Et si on regardait un film, une fois

Cette semaine, pas tant pour emmerder le monde que pour vous réconforter, un peu de cinéma belge. Notez qu’il s’agit des premiers qui me sont venus à l’esprit, mais je ne serais qu’à moitié surprise d’apprendre que nombre d’autres de mes films préférés sont belges. Je veux dire, le nombre de fois où j’ai découvert la belgitude d’un personnage marquant de mon enfance dépasse l’entendement. Là vous pourriez légitimement me répondre « Meuf, tes parents t’ont appelée Fanette, a priori ils devaient pas trouver que vous habitiez du bon côté de la frontière. » et il n’est pas impossible que vous ayez raison. Il faudra que je leur demande un jour. Mais venons en aux faits. Enfin aux films.

D’abord et c’est obligé parce que c’est un classique : Dikkenek.

Toute personne ne rigolant pas devant ce film se verra attribuer pour une durée indéterminée (allant jusqu’à ce qu’il se retire l’aspirateur qu’il a dans le derrière) le qualificatif d’ « excessivement ennuyant ». Arriver volontairement à un tel niveau de connerie et de n’importe quoi tient du pur génie, tant au niveau de l’écriture qu’au niveau de l’interprétation. (Et si vous avez Netflix, le film y est, vous n’avez même pas besoin d’aller fouiner dans la médiathèque de votre bled ou de tomber dans l’illégalité pour le voir.)

Dans un registre moins festif : Le Gamin au vélo (ou tout autre film des frères Dardenne mais j’ai une tendresse particulière pour celui là).

Je ne sais plus qui j’ai entendu dire que les jeunes radicalisés étaient tombés dans le djihad comme ils seraient tombés dans la délinquance. C’est peut-être vrai, ou peut-être pas, j’en sais trop rien à force d’entendre de prétendus experts dire tout et son contraire on finit par ne plus trop savoir quoi penser. Est-ce que si Cyril avait croisé un recruteur au lieu d’un dealer il aurait plongé tout pareil ? Je n’ai pas de réponse. Je vous laisse regarder le film, vous poser toutes ces questions, en débattre avec vous-même (et si vous voulez en discuter y’a notre Facebook, notre Twitter et notre mail dans la colonne de droite).

Et enfin C’est arrivé près de chez vous :

Attention, c’est assez violent, dans le contexte actuel ce n’est pas forcément ce que vous avez envie de voir. C’est aussi très drôle, mais au dernier degré de l’humour noir. Ce qui peut être cathartique pour certains ou un peu traumatique pour d’autres. C’est à vous de voir. Et puisque j’y suis, je présente mes excuses à la dame qui en commentaire des attentats de mardi a dit « C’est arrivé près de chez nous. » pour le fou rire nerveux que cette remarque m’a provoqué.

Pour plus de suggestions de films belges, vous pouvez remonter le fil Twitter de L’étagère.

Et peu importe le film que vous choisissez de regarder, qu’il soit belge ou non, n’oubliez pas de vous faire un chocolat chaud (si vous regardez en famille) ou de vous ouvrir une bière (si vous êtes entre copains). Des câlins pour vous tous.

Les cons, ça tweete tout ?

Est-ce tricher que de vous parler d’un film dont je vous ai déjà parlé ? Je ne sais pas, et comme c’est moi qui fait les règles de toute façon, on va dire que non, puis qu’on s’en fout, et je vais encore vous parler de Fatima. Soria Zeroual (qui joue Fatima) et Philippe Faucon (le réalisateur) étaient sur le plateau d’On n’est pas couché (et on se demande bien pourquoi on est encore devant la télé à une heure pareille) pour la sortie DVD du film. Et disons que … Twitter n’a pas connu ce soir là ses heures les plus glorieuses.

Et toi tu sembles ne pas avoir changé d’idée depuis 1632.

Alors ça y est ? François Hollande a réussi à inverser la courbe et à nous ramener au plein emploi et on ne me dit rien ?!

« Notez que moi l’emploi correct de la négation et des majuscules je me le fous au cul, mais j’ai le droit parce que le hasard a voulu que je naisse dans ce pays plutôt que dans un autre. »

Je… Kamoulox ?

L’engrenage infernal de la radicalisation. On commence par porter des rangers et avant même de s’en rendre compte on participe à un défilé du FN et on vomit sur Twitter.

Soutenez la thérapie de ces gens qui se sentent menacés dans leur identité par un foulard rose à fleurs, et voyez Fatima, au cinéma s’il y est encore par chez vous, ou en DVD puisqu’il est maintenant disponible et non, je ne touche rien pour faire la promo des films, cette rubrique est surtout un prétexte pour afficher publiquement la connerie humaine (et partager avec vous les films qui m’ont plu mais cet aspect est entièrement subjectif).

Et en parlant de connerie humaine, elle est plutôt pas mal représentée sur le forum de jeuxvideos.com. Allez, juste pour rire, essayez de deviner de quel film nos deux amis parlent ici :

pattaya jvcom

Alors ? Le premier qui trouve gagne un Malabar bigoût à peine entamé. Personne ? Allez, je vous le dit, c’est Pattaya. Oui, oui, JVC_DTC pense qu’un môme de cité est trop con pour faire la différence entre une comédie complètement débile et la réalité. Imaginez si on faisait la même avec Les Bronzés font du ski :

Vous le trouvez pas dangereux ce film ?

Les petits du XVIème s’identifient aux styles vestimentaires, aux expressions. A tout ce langage qui les restreint, vous allez me dire qu’ils ont pas besoin de ça mais c’est pire alors, ça les conforte dans ce qu’ils sont ! Ils creusent l’écart qu’ils ont déjà avec les genre normaux … Le pire c’est qu’après ça viendra chialer que ça n’a pas de meuf alors que ces mecs draguent comme des moitiés de chauves en portant des combinaisons de ski orange à toutes les occasions…

Je comprends pas la démarche.

Nous sommes d’accords pour dire que c’est parfaitement ridicule. Alors faites donc chier tous ces cons, et ce week-end allez au cinéma.

Merci Bernard !

Cette semaine, je ne vous conseillerai qu’un seul film. Non, ce n’est pas de la flemme, c’est simplement que vous aurez envie de le voir deux fois (ou alors c’est que vous penchez très fort sur la droite mais je vois pas bien ce que vous feriez dans notre petit repère de dangereux gauchistes). Il s’agit bien sûr du film que vous ne verrez pas chroniqué dans Le Parisien :

merci patronVoici donc les cinq bonnes raisons d’aller le voir :

1. C’est la meilleure adaptation de Robin des Bois jamais réalisée. Ou de David et Goliath si vous êtes d’humeur plus mystique.

2. Vous vous payerez une bonne tranche de rigolade avec vos camarades de séance, et ce au dépend de vrais responsables de la non inversion de cette putain de courbe du chômage (et de l’existence même de la dite courbe) et dans cette époque troublée, peut-on vraiment se dispenser de passer une joyeuse heure et demie avec des inconnus ?

3. Le film vous donnera la patate pour la semaine, et en cette époque troublée, serait-ce bien raisonnable de s’en passer ?

4. Vous soutenez le cinéma indépendant ET le journalisme casse-couille et en cette époque troublée tout ça tout ça.

5. Les journalistes du Parisien (qui fait partie du groupe LVMH qui appartient à Bernard Arnault) ont été priés de ne pas chroniquer le documentaire. Vous pouvez donc faire chier le censeur (qui que ce soit dans la hiérarchie) avec cette petite série d’actions simples : mettre votre manteau et vos chaussures, marcher/prendre votre voiture/prendre le métro jusqu’au cinéma le plus proche diffusant le film et dire « une place pour Merci Patron s’il-vous-plait » à l’ouvreur avec votre plus beau sourire. (Optionnel : vous pouvez poster sur les réseaux sociaux une photo de votre billet et/ou un selfie de votre mine réjouie en sortant et l’envoyer aux comptes suivant : @le_Parisien et @LVMH).

 Alors n’attends plus, camarade, et n’oublie pas que tu vaux mieux que ça.

Paul is back

Alors que j’ouvre mon nouveau site favori, Plugged-in, dont je vous parlais déjà la semaine dernière, quelle n’est pas ma surprise de me voir proposer d’acheter mes places pour Miracle from heaven avec Jennifer Garner un film dont l’affiche nous présente une fillette, inondée de lumière comme dans tout bon film religieux qui se respecte, en train de faire un câlin à un arbre. Ce n’est absolument pas ce que je cherche, déjà parce que ça m’a l’air complètement cucul et qu’en plus je ne veux pas voir des films sponsorisés par la morale chrétienne, je suis là pour savoir quels films leur chamboulent le crucifix. Et figurez-vous que ces andouilles sont allés voir Zoolander 2. Et ça nous les a effectivement tout chambouler.

En même temps quand t'es chamboulé par un bisou dans le cou, tu vas pas voir un film où ça se cramponne à des seins sur l'affiche quoi.

En même temps quand t’es chamboulé par un bisou dans le cou, tu vas pas voir un film où ça se cramponne à des seins sur l’affiche quoi.

Encore une fois, leur critique est (involontairement) hilarante, mais pleine de spoilers. Elle est écrite par le même bon chrétien que celle de Deadpool qui a notamment tiqué sur des érections que j’avoue ne pas avoir remarquées moi-même, ce qui me fait vraiment soupçonner une sexualité exotique refoulée chez notre camarade. Faites preuve de solidarité mes amis, ne laissez pas Paul être chamboulé tout seul, soutenez sa découverte de lui-même et son coming-out prochain : allez voir Zoolander 2.

Si d’aventure vous êtes d’humeur moins badine et peu enclin à la pop culture, ce n’est pas grave. Vous n’êtes pas sans savoir que Fatima a été fort consacré aux César. Ceci a eu deux effets. Premier effet : la fachosphère a chié tellement de pendules sur Twitter qu’il est heureux que la Suisse ait décidé d’assurer son PIB grâce à l’évasion fiscale plutôt que grâce à l’horlogerie :

Deuxième effet de cette consécration : le film est ressorti dans plusieurs salles, ce qui vous permet d’aller le voir pour en faire, en plus d’un succès académique (ça se dit ça ?) un succès public et défriser encore plus ces imbéciles qui n’aiment que les cheveux raides.

Si après ça il vous reste un peu de temps libre, certaines des suggestions des semaines précédentes sont encore à l’affiche. Et si au fil de vos pérégrinations vous tombez sur une critique particulièrement raciste, homophobe, misogyne ou juste très très con, n’hésitez à partager avec les petits camarades.

Changez le monde, allez au cinéma.

Cette semaine encore, je viens vous recommander des films que les cons de base n’aimeraient pas voir exploser au box office au motif que ça bouscule leur petit ordre établi qui ne profite qu’à eux (quand, vous l’aurez compris, on est ici en faveur d’un ordre établi qui profite à tous).

Pour commencer un petit update : la semaine dernière, je vous parlais du recours de l’association Promouvoir contre Les Huits Salopards de Quentin Tarantino et bonne nouvelle : ce recours a été rejeté. Dans l’cul Lulu comme on dit dans des endroits où on ferait mieux d’arrêter d’inventer des expressions.

Et pour occuper votre week-end, cette semaine j’ai deux films à vous conseiller. Le premier c’est :

free love

dont La Croix dit :

Ce film sur le combat d’un couple de femmes aux États-Unis, quoique inspiré de faits réels, s’égare dans une mise en scène trop lacrymale en voulant souligner la grande histoire derrière la petite.

Ce n’est pas vous spoiler que vous dire que « la grande histoire derrière la petite » est celle de l’égalité pour les couples de même sexe, rien que ça. Une cause dont La Croix ne fait visiblement pas grand cas. Ce ne sont pas les seuls à faire ce reproche au film cela dit, mais ce sont les seuls à sortir que le meilleur personnage est … un personnage d’homme hétéro (allez voir l’article, mais après avoir vu le film !) et dans un contexte pareil, il fallait oser, La Croix l’a fait (et le journaliste en question est une journaliste, des fois faut pas chercher). Alors faites donc chier ceux qui ne s’identifient pas aux personnages qui sont du bon côté de l’histoire, allez voir Free Love.

Ensuite je vous conseille :

demainJ’avoue, je triche un peu, je n’ai aucune critique débile à vous fournir au sujet de ce documentaire. Mais il n’en reste pas moins que les gros bonnets de l’agro-alimentaire (coucou Monsanto) feraient sans doute la gueule si on se mettait à appliquer les solutions apportées dans ce film notamment en matière d’alimentation. Et ce sont manifestione des solutions qui fonctionnent et qui sont à la portée de tout le monde (et en plus elles créent des emplois, mais qu’est ce qu’on attend bordel ?). Alors oui, ce film est parfois un peu niaisement idéaliste (en même temps c’est Mélanie Laurent alors c’est plutôt attendu), mais depuis le temps qu’on est assis sur nos culs à chialer sur nos sorts comme des abrutis, on s’en serait rendu compte si c’était une stratégie efficace pour quoi que ce soit. Alors rendez-vous service : informez-vous, renseignez-vous, allez voir Demain et ça serait bien le diable si ça faisait chier personne !

Bon week-end, et s’il vous reste un peu de temps libre, nos précédents conseils sont ici.

Promouvons le beau travail

Toujours dans l’optique de vous aider à occuper votre week-end de manière ludique et poil à gratter pour le club des coincés de l’oignon, je m’en vais vous donner quelques petits conseils culturels afin d’augmenter (à ma faible mesure) le succès de quelques travaux que les empêcheurs de s’amuser en rond aimeraient voir échouer.

Et parmi les empêchés de la gaudrioles, on trouve Valeurs Actuelles qui n’aime ni Sophia Aram, ni Vincent Dedienne. Pourquoi cela ? Et bien parce que ces mécréants osent caricaturer leur prophète se moquer des ayatollah de la Manif Pour Tous, les ptits bâtards ! Un personnage récurrent des chroniques de Sophia Aram est une certaine « Ludovine de la Malbaise » et toute ressemblance avec un personnage existant ou ayant existé ne serait que coïncidence fortuite. Et quand Sophia Aram joue Ludo de la Malbaise, ça leur froisse le jupon à la Manif Pour Tous. Dans ma grande mansuétude, pour vous aider à aider les dits jupons à être froissés (ce qui vraiment ne pourra pas leur faire de mal), je vous ai donc fait la « compil de la Malbaise » (si jamais j’ai oublié un épisode, faites signe, mais de mémoire ils sont tous là) :

Episode 1 : Nicolas II le retour
Episode 2 : Oui à la droite qui donne la gaule
Episode 3 : C’est une maman en colère que vous devant vous (featuring Najat Vallaud Belkacem)
Episode 4 : Y’aura-t-il du kébab à Noël ?
Episode 5 : Le Taubira blues

Quand à la chronique de Vincent Dedienne, qui est la base de l’article de nos copains de Valeurs Actuelles vous la trouverez ici. Le dernier à aller la regarder est fan de Tugdual Derville1. Le même Vincent Dedienne a également fait hier un billet sur l’association Promouvoir, qui n’est, à ma connaissance, fustigé nulle part mais qui me permet une habile transition, l’association en question étant partie en croisande contre Les Huit Salopards de Quentin Tarantino.

hateful 8

Pour ceux qui ne connaissent pas Promouvoir, il s’agit d’une association catholique à tendance intégriste fort mal nommée puisque le seul but de son existence semble être de faire retirer les visas d’exploitation des films où on voit un peu trop de sexe et/ou de violence. A leur tableau de chasse ils ont jusque là : Baise-moi, Love, Antichrist, La Vie d’Adèle, Nymphomaniac et Saw 3D. Nul besoin d’être cinéphile pour piger, en voyant cette liste, que leur plus gros problème, c’est le sexe. Mais dans le cas présent, le problème serait plutôt la violence (à moins que, mais je ne veux spoiler personne). Alors, est-ce que le film est réellement violent ? J’ai envie de vous dire que c’est un western (genre rarement bucolique en soit) de Quentin Tarantino et là encore, même sans avoir une culture cinéma particulièrement poussée, on sait juste avec ses informations que ce qu’on va voir n’aura rien à voir ni sur le fond, ni sur la forme avec La Petite Maison dans la Prairie ou alors Charles Ingalls a sérieusement pété un plomb.

Mais là n’est pas la question, je refuse de voir des valeurs chrétiennes d’un progressisme aussi inexistant que le sens de le sens de l’humour chez les djihasites décider quels films ont le droit d’arriver sur nos écrans. Alors faites chier Promouvoir avec la dernière énergie, allez voir Les Huit Salopards !

Et s’il vous reste du temps libre après tout ça, les films que je vous ai conseillé la semaine dernière sont encore en salle. Bon week-end !

  1. Oui il existe, oui c’est un pote des deux autres.

Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres

Le week-end approche et vous ne savez pas bien quoi faire de vous-même pendant ces 48h de liberté ? Vous voudriez en profiter pour emmerder les cons, mais votre temps libre est déjà limité et vous aimeriez bien en profiter ? Nous avons la solution. Allez voir des films que les emmerdeurs ne veulent pas voir exploser au box office.

Alors attention, vous ne trouverez pas ici de critique sur la cinématographie, l’intrigue et toutes ces sortes de choses. Beaucoup de gens font ça ailleurs et bien mieux que je ne le ferais. La seule chose analysée ici est le potentiel des films à défriser les gens qui n’aiment de toute façon que les cheveux lisses (et quand on sait que certains abrutis sont dérangés par un personnage principal noir, gay ou féminin ou pire les trois à la fois, la matière ne risque pas de manquer). Mais, comme je ne tiens pas non plus à ruiner votre week-end, je ne vous conseille que des films que j’ai vus et appréciés (ce qui peut expliquer la non exhaustivité des listes), on n’est pas des bêtes.

Pour ce week-end, je vous conseille donc :

spotlightL’Eglise catholique n’a déjà pas été bien bien jouasse quand une équipe de journalistes a révélé que les prêtres pédophiles n’étaient pas de simples brebis galeuses isolées mais bien un réel problème systémique. Il serait étonnant qu’elle apprécie qu’un film retraçant la dite enquête (et donc le scandale) rafle toutes sortes de prix et surtout explose le box office.

D’ailleurs comme le révèle ce camarade Twittos, Famille Chrétienne n’a pas trop kiffé qu’on balance qu’une proportion non négligeable de prêtres aime bien enculer les petits enfants.

Même que l’Observatoire de la Christianophobie est tout colère :

1

Bref, emmerdez l’institution criminelle qu’est l’Eglise Catholique, allez voir Spotlight.

Si vous l’avez déjà vu, ou si votre dimanche s’avère tellement pluvieux et ennuyeux que vous voulez enchaîner deux films, vous pouvez aussi aller voir :

carol

Alors par soucis d’honnêteté intellectuelle, je suis obligée de dire que j’ai commencé par chercher des critiques négatives sur le site de Valeurs Actuelles et que … je n’y ai trouvé que des éloges. Je suis donc allée voir du côté de la Russie et de sa fameuse frilosité face à la « propagande LGBT » et figurez-vous que le film a reçu son visa d’exploitation là-bas. J’ai bien trouvé une critique complètement conne dans le Parisien. Ne pas aimer le film, c’est une chose, on a parfaitement le droit de s’y faire chier, de trouver ça moche, de trouver les prix d’interprétation pas mérités tout ça, tout ça. Mais pour dire : « Todd Haynes s’est inspiré d’un roman de Patricia Highsmith, laquelle l’a rédigé, à l’époque, sous pseudo. On comprend mieux. » sans préciser que si elle l’a rédigé sous pseudo ce n’est pas parce qu’elle n’en assumait pas la qualité ou le contenu mais parce que son éditeur lui a refusé le manuscrit au motif que « lol on va pas publier une histoire d’amour entre meuf » l’obligeant à aller voir ailleurs et à prendre un pseudo pour des raisons de contrat et probablement un peu parce qu’à cette époque l’homosexualité était encore considérée comme une maladie mentale aux Etats-Unis, c’est au minimum malhonnête intellectuellement.

Et, comme les cons, quand on les cherche bien, on finit par les trouver, j’ai échoué sur ce formidable article, où l’auteur nous explique que Carol et The Danish Girl2 sont des « films moralement mauvais » pour les raisons que vous pouvez imaginer et que donc … il ne les a pas vus. Ce à quoi nous sommes tous tentés de répondre « bah ferme ta gueule alors », mais ce serait gaspiller inutilement son énergie.

Bref, soyez d’abominables pervertis moralement mauvais3, emmerdez le critique peu consciencieux du Parisien, soutenez la rédemption de celui de Valeurs Actuelles et l’ouverture de la Russie, allez voir Carol.

  1. Micro spoiler : j’ai fait le calcul à partir du nombre d’enseignants dans le premier et second degré selon l’Education Nationale (qui sait a priori ce qu’elle dit) et les statistiques fournis par le film, s’il y avait en proportion autant d’enseignants pédophiles que de prêtres pédophiles, on serait à plus de 50.000 cas juste sur cette année.
  2. Que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir.
  3. Admettez que sur l’idée ça se ressemble !

[PC #10] Pour un autre concert…

Ne faisons pas dans la finesse, et pour une fois allons droit au but. Puisqu’il y a des gens qui décident d’attaquer des salles de spectacle et des lieux de loisir au motif que c’est contre la religion de les fréquenter, autant leur répondre en chanson. Je crois que c’est ce qu’on appelle l’esprit de contradiction. Des fois, ça sert à exprimer son dégoût. Des fois, juste à faire chier le monde. Des fois, un peu des deux.

Et puis, je suis un anonyme sur internet. Je peux poster les liens de toutes les chansons que je veux, personne ne saura où tirer pour arrêter ça.  Non, arrêtez d’essayer, monsieur. Là, vous êtes en train de tirer dans un arbre innocent. Je ne suis pas un arbre, monsieur. Les arbres ne tiennent pas de blogs. Vous allez mettre Eva Joly en colère, c’est tout ce que vous allez faire, et même vous ne voulez pas voir Eva Joly en colère.

Bref, qu’est ce que je disais ?

Imaginons donc que j’organise un concert virtuel, et un peu fantasmé, dans la mesure où il est peu probable que tous les artistes que j’évoque ci dessous se réunissent un jour en un même lieu (Ferré et Brassens ont un mot d’excuse).

J’admets parfaitement, d’ailleurs, que ça m’ennuierait un peu que, sur nos 25 lecteurs une partie soit constituée d’adeptes de la Sainte Grenade1, mais je me dis tout de même que ça ne leur aurait pas fait de mal de plus écouter ces chansons, parfois.

Pour nos autres lecteurs, j’imagine qu’il n’y aura pas grand chose de nouveau à apprendre pour vous ici, mais ça fait toujours plaisir de réentendre quelques beaux morceaux. Et c’est une manière de dire que les chanteurs ne se tairont pas, et qu’ils iront jouer dans d’autres salles. Et si vraiment vraiment vous n’aimez pas ce qu’ils font, écrivez aux Inrocks. Même ça, c’est plus civilisé que ce qui s’est passé hier.

Comprenez moi bien, ce n’est pas contre la religion en général que je veux lutter, au fond, chacun fait ce qu’il veut, j’ai mon propre avis sur la question et j’ai déjà bien assez de mal à le comprendre pour ne pas en plus essayer de vous l’imposer (ce qu’on m’a pourtant appris à faire au cours de mes études). Non, ce qui m’ennuie, c’est justement que d’autres, parce qu’ils sont persuadés de l’existence d’un dieu, veuillent à tout prix l’imposer à tous ceux qui sont autour d’eux. Surtout que je ne vois pas bien en quoi tuer des gens va les convaincre qu’ils devraient croire. Messieurs les terroristes, retenez ça : c’est très compliqué de convertir un mort. Ou alors c’est juste pour punir, mais quand bien même un dieu existerait vraiment, je n’arrive pas à comprendre comment il pourrait en vouloir à ce point à ceux qui, sans croire en lui, ne sont pas forcément des salauds finis. Ca relèverait du problème d’égo tellement énorme que même Freud, il n’y pourrait plus rien.

Donc bon, playlist. Playlist d’artistes que j’admire, en général, pas seulement pour les chansons que je poste là. Elles ont été choisies parce qu’elles sont thématiques, mais je vous encourage à écouter ce qu’ils ont fait de manière générale.

Et si par hasard un Dieu tombe la dessus, j’ose espérer ne pas l’avoir offensé. Les souffrances éternelles, ça ne me tente pas plus que ça, et je penses faire bien moins de mal avec une chanson qu’avec une grenade.

C’est parti. Je n’ai plus grand chose à dire, les mots des artistes bien plus talentueux que moi qui suivent seront amplement suffisants.

RENAUD – La ballade Nord-irlandaise (1991)

 

LEO FERRE, Thank you Satan (1984 pour cette version)

 

THE ROLLING STONES – Sympathy for the Devil (1968)

 

ALAIN SOUCHON – Et si en plus y’a personne (2005)

 

PETER HAMMILL – The Lie (Bernini’s St Theresa) (1974)

 

GEORGES BRASSENS – Mourir pour des idées (1972)

 

OINGO BOINGO – Insanity (1994)

 

 

Et pour finir, The Eagles of Death Metal le groupe qui jouait au Bataclan le soir du 13 Novembre était en train d’interpréter une chanson intitulée Kiss the Devil. C’est pas fin, mais il faut bien finir quelque part. Et puis au moins, ici, vous êtes sûr de pouvoir l’entendre jusqu’au bout sans être interrompu. A moins que votre connexion internet ne plante, mais alors là, on ne peut plus lutter…

  1. s’il y en a parmi vous qui ont plutôt pensé à ceci en entendant parler de cette arme originale, c’est une très bonne référence aussi. Et de toutes façons, c’est une référence aux Monty Python de base. Donc tout va bien. Enfin non, mais un peu, c’est comme si. Oh et puis merde, de toutes façons personne ne lit toutes ces notes en bas de page.

L’obs irrationnel

Ici Lambegue, voici un petit article sans lien réel avec les sujets habituels du blog (et encore moins mes propres rubriques), pour exprimer ma consternation face à la critique de L’homme  irrationnel de Woody Allen, écrite par François Jost et publiée dans l’Obs.

Avant d’aller plus loin, je signale que la critique de Jost comme mon article contiennent des spoilers (dans mon cas, sur l’homme Irrationnel mais aussi des mineurs sur quelques autres films d’Allen), arrêtez vous donc si vous n’avez pas vu le film et voulez garder la surprise. Pour les autres, c’est par ici pour lire l’article de Jost.

D’ailleurs, commençons par là : c’est tout bête, mais quand on spoile la quasi intégralité d’un film dans ce qu’on écrit, on le signale avant. Je trouve que c’est une marque de respect élémentaire envers le lecteur qui voudrait avoir le plaisir de découvrir les rebondissements de l’oeuvre critiquée par lui même. Ca ne coûte rien, juste une phrase d’avertissement, voire même seulement des balises de spoil, et à peu près n’importe quel critique actuel a le réflexe de le faire. Même les critiques amateurs sur le web le font. C’est donc inexcusable venant d’un professionnel, qui en plus parle d’un film qui vient de sortir, et qui n’aura donc probablement pas été vu par une grosse majorité de ses lecteur.

Ça ne vous rappelle rien ? Cet homme pour qui tout bascule d’un coup et qui est aussi professeur, même si ce n’est pas dans une université, mais dans le secondaire ? Bien sûr, les fans de « Breaking Bad » ont reconnu le lien de parenté : Abe, le prof de fac revenu de tout, ressemble à s’y méprendre à Walter White. Bien sûr, il n’est pas atteint du cancer comme le héros de Vince Gilligan, mais il accomplit un trajet similaire.

Dans les deux cas, un événement externe (la maladie, une bribe de conversation saisie par hasard) entraîne un véritable changement de caractère. De même que White devient méchant dès l’annonce de son cancer, et clame fièrement qu’il s’est « réveillé », qu’il est « vivant », l’attitude d’Abe face à la vie se métamorphose quand il entend une conversation : Abe is « Breaking Bad ».

On ne peut pas nier tout à fait ça, les postulats de base se ressemblent. Dommage que Jost oublie de signaler qu’Allen avait déjà employé cette idée dans La vie et tout le reste, qui date d’avant Breaking Bad.

De plus, la comparaison entre le cancer de White et la conversation entendue par Abe ne tient pas : ce n’est pas la même chose, et les deux personnages n’agissent pas du tout pour les mêmes raisons. On peut difficilement parler de considérations morales dans le choix de White : il agit parce qu’il se sait perdu, et parce qu’il veut garantir une certaine sécurité à sa famille (du moins dans un premier temps). Abe, lui, a tout le temps qu’il veut. Et s’il agit, c’est parce qu’il croit réellement que son acte fait sens, qu’il est moral. La personne qu’il élimine n’est pas choisie au hasard, c’est un juge visiblement corrompu, et en le tuant Abe est persuadé d’agir comme une sorte de justicier. Son acte, qui semble immoral à première vue, devient moral à ses yeux par le fait même qu’il est commis sur quelqu’un de nuisible. Abe remet réellement en considération les notions de bien et de mal, c’est en cela qu’il devient un homme irrationnel.  Et encore une fois, nous retombons dans des thèmes familiers du cinéma de Woody Allen : Crimes et délits, Match Point ou encore Le rêve de Cassandre exploraient déjà la problématique du meurtre, et la morale prise au sens large est très souvent questionnée par le réalisateur.

Le parallèle va plus loin : il vole dans son université les produits chimiques qui vont lui permettre de confectionner le poison, comme Walt vole dans son collège les outils qui vont lui permettre de fabriquer de la méthamphétamine. Et il ira jusqu’à tuer sa petite amie quand il s’apercevra qu’elle a compris qu’il a tué.

Un prof de chimie passablement méchant et inquiétant, qui a sévèrement pété un cable et qui se sert de son équipement pour faire des expériences dangereuses….Bon sang, Breaking Bad se serait-il inspiré de la bd Les profs ?

C’est bien l’histoire d’un changement : celui d’un homme qui dort, pour parodier Perec, et qui se réveille à la faveur d’un événement arbitraire. Et dont le réveil se fait dans et par la méchanceté. Difficile d’imaginer que Woody Allen n’ait pas eu « Breaking Bad » en tête en écrivant ce scénario.

Mais…Mais…Oh mon dieu ! Star Trek : the Wrath of Khan a aussi servi de source d’inspiration ???

Ou alors, j’évoque ça comme ça, Woody Allen a été inspiré par Dostoïevski, comme le film le dit plusieurs fois. Dostoïevski et bien d’autres philosophes et auteurs, qui marquent la filmographie d’Allen depuis ses débuts.

Et par contre, aucune évocation des différences entre les deux oeuvres. Par exemple,  Jost aurait pu prendre la peine de signaler que le milieu de la pègre n’apparaît à aucun moment du film de Woody Allen, et que les fins sont très différentes, le film se terminant sur une ironie mordante, qui établit encore une fois que la morale comme la volonté humaine sont au final dominées par des hasards absurdes. Encore une fois, on pense à Match Point

Je veux bien, encore une fois, que les postulats de base se ressemblent : mais dresser ce parallèle en ignorant toute la filmographie passée d’Allen, c’est de la malhonnêteté. Parce que ça semble dire que ce film est une exception dans l’oeuvre du réalisateur, et donc que le lien avec Breaking Bad ne peut pas être dû au hasard. Et quand bien même il y aurait eu inspiration (et vu le nombre de fois ou Allen a dit ne pas regarder de séries télé, j’en doute quand même un peu), garder sous silence toute la réflexion philosophique de L’homme Irrationnel revient à nier ce qui constitue pourtant une des différences essentielles d’avec Breaking Bad. Même dans un film clamant l’irrationalité, les questionnements existentiels sont présents à chaque instant chez Allen. Des bases similaires qui donnent lieu à des œuvres extrêmement différentes, ça arrive très souvent. On peut par exemple prendre l’exemple de La peste de Camus face au Hussard sur le toit  de Giono ; ou encore Les justes du même Camus face aux Mains sales de Sartre…

On ne lui reprochera pas d’avoir copié : comme on sait, les idées ne se déposent pas, seules les réalisations concrètes sont protégées.

Je suis peut-être parano, mais ce que je comprend ici pourrait se reformuler ainsi : « On ne lui reprochera pas d’avoir copié, parce que les idées ne se déposent pas, mais si on avait pu lui faire un procès on ne s’en serait pas privés ».

Mais la conclusion que j’en tire concerne plutôt les mérites comparés des séries et des films, dont je suis parti. Certes, ce n’est pas un grand Woody Allen. Personnellement, je ne suis guère convaincu par ses essais de fabriquer des scénarios hitchcockiens.

Bon déjà : qu’est ce qui fait dire à notre critique que ce n’est pas un grand Woody Allen ? Non parce que là sorti de la comparaison avec Breaking Bad, il n’a à peu près rien dit du film, donc on aimerait bien des arguments. Je me trompe peut-être, mais je crois que c’est un peu son métier quand même.

Et aussi…Scénario hitchcockien ? Vraiment ? Donc en gros quand on fait un film relevant un peu du thriller au cinéma, c’est un scénario hitchcockien ? Eh ben, on en apprend tous les jours. Je veux bien qu’il ait marqué le genre, mais à ce compte là, dès qu’on met une scène de cul dans un film, on devrait dire qu’on fait un film Dorselien…A la limite, on peut le comparer à La Corde, d’Hitchcock, qui soulevait des questionnements similaires, et encore les conclusions diffèrent assez radicalement…

On peut se demander si, en l’occurrence, l’auteur comme figure tutélaire qui maîtrise l’ensemble d’une œuvre cinématographique n’est pas en train de battre de l’aile devant le travail et l’inventivité d’une writer’s room élaborant pour une série l’équivalent de huit longs-métrages par an.

Effectivement, un auteur seul est moins productif que tout un groupe d’une dizaine de personnes, ça paraît relativement logique. Mais est-ce un problème pour autant ? Est ce qu’on est obligés d’industrialiser le cinéma, sous prétexte que ça permet de produire plus ? Non parce que là, c’est bien de productivité que nous parle Jost, pas de qualité. Il ne dit pas qu’un writer’s room écrit mieux, il dit qu’elle a plus d’idées et donc écrit plus.

Doit-on en déduire que la série Hôpital Central est supérieure à Breaking Bad, parce qu’elle produit en moyenne 255 épisodes par an depuis 52 ans ? Et, qu’à l’inverse, Kubrick est à peine digne de nettoyer des chiottes à Hollywood ?

On peut se demander aussi si pour montrer une telle métamorphose d’un personnage, la transformation de sa vision du monde et son glissement moral, 90 minutes sont suffisantes.

On dit parfois que les séries sont l’avenir du cinéma. Il me semble qu’elles n’ont rien à voir avec les films car leurs temporalités ne sont pas comparables. Pour nous installer dans la tête d’un héros et comprendre ses évolutions, rien de tel qu’un temps qui mime le temps dans lequel nous baignons, distillant de semaine en semaine des transformations au même rythme que les nôtres.

Malgré ce qu’il dit, comme quoi les séries n’ont rien à voir avec les films de par les questions de temporalité, on notera que Jost ne se gène pas pour effectivement faire des comparatifs, que ce soit dans cet article ou dans l’autre dont il nous propose aimablement le lien, et qui est tout aussi brillant d’analyse en profondeur.

Mais donc, que veut-il dire par là ? Que le cinéma devrait s’interdire de faire évoluer psychologiquement ses personnages, parce qu’il n’a pas le temps de le faire ? Qu’il devrait se contenter de nous servir des transformers ou des Bienvenue chez les Ch’tis, par ce que boaf, la profondeur émotionnel, en une heure et demi, soyons sérieux, oh la la, laissez ça à ceux qui ont le temps ? Je ne prendrai même pas la peine de faire une liste de tous les contre exemples qui me viennent en tête, tellement ils sont nombreux. Je ne comprends pas ce besoin qu’ont les gens de comparer séries télé et cinéma sur le mérite comparé de chaque média : ça mène nécessairement à faire des grossissements assez malvenus, au fond il y a du très bon et du très mauvais, tant au cinéma qu’en série. Le médium en lui même n’est en rien déterminant sur la qualité du produit, ni sur les thèmes qu’il peut ou ne peut pas aborder. C’est effectivement idiot de chercher à comparer une histoire qui se développe sur 13 épisodes d’une heure1 , à une qui tient en 90 minutes, parce que ça change énormément de choses, dans la manière d’écrire et de filmer. C’est comme si je cherchais à comparer une bd comme Persépolis avec One piece, en voulant déterminer qui a raison, entre celle qui tient en 400 pages et celle qui s’étend sur plus de 80 tomes, encore en cours.

Pour faire une métapjhore encore plus parlante, l’argument de Jost appliqué à la critique culinaire ressemblerait à ça : « Cette tarte aux pommes n’est pas bonne, parce que ce n’est pas un clafouti à la cerise ».

Et cet article vient, je le répète, d’un critique légitimé par un journal officiel. D’un critique « pro », donc.

Aujourd’hui, sur internet, il y a des dizaines d’individus que l’on qualifie d’amateurs et qui font pourtant infiniment mieux.  Et, vu la qualité de ce qu’écrit Jost, ce n’est même pas un compliment.

Et, comme je n ai pas pu vraiment en parler dans l article, je le dis ici sans justifier : c est un très bon Woody Allen.

J’imagine que vous l’aurez compris à la lecture de l’article, même si je n’ai pas pris le temps de m’attarder sur le fait que les acteurs sont très bons et le tout aussi bien écrit que filmé : c est un très bon Woody Allen. Dommage que le but de cet article n’ait pas été de faire la critique du film lui-même, ça m’aurait probablement plus détendu.

  1. On passera d’ailleurs sur l’argument selon lequel les transformations se font dans une série au même rythme que les nôtres. Donc, une bonne série devrait se dérouler selon son rythme de diffusion, chaque épisode correspondant à une semaine de la vie des personnages, puis une ellipse de six mois en attendant la prochaine saison ? Et du coup, que penser de ceux qui regardent les séries d’une traite en dvd, et n’évoluent donc pas au même rythme que les personnages…?

[PC #9] Eh, dit, Mitchell…

ORCHIS : Partisan, partisan !

LE PARTISAN ; Oui, qu’y a-t-il, mon bon Orchis ?

ORCHIS : J’ai trouvé la chanson pour cette semaine !

LE PARTISAN : Tu m’en diras tant.

ORCHIS : Non mais écoute !

https://soundcloud.com/believedigitalitaly/wake-up-go-go-forward

LE PARTISAN : Bon, j’ai écouté ton truc, c’est bon, on peut passer à autre chose ?

ORCHIS : Quoi, me dit pas que tu n’as pas envie d’en parler…

LE PARTISAN : Non, c’est mal de se moquer des handicapés.

ORCHIS : Bon, alors on fait quoi puisque tu es si malin ?

LE PARTISAN : On fait ça.

ORCHIS : Tu sais, entre le film de la semaine dernière et cette chanson, les gens vont finir par croire que tu aimes beaucoup de choses. Méfie toi.

LE PARTISAN : C’est vrai qu’il faudra que j’entretienne ma réputation de connard râleur. Fais moi penser à regarder si Sardou n’a pas sorti un nouvel album dernièrement.

ORCHIS : Et donc, pour Pas de Boogie Woogie ?

LE PARTISAN : C’est parti !

Le pape a dit que l’acte d’amour
Sans être marié est un péché

ORCHIS : J’aime bien le coté Gospel blues…ça donne un coté parodique a toute la chanson, c’est très classe. Et puis musicalement, c’est un genre qui a donné plein de bons trucs, on peut pas retirer ça à la religion.

LE PARTISAN : Ni aux noirs.

ORCHIS : Je m’y attendais, à celle là. Tu ne peux vraiment pas t’en empêcher.

LE PARTISAN : Bah, on s’en fiche, ils savent pas lire.

ORCHIS : Et en plus tu les enchaînes…

LE PARTISAN : Comme au bon vieux temps de l’esclavage. COMBOOOOOOO !

ORCHIS : Mon dieu.

LE PARTISAN : Reprenons notre analyse.

ORCHIS : Ça vaudra mieux, oui.

LE PARTISAN : Ce n’est que le début, mais c’est déjà intéressant de constater que le premier vers dit : le pape a dit, et pas la Bible a dit ou quelque chose d’équivalent. Déjà là, il y a une remarque sur le fait que ce ne sont pas les textes sacrés qui décident de ce qu’est la pratique religieuse, mais bien les religieux eux même.

ORCHIS : Même si, dans ce domaine précis, je pense que la Bible dit effectivement quelque chose.

LE PARTISAN : Probablement. Tiens, j’ai une idée, va lire la Bible, ça me fera un petit temps de tranquillité.

Alors ça, c’est du Curé Nantais, un fromage dont je ne connaissais pas l’existence avant de chercher « curé » dans google image, et qui ressemble quand même un peu, vu de loin, à un savon bas de gamme.

Cette nouvelle il me faut l’annoncer
A ma paroisse, je suis curé.

LE PARTISAN : Je trouve ce passage très drôle, on sent déjà à quel point il angoisse à l’idée de devoir apprendre ça à ses fidèles.

ORCHIS : En parlant d’angoisse, je commence à me demander si c’était une bonne idée ce thème. On risque de tellement blasphémer qu’à côté de nous le premier quart d’heure de La Montagne Sacrée aura l’air d’un évangile.

J’ai pris une dose de whisky
Afin de préparer mon sermon
Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit
Je me posais bien trop de questions

LE PARTISAN : Orchis, donne moi ton avis : penses-tu que le whisky est divin ?

ORCHIS : C’est quoi, ça ? Tu fais une pub ?

LE PARTISAN : Non. Mais dans la mesure où le vin est le sang du Christ, peut-on dire que le whisky, dont le degré d’alcool est bien plus élevé, est une sorte de concentré de sang du Christ ? Un peu comme le concentré de tomate, mais en plus catholique ?

ORCHIS : Je n’en sais rien, il faudra poser la question au Synode. En attendant, je ne regarderai plus jamais mon Jack Daniels de la même manière

LE PARTISAN : Tu parlais de blasphème tout à l’heure ? Eh bien, c’en est un que de boire ce machin. Reprenons. Mitchell raille le questionnement religieux en le détournant : notre curé ne se questionne pas sur le sens de ce qu’il doit dire, mais sur la manière dont il va faire passer le message, puisque dire « Bon, les gars, maintenant les femmes c’est comme un tonneau de bière, il vous faudra un sceau d’autorisation avant de pouvoir mettre en perce », ça fait pas terrible au milieu de l’église.

ORCHIS : Oooooh putain…

LE PARTISAN : Donc, notre curé se pose des questions. La suite !

Je ne sais pas le pourquoi du comment, je ne veux pas savoir le pourquoi du comment, je ne sais même pas pourquoi je mets cette image ici.

Au petit matin Dieu m’est apparu
Et il m’a donné la solution
Aussitôt, vers l’église j’ai couru
Parler à mes fidèles sur ce ton

ORCHIS : Donc Dieu apparaît, pouf, comme ça ? C’est étrange, je croyais que d’habitude il envoyait plutôt un messager. Ça lui évite de se déplacer, traverser le ciel juste pour causer à un cureton de campagne je comprend que ça le fasse chier.

LE PARTISAN : Pas si étrange que ça, hein. Si notre curé a passé la nuit à prendre des doses de whisky, je veux bien admettre que ça finisse par faire apparaître Dieu. Mais ça ne change rien au fait que, pris au premier degrés, on est quand même en train de nous dire que ce qui suit est la parole de Dieu lui même. Cette chanson a déjà atteint un joli niveau d’absurdité.

Mes bien chers frères
Mes bien chères sœurs
Reprenez avec moi tous en choeur !

Pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir
Ne faîtes pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir
Maintenant l’amour est devenu péché mortel
Ne provoques pas votre Père Eternel
Pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir

ORCHIS : Eh ben… Il a sacrément relâché son langage, Dieu, depuis la Bible.

LE PARTISAN : Que veux-tu, il faut bien se faire au monde contemporain.

ORCHIS : C’est quoi exactement, un boogie woogie ?

LE PARTISAN : La définition wikipédia étant un peu obscure, voici plutôt une vidéo.

ORCHIS : Ouais. Je sais pas trop quoi dire. En même temps, j’aime pas la danse.

LE PARTISAN : Moi non plus, mais la métaphore devient tout de suite plus claire. le boogie Woogie a tout un côté charnel en tant que danse, en tous cas pour son époque. D’où le fait qu’il soit une bonne métaphore pour l’amour.

ORCHIS : Ou l’épilepsie.

LE PARTISAN : La grande question restant de savoir si, après la prière, on peut booguer-wooguer comme on veut.

ORCHIS : booguer-wooguer ?

LE PARTISAN : Et surtout, en quoi le fait de ne pas être marié empêche de booguer-wooguer…

ORCHIS : Je ne suis pas certain que ce néologisme passe dans le langage quotidien..

LE PARTISAN : A moins que la prière ne permette de légitimer le péché à venir, un peu comme une autorisation spéciale ? Un permis de booguage-wooguage ?

ORCHIS : Euh…

LE PARTISAN : Ou encore, la prière du soir est elle même une métaphore de l’acte sexuel, auquel cas le refrain veut plus ou moins dire : « un p’tit coup pour Dieu, puis un p’tit coup pour se détendre », auquel cas effectivement le mariage est nécessaire pour réaliser la première étape ?

ORCHIS : « Un p’tit coup pour Dieu, un p’tit coup pour se détendre », on croirait presque un titre de chanson de Patrick Sébastien. Qui est bizarrement sans doute le type qu’on a le plus évoqué dans ces chroniques.

LE PARTISAN : Mais dans cette dernière optique, que doit-on comprendre quand on dit que les enfants doivent faire leur prière du soir ?

ORCHIS : On s’engage sur un terrain glissant.

LE PARTISAN : Tellement de questions, si peu de réponses. Soudain, je comprend pourquoi certaines personnes veulent étudier la théologie.

ORCHIS : Faudra écrire une thèse.

LE PARTISAN : Continuons.

Puis j’ai réclamé le silence
Afin d’observer les réactions
Sur certains visages de l’assistance
Se reflétait surtout l’indignation

Quant aux autres, visiblement obtus,
Sachant qu’ils n’avaient rien compris
Ils me demandèrent de faire à nouveau
Le sermon du Boogie Woogie

ORCHIS : En gros, il y a ceux qui comprennent et s’en indignent, et ceux qui pigent rien.

LE PARTISAN : Ouais. Comme dans une vraie église.

ORCHIS : Ça me va.

LE PARTISAN : On peut aussi envisager que ce qui scandalise les gens, c’est le fait qu’on leur interdise de tringler comme ils veulent. La suite de la chanson continuera d’ailleurs à entretenir cette ambigüité. Et c’est vrai, à quoi sert à l’homme d’être supérieur à la pieuvre s’il ne peut pas, comme elle, passer sa journée à tirer tout ce qui bouge ?

ORCHIS : Je crois qu’il y a des espèces de pieuvre ou le mâle perce la femelle avec son pénis, un peu n’importe ou, pour la féconder. J’admets que ce serait marrant de voir ça à échelle humaine.

LE PARTISAN : Et c’est moi qui suis vulgaire, hein ?

ORCHIS : C’est juste de la curiosité biologique !

Jeu : où est la tête sur cette saloperie ?

LE PARTISAN : Mouais. Bon, du coup re-refrain. Puis instrumental.

ORCHIS : Un instrumental sur lequel on pourrait faire un boogie woogie, d’ailleurs.

LE PARTISAN : Ouais, sauf que nous on est tout seul et que du coup on aurait l’air con.

Maintenant tout est fait tout est dit
Mais mes fidèles sont partis
Dieu, je reste seul dans ta maison
J’en ai l’air, mais le dire, à quoi bon ?

Si ton pape m’a fait perdre l’affaire
j’irai tout droit, tout droit en enfer
Mais j’essaierai encore à la messe de midi
Le sermon du boogie woogie

LE PARTISAN : Ici, on peut se demander si les fidèles sont partis parce qu’ils se sentaient offusqués du thème du sermon, ou parce qu’ils voulaient continuer à booguer wooguer comme ils le voulaient, non mais. Et dans les deux cas c’est très drôle.

ORCHIS : J’aime bien aussi le curé qui accuse le pape de l’avoir peut-être envoyé en enfer.

LE PARTISAN : Oui, et qui dit d’ailleurs « ton » pape, comme s’il se discréditait de tout ça. Un peu comme si même lui se rendait compte de l’absurdité de tout ça, mais sans avoir le choix de continuer à faire son sermon. Je peux me tromper, mais j’ai le sentiment que le message de cette chanson c’est qu’il y a certains thèmes que l’Eglise ne devrait pas évoquer, parce qu’elle ne les connaît pas bien. Ce qui fait que notre chanson est tout à fait dans le thème de la semaine, pour une fois.

ORCHIS : Très classe.

LE PARTISAN : Alors on est loin d’être sur de la grande chanson blasphématoire, mais c’est quand même drôle.

ORCHIS : J’ai toujours bien aimé Eddie Mitchell.

LE PARTISAN : Sur ce, je vous dit à la semaine prochaine…

ORCHIS : Moi aussi.

LE PARTISAN : …Et je m’en vais militer pour que cette chanson soit inscrite dans le prochain Diapason Rouge.

Je suis le seul que la vue d’un Diapason rouge fait inévitablement déprimer à cause de souvenirs de colonies de vacances ?