La réponse du troll à lunettes à la réponse du berger à la bergère

Mon cher Éric Emmanuel-Schmitt,

Bon, globalement, j’aime beaucoup ce que vous dîtes. J’ai pas lu beaucoup de vos bouquins, mais l’envie de le faire m’a titillé plus d’une fois. Je vous suis sur Facebook, vous y dîtes des choses plutôt intelligentes, vous faîtes notamment parti de ces gens biens qui disent « Journée Internationale des Droits des Femmes » (et non journée de la femme vafairelavaissellechériemerci). Du coup, j’aime lire vos jolis posts, parfois un peu démagos (le post sur la pseudo-réforme orthographique est un bel exemple en la matière), parfois agrémentés d’une illustration qui aurait bien pu venir de Démotivateur ou autre poubelle d’internet (vous aviez d’ailleurs récupéré directement une photo de la page Facebook Saviez-Vous Que ?, pratique relativement discutable). Mais vraiment, j’aime vos mots. Les quelques lignes que vous aviez publiées après le 13 novembre m’avaient marqué par leur justesse et leur beauté.

Mais là, vous m’avez déçu.

L’objet du délit ? Cette publication postée hier, nommée énigmatiquement La réponse du berger à la bergère, en réaction à la une polémique (et l’expression relève ici du pléonasme) de Charlie Hebdo.

L'objet de la discorde

L’objet de la discorde

Vous le rappelez vous-même dans votre post, cette une problématique nous montre le chanteur Stromae fredonner son célèbre « Papa, où t’es ? », fredonnement auquel répondent les membres d’un corps, séparés les uns des autres. Et quel est le souci ? Ce n’est pas drôle. Pire, ça fait pleurer ? Ca fait pleurer les familles des victimes, et peut-être même Stromae lui-même, qui a perdu son père dans le génocide rwandais.

« On doit rire de ce qui nous fait pleurer – c’est même la fonction de l’humour – mais on ne doit pas faire pleurer en prétendant faire rire. », dites-vous en grand théoricien de l’humour. Ah, l’éternel sermon du « ce dessin est nul car il ne fait pas rire »… Merci de m’offrir une nouvelle occasion de le démonter, en toute modestie.

Très clairement, Charlie aurait pu faire une une beaucoup plus soft qui lui aurait attiré beaucoup d’amis. D’ailleurs, dans ma grande bonté, je leur avais proposé celle-ci, qui a été accueillie avec une certaine perplexité.

Avec, en page 3, une citation du Dalaï-Lama.

Avec, en page 3, un autre dessin EXCLUSIF de colombes !

Bah dis-donc, Manou ! C’est pas très Charlie, ça ! Vous qui, j’en suis certain, avez marché le 11 janvier, vous auriez pu faire un effort pour vous interroger un peu plus sur ce qu’est Charlie, non ?

Surtout que bon, c’est pas comme si c’était la première fois que Charlie nous faisait le coup. On avait déjà eu le droit à un dessin assez provoquant de la part de Riss sur ce que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi1. Un dessin monstrueux, qui avait fait pleurer le père du Aylan en question.

Et pourtant, Charlie faisait comme avant : il démontait les symboles.

L'objet de la discorde (le retour)

L’objet de la discorde (le retour)

L’idée n’était pas d’aller pisser sur le petit corps mort d’Aylan Kurdi, mais plutôt de se moquer (avec un redoutable cynisme) des dirigeants européens qui avaient ENFIN décidé d’ouvrir leurs frontières APRÈS cette photo. Pourtant, des migrants morts, il y en a vraisemblablement tous jours. La mort du pauvre Aylan n’était pas quelque chose de nouveau. Mais Aylan fut médiatisé, et c’est en quelques sortes grâce à cette mort que nos très courageux politiques européens ont décidé de reconnaître que le devoir moral leur imposait d’ouvrir leurs frontières.

Sauf que c’est plus simple, apparemment, de dire que Charlie est raciste islamophobe pas drôle inhumain. Et attention, selon un sondage de inventonsleschiffresquinousarrangent.com, 96,4% des gens qui annoncèrent qu’ils n’étaient plus Charlie (leur « incharlisme », quoi) à la suite de cette une avait marché le 11 janvier. Pour aller plus loin, je vous recommande vivement la lecture de ce post signé Caroline Fourest, qui demande certes un effort d’honnêteté intellectuel, mais vous en êtes capable et je le sais, monsieur Schmitt !

La une qui suit les attentats belges suit la même logique. Elle choque, elle gêne, elle crée le malaise. Et elle détruit le symbole. Elle en profite pour nous rappeler que, pendant qu’on active nos safety check (ça sert à indiquer qu’on est en sûreté sur les réseaux sociaux), pendant qu’on prie pour Paris et Bruxelles, pendant que les médias enchaînent les éditions spéciales plus ou moins stériles2, tandis que les politiques de tout bord récupèrent ces événements tragiques (réclamant la peine de mort pour des kamikazes, et la déchéance de nationalité pour des français) on se soucie un peu moins des morts qui s’éloignent trop de nos frontières. Le compte Twitter du Pape nous informe avec joie que « la lumière a vaincu la haine », le jour où 67 pakistanais chrétiens, dont beaucoup d’enfants, sont tués par un kamikaze taliban. Les colombes, ça va bien deux minutes.

Quel plus beau message d'amour pour la belgique que celui de Coco ?

Quel plus beau message d’amour pour les belges que celui de Coco ?

En résumé, l’humour noir n’est pas là pour vous faire rire. Au contraire, il sert à vous gêner, il crée le malaise et il interroge. Ce n’est pas la une d’un journal satirique jouissant d’une popularité imprévue qui est violente. Ce qui est violent, c’est de débarquer dans les locaux d’un journal et de tuer 12 dessinateurs. Ce qui est violent, c’est de prendre en otage et de tuer des juifs. Ce qui est violent, c’est de tirer sur les spectateurs d’un concert, sur des gens posés sur la terrasse d’un café pour fêter un anniversaire. Ce qui est violent, c’est de se faire exploser au milieu d’une station de métro, d’une gare, d’un lieu public, d’une rue. Ce qui est violent, c’est la mort des migrants sur nos côtes à cause de notre manque de courage politique. Ce qui est violent, c’est le génocide rwandais.

Merci d’éviter de vous tromper de cible, c’est pourtant pas très difficile.

Une dernière chose : personne ne vous oblige à être Charlie. Si votre défense de la liberté d’expression s’arrête aux portes de la provocation, et bah vous n’êtes pas Charlie. Et c’est pas grave, on vous en veut pas, c’est pas toujours facile non plus ! Mais dans ce cas arrêtez de vous forcer à regarder des unes que vous ne comprenez pas pour ensuite en faire un commentaire pas forcément utile, répétant avec une démagogie sans limite ce que tout le monde dit. Respectez-vous et respectez Charlie. Merci.

[Edit 1er avril 20h43 : Après s’être improvisé philosophe de l’humour, Eric a décidé d’être aussi un grand penseur de la liberté d’expression et de la spiritualité. Aussi a-t-il répondu sur Facebook à un internaute pointant du doigt l’aspect risible de son post ces quelques lignes : « Je pense – comme vous j’imagine – qu’il est inutile de blesser le cœur des gens. Dans le coeur, il y a l’histoire de chacun mais il y a sa spiritualité aussi. Là est l’intime. Donc je suis choqué qu’on se moque de la foi. Je reste d’accord pour que, par principe de liberté on puisse le faire, mais trouvé et attristé qu’on le fasse. Cordialement. E.E.S. ». Et bim ! 470 J’aime, presque autant que d’écoutes sur notre dernier podcast.

Premièrement, monsieur Schmitt, choquer les gens, même si ce n’est jamais agréable pour le choqué en question, c’est plutôt utile. Sans la photo d’Aylan, Angela aurait-elle ouvert ses frontières ? C’est le rôle du dessin satirique de choquer, désolé de vous l’apprendre.

Deuxièmement, toute cette histoire n’a rien à voir avec la foi, vous êtes à côté de la plaque.

Troisièmement, votre théorie selon laquelle la liberté d’expression doit être protégée mais ne surtout jamais être mise en application ressemble vaguement à une vaste fumisterie.

D’avance, merci d’arrêter vos bêtises, tout le monde vous regarde et vous êtes ridicule.]

  1. Pour mémoire, Aylan était un petit garçon syrien mort en fuyant la guerre.
  2. À ce sujet, je vous recommande très fortement cette courte vidéo très instructive sur le traitement médiatique des attentats.

La Vérité

Aujourd’hui, je veux vous révéler la vérité.

On les prend pour de simples réseaux sociaux, des innovations technologiques, rien de bien dangereux. Oh, il y en a bien pour dire que ces sites nous surveillent, mais c’est bien là l’intelligence de leurs créateurs : dévoiler une source d’inquiétude fabriquée de toutes pièces pour ne pas qu’on s’intéresse à la Vérité.

Et pourtant…Elle est là, sous nos yeux ! Regardez le symbole de Facebook :

Facebook

Et celui de Twitter ;

twitter

Vous voyez un F et un T, n’est ce pas ? C’est aussi ce que j’ai vu pendant des années, et c’est ce que les Grands de ce monde veulent que l’on voit. Mais la Vérité, c’est qu’il s’agit de CROIX TORDUES.

Oui, mesdames et messieurs, nous sommes bien face à des symboles de BLASPHEME de la FOI CHRETIENNE !

Piers Compton, dans son livre « The Broken Cross: Hidden Hand dans la Cité du Vatican », décrit ainsi la croix tordue :

.. un sinistre symbole, utilisé par les Satanique dans le sixième siècle, qui a été relancé par le temps du Concile Vatican II. Il s’agit d’une croix tordu ou une croix cassé, qui a montré un image répulsif et une distorsion de la figure de Christ, que les praticiens de la magie noire et sorcières du Moyen Âge ont utilisé.

Il dit cela a propos de Jean Paul II, qu’il suspectait déjà d’être un païen déguisé en chrétien. Théorie VALIDEE aujourd’hui car le pape UTILISE LES RESEAUX SOCIAUX et fait du ROCK, la musique du DIABLE ! Pourquoi ne pas l’avoir écouté à l’époque ? Que faisaient nos grandes instances de pouvoir ? J’ai essayé de poser la question en envoyant un mail à François Mitterand, qui venait d’être élu président à la sortie du livre, mais il a refusé de me répondre. QUEL HASARD !!!

HASARD aussi, bien entendu, que l’inventeur de Facebook ait un nom à consonance sioniste ! Aucun lien avec l’invasion du Vatican par les illuminatis, bien entendu.

HASARD encore que Twitter soit symbolisé également par un oiseau :

twitter 2

Alors même que l’Israël a choisi un oiseau national, la huppe fasciée (je n’insisterai pas sur l’évidente racine commune entre fasciée et fascisme, encore un aveu à peine dissimulé de la complicité entre Israël et Hitler !!!)

Huppe

Un peu de chiffres, maintenant :

FACEBOOK : 8 lettres

Place des lettres dans l’alphabet : 6 1 3 5 2 15 15 11

Or :  Un six !

Puis : 1 + 5 = 6

Et 15 = 1+5 = 6, deux fois !

Et 11 – 2 – 3 = 6 !!!

Facebook peut donc être…Un 66666 !

TWITTER : 7 lettres

Place des lettres dans l’alphabet : 20 23 8 20 20 5 18

2 + 2 + 3 +8 +2 + 2 + 5 + 1 + 8 = 33, soit la moitié de 66

Et l’addition du nombre de lettres de facebook et twitter donne 15, dont j’ai déjà expliqué la symbolique.

C’est pourquoi je vous demande, mesdames et messieurs, au nom de la route Juste à suivre et au nom du bien commun, d’abandonner tout de suite ces deux réseaux sociaux qui ne sont que les vecteurs du complot judéo-siono-maçonico-nazi pour installer un nouvel ordre mondial qui règne sur nos âmes, en les condamnant à la damnation éternelle par l’utilisation d’un outil foncièrement opposé à notre Sauveur.

L’avenir du monde est dans nos mains, camarades, vivons libres…

Diable

Nom de Zeus mais c’est bien sûr !

Le vrai secret de Charlie Hebdo, celui qu’ils ne veulent pas qu’on devine, c’est que Riss n’est autre que le Doc de Retour vers le futur. Et je peux le prouver ! Regardez cette capture d’écran de l’édito de cette semaine publié hier 21 octobre 2015, faite directement sur le site de Charlie Hebdo et dites moi si elle ne parle pas d’elle-même :

edito

Clairement, Doc et Marty sont parmi nous depuis longtemps mais une autre version d’eux-même étant arrivée hier, il était important qu’ils repartent avant pour ne pas se croiser eux-même et risquer de créer un paradoxe temporel.

Si malgré tout vous avez encore quelques doutes, regardez cette couverture (à laquelle on a échappé) de cette semaine :

IMG_20151022_181453Il ne cherche même plus à se cacher ! D’ailleurs si vous avez déjà vu Riss à la télé, vous ne pouvez pas ne pas avoir remarqué qu’il est systématiquement coiffé comme un savant fou. Aucun être humain normalement constitué n’accepterait d’être aussi mal peigné.

Maintenant que je vous ai convaincus, vous vous demandez sans doute qui est Marty. Eh bien je l’ai retrouvé, il était planqué à France Inter où il se faisait passer pour un humoriste journaliste, ou un journaliste humoriste, on ne comprend pas trop, c’est complètement fumeux comme affaire. Ecoutez donc sa chronique d’hier, diffusée quelques heures après la publication de l’appel que lui lançait Riss (enfin Doc).

A 1’53 il dit ceci : « y’a des inventions comme ça on se dit mais comment on faisait avant en fait ? » Il s’agit clairement d’une référence à la Delorean, invention de 1985 donc clairement d’avant, une manière de dire à Doc qu’il a reçu le message et qu’il sera au rendez-vous.

Pour être sûr que le message passe bien, il conclut d’ailleurs par « Ni Dieu, ni maître », qui est également le titre d’une chanson de Léo Ferré (nous pensons que Léo Ferré est également le Doc, mais plus tard dans sa ligne temporelle, nous rassemblons encore les preuves) mais également le titre d’un album de Maurice et Patapon, de Charb, ami de Riss donc, dont nous ne savons pas encore s’il s’agissait d’un voyageur temporel mais nous ouvrons une enquête à ce sujet.

La vérité a maintenant éclaté au grand jour, les voyageurs temporels sont parmi nous. Que veulent-ils ? Que font-ils ? Quels sont leurs réseaux ? Pour le savoir abonnez-vous sans plus tarder sur jesuisunpigeonnonconformiste.com

« La réalité c’est ce qui continue d’exister quand on cesse d’y croire »

La semaine dernière, conscient que les Guignols ne seraient plus là pour le corriger à la rentrée (é.è), Nicolas Sarkozy a clôturé l’Université d’été des RépublicainsEnfinOns’ComprendTM par une de ces leçons de géopolitique dont il a le secret. Entendez par là qu’il a proposé, histoire d’éviter d’être de nouveau incommodé au ptit dej par une photo de petit syrien mort à la Une de son Figaro matinal, d’installer des « camps de rétention » des flux migratoire « à la périphérie de l’Europe ». en particulier en Serbie et en Bulgarie parce que de toute façon personne n’y va en vacances c’est hors de l’espace Schengen.

Il n’en fallait pas plus à tous ces susceptibles internautes Européens de l’Est pour conchier notre hyper-ex-président de manière plus ou moins constructive, certains imaginant des solutions alternatives (des terrains d’accueil en Corse, ou chez Carla) d’autres proposant des procédures médicales qui apparaîtraient bienveillantes si on doutait que Nicolas Sarkozy souffrait de la pathologie qu’elles sont censées soulagées (encore que), certains allant même jusqu’à sous-entendre que Sarko n’était PAS président de la Bulgarie ou de la Serbie et qu’il était un peu responsable du bordel ambiant rapport à ses anciens copains de tente chez les scouts Libyens.

Pff.

Ignorent-ils donc qu’en politique, l’important, c’est la vision ? Qu’ « écrire l’Histoire, c’est foutre le bordel dans la géographie », et que l’Histoire est toujours écrite par les actionnaires majorit… vainqueurs ? Je  suggère donc à nos co-européens de faire leurs devoirs et de se mettre à niveau, pour une interprétation future autrement plus pertinente des stratégies géopolitiques de M. Sarkozy.

Y’a pas de raison, si Canal plus a su le faire, ils y arriveront aussi.

(Cliquez pour une image à votre échelle plutôt qu'à la sienne)

(Cliquez pour une image à votre échelle plutôt qu’à la sienne)

On a testé pour vous : être Charlie quand l’année s’annonce mal

Mardi.
Bon, voilà, c’est la rentrée, retour en cours, retrouvailles avec les potes et avec les profs, une journée absolument basique. Nouvel appart emménagé, nouveau classeur prêt à classer, nouvelle pochette prête à pochetter, et surtout dernier bouquin d’Amélie Nothomb lu, j’étais plus que jamais prêt à affronter ce fameux premier jour de septembre. Enfin bon, tout ça pour dire que la journée s’annonçait plutôt sans intérêt. Mais c’était sans compter sur le gouvernement. Et là paf, une dépêche AFP tombe, Facebook et Twitter s’enflamment, le Ministère du Travail accueille sa nouvelle patronne.

Ouais, une femme. Ca y est, le gouvernement commence à comprendre que les femmes pèsent davantage dans le game. Et quand je vois que mes deux dernières chroniques sont des déclarations d’amour plus ou moins déguisées à Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem, je me dis que, mine de rien, à mon échelle, j’ai dû peser dans cette décision. Vous pensez pas ? Bon, soit. Myriam El Khomri arrive donc au gouvernement, c’est une femme, elle est jeune, et en plus elle est noire, ce qui me permet de glisser cette petite blague que seuls les initiés comprendront : Myriam is the new black ! Vous êtes une femme, c’est bon pour la parité ! Vous êtes jeunes, c’est bon pour l’image du gouvernement ! Vous avez un nom marocain, c’est Charlie ! Bref, pour résumer…

Aussitôt nominée, elle promet de mettre sa « combativité » au service de l’inversion de la courbe du chômage. En tous cas, pendant ce temps, il y a une autre courbe qui progresse, c’est celle du nombre de ministres du travail par quinquennat. Néanmoins, on vous souhaite bonne chance, Myriam !

Mercredi.
Journée de merde que ce mercredi. Pas seulement parce que mon nouveau prof de géographie est plutôt laid ou que mon nouveau professeur de littérature comparée est hétérosexuel, pire que ça.

C’est parti pour la course à celui qui likera, partagera, favera (?), retweetera le plus vite. Laissons notre indignation parler mollement, faisons renaître cette fraternité bien artificielle qu’on croyait avoir vu passer un certain onze janvier, mangeons-nous un ongle devant le corps de cet enfant qui a tenté de fuir la guerre pour finalement venir « s’échouer sur les rivages de nos consciences »1. De toute façon, d’ici quelque temps, on aura d’autres trucs à penser. Genre les arabes qui nous prennent not’ travail, les agriculteurs, les chroniques de Guillaume Meurice, les américains, les terroristes, l’extrême-droite, et on dira qu’être Charlie, de toute façon, c’est so 11 janvier, et on passera à autre chose. L’information révoltante se noiera dans l’information révoltante, et on continuera à pisser sur les Syriens qui n’osent pas affronter la guerre comme nous, les français, on a eu les couilles de le faire en 1939, et on pissera sur les arabes qui nous envahissent avec leurs moquées, et on pissera sur Charlie, sur Aylan, et sur tous les autres buzz éphémères. Jusqu’à la prochaine fois.

D’ailleurs, certains sont déjà arrivés à cette étape. Mais bon, ce sont souvent les mêmes…

Le soir, j’ai tenté de faire regarder Sense8 à mes colocs, mais elles ont préféré aller à une soirée crêpe chez un illustre inconnu. Le monde est décevant. Je me suis endormi en maudissant tous ceux qui étaient Charlie juste une fois par mois, mais seulement les mois pairs, sauf les mois qui ont moins de 31 jours.

Jeudi.
Encore une journée de perdue. Mon prof d’anglais a cru m’apprendre quelque chose en me précisant que Dieu n’avait jamais écrit la Bible, du coup je lui ai demandé si pour le Père Noël, c’était des conneries aussi. Et puis je me suis demandé si tout ça, c’était vraiment Charlie, et comme la question n’était pas extrêmement pertinente, j’ai décidé de me désinscrire du cours d’anglais. Rentré chez moi, je me suis jeté sur un bouquin de Romain Gary sur le déclin sexuel, et je me suis demandé pourquoi je l’avais acheté. Spontanément, aucune réponse ne m’est venue.

À 17 heures, un technicien est passé pour nous installer le gaz. J’étais content, j’allais enfin pouvoir me doucher avec de l’eau chaude. J’étais moins content d’avoir raté Si tu écoutes j’annule tout.
Pour me rattraper, j’ai écouté Laurent Goumarre, c’était sans doute moins drôle mais tout aussi sympathique.

Vendredi.
Enfin un peu d’animation dans cette rentrée bien morose. Outre le magnifique #FF qu’on m’envoie sur Twitter, c’est sur le coup de huit heures que Libé annonce que Marine Le Pen a un double-compte sur Twitter. Une pause pendant mon cours d’allemand me permet d’apprendre la nouvelle, et accessoirement d’égayer ma journée, voire ma semaine. Alors comme ça, les comptes en Suisse ne suffisent plus à ceux qui nous représentent, ou tentent de nous représenter. Il leur faut aussi des double-comptes en Twitt. La caricature du militant FN de base est poussé à l’extrême entre la syntaxe douteuse des twitts, voire le pseudo dénué de majuscules, anne lalane.
En tous cas, qu’elle s’appelle Marine ou Anne, elle se sera fait un peu trop remarquer pour rien, cette semaine. Ce qui ne va certainement pas m’empêcher de me faire une raclette dans mon appart nouvellement équipé en gaz. Avec une bière. À ta santé, Aylan. Je sais pas si c’est très Charlie de bouffer une raclette début septembre en pensant à un migrant mort. Je fais ce que je peux.

Tout ça pour dire que l’année va être longue. L’année scolaire s’annonce aussi belle que l’année civile déjà bien entamée.

Bonne rentrée à tous.

Mots de gauche, mots un peu gauches, et gros moches

Le Parti Socialiste, c’est tout un vocabulaire minutieux à maîtriser. Faut pas croire, suffit pas de penser que le changement c’est maintenant et de prendre des roses à pleines mains avant de vous rendre compte que vous avez la paume ravagée par les épines (et donc que vous auriez dû réviser votre cours de bio) pour pouvoir prétendre à l’acquisition de votre carte du parti. Et attention, ils sont très sérieux là-dedans. Quiconque ne respecte pas le strict règlement sémantique du parti pourrait bien, à l’instar de Jérôme Cahuzac, avoir des comptes (en Suisse) à rendre. Démonstration.

Valeurs de gauche, trolls de droite : plutôt #VivreEnsemble #PasDAmalgame ou plutôt #BienPensance #PolitiquementCorrect ?

Bon, là, c’est plutôt simple. D’un côté, ceux qui prônent le vivre-ensemble en harmonie entre tous les peuples et tentent de le rappeler après chaque attentat terroriste, de l’autre, ceux qui dénoncent la bien-pensance de ces gens qui, de peur d’être politiquement incorrects, refusent de dire que tous les arabes sont des intégristes terroristes un point c’est tout, quelle bande de tapettes ces socialos.

Une réponse assez évidente, donc. Je suis sympa, je commence plutôt facile. Prôner le multiculturalisme, la cohabitation pacifique des peuples entre eux, c’est une valeur profondément gauchiste, même si on peut l’appeler comme on veut (« gauchiasse bobo dictature socialiste de la bien-pensance politiquement correcte » me paraît être une proposition recevable). En revanche, s’attirer la gratitude des foules en l’excitant à coups de « C’est les musulmans qui amènent la merde en France aujourd’hui ! » made in Philippe Tesson, c’est une manière un peu gauche de penser, donc une idée de droite. Vous me suivez ?

Illustration randomL’article commençant à devenir imbuvable car trop pauvre en illustration, je pose ça ici. Et puis si jamais vous avez oublié de quoi on parle, ça vous fait un repère. Malin, non ?

La nuance qui fait tout : Faut-il prôner une politique de rigueur ou bien lui préférer l’austérité ?

Ah, vous ne voyez pas la différence, hein ! Pas plus qu’entre la dénationalisation et la privatisation, hein ! Eh bien voilà, vous tombez directement dans le piège, vous ne saisissez déjà pas cette fracture immense entre le mot de gauche et le mot de droite, même si nous nous accordons plus ou moins à dire que ces deux mots sont avant tout des maux.

Bref, histoire de ne pas vous faire attendre davantage, voilà la réponse.
L’austérité, on la laisse à la droite. L’austérité, c’est la tronche du vieux prof de piano aigri du conservatoire à rayonnement régional qui est là depuis plus longtemps que Dumbledore à Poudlard et qui vous regarde un peu en biais parce que vous n’avez pas bossé vos romances sans paroles de Mendelssohn. L’austérité, c’est tout le monde met ses chaussons au pied du sapin et se couche à 21h30 après avoir bu sa soupe. Au chou. L’austérité ne met pas trop d’effusions dans ses embrassades du 1er janvier puisqu’à minuit, l’austérité est déjà au lit. L’austérité, c’est un papa (bricoleur), une maman (cuisinière), on ne ment pas aux enfants. Bref, l’austérité fait peur, et le PS se bat contre l’austérité. Pire, la gauche de la gauche se bat contre l’austérité de la gauche elle-même. L’austérité, c’est donc ce qu’il y a un peu à votre droite. Oui, méfiez-vous de la souris de votre ordinateur voire même de la touche « Entrée », elles sont austères. Votre oreille droite, après 3 jours sans douche, a un côté assez austère aussi. Par quoi la gauche répond-elle alors à l’austérité ? Par la rigueur !

Petit point culture pour le prouver. En mars 1983, Mitterrand annonce le « tournant de la rigueur », et non celui del’austérité. Le mot même de rigueur avait été d’abord utilisé quelques mois auparavant par le ministre socialiste Pierre Mauroy qui définissait la rigueur comme « l’austérité plus l’espoir »… L’austérité, elle, colle davantage à la peau d’un Raymond Barre.
Bref, si vous voulez votre carte au PS, va falloir être rigoureux, et pas austère !

Bernard Sac de RizImage de Bernard Kouchner pour meubler cet article décidément trop textuel, mais vous allez voir, y a quand même un lien avec la suite. A défaut de trouver une photo de lui dans un accoutrement anarchique, le voilà affublé d’un sac de riz.

Grand débat entre Bernard Kouchner et lui-même : Faut-il défendre le droit à l’euthanasie ou se battre pour la réhabilitation du nazisme ?

D’accord, je vous vois poser vos coudes sur votre bureau pour prendre votre tête dans votre main et vous demander ce qui vous a pris de lire cet article. Je vous vois tous les deux, vous et votre regard désolé, vous qui avez cru un instant que cet article serait sérieux, instructif et pertinent de bout en bout. Et je vous comprends. Je viens vous parler l’air de rien de bien-pensance et vivre-ensemble, je vous refais votre culture (si, avouez) en faisant l’étymologie politique de l’austérité et de la rigueur et là, paf, un point Godwin arrive entre ces lignes à la manière d’un cheveu blanc sur la tête d’un chauve. Je vois votre bras, je vois votre main prendre votre souris pendant que vous poussez un soupir exaspéré, prêt à fermer cet onglet maaaaaaais… Mais vous n’allez pas le faire car la question abordée ici est tout à fait sérieuse. Lisez la suite, vous allez voir.

(Alors oui, bon, parler de Bernard Kouchner dans un article sur le PS peut paraître légèrement acrobatique, mais sans doute pas autant que faire passer en force à coups de 49.3 la loi Macron. En tous cas, en terme de socialisme, on en est plus ou moins au même stade. Donc on arrête de critiquer et on écoute, s’il vous plaît.)

Nous ne sommes en effet pas sans nous rappeler ces paroles de notre ami Nanard qui avait vu le rapprochement sordide existant entre les mots « euthanasie » et « nazi », une similitude sans doute plus auditive que sémantique, donc un rapprochement lui aussi assez acrobatique mais qui n’était pas sans l’inquiéter et qu’il était même jusqu’à aller qualifier de « pas gentil », avec une voix légèrement nasillarde1.

Bien sûr, à choisir, allez plutôt défendre l’euthanasie que le nazisme, Vincent Lambert vous en remercierait, mais prenez toujours garde à la malice des mots, toujours.
Dans le même style, sans doute aurions-nous pu nous demander s’il fallait parler de la Centrafrique ou de la Françafrique (ou de la différence fondamentale entre les affaires étrangères et les étranges affaires…).

La question piège : Faut-il aller en Allemagne en Falcon ou avoir un compte en Suisse ?

Alors, faut-il opter pour l’esclandre2 de Manu ou pour l’embrouille de Jérôme ?

Zut, voilà deux scandales de gauche. La question serait-elle alors insoluble ? Dans un dernier espoir, nous pouvons adopter la solution Nanard. Dans « l’Allemagne en Falcon », il y a con, ce qui n’est pas gentil. Mais là encore, c’est l’impasse : dans « compte en Suisse », il y a aussi con. Génies que nous sommes, nous venons de prouver que Falcon et compte sont deux mots de gauche, définitivement.

Christiane dicoChristiane lit quelques extraits du dictionnaire aux deux mauvais élèves de la question suivante.

Duel au sommet : Faut-il dénoncer la méprisance ou encourager la bravitude ?

Vous n’avez pas pu oublier ces grands moments de francophonie. Mais que voulez-vous, à droite comme à gauche, une campagne présidentielle est toujours difficile. Nicolas et Ségolène (deux candidats qui nous ressemblent ♫) en ont fait l’amère expérience. Saurez-vous rendre chacune de ces pépites à son heureux propriétaire ?

Ah, je vous ai vu ! Vous êtes en train de vous demander ce qui ne va pas dans ces deux mots. Vous les avez tapé dans votre logiciel de traitement de texte qui s’est empressé de les souligner en rouge, vous laissant une mine perplexe et contrariée. Je vous laisse chercher les mots originaux. En attendant, la grande conquérante de la bravitude, c’est Ségolène qui tente, depuis la grande muraille de Chine, de réciter un proverbe chinois en français. On constate qu’elle a dû sécher les cours de méthodologie de la version. Quant à la méprisance, elle est signée Nicolas, même si le mot existait en ancien français (pas très étonnant de le retrouver dans la bouche d’un lecteur assidu de Victor Hugo, donc). « Je veux apporter des réponses. Oh. Des réponses qu’on ne comprendra pas dans un certain nombre de cercles dirigeants. Des réponses qu’on va regarder avec cette… méprisance », avait dit notre héros sur un ton qu’il aurait sans doute voulu théâtral. Tu m’étonnes que les cercles dirigeants ne te comprendront pas, Nico. Mais nous, on t’aime.

Un petit dernier (facile) pour la route : Faut-il il s’abonner aux Inrocks ou recevoir Valeurs Actuelles ?

Allez, celle-ci je vous laisse cogiter. Si vous avez bien suivi le reste, vous devriez y arriver !

François Kazakstan« Engagement tenu, et garanti sans austérité. »

  1. Bon, cette précision est éminemment discutable, mais comme vous avez compris mon superbe jeu de mots, vous n’allez pas vérifier. D’avance etc.
  2. Mot de droite ou mot de gauche, le mot esclandre est en tous cas l’un de ces termes qui font la richesse de notre vocabulaire. C’est la seule raison de son utilisation ici.