Grande projection-débat de la Sociologue & l’Ourson dans ta téssi, gros !

Cinéma La Cane (1)

 

Chers tous,

Nous vous donnons rendez-vous le 14 juin 2016 au Cinéma La Cane de Montfort-Sur-Meu (35) à 20h30 pour assister à une grande projection-débat du film La Sociologue et l’Ourson d’Étienne Chaillou et Matthias Théry ! Venez nous rencontrer en vrai, venez parler avec nous de famille, de mariage, d’homoparentalité, et d’autres problématiques liées aux droits des LGBT, et puis si vous ne voulez pas parler, vous pourrez toujours rester après la projection pour qu’on puisse passer un bon moment ensemble. Toutes les informations sont disponibles ici, aussi. Le tarif est de 4€.

Gwenadu la pénurie !

Ce que je m’apprête à vous révéler est très personnel, vous ne me verrez plus jamais de la même façon, j’implore votre indulgence, j’espère que vous serez assez tolérants pour m’accepter comme je suis avec ma différence, vous savez pour moi aussi c’est dur à vivre, c’est dur de m’accepter tel que je suis, malgré tout viser la Lune ça me fait pas peur, mais quand même tout cela est intime, enfin voilà : je suis Breton. Pfiouh ça y est c’est dit.

Être breton, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il y a du cidre dans ton biberon, que tu fais une réaction allergique quand on te sert du beurre doux, que tu es constitué à 30% de kouign-amann et à 35% de caramel au beurre salé, et que tu répands la bonne parole des galettes de blé noir et des crêpes de froment. Tout ça, c’est ce qui nous donne un côté sympathique, un peu folklore, c’est ce qui vous donne envie d’avoir un copain breton, parce que même s’il pleut tout le temps chez eux, on se marre quand même bien chez Marianig et Goulvenez1, bien qu’ils tiennent beaucoup mieux l’alcool que nous.

Après, être breton, c’est aussi faire quelques conneries de temps en temps, et ce avec ou sans cidre2. Non, je ne veux pas vous parler de Nolwenn Leroy que je respecte infiniment, je préférerais évoquer le drâââââââme de l’écotâââââxe. Et oui, on a voulu imposer l’écotaxe aux Bretons, apparemment c’était plus grave encore que de leur imposer de se débarrasser de leurs albums d’Alan Stivell. Paf, bonnets rouges, méga rébellion. L’écotaxe, pourtant, c’était un dispositif qui permettait pourtant d’inciter les agriculteurs à éviter de faire venir leurs marchandises de trop loin, ce qui aurait donc eu pour effet de diminuer la pollution et de favoriser le développement des commerces locaux.3 Visiblement, ça n’a plu à personne, et depuis, plus d’une centaine de portiques bordent nos belles routes bretonnes, des portiques aussi moches qu’inutiles.

Or donc, je poursuis ce petit exposé avec un exemple plus récent. Vous n’êtes pas sans savoir qu’en ce moment la France gronde contre la loi Travail, un grondement qui se fait particulièrement entendre en Bretagne et plus particulièrement à Rennes, même si ça implique de se faire encercler sur la place Charles de Gaule et de se faire éborgner. En Bretagne on gronde, tout le monde gronde, et les routiers bloquent l’essence, créant une situation quasi-apocalyptique. Imaginez un monde sans carburant. Mon Dieu, il va falloir marcher pour aller chercher le pain, prendre son vélo pour aller au cinéma et prendre le train pour aller travailler, ou éventuellement covoiturer avec ceux qui ont encore de l’essence. Bon, j’exagère, il faut bien reconnaître que c’est carrément gênant, même si c’est quand même symptomatique d’une société un peu trop dépendante de sa voiture. PASSONS.

Terreur donc en Bretagne face à cette pénurie. C’est plus la Bretagne ici, c’est les bureaux d’une entreprise d’informatique la veille de l’an 2000. Ce ne sont plus des bretons, c’est Marion Maréchal-Le Pen à une gay pride. Les gens sont fous et se précipitent donc tous vers toutes les stations essence de la région, que le réservoir de la voiture individuelle soit plein ou pas, mieux vaut prévenir que guérir. Au lieu d’attendre que la situation reprenne un cours normal et d’économiser l’essence encore présente dans les stations, tout le monde préfère vite faire le plein avant la rupture. Comme si les stations service avaient besoin d’un réapprovisionnement tous les deux jours. Voilà comment les bretons ont :

1) réussi à mettre leur région en situation de pénurie d’essence en moins de vingt-quatre heures ;

2) réussi à créer des embouteillages monstrueux à l’entrée de Montfort-sur-Meu, petite ville de 8000 habitants, dès lors que la nouvelle du réapprovisionnement de la station Total s’est propagée, et bloquer l’accès au Super U local et au nouveau lotissement des Tardivières.

Je riais donc de ce spectacle surréaliste, comparable à la scène de Kirikou quand il débloque la source qui abreuvait le village (L’EAU EST LÀ !), quand j’entends : « Enfin de toute façon, le plus chiant c’est la poignée de branleurs qui bloquent les raffineries et qui emmerdent tout le monde ». Sauf que non, mon coco. Les grévistes ne sont pas des branleurs, les manifestants ne sont pas des randonneurs bruyants, les syndicats ne sont pas des petits teigneux. En gros, quand on bloque le pétrole, c’est pas pour le plaisir de le bloquer, encore moins par flemme de faire son travail ou autre prétexte étrange. C’est pour protester contre un gouvernement qui fait passer en force une loi rétrograde sur le travail. C’est pour toi, pour moi, pour nous, pour ton présent et ton avenir. Et ça a des chances de marcher ! À en croire cette récente publication sur la page Facebook du gouvernement, les sphères dirigeantes pourraient bien commencer à avoir un peu peur de toute cette contestation. Plus facile d’éborgner un manifestant que de faire face à une pénurie d’essence nationale. Non, mon chou, les français ne sont pas pris en otage par les grévistes. Une prise d’otage, ce n’est pas juste devoir attendre dans sa voiture le temps que tout le monde ait fait le plein à la station essence, c’est légèrement plus violent. A la limite, les français sont pris en otage par le 49-3 et par l’escroquerie du « social-libéralisme » qui tient les français entre ses griffes pour encore au moins un an.

Voilà. J’aime les Bretons, j’aime le caramel et le sel de Guérande, j’aime les bigoudaines et les algues vertes, mais franchement, ça va un peu loin tout ça quand même, toutes ces conneries, non ?

Moralité de cette histoire : ne jouez pas au plus con avec nous les bretons, n’essayez même pas, parce qu’on va clairement vous surclasser. Faites gaffe. On a Vincent Bolloré. À bon entendeur.

Note : entre le début et la fin de la rédaction de cet article, j’ai découvert que les Bretons n’étaient pas les seuls touchés et que les files de voiture commençaient aussi à apparaître en Île-de-France ou plus dans le sud. J’ai tout de même préféré parler des Bretons, qui sont beaucoup plus drôles et attachants que les Parisiens et les Toulousains.

  1. D’après la rumeur, ce couple vraiment sympathique et avenant, installé dans une charmante maison à Lampaul-Plouarzel ou à Beuzec-Cap-Sizun, je sais plus bien, aurait au moins un parent en commun. D’où cette délicieuse comptine : Quand un couple divorce en Bretagne, restent-ils, restent-ils… Quand un couple divorce en Bretagne, restent-ils encore frère et sœur ?
  2. D’autant que pour se bourrer avec du cidre, bah…
  3. De ce que j’avais cru en comprendre en tous cas, merci d’adresser vos lettres d’insultes à la rédactrice en chef directement si je fais fausse route.

Épisode 8 – Le Grand Remplacement expliqué à ma cousine Gisèle

On est déjà de retour pour le huitième épisode du podcast qui ne sait pas, qui ne sait plus,  mais qui quand même est Charlie. Aujourd’hui, on vous cause Grand Remplacement, Robert Ménard, Éric Zemmour, Civitas (Kiwitasse ?) et autres chameaux, mais aussi de Mireille Matthieu. Et si vous êtes gentils, on vous emmène avec nous à Béziers (non, vraiment, ça nous fait trop plaisir <3).

N’hésitez pas à nous écouter et à nous complimenter pour notre travail d’une pertinence et d’une précision remarquable.

Épisode 7 – L’évasion fiscale expliquée à ma grand-mère

Ce ne fut pas facile d’être drôle vu comment on était énervés mais on a fait de notre mieux. Merci à notre stagiaire à la cafetière qui nous a permis de nous maintenir éveillés durant l’enregistrement, le montage a une fois encore été réalisé par Fanette.

Vous pouvez partager ce podcast avec tous les membres de votre famille ou bien avec Stéphanie des Ressources Humaines, c’est un instrument de drague comme un autre, on ne juge pas.

Sur le même sujet, j’ai posté ceci il y a quelques jours avec plusieurs liens intéressants concernant le procès LuxLeaks. Retrouvez ici le site internet du comité de soutien à Antoine Deltour, et le reportage d’Edouard Perrin pour Cash Investigation.

Merci à vous de nous suivre et de payer vos impôts en France !

La réponse du troll à lunettes à la réponse du berger à la bergère

Mon cher Éric Emmanuel-Schmitt,

Bon, globalement, j’aime beaucoup ce que vous dîtes. J’ai pas lu beaucoup de vos bouquins, mais l’envie de le faire m’a titillé plus d’une fois. Je vous suis sur Facebook, vous y dîtes des choses plutôt intelligentes, vous faîtes notamment parti de ces gens biens qui disent « Journée Internationale des Droits des Femmes » (et non journée de la femme vafairelavaissellechériemerci). Du coup, j’aime lire vos jolis posts, parfois un peu démagos (le post sur la pseudo-réforme orthographique est un bel exemple en la matière), parfois agrémentés d’une illustration qui aurait bien pu venir de Démotivateur ou autre poubelle d’internet (vous aviez d’ailleurs récupéré directement une photo de la page Facebook Saviez-Vous Que ?, pratique relativement discutable). Mais vraiment, j’aime vos mots. Les quelques lignes que vous aviez publiées après le 13 novembre m’avaient marqué par leur justesse et leur beauté.

Mais là, vous m’avez déçu.

L’objet du délit ? Cette publication postée hier, nommée énigmatiquement La réponse du berger à la bergère, en réaction à la une polémique (et l’expression relève ici du pléonasme) de Charlie Hebdo.

L'objet de la discorde

L’objet de la discorde

Vous le rappelez vous-même dans votre post, cette une problématique nous montre le chanteur Stromae fredonner son célèbre « Papa, où t’es ? », fredonnement auquel répondent les membres d’un corps, séparés les uns des autres. Et quel est le souci ? Ce n’est pas drôle. Pire, ça fait pleurer ? Ca fait pleurer les familles des victimes, et peut-être même Stromae lui-même, qui a perdu son père dans le génocide rwandais.

« On doit rire de ce qui nous fait pleurer – c’est même la fonction de l’humour – mais on ne doit pas faire pleurer en prétendant faire rire. », dites-vous en grand théoricien de l’humour. Ah, l’éternel sermon du « ce dessin est nul car il ne fait pas rire »… Merci de m’offrir une nouvelle occasion de le démonter, en toute modestie.

Très clairement, Charlie aurait pu faire une une beaucoup plus soft qui lui aurait attiré beaucoup d’amis. D’ailleurs, dans ma grande bonté, je leur avais proposé celle-ci, qui a été accueillie avec une certaine perplexité.

Avec, en page 3, une citation du Dalaï-Lama.

Avec, en page 3, un autre dessin EXCLUSIF de colombes !

Bah dis-donc, Manou ! C’est pas très Charlie, ça ! Vous qui, j’en suis certain, avez marché le 11 janvier, vous auriez pu faire un effort pour vous interroger un peu plus sur ce qu’est Charlie, non ?

Surtout que bon, c’est pas comme si c’était la première fois que Charlie nous faisait le coup. On avait déjà eu le droit à un dessin assez provoquant de la part de Riss sur ce que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi1. Un dessin monstrueux, qui avait fait pleurer le père du Aylan en question.

Et pourtant, Charlie faisait comme avant : il démontait les symboles.

L'objet de la discorde (le retour)

L’objet de la discorde (le retour)

L’idée n’était pas d’aller pisser sur le petit corps mort d’Aylan Kurdi, mais plutôt de se moquer (avec un redoutable cynisme) des dirigeants européens qui avaient ENFIN décidé d’ouvrir leurs frontières APRÈS cette photo. Pourtant, des migrants morts, il y en a vraisemblablement tous jours. La mort du pauvre Aylan n’était pas quelque chose de nouveau. Mais Aylan fut médiatisé, et c’est en quelques sortes grâce à cette mort que nos très courageux politiques européens ont décidé de reconnaître que le devoir moral leur imposait d’ouvrir leurs frontières.

Sauf que c’est plus simple, apparemment, de dire que Charlie est raciste islamophobe pas drôle inhumain. Et attention, selon un sondage de inventonsleschiffresquinousarrangent.com, 96,4% des gens qui annoncèrent qu’ils n’étaient plus Charlie (leur « incharlisme », quoi) à la suite de cette une avait marché le 11 janvier. Pour aller plus loin, je vous recommande vivement la lecture de ce post signé Caroline Fourest, qui demande certes un effort d’honnêteté intellectuel, mais vous en êtes capable et je le sais, monsieur Schmitt !

La une qui suit les attentats belges suit la même logique. Elle choque, elle gêne, elle crée le malaise. Et elle détruit le symbole. Elle en profite pour nous rappeler que, pendant qu’on active nos safety check (ça sert à indiquer qu’on est en sûreté sur les réseaux sociaux), pendant qu’on prie pour Paris et Bruxelles, pendant que les médias enchaînent les éditions spéciales plus ou moins stériles2, tandis que les politiques de tout bord récupèrent ces événements tragiques (réclamant la peine de mort pour des kamikazes, et la déchéance de nationalité pour des français) on se soucie un peu moins des morts qui s’éloignent trop de nos frontières. Le compte Twitter du Pape nous informe avec joie que « la lumière a vaincu la haine », le jour où 67 pakistanais chrétiens, dont beaucoup d’enfants, sont tués par un kamikaze taliban. Les colombes, ça va bien deux minutes.

Quel plus beau message d'amour pour la belgique que celui de Coco ?

Quel plus beau message d’amour pour les belges que celui de Coco ?

En résumé, l’humour noir n’est pas là pour vous faire rire. Au contraire, il sert à vous gêner, il crée le malaise et il interroge. Ce n’est pas la une d’un journal satirique jouissant d’une popularité imprévue qui est violente. Ce qui est violent, c’est de débarquer dans les locaux d’un journal et de tuer 12 dessinateurs. Ce qui est violent, c’est de prendre en otage et de tuer des juifs. Ce qui est violent, c’est de tirer sur les spectateurs d’un concert, sur des gens posés sur la terrasse d’un café pour fêter un anniversaire. Ce qui est violent, c’est de se faire exploser au milieu d’une station de métro, d’une gare, d’un lieu public, d’une rue. Ce qui est violent, c’est la mort des migrants sur nos côtes à cause de notre manque de courage politique. Ce qui est violent, c’est le génocide rwandais.

Merci d’éviter de vous tromper de cible, c’est pourtant pas très difficile.

Une dernière chose : personne ne vous oblige à être Charlie. Si votre défense de la liberté d’expression s’arrête aux portes de la provocation, et bah vous n’êtes pas Charlie. Et c’est pas grave, on vous en veut pas, c’est pas toujours facile non plus ! Mais dans ce cas arrêtez de vous forcer à regarder des unes que vous ne comprenez pas pour ensuite en faire un commentaire pas forcément utile, répétant avec une démagogie sans limite ce que tout le monde dit. Respectez-vous et respectez Charlie. Merci.

[Edit 1er avril 20h43 : Après s’être improvisé philosophe de l’humour, Eric a décidé d’être aussi un grand penseur de la liberté d’expression et de la spiritualité. Aussi a-t-il répondu sur Facebook à un internaute pointant du doigt l’aspect risible de son post ces quelques lignes : « Je pense – comme vous j’imagine – qu’il est inutile de blesser le cœur des gens. Dans le coeur, il y a l’histoire de chacun mais il y a sa spiritualité aussi. Là est l’intime. Donc je suis choqué qu’on se moque de la foi. Je reste d’accord pour que, par principe de liberté on puisse le faire, mais trouvé et attristé qu’on le fasse. Cordialement. E.E.S. ». Et bim ! 470 J’aime, presque autant que d’écoutes sur notre dernier podcast.

Premièrement, monsieur Schmitt, choquer les gens, même si ce n’est jamais agréable pour le choqué en question, c’est plutôt utile. Sans la photo d’Aylan, Angela aurait-elle ouvert ses frontières ? C’est le rôle du dessin satirique de choquer, désolé de vous l’apprendre.

Deuxièmement, toute cette histoire n’a rien à voir avec la foi, vous êtes à côté de la plaque.

Troisièmement, votre théorie selon laquelle la liberté d’expression doit être protégée mais ne surtout jamais être mise en application ressemble vaguement à une vaste fumisterie.

D’avance, merci d’arrêter vos bêtises, tout le monde vous regarde et vous êtes ridicule.]

  1. Pour mémoire, Aylan était un petit garçon syrien mort en fuyant la guerre.
  2. À ce sujet, je vous recommande très fortement cette courte vidéo très instructive sur le traitement médiatique des attentats.

Des paroles et déchéance

Aujourd’hui en dictature socialiste, on est revenus sur le projet de révision constitutionnelle.

« J’ai décidé de clore le débat constitutionnel », annonce solennellement notre président adoré. Comment ne pas en tomber de sa chaise, je vous le demande.

Du coup, je me suis d’abord demandé comment est-ce qu’on avait pu arriver à une décision aussi radicale, et plusieurs hypothèses se sont proposées à moi.

Première hypothèse, ce revirement de situation aurait pu venir d’un coup de gueule hystérique de la ministre du Travail. Myriam El Khomri, elle-même binationale, en a eu marre de s’en prendre plein la gueule à chaque réforme. Tandis que la réforme du code du travail la déchoit de popularité, la révision constitutionnelle veut la menacer de déchoir sa nationalité. Faut pas abuser non plus, merde ! Si elle avait su, elle aurait pas accepté ce putain de boulot, quoi !

Deuxième hypothèse, Emmanuel Macron, opposé à cette réforme, a menacé de se raser perpétuellement. On rappelle que les poils d’Emmanuel Macron sont les derniers espoirs pour la popularité de ce gouvernement, notamment auprès des femmes de plus de 55 ans, dernières soutiens potentielles de cette équipe. Pour rappel, la femme de Manu n’est autre que son ancienne prof de français, Brigitte Trogneux, 56 ans1.

Troisième hypothèse, Christiane lui a envoyé un SMS qui dirait, à peu de choses près : « Si tu annules tout, je reviens ». Mais là j’ai comme un doute.

Franchement, François, je voudrais pas être à ta place... Bon courage !

Franchement, François, je voudrais pas être à ta place… Bon courage !

En tous cas, que de chichis pour se débarrasser de Christiane de mon coeur2 ! Parfois résister c’est partir, parfois résister c’est rester, et parfois gouverner c’est totalement partir en couille entre une révision constitutionnelle qui fait parler d’elle pendant 4 mois avant d’être abandonnée et une réforme du code de travail dictée par le MEDEF.

D’ailleurs, c’est plutôt osé de vouloir oublier cette réforme si discutée précisément maintenant. On a tous le souvenir du Fanfoi héroïque après les attentats du 13 novembre, que même Christine Boutin avait salué dans un tweet (accréditant encore ma thèse de la popularité du gouvernement auprès des plus de 55 ans…). Un Président promettant une guerre sans répit aux terroristes, et les menaçant non sans un certain panache de les déchoir de leur nationalité. Même pas peur. Et puis là, en une semaine, on arrête un terroriste, la Belgique est touchée par de nouveaux attentats, on évite de justesse un projet d’attentat « à un stade avancé » en arrêtant des gens à Auteuil, c’est la merde partout dans le monde et… Et puis en fait non, tant pis pour la révision constitutionnelle, en fait. La déchéance de cohérence est sans doute plus constitutionnelle que la déchéance de nationalité.

Cette déchéance de la déchéance ne plaît pas à tout le monde. Ah non, je ne parle pas du tout des Le Pen et autres Sarkozy3 qui se réjouissent de pouvoir pointer du doigt un échec de François Hollande, comme si critiquer le gouvernement était un exercice difficile. Je parle bien de Laurence Rossignol, ministre des Droits des Femmes et de tout plein d’autres trucs, qui a évoqué la nécessité de « garantir à tous ceux qui vivent en France ET aux franco-musulmans, qu’ils y vivent bien ». Alors on embrasse bien forts les habitants de Musulmanie, ils sont bienvenus chez nous et ne risquent plus ni déchéance de nationalité, ni déchéance de religion. Gros bisous !

  1. Nul jugement dans mes propos, je montre juste que la thèse selon laquelle le gouvernement est populaire auprès des plus de 55 ans se tient assez bien.
  2. Je vous refais pas le coup de la déclaration d’amour, vous pouvez la lire ici.
  3. Des gens absolument merveilleux vous en ont parlé par là.

Épisode 2 – Remaniement ministériel

Tout de suite, celui que vous attendiez tous, l’épisode 2 du podcast qui ne sait pas, qui ne sait plus, avec de vrais morceaux de Doliprane à l’intérieur. (Si vous avez raté l’épisode 1, vous devriez quand même comprendre, mais allez quand même l’écouter ici).

Et puis si jamais vous n’en avez rien à faire, voici quelques témoignages qui devraient vous inciter à écouter notre travail :

« Oh, que vois-je ? Un nouvel épisode du podcast qui ne sait pas, qui ne sait plus ? Merveilleux ! Sur le remaniement ministériel, encore ? Oh la la, t’entends ça Julie ? On va encore bien rigoler ! » – François Hollande.

« C’est merveilleux, je savais pas que je vivais avec un humoriste. » – Le mec de Colin.

« Qu’est-ce qu’on se marre akbar ! » – Salah Abdelslam.

Indécence akbar

Lundi matin, rude journée. Après un sommeil assez court perturbé par quelques idées noires où résonnaient, lapidaires, les syllabes détachées du mot « attentats », j’avais rendez-vous avec mon destin avec un beau mec avec un concours blanc de philosophie. Le sujet, à traiter en six heures : « Que pensez-vous de cette affirmation de Rousseau selon laquelle « tout corps politique commence à mourir dès sa naissance » ?« . Franchement, sur le coup, j’en pensais pas grand-chose, de son affirmation, à Rousseau. Encore un peu affecté par le week-end mouvementé qui venait de s’écouler1, je n’ai pas résisté au piège facile de parler actualité brûlante, d’où ma conclusion que je vous résume : notre corps politique, si nous l’entendons comme étant notre cité, notre cadre de vie, doit sa survie à notre unité sans cesse renouvelée. Son équilibre est précaire et sans cesse menacée par l’homme et son imprévisibilité, mais l’unité sur laquelle elle repose est le seul moyen de la prémunir contre sa potentielle destruction.

Bref, un remix du discours juste que nous avons tous entendu, pas d’amalgame, un pays uni, merci aux fachos de rester cachés chez eux, aux homophobes de coucher avec des hommes, pour voir ― ou avec des femmes, le cas échéant, aux antisémites d’avoir plusieurs amis juifs, aux judéo-chrétiens de race blanche de manger de la pizza regina ET du couscous.

Je pensais que tout le monde l’avait compris, naïf que je suis. Sauf que voilà, c’était une erreur. Plusieurs cas de figure de gros cons se sont dit que 129 morts, c’était une bonne occasion de ramener sa haine et sa bêtise congénitale. Donc voilà un petit résumé des choses improbablement nulles qu’il ne fallait pas rater ces derniers jours.

« Le gouvernement démission ». Et oui, notre amie Nadine dont nous fêtions l’anniversaire la semaine dernière a un peu de doutes sur le fait que notre gouvernement soit de race blanche (entre Christiane, Najat et Myriam, on peut la comprendre…), et surtout qu’il soit prêt à mouriiiiiiiir pour la tesrie (ça, c’est juste très con). Nadine voudrait un gouvernement fort, un gouvernement d’hommes virils et costauds pour aller mater Daesh directement en Syrie et ailleurs. Nadine voudrait un ministre de l’Intérieur qui balance une bombe atomique sur la Syrie parce que ça éviterait les fuites d’eau. Nadine voudrait que le président finisse son discours par Fuck Daesh. Tu sais quoi Nadine ? Ta gueule.

« Hollande démission ». Et oui, on s’en fout Gilbert que tu n’aies pas voulu montrer que tu soutenais François. Et que tu l’aies fait « respectueusement », on a des doutes. À notre avis, tu es surtout un gros imbécile qui veut fermer les frontières, pour que ça soit la merde ailleurs mais pas chez nous, tu voudrais que les bougnoules se battent entre eux parce que ce sont une bande de sauvages, et tu es déjà prêt à huer le gouvernement alors qu’on a pas encore fini de mettre un nom sur nos morts. En fait, Gilbert, t’es un abruti.

« Les assistantes sociales démission ». Ça faisait un peu trop longtemps qu’on avait pas entendu un « Taubira démission ». C’était genre, il y a deux jours, à 20 heures, sur France 2, dans la bouche de Marine, comme nous l’indique excellent site internet Arrêt sur images2. Déçue d’être prise en flagrant délit de déformation de propos, Marine a dit « merde aux médias » (formule de notre ami Gilbert). Et oui Marine, Christiane tente de comprendre, elle n’essaye pas d’attiser les tensions et les haines. Genre comme toi, tu vois.

Enfin, avant-hier, soit quatre jours seulement après les attentats, alors que tous les noms de chaque victime n’est pas encore connu, l’UMP a encore raté une bonne occasion de se taire en huant notre gouvernement, nos ministres, qui en appelaient, naïfs, à l’unité nationale, à l’union sacrée. Super, les mecs, vous avez tout compris ! Vive l’unité, vive la solidarité, UNION AKBAR.

Bon, après tout ça, vous êtes perdus, et je vous comprends. Voilà donc une liste des trucs dont vous avez le droit de demander la démission.

BFM et TF1 démission. Montrer du vide à des millions de spectateurs sous le choc, entretenir la peur avec des envoyés spéciaux qui ne savent rien parce que, en toute logique, ils ne sont pas DANS le Bataclan, tout ça pour nous maintenir éveillés le plus longtemps possible devant leur chaîne, c’est nul. RMC démission aussi, vu qu’entendre parler de la sextape de Valbuena pendant trois heures m’excite m’intéresse passablement.

Les raclettes aux légumes démission. Comment vous voulez parler d’unité si vous mettez des champignons avec votre fromage fondu ? Une raclette aux légumes, ça tue la soirée, ça tue l’ambiance, ça tue l’unité. Faut tout vous dire, vraiment !

Utilisation de l’expression « cerveau des attentats » démission. Un attentat n’a pas de cerveau, un cerveau bien constitué ne fait pas d’attentats. On arrête de nous faire croire que des fanatiques réfléchissant avec leurs parties génitales éventuellement compressées par une lourde ceinture d’explosifs ont un cerveau. Ou alors c’est un cerveau collectif mal en point.

Licenciement des auteurs des guignols démission. Parce que là on a vraiment, VRAIMENT besoin de rire.

La crise démission. Y a-t-il vraiment besoin d’une explication ?

Les djihadistes démission, mais n’hésitez pas à vous reconvertir en purée, on vous aimera davantage.

On m’informe aussi qu’il serait temps que Michel Houellebecq, à l’instar de son hypothétique sexiness passée, démissionne à son tour, avant qu’il ait le temps de redire des conneries.

En attendant, on arrête de se taper sur la gueule. On se fait tous des câlins et on s’aime. Exceptionnellement, vous avez le droit de vous faire une session de Touche Pas à Mon Poste en mangeant des tartines au Nutella malgré l’huile de palme. Gros bisous, fleurs, cœurs, licornes à profusion, et merci de nous suivre.

  1. Je précise que j’avais eu l’excellente idée, prise la veille, d’aller à Paris entre le vendredi soir et le samedi après-midi. Rien de grave pour moi dans le cas où mes treize lecteurs s’inquiéteraient, j’ai juste eu peur.
  2. Que vous pouvez aller soutenir, ils en ont besoin : http://www.ulule.fr/arretsurimages

« Entre haut et bas souvent femme varie, si elle se débat c’est pour mieux dire oui »

(Les sublimes paroles qui ornent le titre de cette chronique sont signées Jeanne Cherhal.)

Je passais par là, et justement j’étais en train de me dire que ce serait bien que certains gros cons arrêtent de penser qu’une femme en politique a la même fonction que la plante verte se languissant dans votre salon.

« Ce qui n’est pas français, c’est de donner l’autorité aux femmes », avait déclaré Napoléon en 1804. En l’an de grâce 2015, certains sont encore à ce stade. D’autres ont évolué, en découvrant que finalement, les femmes en politique, ça pouvait être une bonne idée. Bah oui parce que vous voyez, une femme, ça a des seins. Et des jambes. Bien vu, trouducul !

Nul besoin d’être abonné au Point (quelle idée de toute façon) pour lire les premières lignes de l’article délicieusement sexiste de Jean-Paul Brighelli (un pote à Dupont-Aignan) : « C’est dans Annie Hall que Woody Allen développe le concept californien de LVS – la ligne visible du slip. Mercredi, Najat Vallaud-Belkacem l’a réactualisé en LVS 2 – ligne visible du soutif ». Plutôt marrant ce Jipé, il fait une habile entrée en matière avec Woody Allen, et glisse lentement mais sûrement vers la poitrine de notre ministre de l’éducation nationale, à qui nous avons déjà écrit une déclaration d’amour ici. Vous avez le droit d’imaginer Jipé en train d’écrire ces premières lignes consacrées au soutien-gorge de Najat Vallaud-Belkacem, tandis que s’animent des parties encore trop peu connues de sa propre anatomie.

Et oui, en 2015, si une femme fait de la politique, c’est parce qu’elle a un soutien-gorge qu’elle peut fièrement exhiber à l’Assemblée Nationale, dans le but de servir ses intérêts politiques. Merde alors, si on avait su.

Mais pensez-vous que l’Assemblée Nationale est dupe ? Bien sûr que non ! Ils ont bien compris le petit jeu mesquin de ces femmes politique. Et heureusement que Brighelli est là pour nous montrer que le rouge à lèvres et les boucles d’oreille de Najat Vallaud-Belkacem n’étaient qu’un « écran de fumée ». Et même si au fond d’eux, ça ne les dérange pas d’observer quelques belles formes féminines (*insérer un rire de beauf ici*), nos députés ne vont certainement pas se laisser faire face au pouvoir d’une paire de seins. D’où ce grand moment politique.

https://www.youtube.com/watch?v=BAG1MrLtAEs

Bouh, Duflot qui se ramène avec une robe à fleurs, bouh ! Ci-dessus, l’assemblée phallocratique qui a refusé l’amendement sur la taxe tampon, et qui a apparemment un peu de mal à comprendre que toutes les femmes ne sont pas particulièrement heureuses d’être traitées comme des objets.

Donc voilà, les femmes sont nommées parce qu’elles sont séductrices, elles jouent de leurs charmes pour servir leurs desseins1 politiques, et quand elles ne savent pas quoi faire elles « sucent leur stylo très érotiquement ».

La bonne femme politique est donc la femme laide qu’on ne soupçonnera pas d’avoir été choisie pour son physique, la femme blanche qu’on ne soupçonnera pas d’avoir été choisie pour sa couleur de peau, et qui si possible ne se fait pas trop remarquer puisque de toute façon, la femme politique ne peut par définition ne gagner aucun combat politique, ce domaine étant réservé strictement aux hommes. Et qu’elle n’essaie pas de l’imiter en apprenant – mal, fatalement – le code du travail par cœur, Bourdin l’attendra au tournant.

En fait, une bonne femme politique se plante. Elle est moche et elle rate ce qu’elle entreprend. En fait, la bonne femme politique, c’est Nadine Morano. Heureusement que Brighelli était là pour nous le rappeler.

Pourquoi il faut toujours que ça retombe sur moi ?

Pourquoi il faut toujours que ça retombe sur moi ?

  1. Ce jeu de mot est involontaire.

Mon sang n’a pas d’orientation sexuelle. Mon sang est abstinent.

(L’image d’en-tête est tirée du site internet de Stop Homophobie, qu’on embrasse chaleureusement et à qui on envoie des licornes ♥.)

Le don du sang pour tous, ou l’art de ne faire que des mécontents même en faisait des trucs bien. Marisol Touraine proclamait récemment, comme si elle annonçait l’abolition de l’esclavage, l’abolition d’une discrimination subsistant les hétérosexuels sains d’esprit et les homosexuels contre-nature, en autorisant le don du sang pour tous. Oui, bon, à certaines conditions. Il sera surtout ouvert à certaines personnes dont voici une liste à peu près exhaustive :
– Philippe Ariño, homosexuel catholique opposé au mariage pour tous et qui démontre que « l’amour homosexuel n’existe pas », dont nous vous reparlerons bientôt ;
– Le personnage principal de Toute Première fois, qui finalement préfère les femmes, c’est ballot ;
– Les homosexuels moches et/ou puceaux majeurs.

Enfin bref, si on veut donner son sang, il ne faut pas donner son sperme, et ce pendant un an. Pourquoi ? Parce que les homosexuels sont considérés comme des gros dégueux aux pratiques aussi contre-nature que dangereuses qui ont tous le sida à force de faire des choses très sales.

Face à cela, plusieurs réactions. Celui du facho qui dénonce l’idéologie socialiste, et qui, entre un twitt négationniste et un autre anti-kébab, va se plaindre que les pédés ont de nouveaux droits.

De toute façon, les homosexuels, qui sont des gens très sales, ne vont pas réussir à être abstinents pendant un an, ils vont forcément vouloir coucher à droite à gauche sans pouvoir refouler leurs malsaines passions, tandis que les gentils hétérosexuels savent se montrer beaucoup plus continents et sages, heureusement qu’ils sont là.

Le site internet Christ News, dont le nom-même nous montre à quel point il est inspiré par la lumière divine, nous met en garde : « selon un sondage du fabriquant de préservatif Durex, la moyenne de relations sexuelles d’un gay est de 108 ». L’histoire ne dit pas si c’est 108 sur toute sa vie, 108 par an ou 108 par semaine, personnellement, j’en suis à peu près à 108 par jours, avec 108 compagnons différents, et je suis sans aucun doute sous la moyenne.

Toujours aussi éclairé, le site internet, qui n’hésite pas à ajouter un « e » à Marisol, parce que sans « e » ça pose sans doute un problème de genre, prend en référence l’institut russe de Pathologies, la Russie étant un pays très connu pour sa grande ouverture d’esprit vis-à-vis des orientations sexuelles exotiques, assurant que non seulement le sang homosexuel (opposé au « sang classique ») permet la propagation du sida, puisque je rappelle que nous sommes TOUS atteints à cause de nos pratiques déviantes, mais aussi et surtout permet la propagation de l’homosexualité elle-même. Le sang gay rend gay. Tout cela est très logique. Manger un kébab rend arabe, se priver de charcuterie rend musulman, cuire du riz bride les yeux. Et pour rester dans le domaine scientifique, se faire greffer le cœur d’une personne décédée nous conduit irrémédiablement à notre tour vers la mort. Comme quoi, hein !

Soucieux de vérifier les sources de cet article fort instructif, j’ai cherché ce qu’était exactement l’Institut Russe de Pathologies, histoire d’être certain que ce n’était pas l’autre nom du Ku Klux Klan. Google n’en a pas trouvé la moindre trace (à part sur le site parodique Nordpresse).

Mais ce qui m’énerve le plus finalement dans cette histoire, ce ne sont surtout pas ces néo-nazis qui ne déclenchent chez moi rien de plus qu’un petit rictus amusé, et à qui on apprendrait sans doute quelque chose en leur disant que nous aussi, homosexuels de notre état, on a des globules de race blanche.

Non, ce qui m’énerve, c’est toi, toi et toi, qui ne lit que ce que les journaux ont mis en gros titre, qui réagit à chaud sur un sujet dont tu n’as pas lu trois lignes.

Parce que oui, nous demander d’arrêter de coucher pendant un an afin de pouvoir prétendre à donner notre sang, c’est pas vraiment ce qu’on appelle « l’abolition de la discrimination ». Mais ce n’est pas, comme j’ai pu le lire à travers les 140 caractères de messages énervés, « pire » que l’interdiction totale. C’est dans cette interdiction que résidait la vraie discrimination. Pas dans ce premier pas vers l’égalité des droits.

Et puis plutôt que de réagir à chaud sur des gros titres, sur des hashtags, est-ce qu’on ne pourrait pas se taire et écouter Marisol parler ?

L’abolition totale de la discrimination est prévue pour 2017. Une véritable avancée est promise, et ce n’est pas vraiment ce que j’appelle une « nouvelle stigmatisation ». Alors on a le droit de ne pas croire à ces promesses de la ministre de la Santé, mais en attendant, le débat sur le don du sang pour tous avance plus, et connaît des réalisations bien plus concrètes que ceux sur la PMA et la GPA qui sont lentement repoussés vers l’abîme de l’oubli. Oui, nous demander d’être abstinents pendant un an pour donner notre sang est encore discriminant, mais cette situation est appelée à changer. C’est un premier pas vers l’égalité, une période de test qui rassure les demandeurs de sang face au risque du sida et contribue à construire, lentement, le majestueux tombeau de la discrimination.

En résumé, ce qui est grave, ce n’est pas d’ouvrir de façon temporairement limitée le don du sang aux homosexuels. Ce qui est grave, c’est de penser que les pratiques homosexuelles sont forcément liées au sida, et de jouer sur cette peur en faisant parler les chiffres qui jouent contre nous. Les chiffres, parce que rien de plus solide ne peut justifier notre exclusion totale du don du sang. La vraie discrimination, la vraie stigmatisation, elle est là. Mon orientation sexuelle n’est pas dangereuse. Mon sang n’a pas d’orientation sexuelle. Mon sang est abstinent.

Que ceux qui trouvent cette loi stigmatisante cessent de se plaindre, qu’ils désobéissent. Quand on veut donner son sang, ce n’est pas vraiment compliqué de se faire passer pour hétérosexuel, même si c’est encore plus facile de cracher sa colère en 140 caractères sans agir. En attendant 2017 et l’égalité des droits, si on pouvait se montrer un peu plus sympathique avec le gouvernement qui nous a permis de nous marier, d’adopter, et bientôt de donner notre sang, ça serait sans doute une bonne idée. Après, si vous voulez vraiment vous indigner, il y a Robert Ménard et Nadine Morano, voire notre ami le 49-3.