message du film. Ça rendra d’ailleurs le message d’autant plus fort si on s’est attaché à ceux qui nous le font passer, or c’est dur de s’attacher à des personnages-silhouettes.

ORCHIS : Ça m’ennuie de le dire, mais je suis d’accord avec toi.

LE PARTISAN : Merci. Et dans Hippocrate, c’est très réussi à ce niveau. En partie grâce à l’écriture, les personnages ayant plusieurs petites scènes ou on peut voir leur coté plus « personnel », même si celui ci se trouve de plus en plus étouffé par la machine hospitalière : mais aussi grâce à ses acteurs, notamment les deux principaux. Vincent Lacoste a l’air paumé pendant presque tout le film, de plus en plus noyé dans ce qui se passe autour de lui, et Reda Kateb est parfait dans son rôle de médecin maghrébin obligé de refaire un internat pour avoir ses équivalences en France.

ORCHIS : D’ailleurs, Kateb a eu le césar du meilleur acteur dans un second rôle, et Lacoste était nommé pour celui du meilleur acteur.

LE PARTISAN : Pour une fois que je suis d’accord avec les Césars… Champagne !

ORCHIS : On a que de l’eau du robinet.

LE PARTISAN : Eau du robinet !

ORCHIS : Bon, mais les acteurs, ça fait pas tout j’imagine ?

LE PARTISAN : Certes. J’ai déjà parlé du scénario et de son côté crescendo qui fonctionne très bien, c’est un peu dur d’en dire plus sans trop en dire. Je préciserai juste que la manière qu’ont les différentes intrigues d’avancer, de se mettre en arrière plan et de ressortir est très bien gérée. Encore une fois, on est face à une structure d’écriture qui, sans être révolutionnaire, dépasse largement la moyenne de ce genre de cinéma.

ORCHIS : Et la réalisation ?

LE PARTISAN : Discrète. Pour le coup, elle fait dans les codes du genre : lumière un peu crasseuse, caméra souvent à l’épaule, musique en arrière plan et assez rare… Mais elle se distingue par beaucoup de vivacité, et souligne en fait idéalement le coté très rapide du film et de son univers. Pour le coup, on peut dire qu’il n’y avait pas besoin de trop en faire. Ça arrive que la simplicité soit la meilleure solution. Et puis, il reste quelques bonnes idées de mise en scène, comme tout le début ou on voit avancer le personnage principal dans des couloirs vides, nus et labyrinthiques à la recherche d’une lingerie. Les décors vides et nus sont d’ailleurs une image assez récurrente du film, dans toutes ses scènes de nuit entre autre, comme pour montrer que malgré l’agitation diurne, il n’y a en fait jamais assez de monde.

ORCHIS : Basique, mais efficace.

LE PARTISAN : Exactement.

ORCHIS : Et niveau réalisme ? Tu disais que le film était un peu extrême ?

LE PARTISAN : Alors, là je vais parler selon ce qu’on m’a dit. Je n’ai jamais étudié la médecine. Je n’aime pas les gens, alors je ne vais pas me faire chier à essayer de les soigner, ils avaient qu’à pas être malades. Mais visiblement, quand bien même il y a un gros côté loi de Murphy, le film nous présente des situations tout à fait crédibles. Dans l’ambiance d’internat, par exemple, ou aussi dans le fait que les grèves du personnel infirmier retombent finalement sur les internes, puis les médecins, puis bien entendu les malades. Mais que ces grèves sont elles même très explicables par les conditions de travail.

ORCHIS : Et du coup, qui est coupable ?

LE PARTISAN : Selon le film, il n’y a pas forcément de responsable direct. Même le chef de service, joué par Jacques Gamblin, est montré comme ayant autant de fautes que de qualités, et comme étant lui même sous la contrainte. Le souci, c’est principalement le fait que le marché de la médecine soit, justement, devenu un marché.

ORCHIS : C’est vrai que pour rentre rentable un malade…

LE PARTISAN : Ben il faut faire des sacrifices. Et pas des petits.

ORCHIS : Ce serait marrant de faire le même genre de film, mais en partant de l’idée que c’est le malade le responsable. J’ai toujours rêvé de voir un bon gros film social de droite, ou ce seraient les pauvres les méchants.

LE PARTISAN : Ça doit pouvoir se trouver, il faudra se renseigner sur le cinéma Monégasque.

ORCHIS : Ou prier pour que Bolloré se mette à produire des films.

LE PARTISAN : Pour en revenir à nos moutons : c’est là que revient l’intérêt d’avoir des personnages réellement construits. Les conséquences du manque de moyens du système hospitalier sont subies par ces personnages, et donc par nous de par l’attachement qu’on développe pour eux.

ORCHIS : Oui enfin ça c’est de la dramaturgie élémentaire.

LE PARTISAN : Je sais, mais il y a plein de gens qui n’arrivent pas à le faire. La Loi du marché en est un exemple récent et flagrant.

ORCHIS : Et paf, on va encore se faire des ennemis…

LE PARTISAN : Faut arrêter de vouloir imiter à tout prix les frères Dardenne. Et encore une fois, leur cinéma prouve en fait ce que je dis : chez les frères Dardenne, il y a des personnages avant tout.

ORCHIS : Pour conclure, tu conseilles Hippocrate ?

LE PARTISAN : Oui. Et Docteur House, aussi.

ORCHIS : Oui enfin si on en est à faire des associations foireuses, conseille aussi Docteur who, hein. La aussi il y a un docteur dans le titre.

LE PARTISAN : Et là dedans, aussi.

ORCHIS : Argh.

LE PARTISAN : Ça t’apprendra à me faire chier. Non mais.

[PC #8] Arrêt-télé, ces guignols !

Bonjour à tous, aujourd’hui, pour coller au thème de la semaine spéciale Bolloré, nous allons parler de …

-Bonjour !

-Ah ? Ben ça, c’est pas banal. Depuis quand est ce qu’on me répond quand je dis bonjour par écrit ?

-Je suis votre nouvel assistant. Enchanté.

-J’ai un nouvel assistant moi ?

-Oui. Et faîtes pas comme si vous n’étiez pas au courant, hein. Parce qu’en vrai, le lecteur sait très bien que vous venez de m’inventer.

-Je me disais qu’avec un peu de chance il se laisserait prendre au jeu.

-Ben non. On la lui fait plus, au lecteur, il connait le truc. Il sait que même quand je lui dis que ce que je dis est écrit, c’est écrit.

-Oh là, ça va être compliqué cette histoire.

-Par contre je ne saisis pas bien l’intérêt.

-Je ne sais pas trop, ça me permet d’introduire mes contre arguments sans trop me poser de questions, je voulais me la jouer Platon, dialogue socratique, tout ça.

-Ouais, sauf que Socrate il parlait de trucs un peu plus profonds que la dernière chanson de Francis Lalanne. C’est pas dans tes articles qu’on va entendre parler d’allégorie de la caverne, a part peut-être le temps de faire une blague de cul que même Bigard il en aurait pas voulu.

-Eh, oh ! Si tu n’es qu’une projection de moi, tu pourrais faire un effort pour me soutenir un peu !

-Je vois pas bien ce qu’il y a à soutenir. Vise un peu la flemme, t’as même pas pris la peine de me donner un nom.

-Ben attend, on va corriger ça tout de suite.

ORCHIS : Test, test…Ah ben oui, ça marche.

LE PARTISAN : C’est vrai que c’est plus lisible, comme ça.

ORCHIS : Par contre, le coup du dialogue tu l’as pas déjà fait il y a trois chroniques  ?

LE PARTISAN : Si, mais je suis sûr que le lecteur ne s’en souvient pas. Et puis ça va, hein, c’est pas comme si notre rédac chef n’avait pas utilisé cinquante fois le coup du guide de survie. Regarde . Et . Et . Et…

ORCHIS : Tu sais qu’on va finir par se faire virer, avec tes conneries ?

LE PARTISAN : Ca va, ça va, je disais juste ça pour discuter1

ORCHIS : Et d’abord, pourquoi « orchis » ?

LE PARTISAN : Eh ben ça, mon petit pote, tu iras chercher toi même. Je ne vais pas faire tout le travail à ta place.2 De toutes façons, on a une chronique à faire.

ORCHIS : Ca fait même un moment qu’on aurait du la commencer, notre chronique. J’ai presque envie de dire que tu as fait exprès de détourner la conversation, pour gagner du temps.

LE PARTISAN : Ben…

ORCHIS : Qu’est-ce qui se passe, tu as peur que la chanson du jour soit trop mauvaise ? Tu sais je pense qu’ils commencent à être habitués, ceux qui te lisent, à force, à écouter de la merde.

LE PARTISAN : Non mais ça, ça va. Des merdes j’en ai c’est pas la question. C’est juste que je n’ai rien qui colle vraiment au sujet.

ORCHIS : Tu peux pas analyser une chanson des guignols ?

LE PARTISAN : Ben il y a pas grand chose à dire, c’est cool et puis c’est tout. Et puis c’est tellement lié à une actualité et à la parodie que c’est un peu compliqué d’analyser ça trop sorti de son contexte. En plus, avec tous les trucs qu’on a déjà fait sur les sujets, on a du épuiser la moitié des chansons de l’émission. Au point que en « chanson guignol », tout ce que j’ai d’un peu original, c’est ça :

ORCHIS : Oui. Mais alors non. Vraiment vraiment non.

LE PARTISAN : On est d’accord.

ORCHIS : Ca vous apprendra à gaspiller votre matière première. Un bon journaliste garde toujours quelque chose sous le coude, histoire de pouvoir resservir le même article dix fois en continuant de faire croire que c’est du tout récent.

LE PARTISAN : Je suis pas encore journaliste. Si c’était le cas, je m’emmerderais plus à faire à manger et je me contenterai de squatter les buffets de toutes les réceptions possibles.

ORCHIS : Du coup on continue à parler de tes soucis de popote au quotidien, ou on essaie de faire un truc un minimum dans le sujet ? Je demande même pas à ce que ce soit constructif, hein, mais qu’au moins on ait pas trop l’impression que tu te moques de ton public.

LE PARTISAN : Du coup je me suis dit qu’on pouvait aussi analyser une chanson sur Bolloré.

ORCHIS : Ca existe, ça ?

LE PARTISAN : J’en avais aucune idée. Du coup j’ai cherché, en pensant que je n’avais rien à perdre. Et du coup voilà :

ORCHIS : Eh ben oui. Ca existe. Yanick Toutain, l’auteur-compositeur-interprète, en a même fait plusieurs, il paraît qu’il a aussi fait Les esclaves de Bolloré et Les évadés sur le bonhomme. C’est un peu sa némésis, je crois. Il y a un coté noble.

LE PARTISAN : Noble, noble… Ca excuse pas tout. Même dans un bar au fond d’une cave à 3h du matin je suis pas sûr que j’en voudrais, de celui là. Et niveau clip, c’est presque plus moche que du Xavier Sainty. Alors si c’est pour discréditer tous ceux qui n’aiment pas Bolloré en utilisant ce truc comme porte-étendard…

ORCHIS : Tu marques un point.

LE PARTISAN : En plus le mec a aussi fait une chanson hommage à Woody Allen. Et ça a beau être un peu supérieur au reste, on n’a pas le droit de faire ça à Woody. On touche pas à Woody.

ORCHIS : Oui bon ça va on a compris. Du coup d’accord, il faut trouver autre chose.

LE PARTISAN : Voila. Alors j’ai songé à parler d’une chanson sur la télévision.

ORCHIS : Ca me paraît bien, ça. Il y a Renaud qui en a fait une, non ?

LE PARTISAN : Deux, en fait. Voire même trois.3. Et je suis d’accord, J’ai raté téléfoot elle est cool, mais bon, pour faire un lien entre bécassine et les guignols…

ORCHIS : Il y a ça :

LE PARTISAN : Tu sais que je vais te faire très mal, si tu continues ?

ORCHIS : Me dis pas que ça te fait pas marrer d’imaginer la tête de tes lecteurs quand ils cliquent sur les liens.

LE PARTISAN : En même temps, au bout de tous ces articles ils auraient pu finir par comprendre que c’était une erreur.

ORCHIS : Faut admettre.

LE PARTISAN : Et puis je l’ai déjà dit. Je fais comme tu recommandais tout à l’heure, la carte Renaud je la garde pour plus tard. Des fois qu’on fasse une semaine spéciale Mitterand, ou bonbons, ou photographie, ou accidents de la route, ou guerre, ou enfants, ou chaton, ou dépression nerveuse…

ORCHIS : Ou alcoolisme…

LE PARTISAN : Eh ! On a pas désactivé le friendly fire ?

ORCHIS : C’est toujours bien de taper un peu sur ceux qu’on aime. Ca fait croire au public qu’on est objectif.

LE PARTISAN : Il est con, le public.

ORCHIS : Je te le fais pas dire. Par contre, il est en train de lire, là.

LE PARTISAN : T’es sûr ?

ORCHIS : Certain. Parce que s’il était pas en train de lire, je ne serai pas en train de dire ça. Tu as beau l’avoir écrit, il n’y a qu’à partir du moment ou un tiers le lit que je le dis vraiment. Donc, si je dis ça, c’est que quelqu’un me lit, et à moins que le quelqu’un en question n’ai sauté au milieu de l’article juste pour essayer de comprendre de quoi ça parlait, il a lu ce que tu as dit. Donc il sait que tu l’as traité de con. Auquel cas, vexé, il a peut être arrêté sa lecture, et du coup ce n’est pas la peine que je continue à t’expliquer tout ça, parce qu’alors j’aurai beau y mettre toute la bonne volonté du monde, je ne le dirai jamais vraiment.

LE PARTISAN : On s’égare un peu, non ?

ORCHIS : Ah ben tu as dit qu’il fallait gagner du temps, alors je gagne du temps.

LE PARTISAN : Reprenons. Du coup j’ai essayé de chercher « chanson télévision » sur google.

ORCHIS : Et alors ?

ORCHIS : Hum. Tu as les paroles qui traînent quelque part ?

LE PARTISAN : « « on a tous un rêve dans la vie » qu’elle me dit en se tortillant. Une femme, une caisse, un ou deux gosse, une belle maison évidemment. J’ai même pas assez d’ambition pour avoir envie de tout ça mais c’est le thème de l’émission. C’est toujours la même merde en pire. Acheter, jeter, prendre un boulot. C’est la même merde en pire. Acheter, jeter, perdre un boulot. C’est toujours la même merde. On a échangé vos parents, on a échangé vos métiers, on a échangé vos cerveaux. Donnez moi tout ce que vos patrons ont le culot d’appeler du temps libre. Laissez moi vous prendre pour des cons. » Sans vers, parce que fuck it.

ORCHIS : Ben, c’est pas trop mal. Et puis la musique c’est un style qui plait à certains.

LE PARTISAN : C’est pas faux, mais tu admettras qu’on manque un peu de texte pour faire une analyse.

ORCHIS : C’est bref et efficace. Pas comme tes articles.

LE PARTISAN : Toi, tu risques pas de revenir la semaine prochaine avec des remarques comme ça.

ORCHIS : Non mais vraiment, c’est quoi qui te gène ?

LE PARTISAN : Rien de bien objectif. En soit, je suis plutôt d’accord avec ce que ça raconte, mais j’aurai aimé trouver un truc un peu plus…Fin, peut-être.

ORCHIS : On est en train de parler d’un groupe de rock punk appelé Guérilla poubelle, fallait pas s’attendre à du Nietzsche.

LE PARTISAN : On peut être subtil tout en étant punk, regarde ça :

ORCHIS : Oui mais alors ça a plus rien à voir avec notre sujet.

LE PARTISAN : Eh bien détrompe toi ! Parce que les réalisateurs, Kervern et Delépine, font partie du staff de Groland. Et du coup, paf, esprit canal, tout ça.

ORCHIS : Ah là, je dis bravo. C’est beau, de réussir à justifier ses errances avec autant de naturel.

LE PARTISAN : Merci.

ORCHIS : D’ailleurs, c’est bizarre, ils ont pas été déprogrammés ceux là.

LE PARTISAN : Ben non, Ils font ça par exemple

ORCHIS : Ouais, c’est bon, ils vont sauter avant la fin de l’année.

LE PARTISAN : Ouais, eh ben en attendant, tais-toi et profite. Et regarde le film, parce que c’est pas pour rien que j’en ai parlé, il défonce grave. Vraiment.4

ORCHIS : Pour en revenir à notre sujet, si tu veux de la chanson subtile sur la télévision, il y a ça :

LE PARTISAN : C’est pas faux.

ORCHIS : …

LE PARTISAN : …

ORCHIS : Alors… ?

LE PARTISAN : Alors quoi ?

ORCHIS : Tu n’en parles pas ?

LE PARTISAN : Hmmm ben disons que là pour le coup ce serait peut-être un peu trop subtil…

ORCHIS : En gros, t’es trop nul pour te frotter à Ferré, c’est ça l’idée ?

LE PARTISAN : Il y a de ça. Le mec, il faut déjà lire le texte trois ou quatre fois avant d’en saisir la moitié des tenants et aboutissants. Alors d’accord, c’est génial, mais à moins de verser dans le commentaire littéraire, je vais pas pouvoir faire grand chose.

ORCHIS : Le pire c’est que ça a beau bien dater, le coté télépute reste tristement actuel.

LE PARTISAN : Carrément. En tous cas c’est cool de l’avoir mentionnée quand même, ça fera un bon truc pour se reposer au milieu du reste.

ORCHIS : Ouais, c’est juste dommage qu’à ce stade probablement personne n’ait pris la peine d’écouter. Et puis, pauvre Ferré, c’est la première fois qu’on en parle ici et il faut que ce soit dans ce simulacre d’article.

LE PARTISAN : Bah, je me rachèterai à l’occasion. J’arriverai bien à placer L’opéra du Pauvre à un moment donné.

ORCHIS : Je soutiens totalement cette initiative.

LE PARTISAN : De toutes façons, Ferré, c’est extra

ORCHIS : Je parie que tu en es très fier, de celle là ?

LE PARTISAN : Carrément !

ORCHIS : Par contre à force d’aligner des références à la chaîne, les gens vont finir par croire que tu veux étaler ta culture.

LE PARTISAN : Ils peuvent bien croire ce qu’ils veulent. Bon, on reprend ? On a un article à finir, je te rappelle.

ORCHIS : Vas y, je t’écoute.5

LE PARTISAN : Du coup, j’ai continué ma recherche. Et je suis tombé sur ça :

https://www.youtube.com/watch?v=4t5_M66Cigo

ORCHIS : Sérieusement ?

LE PARTISAN : Sérieusement.

ORCHIS : Non mais même sans parler du contenu… Elle a gagné le yoyo en bois du japon avec la ficelle du même métal, c’est quoi ce putain de titre ? Il fait quinze putains de mots, et 23 syllabes ! Il faut presque deux alexandrins pour le faire rentrer en entier !

LE PARTISAN : Je sais bien. Et encore, là, c’est quand on s’occupe pas du sens.

ORCHIS : Si tu te mets à essayer de parler du sens, je te préviens, compte pas sur moi pour t’aider.

LE PARTISAN : J’imagine que c’est une tentative d’humour absurde.

ORCHIS : Tu vas me dire que c’est représentatif de son époque ?

LE PARTISAN : Ben un peu oui. Je dis pas qu’il faut l’excuser pour autant, mais c’est les Charlots, aussi. Les mecs qui ont fait Les Bidasses en Folie, Le grand bazar, La grande Java ou même Les charlots contre Dracula.

ORCHIS : Ah oui…

LE PARTISAN : Et Suce ma pine

ORCHIS : Oh. Tu me diras, au moins celle-là on comprend de quoi ça parle.

LE PARTISAN : Les mecs ils ont une plus longue fiche sur Nanarland que sur wikipédia.

ORCHIS : Et plusieurs de leurs films sont disponibles sur youtube. Je dis ça au cas ou quelqu’un ait une soirée à faire passer.

LE PARTISAN : Vive internet.

ORCHIS : Bon, donc ça on oublie aussi. Mais il y a quand même pas que des trucs aussi absurdes, quand même ?

LE PARTISAN : Ben… J’ai aussi trouvé ça…

ORCHIS : Je sais pas comment tu peux faire cette chronique depuis plusieurs mois sans t’être mis sous anti-dépresseurs.

LE PARTISAN : Après, là, je veux bien admettre que je l’ai cherché. C’est Bide-et-musique après tout, alors forcément fallait pas s’attendre à du Mozart.

ORCHIS : Alors on fait quoi ? On s’attarde deux secondes sur cette histoire de viol de la Schtroumphette ?

LE PARTISAN : Je suis pas sûr d’en avoir très envie.

ORCHIS : Ou sur le fait que c’est la première fois que j’entends parler de Téléchat depuis que le Joueur du grenier a fait un épisode dessus ?

LE PARTISAN : Ou encore on en parle juste pas, hein.6

ORCHIS : T’as raison. Laisse moi chercher, tu vas voir, je suis sûr que ça ira mieux.

LE PARTISAN : Tu disais ?

ORCHIS : Je disais que je t’emmerde.

LE PARTISAN : Ceci dit, entre la chanson de merde, le complot judéo-maçonnique, les croix gammées, le vomi et Hitler dans le premier des deux commentaires youtube, tu as réussi un joli combo. D’une certaine façon, tu peux être fier.

ORCHIS : J’y crois pas, même Légion 88 c’est meilleur sur le plan musical.

LE PARTISAN : Ah la vache, j’essaie de les placer depuis le début, ceux-là, j’avais jamais trouvé l’occasion. Bravo, vieux.

ORCHIS : Euh…Merci.

LE PARTISAN : C’était sincère. C’est très rare que je m’auto-congratule comme ça, tu sais.

ORCHIS : Faut juste espérer que personne aura l’idée d’aller chercher « Légion 88 » sur google, sinon on est bon pour se le prendre, notre premier procès.

LE PARTISAN : Autant que ça tombe sur cet article là, au moins je pourrais plaider le dédoublement de personnalité.

ORCHIS : On aurait peut-être du en rester à Chantal Goya.

LE PARTISAN : Mais non, dis pas n’importe quoi. Réessaie un coup, si tu veux. Si ça se trouve tu auras de la chance.

ORCHIS : T’as raison, faut pas se décourager. J’y retourne.

ORCHIS : Je suis désolé. Sincèrement.

LE PARTISAN : Bah, t’excuse pas. C’est déjà mieux que celle d’avant.

ORCHIS : Oui enfin là, on pouvait difficilement tomber plus bas…

LE PARTISAN : Je suis d’accord mais il faut toujours regarder le coté lumineux de la vie.

ORCHIS : Et si on met cette phrase en anglais ça fait…

LE PARTISAN : Chut, dévoile pas toutes mes références, roh ! Laisse le lecteur réfléchir un peu ! Comme ça, ceux qui ont pas la référence comprennent pas, et on reste entre gens de bonne fréquentation.

ORCHIS : Et pour l’article, au final, on fait comment ?

LE PARTISAN : Ben pour tout avouer j’ai été un peu malhonnête avec toi. J’avais ça de coté depuis le début :

ORCHIS : Eh mais t’es un salaud ! Elle est cool, cette chanson ! Bon ok je suis pas fan de la musique, mais ça reste très correct et niveau paroles ça le fait carrément.

LE PARTISAN : Je sais, mais ça me faisait marrer de te voir souffrir.

ORCHIS : C’est déjà malsain de base, comme phrase, mais alors quand on sait qu’en plus tu es en train de te parler à toi même…

LE PARTISAN : Ca va, ça va, le prend pas mal, c’était amical.

ORCHIS : Et puis au fond c’est pas grave, on a notre chanson, c’est parti pour l’analyse.

LE PARTISAN : Ah ça par contre non, faut pas déconner.

ORCHIS : Et pourquoi, cette fois ?

LE PARTISAN : On a plus la place.

ORCHIS : Tu crois que le lecteur en a marre ?

LE PARTISAN : Le lecteur je sais pas, mais moi carrément.

ORCHIS : Et du coup on finit comme ça, en queue de poisson ?

LE PARTISAN : Non, on fait comme je fais toujours : on met un lien sur un truc bien pour terminer l’article.

ORCHIS : En gros, tu balances en ouverture et en deux lignes un truc bien qui aurait été agréable à écouter et à étudier, alors que tu viens d’infliger au lecteur et à toi même toute une analyse d’une énorme bouse ? Voire de toute la fosse à purin dans le cas présent ?

LE PARTISAN : Exactement. C’est le principe d’une ouverture de dissertation, faire miroiter un truc cool dont on parlera jamais parce qu’on a perdu trop de temps à être chiant.

ORCHIS : Je peux le faire ? Je viens de songer à un truc qui peut convenir. Sauf que c’est en anglais, c’est pour ça que j’en ai pas parlé avant.

LE PARTISAN : Je t’en prie, balance la sauce. Amène ça par une phrase du style : « Et pourtant, c’est pas dur de faire une bonne chanson sur la télévision, écoutez ça » :

ORCHIS : Et pourtant, c’est pas dur de faire une bonne chanson sur la télévision. Ecoutez ça :

LE PARTISAN : Et à la prochaine fois7 !

ORCHIS : Je serai là aussi ?

LE PARTISAN : Aucune idée. Tu sais bien qu’il n’y a aucune cohérence dans mes chroniques.8

Raffaello Sanzio, "Platone e Aristotele", 1511 ca.

  1. Au cas où, je tiens à rappeler à ma chère rédactrice en chef que je l’adule et la respecte.
  2. Un indice : c’est Freudien
  3.  A la téloche, et Les filles de joie Mais il n’y en a qu’une de vraiment connue, et en plus les deux autres sont hélas pas géniales je suis d’accord (surtout la deuxième). Et viennent du même album, Rouge sang, son dernier de chansons originales en date, qui est loin d’être aussi mauvais que ça, il est juste bien inégal…
  4. Soit dit en passant, après un film avec Michel Houellebecq (?!) que je n’ai pas vu, leur prochain projet est un road movie avec Gérard Depardieu et Benoit Poelvoorde sur la route des vins. Je pense que le making-of risque d’être au moins aussi épique que le film lui même.
  5. ORCHIS : Eh, cool, je peux même squatter les notes de bas de page !

    LE PARTISAN : Arrête de jouer avec le matériel, et retournes au boulot

  6. Ceci dit, je suis un peu de mauvaise foi : la chanson vient en réalité d’un court métrage que je n’ai pas vu, donc il est possible qu’avec le contexte, ça ait l’air beaucoup moins bizarre. Ou au moins à peu près justifié
  7. Et paf, j’ai placé Danny Elfman et Oingo Boingo dans une de ces chroniques ! Achievement unlocked !
  8. ORCHIS : Par contre, on a un peu déconné, les Guignols et Bolloré ils sont complètement passés au second plan. Ca m’étonnerait pas qu’on nous le reproche.

    LE PARTISAN : J’y ai pensé, et j’ai préparé une super excuse. Si on nous en parle, on dit que c’était pour faire une méta-critique, on fustige l’absence des guignols à l’antenne par leur absence dans notre article. Et paf, au lieu de passer pour des feignasses malhonnêtes, on devient des génies créateurs de la néo-critique. Ni vu ni connu.

    ORCHIS : Des fois, je me dis qu’on est des génies.

    LE PARTISAN : Seulement des fois ? Tu es bien humble, Orchis.

[PC 7] Une manif à prendre homo

Manifester, c’est tout un art. Le bon petit manifestant devrait ainsi apprendre, tel un guerrier, un certain nombre de techniques indispensables pour survivre sur le terrain, dans cette terrible jungle urbaine qu’il inondera de ses imprécations. Enfin, survivre : disons au moins ne pas passer pour un con, c’est déjà pas si mal. Ainsi, la prochaine fois que vous insulterez un « connard-de-gauchiste-nazi-communo-sarkoziste », rappelez vous bien qu’il n’est là qu’après de longues heures d’entraînement au lancement de pavé, de formation à la maîtrise du mégaphone, de stratégie militantiste (où marcher pour faire chier le plus de monde possible), de cours peinture, de poterie, de résistance à l’alcool et aux lacrymos et de chant.

« Mais », me direz vous, déjà passionnés après ces quelques lignes liminaires, « que se passe-t-il si un manifestant, voire même pire un groupe de manifestant, décidait d’y aller à la zob, sans étudier toutes ces sciences ? »

Eh bien, il se passerait ça.

Bon, donc qu’est ce qui ne va pas ici1 ? On serait bien tentés de répondre « tout », mais cet article ne fait que 185 mots pour le moment, « 185 » étant le 186è mot. Enfin, le premier 185, puisque le deuxième était le 191e, et le troisième le 199e. Savoir compter aussi, c’est important, ça évite les débats sur « la police dit qu’on était trois, mais je vous jure qu’on était 200 000 ! »

Alors, détaillons.

Pour commencer, un rapide résumé de la théorie « manif pour tous », au cas ou vous auriez loupé quelque chose :

« Non mais on va pas autoriser les pédés à se marier, je suis pas homophobes mais quand même, vous me direz pas le contraire, l’homosexualité c’est une maladie et comme par hasard y a que les pédés qui la chopent. » Non, je sais, je grossis à peu près autant le trait qu’un journaliste de chez Libé, en réalité maintenant ils défilent plutôt contre la GPA2, mais j’ai pas envie d’y passer trois heures.

La manif pour tous expliquée aux enfants

La manif pour tous expliquée aux enfants

Je ne vais pas m’attarder sur le début, avec la guitare que même moi je m’en sors mieux (et pour ceux qui se demandent : non, je ne suis pas guitariste) et une foule en délire d’au moins trois personnes. Je n’insisterai pas non plus sur le joyeux « whou » poussé par le chanteur, qui personnellement m’évoque un peu Zaza dans La cage aux folles. Mais je sais, c’est juste moi qui suis rempli de clichés. Et passons directement aux paroles.

Des fous ont pris ta route et le contrôle de toi
Et moi le Ciel m’a donné toute sa liberté
Je n’ai plus peur des hommes ni même de leurs lois
Et je sais que demain un grand ciel bleu se lèvera

Alors. On a du lourd, donc faisons déjà un petit listing :

    • vers 1 : dictature socialiste, bouh !
    • Vers 2 : Jésus est parmi nous.
    • vers 3 : Euh quoi ?
    • Vers 4 : attendez attendez, le mec vient de dire qu’il se fiche de la justice des hommes ?

Laissez tomber la liste, je ne sais pas quelle devait être l’intention derrière cette phrase, mais moi ce que j’y vois c’est quelque chose de quand même très proche du message typique d’un extrêmiste adepte de l’aviation. Je vois peut-être le mal partout, mais quand même, à partir du moment où on dit qu’on juge la justice de Dieu plus importante que celle des hommes, ça veut dire qu’on peut se permettre à peu près tout acte excessif, pourvu qu’il serve la justice de dieu. Alors là c’est juste un manifestant, et il est peut-être très gentil en dehors de ça (j’ai du mal à imaginer autre chose qu’un adepte des JMJ un peu con, au vu de ce que j’entends, mais bon c’est très subjectif), mais merde, le sous-texte c’est important. Et là, il dit ça dans le cadre d’une manifestation, mais c’est largement le propos que pourrait sortir un mec qui irait tirer sur une foule (une foule de pédés, bien entendu, par ce que tout le monde sait que les pédés, ils veulent enculer nos filles bien éduquées pendant qu’elles font la prière, tout ça tout ça).

Enfin bon. Jetons quand même un œil plus attentif au reste. Dans le premier vers, ce qui me pose problème, c’est que le mec a l’air de dire qu’on l’a contraint a faire quelque chose, mais je ne vois vraiment pas pourquoi. Personne l’oblige à se marier en dehors de l’Eglise ou avec un homme, enfin ! C’est pas parce qu’on l’autorise que paf, tout à coup, ça va devenir obligatoire. Du coup je ne vois vraiment pas en quoi des fous ont pris son contrôle.

Et pour le dernier vers, je suis désolé, mais j’écoute cette chanson le 24 septembre et météorologiquement parlant, je ne suis vraiment pas certain que demain il y ait un grand ciel bleu.

A la limite, gris bleu.

A la limite, gris bleu.

Y aura tellement de gens partout et tellement de lumière
Y aura tellement de fous tu respireras tellement d’air

Alors autant le vers 1, je comprend qu’on est encore sur le délire religieux. Sachant que techniquement, tellement de gens partout, c’est un peu une arnaque, on devrait pas dépasser les 144 000 d’après la Bible. D’ailleurs je dis « on », mais il y a peu de chances que j’en fasse partie, mais c’est une autre histoire ça.

Par contre le vers 2, vraiment, ça m’échappe totalement. Je me dis que j’ai peut-être mal compris les paroles, mais comme je ne les trouve nulle part sur internet, je suis bien obligé de me fier à ce que j’ai entendu. Et donc, voici la seule chose que je peux vous proposer pour interpréter ces deux vers ensemble :

« On va aller en boîte de nuit
On dansera toute la nuit
Tu va tomber dans le coma
Un pompier t’oxygénera. »

Voila. Vous en faîtes ce que vous voulez, si vous avez une autre idée n’hésitez pas à partager dans les commentaires.

Et je sais que tu penses à toi et à toutes tes affaires
Mais je te dis je serai là tu peux compter sur moi
Pour aller à Paris danser sur les champs Élysées
Le 24 mars lève toi et viens nous retrouver

C’est un peu le souci des chansons trop claires temporellement : passé la date prévue, ça fait tout de suite beaucoup moins d’effet3 Dans la mesure ou c’était censé être chanté en manif, on peut encore admettre l’idée, je suppose, sauf que dans ce cas, elle devait être chantée à la manif du 24 mars aux Champs Élysées, et donc les manifestants auraient, sur place, affirmé au futur leur présence à une manifestation à laquelle ils étaient présents au présent ?

Cette histoire se complique de vers en vers. Mais offre au passage une toute nouvelle interprétation d’un classique de la chanson française.

Ah et sinon : jolie, la référence au « Lève toi et marche ». Non, vraiment, pour le coup c’est sincère, il y a une certaine subtilité.

Eh !

Y aura tellement de gens partout et tellement de lumière
Y aura tellement de fous tu respireras tellement d’air

Bon, par contre ça ce n’était pas la peine de nous le redire. Sans déconner, on croirait que tout à coup, au milieu du texte, il a foutu un slogan écolo qui n’a rien à voir avec le bouzin. Je me suis dit au début que c’était peut être pour avoir une rime, quitte à ce que ça ne veuille rien dire, mais dans le reste de la chanson l’absence de rimes n’a pas l’air de le troubler plus que ça, alors ce n’était vraiment pas la peine…

Comme des frères qui ne s’étaient jamais rencontrés
Venus de partout pour chanter la liberté

Non vraiment, j’ai du mal avec le concept de chanter la liberté venant de mecs qui, justement, veulent en interdire une. Et encore une fois, ils peuvent se victimiser s’ils le veulent mais personne ne les oblige à faire quoi que ce soit. A la limite à fermer leur gueule, mais vu comment ils chantent, ça me paraît un minimum.

Et les frères qui ne s’étaient jamais rencontrés, superbe image de la famille idéale, vraiment, bravo. C’est encore papa qui est allé pondre un bébé n’importe où, ça. Et on se retrouve avec quinze bâtards à gérer au moment de distribuer l’héritage, voire même plusieurs centaines de milliers selon les manifestants et maximum 20 000 selon la police, ce qui provoque chez moi au moins un respect envers les capacités physiques de papa, mais je crois que je m’égare, comme celle du nord, qui est la plus pratique pour accéder aux Champs Elysées, mais prévoyez à l’avance sinon je vous dit pas le bordel dans le métro.

On lâche rien

Ah ben nous y voilà.

On lâche rien

Et la grappe, vous voulez pas me la lâcher ?

Ceci est un hors sujet pictural.

Ceci est un hors sujet pictural.

On lâche rien le 24 on va tous aux champs Elysées

Non ? Bon ben tant pis. De toutes façons je m’en fous je suis pas Parisien, donc vous faîtes ce que vous voulez sur les Champs Elysées.

On lâche rien allons enfants il est temps de vous réveiller

Deuxième message à peu près bien amené de la chanson avec la référence à la Marseillaise. Faire appel à un élan citoyen pour sauver la France d’un fléau, et le faire comme ça, c’est presque subtil. C’est dommage que le fléau en question n’en soit pas vraiment un. Et que « il est temps de vous réveiller » vienne un peu ruiner l’effet, en faisant ressembler la phrase à une réprimande de maîtresse de CP contre un de ses élèves inattentif.

On lâche rien le droit d’un enfant est une priorité
On lâche rien une vraie famille pour un amour équilibré

Voilà, c’est casé, un papa une maman, papy qui coupe du bois, mamie qui fait des confitures, le cousin avec qui on se marie, la routine. Je ne reviendrai pas sur ce que ça implique pour les familles ne serait-ce que monoparentales, ça a déjà largement été dit. Mesdames, messieurs, si vous devez devenir veufs ou veuves un jour, attendez que les enfants se soient mariés, sinon ils seront déséquilibrés et ce sera de votre faute.

On lâche rien ein ein ein ein ein ein ein ein ein ein

J’ai peut-être oublié un ou deux « ein », mais vous avez compris le sens global.

On lâche rien on vient libérer nos consciences emprisonnées

Au moins, ça éclaircit un point. Ils se considèrent comme prisonniers, parce que le mariage gay est immoral, donc leurs consciences ne le supportent pas, mais on n’autorise pas la juste révolte de celles-ci. Ca tient debout. C’est con, mais ça tient debout dans sa connerie. Alors par contre je ne sais pas si c’est un compliment.

On lâche rien le 24 on va tous aux champs Élysées

On lâche rien

Eh ben, ils ne l’ont pas dit pendant tout le début de la chanson, mais ils se rattrapent sur la fin avec leur « on lâche rien ».

Bon alors : l’instru est pourrie, le chanteur mauvais et le message…Est ce qu’il est. Je n’ai pas eu le courage d’écouter le reste du disque (parce que oui, il y en a un, et vous pouvez même l’acheter ou cliquer pour écouter les titres gratuitement, n’est ce pas généreux ?  On ne sait jamais, des fois que vous manquiez d’idées pour le premier avril, ou pour rigoler un bon coup au mariage de Robert et George), mais ça m’a l’air mal barré pour avoir de sitôt un grand hymne en faveur de la manif pour tous.

Sauf que s’ils sont partis pour continuer leurs manifestations, ils vont encore essayer, trouver de nouvelles chansons, en écrire des pire. Ils l’ont déjà fait, cliquez pour écouter

Alors il est temps de réagir. Mesdames, Messieurs, le 12 octobre prochain, je vous invite à une grande manifestation sur les Champs-Elysées (puisqu’ils ont l’habitude), contre les manifestations qui massacrent la chanson.

Parce que les droits des homos, c’est bien joli, mais il ne faut pas oublier les vrais priorités.
Bon, et là, j’avais prévu de vous mettre une jolie chanson en conclusion, sauf qu’elle n’est pas sur internet. C’est ça, d’écouter des artistes peu connus. Alors je vous met le premier résultat trouvé sur google en tapant le nom de ladîte chanson, La chanson de Nicolas.

Comme quoi, même l’hétérosexualité a ses failles.

"Tu vois Zaza, ça c'est ce qu'on appelle une merde"

« Tu vois Zaza, ça c’est ce qu’on appelle une merde »

  1. Tout en se disant qu’on a au moins échappé au clip ?
  2. Soit dit en passant, c’est vrai que c’est très étrange qu’on veuille faire avancer les dossiers liés à la GPA alors qu’à coté, il y a j’ai l’impression une stagnation assez importante en ce qui concerne l’adoption. Ce serait peut-être intéressant de réussir à caser tous les mioches qui encombrent les centres et orphelinats avant de songer à en pondre cinquante nouveaux. Je sais qu’ici, encore une fois, je grossis beaucoup trop le problème, mais c’est une question qui m’interpelle un peu
  3. J’écris cet article le 24 septembre, soit six mois après le dernier 24 mars en date

[PC #6] Lalanne a rechié

Lalanne

Il y a des jours où le monde décide de nous faire passer un message subliminal, comme ça, pouf. Et c’est dans ces moments là qu’on se rend compte que le monde n’est pas franchement subtil. Ainsi, alors que la rédac chef de ce blog1 décidait que nous allions nous pencher cette semaine sur la question des réfugiés, voilà que Francis Lalanne, dont je ne savais plus s’il était vivant ou mort, nous sort une chanson et son clip traitant exactement du même thème. Aussitôt, ma rédac chef2 m’assigne la dure tâche de parler de cette œuvre. Enfin, ce n’est pas réellement en parler qui pose problème, hein, il y a des trucs à dire : mais pour les connaître, ces trucs à dire, j’ai du écouter la chanson et regarder le clip.

Bon, alors. Laissez moi cinq minutes le temps de trouver un oto-rhino, d’avancer la date de mon prochain rendez vous chez l’ophtalmo, et puis on pourra s’y mettre. Ah, et on va aussi mettre une jolie musique, pour tenter d’oublier ça. The Hours, par Philip Glass, qui n’a aucun rapport avec notre sujet mais j’avais très envie d’en parler, et de toutes façons c’est mon article je fais ce que je veux.

On commence par un dessin de la photo qui a lancé tout le débat récent autour des migrants, celle du petit Aylan mort sur une plage. Mais attention, quand je dis « un dessin », comprenez le genre de trucs fait sous paint, avec des dégradés de couleurs très laids. Il y a même un cœur tracé dans le sable pour entourer le corps. La grande classe.. Le genre de truc qu’on s’attendrait plutôt à voir dans un de ces nombreux gifs de philosophie de cuisine qui font encore aujourd’hui les beaux jours des chaînes d’e-mails.

Proverbe

Par dessus ça, on a le son d’un cœur qui bat. Quelques secondes plus tard, le dessin laisse place à des images de jt, représentant des migrants sur un bateau, l’air malheureux, tout ça…On ne va pas forcément y revenir pendant tout le clip, Lalanne a du chercher les passages les plus miséreux de toute une année de Claire Chazal3, histoire de bien faire comprendre aux moins vifs d’entre nous (ou éventuellement aux sourds) qu’être migrant, c’est pas cool.

Puis Lalanne commence à chanter. Je sais, c’est pas cool, mais il fallait bien que ça vienne à un moment. Et pour ceux qui n’auraient pas osé cliquer sur le lien de la vidéo, mais se posent quand même la question : oui, on dirait toujours qu’il a une extinction de voix quand il chante. Je sais bien que venant d’un fan de Renaud, c’est un peu cracher dans la soupe que de critiquer un chanteur à la voix…Disons fatiguée, mais bon, Renaud, au moins, il y a des à coté.

Ouvrir son cœur et son esprit
Ouvrir les portes du paradis
A tous ceux
Qui ont l’enfer au fond des yeux4

Alors procédons en deux temps :

1/ Le clip. Lalanne apparaît, avec son look de hipster gothique très malade, jouant du piano et chantant d’un air pénétré, incrusté à l’arrache sur des images dégueulasses de coucher de soleil. C’est presque aussi moche que le clip de « sous le sunlight des trôpiques », sauf que Montagné avait à la fois l’excuse de l’époque et de la vue.

2/ Les paroles. Je ne vais pas signaler à chaque fois que c’est cul-cul, hein, après tout on écoute du Lalanne donc ça paraît évident que toute la chanson paraît composée par un télétubbies défoncé, mais… « ouvrir les portes du paradis », vraiment ? Je veux bien que la France soit préférable aux pays que fuient les réfugiés, et je ne suis pas tellement pour la tendance à critiquer tout ce qui se passe dans notre pays dès que quelqu’un décide de quelque chose, mais dire que c’est le paradis c’est peut-être un peu exagéré quand même. J’imagine que c’est pour faire l’opposition avec l’enfer au fond des yeux, mais une métaphore ça a pas toujours besoin d’être aussi bourrin, tout de même.

Ouvrir son cœur et son esprit
Ouvrir les frontières de son pays
A ceux qu’on a
Privés du droit
De vivre heureux

Là, le plus intéressant qu’on puisse signaler, ce sont les images… Etranges du clip, à partir de 0’30, qui me rappellent un peu ces passages des premières saisons de Docteur House, où on entrait dans le corps des patients pour voir ce qui n’allait pas. Pour ceux qui n’ont jamais regardé docteur House, cherchez des vidéos de coloscopie sur youtube, ça devrait vous donner une bonne idée de ce à quoi ressemble le clip. Doit-on comprendre qu’il y a autre chose que son cœur et son esprit qu’il faudrait ouvrir aux migrants ?

Je ne veux plus voir tous ces gens mourir
Sous les roues d’un train partant
Pour le pays qui ne veut pas les recevoir

Je ne veux plus voir ces troupeaux d’humains
Dériver sur ces bateaux
Sous le regard
De ceux qui ne veulent rien voir5

Proverbe 2

En parlant de train et de gens qui meurent, j’en profite pour placer une réflexion qui n’a aucun rapport : moi, si j’étais un migrant, je ne ferai pas forcément confiance à un train allemand. On vous a démasquée, madame Merkel, on sait que vous voulez rétablir la gloire de votre pays !

Hum hum pardon. Je commence à atteindre beaucoup trop souvent le point Godwin dans ces chroniques, il va falloir que je me calme.

Et sinon, il y a une vague contradiction dans le deuxième couplet : il dit qu’il ne veut plus voir les migrants sous les bateaux, tout en reprochant aux autres de ne pas vouloir voir les migrants sur les bateaux…C’est de très mauvaise foi de ma part, je sais bien qu’en réalité il veut dire que lui a conscience de la situation et qu’il voudrait ne plus avoir à la supporter tandis que les autres n’ont même pas cette conscience et s’y aveuglent, mais ça reste très maladroit comme formulation. Comme tout le reste, je sais bien, mais bon il faut bien que je dise quelque chose de temps en temps.

Ensuite, re-refrain, ouvrir le paradis, son esprit, son cœur, coloscopie, réfugiés, etc, on va pas insister la dessus.

Je veux chanter ces mots d’enfant
A vous messieurs que l’on nomme grands
Quand on est grand
On ne peut pas ne pas savoir

Je vais me répéter par rapport à ce que j’ai déjà dit quand je parlai de la chanson de Yannick Noah, je ne comprend vraiment pas ce qu’ont tous ces chanteurs à entretenir cette image d’innocence de leur part. Je veux bien que le rapport à l’enfance soit une bonne chose dans certains cas, mais quand on traite de sujets graves comme ici, encore une fois, j’aimerai bien qu’il y ait un peu plus d’arguments, et pas seulement le « j’ai gardé mon âme pure d’enfant, j’accueille tout le monde, youpi, je ne suis pas corrompu par l’égoïsme des adultes et des méchants wouuuuh ». Surtout qu’en réalité, les enfants sont tout sauf tolérants, allez cinq minutes dans un cour de récré pour vous en rendre compte. Des gamins, à cette heure ci, ils seraient en train de vérifier avec un bâton si le petit Aylan finit par réagir quand on le touche trop. Je sais, c’est macabre, mais c’est comme ça.6 Ajoutons que le clip nous a proposé une image de comète qui tombe au dessus d’un lac, ce dont je déduis qu’on en a vraiment plus rien à faire de la cohérence.

Savoir ces femmes et ces bébés
Qui n’ont même plus d’eau pour pleurer
Le savoir et faire comme si les aider
N’était pas un devoir

L’image avec l’eau, elle est presque jolie. Si elle n’était pas au milieu d’un texte aussi médiocre, et s’il n’y avait pas la voix larmoyante de Lalanne pour la desservir, à mon avis ça aurait pu marcher. Et sinon, on continue sur la même lancer. Pourquoi est-ce un devoir de les aider ? Parce qu’on est gentils ? Parce que c’est moral ? Parce que c’est humain ? Ne comptez pas sur une explication, c’est un devoir et puis c’est tout. Au même titre que pour certains, c’est un devoir de conserver la pureté de notre pays. Sans justification, je suis désolé mais je ne vois pas qu’est ce qui pourrait me faire préférer un argument à l’autre, si ce n’est mes sympathies personnelles. Mais le but d’un argument est censé être justement d’aller au delà de ces sympathies, et de donner des justifications raisonnables. Et des solutions, au passage, éventuellement. S’il suffisait d’être gentil et ce dire bienvenue pour régler le problème de tous les migrants, ça se saurait. Mais hélas, les questions de coûts, d’infrastructures et d’organisation sont réelles, même si probablement beaucoup moins insurmontables que ce que certains voudraient nous faire croire. Je sais que je ne peux pas attendre d’une chanson, quel qu’en soit l’auteur, de proposer un plan socio-économique détaillé sur le sujet, ceci dit. C’est à d’autres gens de se bouger le cul7

En résumé : c’est de la merde.

Jean Pierre seal of approval

Car il y a assez d’argent
Assez de terres pour tous les les gens
Et pour qu’aucun ne soit jamais
Chassé du monde ou il est né

Car il y a assez de temps
Pour que demain soit maintenant
L’univers dont tous les hommes
ont toujours rêvé

Je ne vais pas commenter sur le premier couplet, ce ne serait même plus tirer sur l’ambulance, mais carrément envoyer les brancards sur un champ de mines. Par contre, j’aimerai une explication à l’antépénultième vers. « pour que demain soit maintenant » ? Après avoir regardé du coté de Retour vers le Futur si Doc Brown avait une explication, j’ai du me résoudre à essayer de l’interpréter moi même. Je suppose qu’en gros, on pourrait formuler ça de manière plus directe par : « Arrêtons de procrastiner, et mettons nous y maintenant ! », mais bon, c’est sujet à caution. Je pense que je n’ai tout simplement pas assez consommé d’herbe à bonheur pour pouvoir comprendre pleinement un texte de Lalanne.

Voila, un appel maladroit au bonheur général et à la fraternité8, une bonne petite repompe de Let It Be en se disant que personne l’entendra, et pouf fini.

Alors, qu’est ce qui s’est passé ici ?

Faisons d’abord un petit point sur les origines de la chanson. Elle n’a pas été composée dernièrement, il s’agit en fait visiblement d’un morceau de 2003. Et le clip lui même daterait en majeure partie de 2009 (je dis en majeure partie, parce que son début, au moins, doit bien être récent…).

« La situation qui empirait à Sangatte m’a inspirée ce texte il y a 15 ans, raconte Lalanne. À l’époque, aucun producteur ne voulait produire cette chanson à cause du sujet et des images. Aucune radio ni chaîne télévisée n’a voulu diffuser cette chanson pour les mêmes raisons. Le producteur, qui a souhaité défendre alors ce titre, vient de le poster sur YouTube, pour manifester son indignation face à l’actualité. »9

Je ne vais pas être de mauvaise foi et évoquer l’idée que si personne n’en a voulu, c’est peut-être juste parce que c’est nul : mais ça conduit à l’accusation souvent faîte à Lalanne depuis que son clip a été mis en ligne, à savoir celle d’hypocrisie et d’opportunisme.

A ce sujet, il se défend par la déclaration suivante :

« Faut-il préciser bien sûr que je ne touche pas d’argent sur la publication youtube de ce titre? Et que si c’était le cas, je reverserais bien évidemment l’intégralité aux associations qui mènent le même combat que moi depuis 20 ans »

Ce qui n’est pas très convainquant, parce que la chanson resterait alors un bon coup de pub, et que de toutes façons visiblement comme il l’a dit plus haut, elle n’avait aucune chance de lui rapporter quoi que ce soit puisque personne n’en voulait. Il ajoute également :

Je suis indigné, j’ai été calomnié. Ce titre, je ne viens pas de l’écrire. Mais hélas, elle n’a jamais été autant d’actualité

Et menace d’ailleurs de porter plainte contre ses détracteurs. J’espère que la rédac chef10 a pensé à mettre de coté pour un avocat.

Ah tiens, on a du boulot

Ah tiens, on a du boulot

Il ajoute ensuite :

Nous ne sommes pas là uniquement pour diver­tir les gens, mais pour les faire réagir. Aujourd’hui, on ne veut plus d’artistes qui font réfléchir, cela ne sera jamais mon cas.

Et là, je ne vois pas bien ce qu’il veut dire. Dans la deuxième phrase, veut-il dire qu’il ne cessera jamais de faire réfléchir (c’est à dire que, au contraire du « on », lui veut des artistes qui font réfléchir) ou à l’inverse qu’il ne fera justement jamais réfléchir, que ce ne sera jamais son cas ? Dans le premier cas, ça voudrait dire qu’il échoue complètement dans ce qu’il veut faire, et ne parait même pas s’en rendre compte. Et dire que l’accueil réservé à la chanson est du à ses thèmes qui dérangent et non à sa qualité, c’est tout de même un peu s’aveugler. Dans le deuxième cas, ça signifierait qu’il fait ses chansons « pour […] faire réagir », mais pas réfléchir, parce que faut pas déconner, les pauvre gens, on va pas trop leur en faire subir. A ce compte là, il a plus ou moins réussi, les gens ont réagi, mais il aurait tout aussi bien pu se contenter d’aller déféquer sur leur paillasson, ça aurait demandé moins d’efforts.

Mais, même si la communication était probablement un des buts de Lalanne (il faut bien que les gens se souviennent qu’il est vivant, une fois de temps en temps), je pense qu’il y a une bonne part d’honnêteté, naïve certes, mais quand même, dans son acte. Soit il joue très bien un personnage (auquel cas je ne vois pas l’intérêt, étant donné le personnage en question) soit Lalanne est réellement totalement dans son monde, qu’il voudrait fait de petites fleurs, de bonheur, d’enfants et d’amour11. Une sorte de cliché de l’adolescent romantique, qui voit le monde très laid alors qu’il pourrait être si beau avec un petit effort. Alors forcément, c’est manichéen : et comme je l’avais dit à l’époque pour Noah, ça dessert sa cause plus qu’autre chose. Je sais bien que les deux chanteurs, à leur manière, respectaient l’image publique qu’ils avaient, mais au bout d’un moment est ce qu’ils ne peuvent pas plutôt faire un petit écart par rapport à cette image, pour être pris au sérieux quand ils parlent de sujets graves ?

Francis Lalanne dit d’ailleurs ne rien regretter à ce qui s’est passé. Ce dont je me permets de douter, parce que maintenant quand on essaie de retrouver la chanson sur son youtube, on tombe sur ça :

Lalanne assume

Ça me rappelle un peu ce qui était arrivé au DARD de Patrick Sebastien il y a quelques années12, un projet qui, s’il avait probablement des intentions de base louable, se vautrait dans une innocence ridicule, de manière plus ou moins volontaire. Et internet ne pardonne jamais ce genre d’erreur, et surtout ne permet pas qu’elles disparaissent. Ainsi, malgré le blocage de sa chanson sur son youtube officiel (j’imagine), il est toujours très simple de la retrouver ailleurs. C’est probablement un peu cruel, et au fond je préfère encore ce que fait Lalanne à ce qu’on peut trouver dans certains des commentaires dans les articles sur sa vidéo13, mais c’est comme ça, et au bout d’un moment on le sait.

Alors on arrête la naïveté, et on fait de vrais belles chansons, avec de vrais beaux clips. Même sur les réfugiés, c’est possible. Ecoutez, et à la prochaine :

  1. Que j’adule et respecte
  2. Que j’adule et respecte, mais plus pour longtemps si elle continue comme ça
  3. Profitez en, visiblement c’est la dernière fois que vous en entendrez parler dans un article
  4. Par rapport à la longueur des vers, je ne sais pas bien ou j’en suis, alors je vais essayer au maximum de respecter des rimes quand c’est possible, mais je crois que c’est surtout du vers libre à tous les niveaux. J’ai rien contre ça, en soit. Faut juste savoir le faire, sinon on a l’impression que le texte a été écrit à l’arrache sans même prendre le temps de trouver de vraies rimes. Comme ici, quoi.
  5. Ah je vous avais prévenus que la versification était dégueulasse…
  6. En vrai, je ne déteste pas les enfants, hein. C’est très rigolo de jouer avec un cadavre, comme nous le raconte Lukas dans un anglais approximatif : https://www.youtube.com/watch?v=niVw_UJlOHo
  7. Vous le sentez, mon gros message subliminal adressé à des personnes qui ne nous liront probablement jamais ???
  8. Qui ne prend pas en compte le fait que certains hommes, l’univers qu’ils rêvent est à base d’élimination de races, d’esclavage des femmes, d’asservissement à un dieu ou prétendu tel, ou encore de licornes qui s’emmanchent au milieu d’un arc en ciel de feu
  9. Il semblerait que Lalanne ait mis une explication détaillée sur son facebook officiel, mais je n’arrive pas à y accéder pour une raison qui m’échappe, alors je dois me contenter de reprendre les bouts de ladite explication qui ont déjà été repris par divers journaux, ce qui est regrettable d’un point de vue documentaire. Surtout que celui qui a le plus retranscrit des propos, c’est Les Inrock, et je ne leur fais pas franchement confiance.
  10. Je vous ai déjà dit que je l’adulais et que je la respectais ?
  11. Et non, « d’enfants et d’amour », ça ne veut pas dire ce que vous pensez, roh, bande de pervers !
  12. C’est fou toutes ces grandes personnalités que je cite dans mes chroniques, quand même
  13. Morceaux choisis : « T’as raison Lalanne, plus jamais ça. Fermons nos frontières et stoppons cette invasion programmée. Cessons de promouvoir le multiculturalisme et le métissage qui ne peuvent aboutir qu’à la standardisation, à l’homogénéisation, à l’uniformisation, à la fin de la diversité de l’espèce humaine. Alors certes cette bouillabaisse des races pourries, ces sous-humains déracinés, apatrides, sans races, sans attaches, devenus simples consommateurs, constitue le rêve du capital, mais il ne doit pas devenir le nôtre. Protégeons la biodiversité, végétale, animale et humaine. » ou encore : « Avais vous déjà vu as quoi ressemble 1 corps rejeter par la mer ?? Ce corps retrouvé en Turquie n est pas + qu une poupée, Svp observer ses habits, ils sont tt propre, si il vienrdrais de la mer , il sera pas dans cette etat là, alors Francais SVP Ouvrez les yeux !! L avenir de vos enfants sont entre vos mains. » (dans un joli français, en plus)

[PC #5] Après la pause, il faut bien que Sarko-mence…

Les publicitaires

Bonjour, ici le partisan, de retour après de trop longues vacances. Pour me faire pardonner, plutôt que de vous proposer une analyse de mauvaise foi d’une chanson qui l’est tout autant (mauvaise, je veux dire), nous allons entrer dans les arcanes de la création musico-politique. Mesdames, Messieurs, permettez moi de vous soumettre un document d’archives, comme si j’étais un vrai journaliste.

PREMIERE REUNION DES RESPONSABLES COMMUNICATION DE LA CAMPAGNE 2012 DE NICOLAS SARKOZY (DESCRIPTION DE LA RETRANSMISSION VIDEO)

Les trois chargés de communication de Nicolas Sarkozy sont affalés dans des fauteuils, dans un confortable salon près de la machine à café. Sur la table, des gobelets provenant de ladîte machine, obtenus grâce à des jetons gracieusement offerts par l’UMP. Quelques barres chocolatées, des piles de dossiers et un rétroprojecteur qui affiche pour le moment des poissons mal animés, probablement un écran de veille windows. Marcel regarde sa montre, semble réaliser qu’il est déjà 17h et que ça fait trois heures qu’ils sont là à ne rien faire, et prend la parole.

MARCEL : Bon, les gars, il est temps de s’y mettre. Qu’est ce qu’on fait pour le candidat ?

MICHELINE (se réveillant en sursaut):Ben on a qu’à mettre l’accent sur le fait que c’est une femme, qu’elle descend directement du créateur du parti…

MARCEL : Non mais suis un peu, Micheline, finalement on fait Sarkosy, pas Le Pen.

MICHELINE : Merde. C’était un bon filon, le coup de la généalogie.

ROBERT (ouvrant un nouveau snack chocolaté) : on a qu’à leur refaire le coup de 2007, le présenter comme un mec rapide, nerveux et autoritaire…Action réaction, nettoyer les banlieues, tout ça.

MARCEL : Non, le coté roquet enragé ça a marché seulement parce qu’il y avait personne de valable en face.

ROBERT : C’est vrai que Ségolène, c’était pas un choix Royal

MICHELINE (tandis que les deux autres rient de ce bon mot) : Bah, cette année on a quoi ? Plus personne aime les communistes, les écolos sont pris soit pour des humoristes, soit pour des drogués, le centre personne sait ce que c’est, et il suffit de dire partout que le FN c’est pas bien pour se débarrasser de Marine.

MARCEL : Et le PS ?

MICHELINE : Depuis que les gens ont appris pour le pénis baladeur de DSK, ils ont plus de candidat.

MARCEL : Ben si, justement. Ils ont choisi Hollande. Et figure toi qu’il est parti sur une super idée, il va faire croire qu’il est un type normal. Proche des gens, tout comme eux.

ROBERT : Genre il va se gratter les couilles en public ?

MARCEL : C’est ça, et il prend le train, il mange dans des fast-food, il achète les CD de Patrick Sebastien…

MICHELINE : Et les gens vont vraiment y croire ?

MARCEL : Pourquoi pas ? On leur a déjà fait avaler pire hein. Toujours est-il qu’il nous faut quelque chose de béton de notre coté. Surtout qu’on a cinq ans de présidence à faire oublier.

MICHELINE : En gros, il va nous falloir un angle d’attaque solide.

ROBERT : Déjà, on a Carla Bruni qui propose de faire une chanson de campagne, et de l’intégrer subtilement dans son prochain album. Elle m’a envoyé les paroles, ça fait : « Mon Nicolas en chocolat, tu fond dans la bouche… »

MARCEL : Non, ça va pas passer. A la limite, si c’est Sardou ou Renaud qui interprète, on en rediscutera, mais Carla Bruni n’a pas vraiment l’image d’une chanteuse militante.

MICHELINE : Et puis je doute que fondre dans la bouche fasse partie des qualités essentielles d’un bon président.

MARCEL : Je songeais plutôt à partir sur un trip super héroïque.

MICHELINE : Genre Super-Sarko ?

MARCEL : Exactement, Super-Sarko. Ca fait un bon contraste avec le président normal de l’autre coté.

ROBERT : A son sujet, vu qu’il s’appelle Hollande, vous croyez qu’il y a moyen de faire croire qu’il est immigré ?

MARCEL : Note l’idée dans un coin, mais je ne pense quand même pas que les gens soient cons à ce point là.

MICHELINE : Bon, Super-Sarko, alors. On commence par quoi ?

ROBERT : Par le logo ! Un bon super-héros, ça a un bon logo. Regardez la chauve souris de Batman, le slip de Superman…

MARCEL : C’est toi notre graphiste, tu proposes quoi ?

Robert crayonne sur un carnet pendant une minute, fébrile. Il montre finalement le résultat à ses camarades :

Super Sarko

Il y a un instant de silence, pendant lequel Micheline et Marcel regardent le dessin.

MARCEL (sceptique) : Hum…Tu sais que j’adore ce que tu fais, Robert, mais là j’ai un doute.

MICHELINE : Disons que l’aigle…

ROBERT (très fier) : Mais justement, l’aigle, ça fait Napoléon, empereur, tout ça ! Ca rappelle un des grands hommes de la France. Et en plus, il paraît que lui aussi il était petit…

MARCEL : Non, mais vraiment, je crois qu’on ne va pas pouvoir garder.

MICHELINE : A la réflexion, il y a peut-être un problème avec les initiales.

MARCEL : Bon, on laisse ça de coté, on y reviendra plus tard.

MICHELINE : Et pour les super pouvoirs ?

MARCEL : Pardon ?

MICHELINE : Ben oui, si c’est un super héros, il lui faut des super pouvoirs. Sinon, il aura juste l’air super con, et ça il peut très bien y arriver sans nous.

ROBERT : On a qu’a surfer sur l’affaire Bettencourt…Développer un truc autour de ses supers pouvoirs de fraudeur, quelque chose du genre…

MARCEL : Non, ça ça marcherait si on visait la mairie de Marseille, mais pour la présidence, quand même, il faut éviter de trop se vanter partout d’avoir détourné la moitié du PIB du pays pour s’acheter des ray-ban.

MICHELINE : Bah, pourquoi pas ? C’est l’esprit Tapie.

MARCEL : A mon avis, faut s’en tenir aux valeurs sûres. On en fait un super-flic, qui éradique la criminalité. On demande à Zemmour de nous parler un peu d’insécurité, et paf, l’affaire est dans le sac.

MICHELINE : Faudra vraiment qu’on envoie une carte à Ruquier pour le remercier de l’avoir fait démarrer, Zemmour. C’est bien le seul animateur assez con dans le PAF pour faire ça.

MARCEL : Et en plus, on a une super histoire, pour évacuer le problème du premier mandat. On va lui faire faire le discours du repenti. « J’ai fait des erreurs, mais je le regrette, et je reviens tout gentil ». Comme Hulk, mais en plus présentable.

ROBERT : Sinon, on peut aussi dire qu’en vrai, il a fait un super mandat. Insister sur l’aspect disciplinaire, le mec qui a maté la criminalité au fouet, tout ça…

MICHELINE : Oui, enfin en vrai si on regarde les chiffres, il a pas maté grand chose hein.

MARCEL : Ca, c’est pas bien grave, on pourra toujours mentir sur les chiffres.

ROBERT : Moi je disais ça parce que j’ai un logo génial, pour « Super-Mandat »

Il montre ce qu’il griffonnait effectivement depuis plusieurs minutes.

Super Mandat

MICHELINE (après un instant de réflexion) : Je pense qu’il faut laisser tomber les logos, j’ai l’impression qu’il n’y a rien à en tirer.

ROBERT (boudeur) : Bon…Mais si la campagne a l’air trop austère, vous viendrez pas vous plaindre.

MARCEL : Allez, fait pas la gueule. Il nous reste le principal à décider : il nous faut un hymne.

MICHELINE : C’est vrai qu’un super-héros sans musique…

MARCEL : Mais surtout, sans paroles hein. Rappelez vous la première leçon du bon publicitaire, plus on parle et plus on risque de dire une connerie. Royal avait fait l’erreur il y a cinq ans, et on se souvient du résultat.

ROBERT : Ah non, moi je me souviens pas.

Micheline va vers l’ordinateur et lance le morceau sur youtube.

ROBERT (après un silence) : Ah ouais…Ceci dit, en changeant quelques mots ça ferait pas mal dans un stade de foot, pour les supporters de Saint-Etienne.

MICHELINE : Tu m’étonnes qu’elle ait perdu après ça.

MARCEL : Donc on est d’accord, pas de paroles ?

MICHELINE : Ca me paraît plus sur. Il nous faut toujours un compositeur, par contre.

ROBERT : On a qu’à demander à Hans Zimmer. Ca plaît aux jeunes.

MARCEL : Je me suis renseigné, figure toi. Mais le type voulait recréer les chœurs de l’armée rouge avec des nains, et leur faire jouer de l’accordéon électrique sur une reprise électro du thème de Fort Boyard. Il disait que ça symbolisait bien le lien entre tradition et futur de la France.

MICHELINE : Et alors, tu aimes pas l’idée ?

MARCEL : Si, mais cette année nos frais de campagne sont surveillés, et d’après notre avocat, « 200 nains accordéonistes » ça ferait tiquer le tribunal.

ROBERT : Si c’est une question de prix, je peux essayer de bricoler quelque chose sur le synthé de mon petit fils.

MARCEL : Tu sais faire de la musique, toi ?

ROBERT : Non, mais ça doit pas être bien compliqué d’appuyer sur des boutons.

MARCEL : Bon, ben vendu alors.

MICHELINE : En plus, ça va largement faire baisser les prix de campagne si on travaille comme ça en interne. On pourra se redistribuer le surplus de budget en primes de salaire.

MARCEL (se levant) : Bon, eh bien, je pense qu’on a bien travaillé. Il est déjà 19h30, je propose qu’on aille manger, le parti nous a réservé une table chez Ducasse, ça ferait prolo d’arriver en retard à cause du travail.

ROBERT (se levant à son tour) : Oh cool ! Vous pensez qu’on aura le temps pour prendre plusieurs plats ?

FIN DE TRANSMISSION

Et voilà comment on se retrouve avec ça :

Cet espèce de machin simpliste, aux synthés tellement cheap qu’on les croirait sortis d’une BO de Giorgio Moroder dans les années 801, ou d’un obscur jeu de simulation PC du début des années 2000. Quelque part entre two steps from hell et le générique de Fort Boyard, il y a ça, l’hymne de campagne 2012 de Nicolas Sarkozy2.

Je dirai bien qu’en entendant ça, on se dit qu’il méritait de perdre mais :

ADDENDUM
DEUXIEME REUNION DES RESPONSABLES COMMUNICATION DE LA CAMPAGNE 2012 DE FRANCOIS HOLLANDE (DESCRIPTION DE LA RETRANSMISSION VIDEO, EXTRAIT)

CHRISTIAN : Meeeeeerde, vous avez entendu le clip de Sarko ?

SYLVIANE (se prenant la tête dans les mains) : Ouais, ils ont fait fort, les connards d’en face.

BERTRAND : Moi, je le dis depuis le début qu’on aurait pas du leur laisser Robert. Ce mec est tellement con qu’il trouve toujours des concepts de pub géniaux.

SYLVIANE : Bon, du coup on a pas le choix…

CHRISTIAN : Ouais, faut surenchérir

SYLVIANE : Et pas qu’un peu ! Nous… (elle a un sourire carnassier) on va ajouter des paroles !!!

  1. Et attention, j’aime bien Moroder, hein. Mais il avait l’excuse de son époque, et il utilisait ses synthés autrement mieux que le compositeur de ce truc
  2. J’en profite pour préciser que le concept de l’article est emprunté honteusement aux Inconnus, et à leur génial sketch des publicitaires. Donc voila, si vous ne le connaissez pas allez voir sur youtube, c’est beaucoup mieux que ce que vous venez de lire

Dommages de Hollande

Brassens n’a vraiment pas de chance.  Artiste talentueux, il avait demandé à être enterré sur la plage de Sète à sa mort1, ce qui ne lui a pas été accordé. D’ailleurs, dans ce cas, on ne dit pas ensablé sur une plage ? Ca paraîtrait plus logique non ?

Bon, je diverge. Toujours est-il qu’en plus de ça, il faut que de petits rigolos viennent jouer avec ses chansons pour faire des détournements douteux. Des fois, la vie est dure, même pour les morts.

Brassens

Dans mon pays sans exception
J’ai mauvaise réputation
Dès que je fais passer une loi
On dit qu’je fais n’importe quoi.
Je ne fais pourtant de tort à personne
Et ma politique je la trouve bonne
Mais les français n’aiment pas que
Leur président soit plus mou qu’eux
Non les français n’aiment pas que
Leur président soit plus mou qu’eux
Tout le monde médit de moi
Surtout Marine, ça va de soi.

Le jour du 14 juillet
Je me souviens qu’on m’a hué
Non vraiment je ne comprend pas
Qu’ai-je fait de pire que Nicolas ?
Je ne fais pourtant de tort à personne
Mais les gens toujours gueulent et ronchonnent
Mais les français n’aiment pas que
Leur président oublie ses voeux
Non les français n’aiment pas que
Leur président oublie ses voeux
Tout le monde me montre du doigt
Comme Sarkozy, ça va de soi.

Et je suis toujours malchanceux
Même quand je crois être astucieux
Et avec mon casque de scooter
J’ai fait marrer la France entière
Je ne fais pourtant de tort à personne
Quand parfois, comme ça, je trompe bobonne
Mais les français n’aiment pas que
L’président pense avec sa queue
Non les français n’aiment pas que
L’président pense avec sa queue
Tout le monde se rue sur moi
Pour Mélenchon, ça va de soi.

Y’a pas besoin d’être Apathie
Pour d’viner l’sort qui m’est promis
Aux élections, on fera tout
Pour me mettre au fond de l’Égout.
Je ne fais pourtant de tort à personne
Malgré ça tout l’monde veut que j’abandonne.
Car les français n’aiment pas que
Leur président se foire copieux
Non les français n’aiment pas que
Leur président se foire copieux
Tout l’monde rira que j’aie perdu
Même le PS, bien entendu !

 

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  1. Cf la chanson Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, que je vous recommande