Et si on regardait un film, une fois

Cette semaine, pas tant pour emmerder le monde que pour vous réconforter, un peu de cinéma belge. Notez qu’il s’agit des premiers qui me sont venus à l’esprit, mais je ne serais qu’à moitié surprise d’apprendre que nombre d’autres de mes films préférés sont belges. Je veux dire, le nombre de fois où j’ai découvert la belgitude d’un personnage marquant de mon enfance dépasse l’entendement. Là vous pourriez légitimement me répondre « Meuf, tes parents t’ont appelée Fanette, a priori ils devaient pas trouver que vous habitiez du bon côté de la frontière. » et il n’est pas impossible que vous ayez raison. Il faudra que je leur demande un jour. Mais venons en aux faits. Enfin aux films.

D’abord et c’est obligé parce que c’est un classique : Dikkenek.

Toute personne ne rigolant pas devant ce film se verra attribuer pour une durée indéterminée (allant jusqu’à ce qu’il se retire l’aspirateur qu’il a dans le derrière) le qualificatif d’ « excessivement ennuyant ». Arriver volontairement à un tel niveau de connerie et de n’importe quoi tient du pur génie, tant au niveau de l’écriture qu’au niveau de l’interprétation. (Et si vous avez Netflix, le film y est, vous n’avez même pas besoin d’aller fouiner dans la médiathèque de votre bled ou de tomber dans l’illégalité pour le voir.)

Dans un registre moins festif : Le Gamin au vélo (ou tout autre film des frères Dardenne mais j’ai une tendresse particulière pour celui là).

Je ne sais plus qui j’ai entendu dire que les jeunes radicalisés étaient tombés dans le djihad comme ils seraient tombés dans la délinquance. C’est peut-être vrai, ou peut-être pas, j’en sais trop rien à force d’entendre de prétendus experts dire tout et son contraire on finit par ne plus trop savoir quoi penser. Est-ce que si Cyril avait croisé un recruteur au lieu d’un dealer il aurait plongé tout pareil ? Je n’ai pas de réponse. Je vous laisse regarder le film, vous poser toutes ces questions, en débattre avec vous-même (et si vous voulez en discuter y’a notre Facebook, notre Twitter et notre mail dans la colonne de droite).

Et enfin C’est arrivé près de chez vous :

Attention, c’est assez violent, dans le contexte actuel ce n’est pas forcément ce que vous avez envie de voir. C’est aussi très drôle, mais au dernier degré de l’humour noir. Ce qui peut être cathartique pour certains ou un peu traumatique pour d’autres. C’est à vous de voir. Et puisque j’y suis, je présente mes excuses à la dame qui en commentaire des attentats de mardi a dit « C’est arrivé près de chez nous. » pour le fou rire nerveux que cette remarque m’a provoqué.

Pour plus de suggestions de films belges, vous pouvez remonter le fil Twitter de L’étagère.

Et peu importe le film que vous choisissez de regarder, qu’il soit belge ou non, n’oubliez pas de vous faire un chocolat chaud (si vous regardez en famille) ou de vous ouvrir une bière (si vous êtes entre copains). Des câlins pour vous tous.

Les cons, ça tweete tout ?

Est-ce tricher que de vous parler d’un film dont je vous ai déjà parlé ? Je ne sais pas, et comme c’est moi qui fait les règles de toute façon, on va dire que non, puis qu’on s’en fout, et je vais encore vous parler de Fatima. Soria Zeroual (qui joue Fatima) et Philippe Faucon (le réalisateur) étaient sur le plateau d’On n’est pas couché (et on se demande bien pourquoi on est encore devant la télé à une heure pareille) pour la sortie DVD du film. Et disons que … Twitter n’a pas connu ce soir là ses heures les plus glorieuses.

Et toi tu sembles ne pas avoir changé d’idée depuis 1632.

Alors ça y est ? François Hollande a réussi à inverser la courbe et à nous ramener au plein emploi et on ne me dit rien ?!

« Notez que moi l’emploi correct de la négation et des majuscules je me le fous au cul, mais j’ai le droit parce que le hasard a voulu que je naisse dans ce pays plutôt que dans un autre. »

Je… Kamoulox ?

L’engrenage infernal de la radicalisation. On commence par porter des rangers et avant même de s’en rendre compte on participe à un défilé du FN et on vomit sur Twitter.

Soutenez la thérapie de ces gens qui se sentent menacés dans leur identité par un foulard rose à fleurs, et voyez Fatima, au cinéma s’il y est encore par chez vous, ou en DVD puisqu’il est maintenant disponible et non, je ne touche rien pour faire la promo des films, cette rubrique est surtout un prétexte pour afficher publiquement la connerie humaine (et partager avec vous les films qui m’ont plu mais cet aspect est entièrement subjectif).

Et en parlant de connerie humaine, elle est plutôt pas mal représentée sur le forum de jeuxvideos.com. Allez, juste pour rire, essayez de deviner de quel film nos deux amis parlent ici :

pattaya jvcom

Alors ? Le premier qui trouve gagne un Malabar bigoût à peine entamé. Personne ? Allez, je vous le dit, c’est Pattaya. Oui, oui, JVC_DTC pense qu’un môme de cité est trop con pour faire la différence entre une comédie complètement débile et la réalité. Imaginez si on faisait la même avec Les Bronzés font du ski :

Vous le trouvez pas dangereux ce film ?

Les petits du XVIème s’identifient aux styles vestimentaires, aux expressions. A tout ce langage qui les restreint, vous allez me dire qu’ils ont pas besoin de ça mais c’est pire alors, ça les conforte dans ce qu’ils sont ! Ils creusent l’écart qu’ils ont déjà avec les genre normaux … Le pire c’est qu’après ça viendra chialer que ça n’a pas de meuf alors que ces mecs draguent comme des moitiés de chauves en portant des combinaisons de ski orange à toutes les occasions…

Je comprends pas la démarche.

Nous sommes d’accords pour dire que c’est parfaitement ridicule. Alors faites donc chier tous ces cons, et ce week-end allez au cinéma.

Merci Bernard !

Cette semaine, je ne vous conseillerai qu’un seul film. Non, ce n’est pas de la flemme, c’est simplement que vous aurez envie de le voir deux fois (ou alors c’est que vous penchez très fort sur la droite mais je vois pas bien ce que vous feriez dans notre petit repère de dangereux gauchistes). Il s’agit bien sûr du film que vous ne verrez pas chroniqué dans Le Parisien :

merci patronVoici donc les cinq bonnes raisons d’aller le voir :

1. C’est la meilleure adaptation de Robin des Bois jamais réalisée. Ou de David et Goliath si vous êtes d’humeur plus mystique.

2. Vous vous payerez une bonne tranche de rigolade avec vos camarades de séance, et ce au dépend de vrais responsables de la non inversion de cette putain de courbe du chômage (et de l’existence même de la dite courbe) et dans cette époque troublée, peut-on vraiment se dispenser de passer une joyeuse heure et demie avec des inconnus ?

3. Le film vous donnera la patate pour la semaine, et en cette époque troublée, serait-ce bien raisonnable de s’en passer ?

4. Vous soutenez le cinéma indépendant ET le journalisme casse-couille et en cette époque troublée tout ça tout ça.

5. Les journalistes du Parisien (qui fait partie du groupe LVMH qui appartient à Bernard Arnault) ont été priés de ne pas chroniquer le documentaire. Vous pouvez donc faire chier le censeur (qui que ce soit dans la hiérarchie) avec cette petite série d’actions simples : mettre votre manteau et vos chaussures, marcher/prendre votre voiture/prendre le métro jusqu’au cinéma le plus proche diffusant le film et dire « une place pour Merci Patron s’il-vous-plait » à l’ouvreur avec votre plus beau sourire. (Optionnel : vous pouvez poster sur les réseaux sociaux une photo de votre billet et/ou un selfie de votre mine réjouie en sortant et l’envoyer aux comptes suivant : @le_Parisien et @LVMH).

 Alors n’attends plus, camarade, et n’oublie pas que tu vaux mieux que ça.

Paul is back

Alors que j’ouvre mon nouveau site favori, Plugged-in, dont je vous parlais déjà la semaine dernière, quelle n’est pas ma surprise de me voir proposer d’acheter mes places pour Miracle from heaven avec Jennifer Garner un film dont l’affiche nous présente une fillette, inondée de lumière comme dans tout bon film religieux qui se respecte, en train de faire un câlin à un arbre. Ce n’est absolument pas ce que je cherche, déjà parce que ça m’a l’air complètement cucul et qu’en plus je ne veux pas voir des films sponsorisés par la morale chrétienne, je suis là pour savoir quels films leur chamboulent le crucifix. Et figurez-vous que ces andouilles sont allés voir Zoolander 2. Et ça nous les a effectivement tout chambouler.

En même temps quand t'es chamboulé par un bisou dans le cou, tu vas pas voir un film où ça se cramponne à des seins sur l'affiche quoi.

En même temps quand t’es chamboulé par un bisou dans le cou, tu vas pas voir un film où ça se cramponne à des seins sur l’affiche quoi.

Encore une fois, leur critique est (involontairement) hilarante, mais pleine de spoilers. Elle est écrite par le même bon chrétien que celle de Deadpool qui a notamment tiqué sur des érections que j’avoue ne pas avoir remarquées moi-même, ce qui me fait vraiment soupçonner une sexualité exotique refoulée chez notre camarade. Faites preuve de solidarité mes amis, ne laissez pas Paul être chamboulé tout seul, soutenez sa découverte de lui-même et son coming-out prochain : allez voir Zoolander 2.

Si d’aventure vous êtes d’humeur moins badine et peu enclin à la pop culture, ce n’est pas grave. Vous n’êtes pas sans savoir que Fatima a été fort consacré aux César. Ceci a eu deux effets. Premier effet : la fachosphère a chié tellement de pendules sur Twitter qu’il est heureux que la Suisse ait décidé d’assurer son PIB grâce à l’évasion fiscale plutôt que grâce à l’horlogerie :

Deuxième effet de cette consécration : le film est ressorti dans plusieurs salles, ce qui vous permet d’aller le voir pour en faire, en plus d’un succès académique (ça se dit ça ?) un succès public et défriser encore plus ces imbéciles qui n’aiment que les cheveux raides.

Si après ça il vous reste un peu de temps libre, certaines des suggestions des semaines précédentes sont encore à l’affiche. Et si au fil de vos pérégrinations vous tombez sur une critique particulièrement raciste, homophobe, misogyne ou juste très très con, n’hésitez à partager avec les petits camarades.

Changez le monde, allez au cinéma.

Cette semaine encore, je viens vous recommander des films que les cons de base n’aimeraient pas voir exploser au box office au motif que ça bouscule leur petit ordre établi qui ne profite qu’à eux (quand, vous l’aurez compris, on est ici en faveur d’un ordre établi qui profite à tous).

Pour commencer un petit update : la semaine dernière, je vous parlais du recours de l’association Promouvoir contre Les Huits Salopards de Quentin Tarantino et bonne nouvelle : ce recours a été rejeté. Dans l’cul Lulu comme on dit dans des endroits où on ferait mieux d’arrêter d’inventer des expressions.

Et pour occuper votre week-end, cette semaine j’ai deux films à vous conseiller. Le premier c’est :

free love

dont La Croix dit :

Ce film sur le combat d’un couple de femmes aux États-Unis, quoique inspiré de faits réels, s’égare dans une mise en scène trop lacrymale en voulant souligner la grande histoire derrière la petite.

Ce n’est pas vous spoiler que vous dire que « la grande histoire derrière la petite » est celle de l’égalité pour les couples de même sexe, rien que ça. Une cause dont La Croix ne fait visiblement pas grand cas. Ce ne sont pas les seuls à faire ce reproche au film cela dit, mais ce sont les seuls à sortir que le meilleur personnage est … un personnage d’homme hétéro (allez voir l’article, mais après avoir vu le film !) et dans un contexte pareil, il fallait oser, La Croix l’a fait (et le journaliste en question est une journaliste, des fois faut pas chercher). Alors faites donc chier ceux qui ne s’identifient pas aux personnages qui sont du bon côté de l’histoire, allez voir Free Love.

Ensuite je vous conseille :

demainJ’avoue, je triche un peu, je n’ai aucune critique débile à vous fournir au sujet de ce documentaire. Mais il n’en reste pas moins que les gros bonnets de l’agro-alimentaire (coucou Monsanto) feraient sans doute la gueule si on se mettait à appliquer les solutions apportées dans ce film notamment en matière d’alimentation. Et ce sont manifestione des solutions qui fonctionnent et qui sont à la portée de tout le monde (et en plus elles créent des emplois, mais qu’est ce qu’on attend bordel ?). Alors oui, ce film est parfois un peu niaisement idéaliste (en même temps c’est Mélanie Laurent alors c’est plutôt attendu), mais depuis le temps qu’on est assis sur nos culs à chialer sur nos sorts comme des abrutis, on s’en serait rendu compte si c’était une stratégie efficace pour quoi que ce soit. Alors rendez-vous service : informez-vous, renseignez-vous, allez voir Demain et ça serait bien le diable si ça faisait chier personne !

Bon week-end, et s’il vous reste un peu de temps libre, nos précédents conseils sont ici.

Promouvons le beau travail

Toujours dans l’optique de vous aider à occuper votre week-end de manière ludique et poil à gratter pour le club des coincés de l’oignon, je m’en vais vous donner quelques petits conseils culturels afin d’augmenter (à ma faible mesure) le succès de quelques travaux que les empêcheurs de s’amuser en rond aimeraient voir échouer.

Et parmi les empêchés de la gaudrioles, on trouve Valeurs Actuelles qui n’aime ni Sophia Aram, ni Vincent Dedienne. Pourquoi cela ? Et bien parce que ces mécréants osent caricaturer leur prophète se moquer des ayatollah de la Manif Pour Tous, les ptits bâtards ! Un personnage récurrent des chroniques de Sophia Aram est une certaine « Ludovine de la Malbaise » et toute ressemblance avec un personnage existant ou ayant existé ne serait que coïncidence fortuite. Et quand Sophia Aram joue Ludo de la Malbaise, ça leur froisse le jupon à la Manif Pour Tous. Dans ma grande mansuétude, pour vous aider à aider les dits jupons à être froissés (ce qui vraiment ne pourra pas leur faire de mal), je vous ai donc fait la « compil de la Malbaise » (si jamais j’ai oublié un épisode, faites signe, mais de mémoire ils sont tous là) :

Episode 1 : Nicolas II le retour
Episode 2 : Oui à la droite qui donne la gaule
Episode 3 : C’est une maman en colère que vous devant vous (featuring Najat Vallaud Belkacem)
Episode 4 : Y’aura-t-il du kébab à Noël ?
Episode 5 : Le Taubira blues

Quand à la chronique de Vincent Dedienne, qui est la base de l’article de nos copains de Valeurs Actuelles vous la trouverez ici. Le dernier à aller la regarder est fan de Tugdual Derville1. Le même Vincent Dedienne a également fait hier un billet sur l’association Promouvoir, qui n’est, à ma connaissance, fustigé nulle part mais qui me permet une habile transition, l’association en question étant partie en croisande contre Les Huit Salopards de Quentin Tarantino.

hateful 8

Pour ceux qui ne connaissent pas Promouvoir, il s’agit d’une association catholique à tendance intégriste fort mal nommée puisque le seul but de son existence semble être de faire retirer les visas d’exploitation des films où on voit un peu trop de sexe et/ou de violence. A leur tableau de chasse ils ont jusque là : Baise-moi, Love, Antichrist, La Vie d’Adèle, Nymphomaniac et Saw 3D. Nul besoin d’être cinéphile pour piger, en voyant cette liste, que leur plus gros problème, c’est le sexe. Mais dans le cas présent, le problème serait plutôt la violence (à moins que, mais je ne veux spoiler personne). Alors, est-ce que le film est réellement violent ? J’ai envie de vous dire que c’est un western (genre rarement bucolique en soit) de Quentin Tarantino et là encore, même sans avoir une culture cinéma particulièrement poussée, on sait juste avec ses informations que ce qu’on va voir n’aura rien à voir ni sur le fond, ni sur la forme avec La Petite Maison dans la Prairie ou alors Charles Ingalls a sérieusement pété un plomb.

Mais là n’est pas la question, je refuse de voir des valeurs chrétiennes d’un progressisme aussi inexistant que le sens de le sens de l’humour chez les djihasites décider quels films ont le droit d’arriver sur nos écrans. Alors faites chier Promouvoir avec la dernière énergie, allez voir Les Huit Salopards !

Et s’il vous reste du temps libre après tout ça, les films que je vous ai conseillé la semaine dernière sont encore en salle. Bon week-end !

  1. Oui il existe, oui c’est un pote des deux autres.

Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres

Le week-end approche et vous ne savez pas bien quoi faire de vous-même pendant ces 48h de liberté ? Vous voudriez en profiter pour emmerder les cons, mais votre temps libre est déjà limité et vous aimeriez bien en profiter ? Nous avons la solution. Allez voir des films que les emmerdeurs ne veulent pas voir exploser au box office.

Alors attention, vous ne trouverez pas ici de critique sur la cinématographie, l’intrigue et toutes ces sortes de choses. Beaucoup de gens font ça ailleurs et bien mieux que je ne le ferais. La seule chose analysée ici est le potentiel des films à défriser les gens qui n’aiment de toute façon que les cheveux lisses (et quand on sait que certains abrutis sont dérangés par un personnage principal noir, gay ou féminin ou pire les trois à la fois, la matière ne risque pas de manquer). Mais, comme je ne tiens pas non plus à ruiner votre week-end, je ne vous conseille que des films que j’ai vus et appréciés (ce qui peut expliquer la non exhaustivité des listes), on n’est pas des bêtes.

Pour ce week-end, je vous conseille donc :

spotlightL’Eglise catholique n’a déjà pas été bien bien jouasse quand une équipe de journalistes a révélé que les prêtres pédophiles n’étaient pas de simples brebis galeuses isolées mais bien un réel problème systémique. Il serait étonnant qu’elle apprécie qu’un film retraçant la dite enquête (et donc le scandale) rafle toutes sortes de prix et surtout explose le box office.

D’ailleurs comme le révèle ce camarade Twittos, Famille Chrétienne n’a pas trop kiffé qu’on balance qu’une proportion non négligeable de prêtres aime bien enculer les petits enfants.

Même que l’Observatoire de la Christianophobie est tout colère :

1

Bref, emmerdez l’institution criminelle qu’est l’Eglise Catholique, allez voir Spotlight.

Si vous l’avez déjà vu, ou si votre dimanche s’avère tellement pluvieux et ennuyeux que vous voulez enchaîner deux films, vous pouvez aussi aller voir :

carol

Alors par soucis d’honnêteté intellectuelle, je suis obligée de dire que j’ai commencé par chercher des critiques négatives sur le site de Valeurs Actuelles et que … je n’y ai trouvé que des éloges. Je suis donc allée voir du côté de la Russie et de sa fameuse frilosité face à la « propagande LGBT » et figurez-vous que le film a reçu son visa d’exploitation là-bas. J’ai bien trouvé une critique complètement conne dans le Parisien. Ne pas aimer le film, c’est une chose, on a parfaitement le droit de s’y faire chier, de trouver ça moche, de trouver les prix d’interprétation pas mérités tout ça, tout ça. Mais pour dire : « Todd Haynes s’est inspiré d’un roman de Patricia Highsmith, laquelle l’a rédigé, à l’époque, sous pseudo. On comprend mieux. » sans préciser que si elle l’a rédigé sous pseudo ce n’est pas parce qu’elle n’en assumait pas la qualité ou le contenu mais parce que son éditeur lui a refusé le manuscrit au motif que « lol on va pas publier une histoire d’amour entre meuf » l’obligeant à aller voir ailleurs et à prendre un pseudo pour des raisons de contrat et probablement un peu parce qu’à cette époque l’homosexualité était encore considérée comme une maladie mentale aux Etats-Unis, c’est au minimum malhonnête intellectuellement.

Et, comme les cons, quand on les cherche bien, on finit par les trouver, j’ai échoué sur ce formidable article, où l’auteur nous explique que Carol et The Danish Girl2 sont des « films moralement mauvais » pour les raisons que vous pouvez imaginer et que donc … il ne les a pas vus. Ce à quoi nous sommes tous tentés de répondre « bah ferme ta gueule alors », mais ce serait gaspiller inutilement son énergie.

Bref, soyez d’abominables pervertis moralement mauvais3, emmerdez le critique peu consciencieux du Parisien, soutenez la rédemption de celui de Valeurs Actuelles et l’ouverture de la Russie, allez voir Carol.

  1. Micro spoiler : j’ai fait le calcul à partir du nombre d’enseignants dans le premier et second degré selon l’Education Nationale (qui sait a priori ce qu’elle dit) et les statistiques fournis par le film, s’il y avait en proportion autant d’enseignants pédophiles que de prêtres pédophiles, on serait à plus de 50.000 cas juste sur cette année.
  2. Que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir.
  3. Admettez que sur l’idée ça se ressemble !

L’obs irrationnel

Ici Lambegue, voici un petit article sans lien réel avec les sujets habituels du blog (et encore moins mes propres rubriques), pour exprimer ma consternation face à la critique de L’homme  irrationnel de Woody Allen, écrite par François Jost et publiée dans l’Obs.

Avant d’aller plus loin, je signale que la critique de Jost comme mon article contiennent des spoilers (dans mon cas, sur l’homme Irrationnel mais aussi des mineurs sur quelques autres films d’Allen), arrêtez vous donc si vous n’avez pas vu le film et voulez garder la surprise. Pour les autres, c’est par ici pour lire l’article de Jost.

D’ailleurs, commençons par là : c’est tout bête, mais quand on spoile la quasi intégralité d’un film dans ce qu’on écrit, on le signale avant. Je trouve que c’est une marque de respect élémentaire envers le lecteur qui voudrait avoir le plaisir de découvrir les rebondissements de l’oeuvre critiquée par lui même. Ca ne coûte rien, juste une phrase d’avertissement, voire même seulement des balises de spoil, et à peu près n’importe quel critique actuel a le réflexe de le faire. Même les critiques amateurs sur le web le font. C’est donc inexcusable venant d’un professionnel, qui en plus parle d’un film qui vient de sortir, et qui n’aura donc probablement pas été vu par une grosse majorité de ses lecteur.

Ça ne vous rappelle rien ? Cet homme pour qui tout bascule d’un coup et qui est aussi professeur, même si ce n’est pas dans une université, mais dans le secondaire ? Bien sûr, les fans de « Breaking Bad » ont reconnu le lien de parenté : Abe, le prof de fac revenu de tout, ressemble à s’y méprendre à Walter White. Bien sûr, il n’est pas atteint du cancer comme le héros de Vince Gilligan, mais il accomplit un trajet similaire.

Dans les deux cas, un événement externe (la maladie, une bribe de conversation saisie par hasard) entraîne un véritable changement de caractère. De même que White devient méchant dès l’annonce de son cancer, et clame fièrement qu’il s’est « réveillé », qu’il est « vivant », l’attitude d’Abe face à la vie se métamorphose quand il entend une conversation : Abe is « Breaking Bad ».

On ne peut pas nier tout à fait ça, les postulats de base se ressemblent. Dommage que Jost oublie de signaler qu’Allen avait déjà employé cette idée dans La vie et tout le reste, qui date d’avant Breaking Bad.

De plus, la comparaison entre le cancer de White et la conversation entendue par Abe ne tient pas : ce n’est pas la même chose, et les deux personnages n’agissent pas du tout pour les mêmes raisons. On peut difficilement parler de considérations morales dans le choix de White : il agit parce qu’il se sait perdu, et parce qu’il veut garantir une certaine sécurité à sa famille (du moins dans un premier temps). Abe, lui, a tout le temps qu’il veut. Et s’il agit, c’est parce qu’il croit réellement que son acte fait sens, qu’il est moral. La personne qu’il élimine n’est pas choisie au hasard, c’est un juge visiblement corrompu, et en le tuant Abe est persuadé d’agir comme une sorte de justicier. Son acte, qui semble immoral à première vue, devient moral à ses yeux par le fait même qu’il est commis sur quelqu’un de nuisible. Abe remet réellement en considération les notions de bien et de mal, c’est en cela qu’il devient un homme irrationnel.  Et encore une fois, nous retombons dans des thèmes familiers du cinéma de Woody Allen : Crimes et délits, Match Point ou encore Le rêve de Cassandre exploraient déjà la problématique du meurtre, et la morale prise au sens large est très souvent questionnée par le réalisateur.

Le parallèle va plus loin : il vole dans son université les produits chimiques qui vont lui permettre de confectionner le poison, comme Walt vole dans son collège les outils qui vont lui permettre de fabriquer de la méthamphétamine. Et il ira jusqu’à tuer sa petite amie quand il s’apercevra qu’elle a compris qu’il a tué.

Un prof de chimie passablement méchant et inquiétant, qui a sévèrement pété un cable et qui se sert de son équipement pour faire des expériences dangereuses….Bon sang, Breaking Bad se serait-il inspiré de la bd Les profs ?

C’est bien l’histoire d’un changement : celui d’un homme qui dort, pour parodier Perec, et qui se réveille à la faveur d’un événement arbitraire. Et dont le réveil se fait dans et par la méchanceté. Difficile d’imaginer que Woody Allen n’ait pas eu « Breaking Bad » en tête en écrivant ce scénario.

Mais…Mais…Oh mon dieu ! Star Trek : the Wrath of Khan a aussi servi de source d’inspiration ???

Ou alors, j’évoque ça comme ça, Woody Allen a été inspiré par Dostoïevski, comme le film le dit plusieurs fois. Dostoïevski et bien d’autres philosophes et auteurs, qui marquent la filmographie d’Allen depuis ses débuts.

Et par contre, aucune évocation des différences entre les deux oeuvres. Par exemple,  Jost aurait pu prendre la peine de signaler que le milieu de la pègre n’apparaît à aucun moment du film de Woody Allen, et que les fins sont très différentes, le film se terminant sur une ironie mordante, qui établit encore une fois que la morale comme la volonté humaine sont au final dominées par des hasards absurdes. Encore une fois, on pense à Match Point

Je veux bien, encore une fois, que les postulats de base se ressemblent : mais dresser ce parallèle en ignorant toute la filmographie passée d’Allen, c’est de la malhonnêteté. Parce que ça semble dire que ce film est une exception dans l’oeuvre du réalisateur, et donc que le lien avec Breaking Bad ne peut pas être dû au hasard. Et quand bien même il y aurait eu inspiration (et vu le nombre de fois ou Allen a dit ne pas regarder de séries télé, j’en doute quand même un peu), garder sous silence toute la réflexion philosophique de L’homme Irrationnel revient à nier ce qui constitue pourtant une des différences essentielles d’avec Breaking Bad. Même dans un film clamant l’irrationalité, les questionnements existentiels sont présents à chaque instant chez Allen. Des bases similaires qui donnent lieu à des œuvres extrêmement différentes, ça arrive très souvent. On peut par exemple prendre l’exemple de La peste de Camus face au Hussard sur le toit  de Giono ; ou encore Les justes du même Camus face aux Mains sales de Sartre…

On ne lui reprochera pas d’avoir copié : comme on sait, les idées ne se déposent pas, seules les réalisations concrètes sont protégées.

Je suis peut-être parano, mais ce que je comprend ici pourrait se reformuler ainsi : « On ne lui reprochera pas d’avoir copié, parce que les idées ne se déposent pas, mais si on avait pu lui faire un procès on ne s’en serait pas privés ».

Mais la conclusion que j’en tire concerne plutôt les mérites comparés des séries et des films, dont je suis parti. Certes, ce n’est pas un grand Woody Allen. Personnellement, je ne suis guère convaincu par ses essais de fabriquer des scénarios hitchcockiens.

Bon déjà : qu’est ce qui fait dire à notre critique que ce n’est pas un grand Woody Allen ? Non parce que là sorti de la comparaison avec Breaking Bad, il n’a à peu près rien dit du film, donc on aimerait bien des arguments. Je me trompe peut-être, mais je crois que c’est un peu son métier quand même.

Et aussi…Scénario hitchcockien ? Vraiment ? Donc en gros quand on fait un film relevant un peu du thriller au cinéma, c’est un scénario hitchcockien ? Eh ben, on en apprend tous les jours. Je veux bien qu’il ait marqué le genre, mais à ce compte là, dès qu’on met une scène de cul dans un film, on devrait dire qu’on fait un film Dorselien…A la limite, on peut le comparer à La Corde, d’Hitchcock, qui soulevait des questionnements similaires, et encore les conclusions diffèrent assez radicalement…

On peut se demander si, en l’occurrence, l’auteur comme figure tutélaire qui maîtrise l’ensemble d’une œuvre cinématographique n’est pas en train de battre de l’aile devant le travail et l’inventivité d’une writer’s room élaborant pour une série l’équivalent de huit longs-métrages par an.

Effectivement, un auteur seul est moins productif que tout un groupe d’une dizaine de personnes, ça paraît relativement logique. Mais est-ce un problème pour autant ? Est ce qu’on est obligés d’industrialiser le cinéma, sous prétexte que ça permet de produire plus ? Non parce que là, c’est bien de productivité que nous parle Jost, pas de qualité. Il ne dit pas qu’un writer’s room écrit mieux, il dit qu’elle a plus d’idées et donc écrit plus.

Doit-on en déduire que la série Hôpital Central est supérieure à Breaking Bad, parce qu’elle produit en moyenne 255 épisodes par an depuis 52 ans ? Et, qu’à l’inverse, Kubrick est à peine digne de nettoyer des chiottes à Hollywood ?

On peut se demander aussi si pour montrer une telle métamorphose d’un personnage, la transformation de sa vision du monde et son glissement moral, 90 minutes sont suffisantes.

On dit parfois que les séries sont l’avenir du cinéma. Il me semble qu’elles n’ont rien à voir avec les films car leurs temporalités ne sont pas comparables. Pour nous installer dans la tête d’un héros et comprendre ses évolutions, rien de tel qu’un temps qui mime le temps dans lequel nous baignons, distillant de semaine en semaine des transformations au même rythme que les nôtres.

Malgré ce qu’il dit, comme quoi les séries n’ont rien à voir avec les films de par les questions de temporalité, on notera que Jost ne se gène pas pour effectivement faire des comparatifs, que ce soit dans cet article ou dans l’autre dont il nous propose aimablement le lien, et qui est tout aussi brillant d’analyse en profondeur.

Mais donc, que veut-il dire par là ? Que le cinéma devrait s’interdire de faire évoluer psychologiquement ses personnages, parce qu’il n’a pas le temps de le faire ? Qu’il devrait se contenter de nous servir des transformers ou des Bienvenue chez les Ch’tis, par ce que boaf, la profondeur émotionnel, en une heure et demi, soyons sérieux, oh la la, laissez ça à ceux qui ont le temps ? Je ne prendrai même pas la peine de faire une liste de tous les contre exemples qui me viennent en tête, tellement ils sont nombreux. Je ne comprends pas ce besoin qu’ont les gens de comparer séries télé et cinéma sur le mérite comparé de chaque média : ça mène nécessairement à faire des grossissements assez malvenus, au fond il y a du très bon et du très mauvais, tant au cinéma qu’en série. Le médium en lui même n’est en rien déterminant sur la qualité du produit, ni sur les thèmes qu’il peut ou ne peut pas aborder. C’est effectivement idiot de chercher à comparer une histoire qui se développe sur 13 épisodes d’une heure1 , à une qui tient en 90 minutes, parce que ça change énormément de choses, dans la manière d’écrire et de filmer. C’est comme si je cherchais à comparer une bd comme Persépolis avec One piece, en voulant déterminer qui a raison, entre celle qui tient en 400 pages et celle qui s’étend sur plus de 80 tomes, encore en cours.

Pour faire une métapjhore encore plus parlante, l’argument de Jost appliqué à la critique culinaire ressemblerait à ça : « Cette tarte aux pommes n’est pas bonne, parce que ce n’est pas un clafouti à la cerise ».

Et cet article vient, je le répète, d’un critique légitimé par un journal officiel. D’un critique « pro », donc.

Aujourd’hui, sur internet, il y a des dizaines d’individus que l’on qualifie d’amateurs et qui font pourtant infiniment mieux.  Et, vu la qualité de ce qu’écrit Jost, ce n’est même pas un compliment.

Et, comme je n ai pas pu vraiment en parler dans l article, je le dis ici sans justifier : c est un très bon Woody Allen.

J’imagine que vous l’aurez compris à la lecture de l’article, même si je n’ai pas pris le temps de m’attarder sur le fait que les acteurs sont très bons et le tout aussi bien écrit que filmé : c est un très bon Woody Allen. Dommage que le but de cet article n’ait pas été de faire la critique du film lui-même, ça m’aurait probablement plus détendu.

  1. On passera d’ailleurs sur l’argument selon lequel les transformations se font dans une série au même rythme que les nôtres. Donc, une bonne série devrait se dérouler selon son rythme de diffusion, chaque épisode correspondant à une semaine de la vie des personnages, puis une ellipse de six mois en attendant la prochaine saison ? Et du coup, que penser de ceux qui regardent les séries d’une traite en dvd, et n’évoluent donc pas au même rythme que les personnages…?

[PC hors série 2] Le serrement d’Hippocrate

LE PARTISAN : Bonjour à tous, aujourd’hui nous allons parler d’Hippocrate, réalisé par Thomas Lilti et…

ORCHIS : D’accord, donc maintenant on ne parle plus de chanson ?

LE PARTISAN : Tiens, tu es encore là toi ?

ORCHIS : Oui. Et heureusement, pour t’empêcher de faire n’importe quoi.

LE PARTISAN : Je vois pas bien le problème.

ORCHIS : Le problème, c’est que la chronique s’appelle Le partisan de la chanson. Or, le partisan de la chanson, de quoi il doit parler ? De chanson. Sinon, c’est n’importe quoi.

LE PARTISAN : Non mais c’est un peu comme la Manif Pour Tous qui n’est pas du tout pour tous, si tu veux. Les noms, c’est là juste pour faire joli, et après on fait ce qu’on veut avec. Et puis je te demande pas ton avis, si j’ai envie de parler d’Hippocrate je parle d’Hippocrate et puis c’est tout.

ORCHIS : Vas-y, mais je t’aurai prévenu.

LE PARTISAN : Bien. Hippocrate donc est un film réalisé par Thomas Lilti, sorti en 2014 et avec Vincent Lacoste et Reda Kateb dans les rôles principaux, mais aussi Jacques Gamblin et Marianne Denicourt dans des rôles secondaires. Ça suit Benjamin, un étudiant en médecine qui commence son premier internat dans le service hospitalier dirigé par son père.

ORCHIS : Oh là, ça pue le film social français larmoyant, ça.

LE PARTISAN : C’est aussi ce que je me disais, mais la bande annonce, assez axée sur le comique, m’avait rassuré. C’est toujours bien, de rire des malades. C’est bien à ça qu’ils servent, d’ailleurs, non ?

ORCHIS : Et alors, au final ? Film social tire larme ou comédie ?

LE PARTISAN : Un peu des deux. En tous cas c’est très réussi.

ORCHIS : D’accord, c’est bon, tu m’as rendu curieux. C’est tellement rare que tu dises du bien de quelque chose…

LE PARTISAN : Le film fonctionne un peu en crescendo : on commence avec un Benjamin très optimiste, rempli d’idéaux sur son métier et super motivé, et dans un premier temps le service où il bosse nous est montré comme certes désorganisé, mais au fond assez agréable. Les défauts sont soulignés avec un certain humour, et même les premiers contacts avec les patients lorgnent plutôt du coté du comique. En somme, ça nous montre le milieu hospitalier tel que l’imaginerait probablement un étudiant en médecine un peu idéaliste.

ORCHIS : Ça existe encore, les étudiants en médecine idéalistes ? Ce sont pas tous des cyniques qui font des blagues sur les cadavres à la morgue ?

LE PARTISAN : Non, justement, il faut attendre qu’ils commencent leur internat. Ou qu’ils regardent Dr House et se persuadent que le cynisme, c’est cool, alors que tout le monde sait que c’est la canne qui fait tout boulot.

ORCHIS : Eh, c’est cool comme série !

LE PARTISAN : Très. Mais revenons à notre sujet. C’est peu à peu que les soucis se feront plus marqués et plus sombres : sans vouloir spoiler, le personnage principal sera assez vite mis face à l’erreur médicale, au manque de moyens, à un dilemme éthique et au côté oppressant de l’ambiance d’internat.

ORCHIS : En gros, tout ce qui pouvait merder merde effectivement.

LE PARTISAN : Ouais.

ORCHIS : « Comme dans la vraie vie », c’est ça que tu allais dire ?

LE PARTISAN : Même pas. De l’aveu même d’étudiants en médecine parmi mes connaissances, le film présente effectivement une situation assez extrême. Mais ça tient aussi du fait qu’il a pour but de concentrer en 1h40 tous les soucis du marché de la médecine actuelle.

ORCHIS : Je crains que l’usage du terme « marché » soit très adapté…

LE PARTISAN : Passées les vingt premières minutes, le film va d’ailleurs très vite. La majorité de scènes sont assez brèves, on suit plusieurs intrigues à la fois, il y a du monde partout, ça grouille, ça fourmille, c’est le bordel : ce qui faisait le côté lumineux du début du film en fait également le côté oppressant par la suite.

ORCHIS : Donc, en gros, c’est ce que je disais plus tôt : c’est un drame social larmoyant.

LE PARTISAN : Justement non. Principalement grâce à un élément : le film nous présente ses personnages pour ce qu’ils sont, et pas seulement en tant que fonction.

ORCHIS : C’est à dire ?

LE PARTISAN : Prenons ton exemple : toi, dans ces articles, tu n’existe que pour remplir la fonction de casse-couilles de service. Tu n’as aucune personnalité réelle, aucun charisme, tu n’intéresses personne…

ORCHIS : Parce que toi, tu crois que tu es intéressant ?

LE PARTISAN : Non, mais moi j’écris alors je fais ce que je veux. A l’inverse, j’aurais pu choisir de te donner des émotions, des buts, un passé, des humeurs, une vie… Dans ce cas, tu aurais été un vrai personnage.

ORCHIS : Et pourquoi tu l’as pas fait ?

LE PARTISAN : Parce que ça demande beaucoup plus de travail. Et c’est un défaut récurrent des films à tendance sociale, ils sacrifient leurs personnages au message qu’ils veulent faire passer. Les personnages, et donc l’histoire, deviennent seulement des éléments mécaniques pour transmettre une idée.

ORCHIS : Et ce n’est pas bien ?

LE PARTISAN : Disons que je trouve ça dommage. Si on fait son œuvre juste pour le message, autant assumer complètement et faire un essai. Pour le coup, il y a même des chances que ce soit plus efficace et qu’on puisse en dire plus.

ORCHIS : Sauf que personne n’acceptera de distribuer ça en salles.

LE PARTISAN : Je sais bien, mais c’est dommage. J’aime bien les essais et les thèses, en tant qu’ancien étudiant en philosophie je peux pas dire l’inverse…

ORCHIS : T’as étudié la philosophie, toi ?

LE PARTISAN : Oui.

ORCHIS : On dirait pas.

LE PARTISAN : Mon vieux, si j’avais fait quelque chose de plus utile que la philosophie, c’est à dire à peu près n’importe quel autre cursus universitaire, je ne serai pas là en train de me parler à moi même sur un blog.

ORCHIS : C’est pas faux.

LE PARTISAN : Je reprend ! Donc, selon moi, à partir du moment où on décide de faire une œuvre de fiction, quand bien même on veut y faire passer un message fort, il faut jouer le jeu : les personnages sont des personnages, et ils doivent exister pour eux même, pas juste comme silhouettes porteuse du message du film. Ça rendra d’ailleurs le message d’autant plus fort si on s’est attaché à ceux qui nous le font passer, or c’est dur de s’attacher à des personnages-silhouettes.

ORCHIS : Ça m’ennuie de le dire, mais je suis d’accord avec toi.

LE PARTISAN : Merci. Et dans Hippocrate, c’est très réussi à ce niveau. En partie grâce à l’écriture, les personnages ayant plusieurs petites scènes ou on peut voir leur coté plus « personnel », même si celui ci se trouve de plus en plus étouffé par la machine hospitalière : mais aussi grâce à ses acteurs, notamment les deux principaux. Vincent Lacoste a l’air paumé pendant presque tout le film, de plus en plus noyé dans ce qui se passe autour de lui, et Reda Kateb est parfait dans son rôle de médecin maghrébin obligé de refaire un internat pour avoir ses équivalences en France.

ORCHIS : D’ailleurs, Kateb a eu le césar du meilleur acteur dans un second rôle, et Lacoste était nommé pour celui du meilleur acteur.

LE PARTISAN : Pour une fois que je suis d’accord avec les Césars… Champagne !

ORCHIS : On a que de l’eau du robinet.

LE PARTISAN : Eau du robinet !

ORCHIS : Bon, mais les acteurs, ça fait pas tout j’imagine ?

LE PARTISAN : Certes. J’ai déjà parlé du scénario et de son côté crescendo qui fonctionne très bien, c’est un peu dur d’en dire plus sans trop en dire. Je préciserai juste que la manière qu’ont les différentes intrigues d’avancer, de se mettre en arrière plan et de ressortir est très bien gérée. Encore une fois, on est face à une structure d’écriture qui, sans être révolutionnaire, dépasse largement la moyenne de ce genre de cinéma.

ORCHIS : Et la réalisation ?

LE PARTISAN : Discrète. Pour le coup, elle fait dans les codes du genre : lumière un peu crasseuse, caméra souvent à l’épaule, musique en arrière plan et assez rare… Mais elle se distingue par beaucoup de vivacité, et souligne en fait idéalement le coté très rapide du film et de son univers. Pour le coup, on peut dire qu’il n’y avait pas besoin de trop en faire. Ça arrive que la simplicité soit la meilleure solution. Et puis, il reste quelques bonnes idées de mise en scène, comme tout le début ou on voit avancer le personnage principal dans des couloirs vides, nus et labyrinthiques à la recherche d’une lingerie. Les décors vides et nus sont d’ailleurs une image assez récurrente du film, dans toutes ses scènes de nuit entre autre, comme pour montrer que malgré l’agitation diurne, il n’y a en fait jamais assez de monde.

ORCHIS : Basique, mais efficace.

LE PARTISAN : Exactement.

ORCHIS : Et niveau réalisme ? Tu disais que le film était un peu extrême ?

LE PARTISAN : Alors, là je vais parler selon ce qu’on m’a dit. Je n’ai jamais étudié la médecine. Je n’aime pas les gens, alors je ne vais pas me faire chier à essayer de les soigner, ils avaient qu’à pas être malades. Mais visiblement, quand bien même il y a un gros côté loi de Murphy, le film nous présente des situations tout à fait crédibles. Dans l’ambiance d’internat, par exemple, ou aussi dans le fait que les grèves du personnel infirmier retombent finalement sur les internes, puis les médecins, puis bien entendu les malades. Mais que ces grèves sont elles même très explicables par les conditions de travail.

ORCHIS : Et du coup, qui est coupable ?

LE PARTISAN : Selon le film, il n’y a pas forcément de responsable direct. Même le chef de service, joué par Jacques Gamblin, est montré comme ayant autant de fautes que de qualités, et comme étant lui même sous la contrainte. Le souci, c’est principalement le fait que le marché de la médecine soit, justement, devenu un marché.

ORCHIS : C’est vrai que pour rentre rentable un malade…

LE PARTISAN : Ben il faut faire des sacrifices. Et pas des petits.

ORCHIS : Ce serait marrant de faire le même genre de film, mais en partant de l’idée que c’est le malade le responsable. J’ai toujours rêvé de voir un bon gros film social de droite, ou ce seraient les pauvres les méchants.

LE PARTISAN : Ça doit pouvoir se trouver, il faudra se renseigner sur le cinéma Monégasque.

ORCHIS : Ou prier pour que Bolloré se mette à produire des films.

LE PARTISAN : Pour en revenir à nos moutons : c’est là que revient l’intérêt d’avoir des personnages réellement construits. Les conséquences du manque de moyens du système hospitalier sont subies par ces personnages, et donc par nous de par l’attachement qu’on développe pour eux.

ORCHIS : Oui enfin ça c’est de la dramaturgie élémentaire.

LE PARTISAN : Je sais, mais il y a plein de gens qui n’arrivent pas à le faire. La Loi du marché en est un exemple récent et flagrant.

ORCHIS : Et paf, on va encore se faire des ennemis…

LE PARTISAN : Faut arrêter de vouloir imiter à tout prix les frères Dardenne. Et encore une fois, leur cinéma prouve en fait ce que je dis : chez les frères Dardenne, il y a des personnages avant tout.

ORCHIS : Pour conclure, tu conseilles Hippocrate ?

LE PARTISAN : Oui. Et Docteur House, aussi.

ORCHIS : Oui enfin si on en est à faire des associations foireuses, conseille aussi Docteur who, hein. La aussi il y a un docteur dans le titre.

LE PARTISAN : Et là dedans, aussi.

ORCHIS : Argh.

LE PARTISAN : Ça t’apprendra à me faire chier. Non mais.

Flippé, le requin

Bon il fait 30° de l’appart non climatisé où j’écris ces lignes, car oui, si je vais aujourd’hui vous parler de téléfilms (brrr) plus que de cinéma, ce n’est pas parce qu’il a cessé de faire chaud…
mole-man-mister-sun

… mais parce qu’après Jurassic World – insulte à Jurassic Park – et Terminator 5 – insulte à tout bon sens – il faudrait vraiment que mon cerveau ait fondu pour de nouveau payer de ma poche le visionnage d’un film qui alimenterait cette rubrique.

(J'avais tapé "melting brain gif" dans google images, soyez heureux que je ressorte celui-ci...)

(J’avais tapé « melting brain gif » dans google images, soyez heureux que je ressorte celui-ci…)

 

C’est donc armée d’une télé, d’un site de torrent d’une carte d’abonnement au vidéoclub et de 2 ventilateurs que j’ai attaqué mon objet d’étude pour cette semaine, moins un film qu’un trope, un sujet de fascination, créature mythique et tueur né, le Godzilla des mers, le Charles Manson des océans….

Lui :

(Terrifiant on vous dit)

(Terrifiant on vous dit)

Car si en vrai, les requins, ça devrait bien moins vous flipper que les marées noires lors de vos baignades estivales, depuis quelques années, dans nos tubes cathodiques, qui dit été dit Shark Week. Et si à la base, ladite semaine des requins est une création de Discovery Channel destinée à casser les clichés associés à la bestiole…

(En vrai ils sont SUPER SYMPAS !)

(En vrai ils sont SUPER SYMPAS !)

… avec le temps, les documentaires se sont petit à petit changés en programmes de divertissement et ont finalement mutés en de grotesques téléfilms made in SyFy où les requins mutants / fantômes / préhistoriques bouffent plus d’humains que d’humains de crevette dans un dîner de gala contre la famine en Afrique sub-saharienne. Comme souvent dans le pire de la production sur pellicule, à l’origine du truc, on a un  putain de chef d’oeuvre, en l’occurrence Jaws / Les dents de la mer mais vous devez être familiers de l’esprit de ce site maintenant et savoir donc que l’intérêt d’y parler d’un BON film y est très limité. Plus encore d’un bon film que tout le monde connait par cœur (ce qui ne l’empêche pas de faire flipper comme au 1er visionnage à chaque rediffusion). Ou juste à chaque fois que vous entendez…

(Pour la petite anecdote, c’est ce thème musical, décomposé, qui sert de générique au 20h de TF1. Je vous laisse seul en tirer toutes les conclusions qui vont avec).

Non à la place, faisons un petit tour d’horizon de ce qu’a à offrir la Shark Week (et relativisons du même coup nos séances de Jurassic World et Terminator 5). Et parce que si vous n’êtes pas un initié, je sens que vous allez avoir du mal à croire que ça existe, je vous mets les liens vers les bandes-annonces sur le titre des films.  Prêts ?

suspension

Pour une soirée rafraîchissante sur le canapé (oui pour tenir tout le visionnage il faut en faire un drinking game hein) vous avez donc le choix entre :

Shark Week (ben tant qu’à faire), où 7 inconnus ont 7 jours pour quitter une île infestée de requins. Oui c’est un slasher movie avec des requins. A ce stade, personnellement, j’imagine les requins qui marchent sur leur nageoire caudale, portent un masque de hockey et ont des couteaux entre les dents. Si avec ça je ne vous ai pas donné envie.

Jurassic Shark (sans déconner) où un requin-dinosaure est libéré de son glacier par une compagnie pétrolière qui fore trop loin (points bonus pour le message écologique). Celui qui scientifiquement, se tient le plus.

Sharknado dont je me garderai bien de vous spoiler le 3ème opus (oui, déjà T.T) sorti cet été, et où, donc, une tornade de flotte emporte les requins des océans pour les répandre dans Los Angeles. Sans parler des séquences aériennes. C’est un peu la scène d’ouverture de « Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? » au 1er degré. Plus ou moins. Disons au 1,5ème degré.

GhostShark, où le fantôme d’un requin peut se matérialiser dans n’importe quelle surface d’eau : une piscine, une flaque de pluie. Ah et il crache un peu du feu aussi. Mais ne vous inquiètez pas à ce stade de la soirée vous êtes déjà en coma étylique.

Et mon petit préféré, Sharktopus où un requin croisé avec un poulpe géant, création de l’armée américaine à qui on donne décidément trop de budget s’enfuit du labo et terrorise une petite station balnéaire.

Faut le voir pour le croire

Faut le voir pour le croire

Honnêtement j’aurais du mal à vous dire ce que je préfère dans ces films : le jeu des acteurs ? (Je vous laisse regarder les bandes-annonces pour vérifier), le fait qu’il n’y ait *aucun* putain de plan de tout le film qui soit fixe, genre les mecs n’ont pas le budget pour un *trépied*  ? (je vous laisse regarder les bandes-annonces pour vérifier),  ou les scénarii / montages extraordinaires qui montrent, par exemple, un couple de plaisanciers assister depuis leur voilier au massacre de 3 jeunes jet-skieurs par le sharktopus… *puis* le même couple que cette scène sanglante n’a de toute évidence pas motivé à regagner la côte, se faire bouffer à leur tour par la bestiole (je vous laisse regarder tout le film pour vérifier).

(Mais ne prenez pas de risques inutiles pour votre santé et ne regardez pas ça sobres)

(Mais ne prenez pas de risques inutiles pour votre santé et ne regardez pas ça sobres)

Ahlala. Vivement l’an prochain avec Sharkghostnado 6, où les requins zombies nazis remontent le temps pour essayer d’empêcher la naissance de Jésus, le tout filmé à l’iphone et à la canne à selfie. VIVEMENT.

Ou alors laissons les requins, faux prédateurs environ un milliard de fois moins dangereux pour l’homme que le moustique ou le militant FN, et faisons un film sur le VRAI tueur des mers :

killer-dolphins

(Parce que pour voir ça, sérieusement, je redonne 13 euros à un multiplex.)

En attendant, je vous propose de revenir aux origines pures de la Shark Week et de vous faire un petit documentaire à caution scientifique garantie, pour vous rappeler que les requins aussi, ont des sentiments.sharkhavefeelings

Pensez-y à la prochaine attaque de malheureux requins par de féroces surfeurs australiens.
Sales bêtes.