Des paroles et déchéance

Aujourd’hui en dictature socialiste, on est revenus sur le projet de révision constitutionnelle.

« J’ai décidé de clore le débat constitutionnel », annonce solennellement notre président adoré. Comment ne pas en tomber de sa chaise, je vous le demande.

Du coup, je me suis d’abord demandé comment est-ce qu’on avait pu arriver à une décision aussi radicale, et plusieurs hypothèses se sont proposées à moi.

Première hypothèse, ce revirement de situation aurait pu venir d’un coup de gueule hystérique de la ministre du Travail. Myriam El Khomri, elle-même binationale, en a eu marre de s’en prendre plein la gueule à chaque réforme. Tandis que la réforme du code du travail la déchoit de popularité, la révision constitutionnelle veut la menacer de déchoir sa nationalité. Faut pas abuser non plus, merde ! Si elle avait su, elle aurait pas accepté ce putain de boulot, quoi !

Deuxième hypothèse, Emmanuel Macron, opposé à cette réforme, a menacé de se raser perpétuellement. On rappelle que les poils d’Emmanuel Macron sont les derniers espoirs pour la popularité de ce gouvernement, notamment auprès des femmes de plus de 55 ans, dernières soutiens potentielles de cette équipe. Pour rappel, la femme de Manu n’est autre que son ancienne prof de français, Brigitte Trogneux, 56 ans1.

Troisième hypothèse, Christiane lui a envoyé un SMS qui dirait, à peu de choses près : « Si tu annules tout, je reviens ». Mais là j’ai comme un doute.

Franchement, François, je voudrais pas être à ta place... Bon courage !

Franchement, François, je voudrais pas être à ta place… Bon courage !

En tous cas, que de chichis pour se débarrasser de Christiane de mon coeur2 ! Parfois résister c’est partir, parfois résister c’est rester, et parfois gouverner c’est totalement partir en couille entre une révision constitutionnelle qui fait parler d’elle pendant 4 mois avant d’être abandonnée et une réforme du code de travail dictée par le MEDEF.

D’ailleurs, c’est plutôt osé de vouloir oublier cette réforme si discutée précisément maintenant. On a tous le souvenir du Fanfoi héroïque après les attentats du 13 novembre, que même Christine Boutin avait salué dans un tweet (accréditant encore ma thèse de la popularité du gouvernement auprès des plus de 55 ans…). Un Président promettant une guerre sans répit aux terroristes, et les menaçant non sans un certain panache de les déchoir de leur nationalité. Même pas peur. Et puis là, en une semaine, on arrête un terroriste, la Belgique est touchée par de nouveaux attentats, on évite de justesse un projet d’attentat « à un stade avancé » en arrêtant des gens à Auteuil, c’est la merde partout dans le monde et… Et puis en fait non, tant pis pour la révision constitutionnelle, en fait. La déchéance de cohérence est sans doute plus constitutionnelle que la déchéance de nationalité.

Cette déchéance de la déchéance ne plaît pas à tout le monde. Ah non, je ne parle pas du tout des Le Pen et autres Sarkozy3 qui se réjouissent de pouvoir pointer du doigt un échec de François Hollande, comme si critiquer le gouvernement était un exercice difficile. Je parle bien de Laurence Rossignol, ministre des Droits des Femmes et de tout plein d’autres trucs, qui a évoqué la nécessité de « garantir à tous ceux qui vivent en France ET aux franco-musulmans, qu’ils y vivent bien ». Alors on embrasse bien forts les habitants de Musulmanie, ils sont bienvenus chez nous et ne risquent plus ni déchéance de nationalité, ni déchéance de religion. Gros bisous !

  1. Nul jugement dans mes propos, je montre juste que la thèse selon laquelle le gouvernement est populaire auprès des plus de 55 ans se tient assez bien.
  2. Je vous refais pas le coup de la déclaration d’amour, vous pouvez la lire ici.
  3. Des gens absolument merveilleux vous en ont parlé par là.

En rose et bleu, j’ferai des reprises.

Résumé des épisodes précédents : Ivre, Fanette a décidé d’aller voir de l’intérieur à quoi ressemble une sauterie de La Manif Pour Tous elle y a vite constaté que la radicalisation c’était aussi en rose et bleu, puis a pu voir un sketch exclusif d’Albé et Ludo qui faisaient la première partie de Wall, Val et Nico. Que du fun donc.

Pour la fin de ce rendez-vous en terre inconnue (et je réalise que j’ai oublié de vous parler de Pécresse qui est contre le suicide assisté parce que son Papounet est psy et qu’il a déjà eu des suicidaires qui ont repris goût à la vie … Qui sait, peut-être les cancéreux reprendront goût à leur cancer et décideront finalement d’en profiter jusqu’à la dernière seconde), c’est Ludo elle-même qui a fait les rappels. Avec un succès beaucoup plus mitigé qu’au début. En effet, une partie de son fan club, s’était déjà barrée (comme dans les vrais concerts donc, y’a toujours des mecs qui partent avant les rappels, je ne comprends pas).

Ce débat s’était ouvert par un « bouuuuh la gauche qui vient pas répondre à nos questions et refuse le débat démocratique ! » Il s’est terminé par un petit récapitulatif des « victoires » de La Manif Pour Tous1 dont une loi mise en stand-by, d’après Ludo « grâce » à eux : « tant nous avons soumis et fait soumettre d’amendements et des dizaines et des centaines d’amendements pour empêcher le débat parlementaire. »

Attendez une seconde… Les parlementaires, ils sont élus, au suffrage universel. Direct pour l’Assemblée Nationale (qui a le dernier mot, le Sénat faisant quand même surtout décoration). Il n’y a pas plus démocratique et légitime que l’élection de nos députés (à part peut-être l’élection de nos autres représentants, mais le côté collégial de l’Assemblée Nationale évite davantage de dérives). Dites donc les « mon cul sur la commode » là, qui gueulez que bouh la méchante gauche qui vient pas débattre avec nous qu’elle est pas démocratique la salope, vous viendriez pas d’avouer que la démocratie vous vous la taillez en biseau et vous vous la carrez bien profond (faites gaffe quand même, ça peut faire mal) ? Vous le savez que la démocratie c’est pas seulement pour les gens qui sont d’accord avec vous ? Vous nous prendriez pas un tout petit peu pour des cons ? (Indice chez vous, la réponse est oui).

Après ce petit aveu de déni de démocratie, Ludo nous a parlé de la « campagne de Gay-Prides » et de la « semaine LGBT militante » d’octobre. C’est rigolo parce que la description de leur groupe c’est ça :

La Manif Pour Tous est un mouvement spontané, populaire et divers qui s’oppose à la généralisation de la PMA, à la GPA (mères porteuses), à l’enseignement du concept de genre tout en condamnant toute forme d’homophobie.

Alors visiblement, l’homophobie ils condamnent, mais pas au point de trouver qu’il est légitime de descendre dans la rue pour lutter contre. Je pense qu’à chaque agression homophobe, on devrait tous leur demander de se désolidariser. Comme les sympathisants de La Manif Pour Tous se superposent à peu près avec les tarés qui demandent aux musulmans de se désolidariser des attentats, ça fera d’une pierre deux coups et ça sera d’autant plus rigolo.

Puis, quand Ludo a eu fini de faire du bruit avec sa bouche, ils ont chanté la Marseillaise (à laquelle ils n’ont visiblement rien compris, puisque le sang impur est celui des abominables pervertis et pas celui du club des balais dans le cul, mais ma foi s’ils pensent que ce sang impur qui abreuvera nos sillons est le leur, qu’ils le versent pour leur cause, on les regarde2) et une reprise d’Edith Piaf3 qu’ils avaient sur leurs écrans géants en version Karaoké (et qui a dû faire se retourner la pauvre femme dans sa tombe) :

A la sortie, des bénévoles faisaient la manche, il faut bien rentabiliser la location de la salle, et je me suis retenue de cracher dans leurs paniers de quête (ok en vrai j’étais trop pressée de rejoindre le monde civilisé). A la place et pour me remettre de mes émotions, j’ai bu de la bière, dormi 12h d’affilée puis bu un peu de vin pour faire bonne mesure. Il faut ce qu’il faut.

Voilà, c’est tout pour cette petite (…) pérégrination. J’espère que vous ressortez de ce « là où je t’emmènerai » divertis (et même, soyons fous c’est vendredi, informés !), si c’est le cas … bah déjà, ne soyez pas timides, dites le parce que ça fait toujours plaisir les compliments et surtout n’hésitez pas à partager (y’a plein de boutons tout exprès en dessous).

  1. Quand Colin aura à nouveau un pc en état de marche (envoyez vos dons) je l’enverrai vous faire un petit fact checking sur certaines intox de la Manif Pour Tous, ça sera rigolo.
  2. Un jour, Colin vous parlera aussi de la fois où une ou deux d’entre eux ont tenté une grève de la faim.
  3. Bon en vrai là il restait trois gugus, dont un quand même qui chantait la main sur le coeur et qui m’a un peu fait flipper.

« Le genre, c’est caca boudin ! »

Episodes 1, 2 et 3

Nous arrivons donc au moment crucial de ces questions pour un … Président de région. Qui a dit « Champion ? » Notez que, ça ne m’étonnerait pas que ce soit effectivement une référence vu qu’ils ont tous l’air d’habiter le salon de ma grand-mère, mais passons. Les questions étaient « posées » par Geoffroy Lejeune, rédacteur en chef à Valeurs Actuelles, le journal tout juste bon à remplacer le moltonel en cas de détresse, et fanboy ultime d’Eric Zemmour. Sans rire, je pense qu’il a les posters dans sa chambre. Et là, vous vous demandez sans doute pourquoi j’ai mis des guillemets à « posées » eh bien c’est parce que dans la mesure où les candidats avaient manifestement les questions à l’avance, un stagiaire avec une fiche aurait aussi bien pu faire l’affaire ou alors ils auraient pu fournir aux candidats un plan de discours construit autour de ces questions, on aurait à peine perdu en dynamisme. Car Geoffroy Lejeune, en plus d’être moins impertinent qu’un caniche abricot neurasthénique n’est pas non plus hyper rock’n’roll. Bref, il sert à rien à part à écrire des livres à la gloire de Zemmour. Il sert à rien donc.

Je ne parlerai pas du contenu des discours (peut-on vraiment parler de débat ou même juste d’échange quand on discute avec une plante verte ?), parce que, soyons honnête, on s’en fout. Enfin… ils ont quand même dit quelques conneries grosses comme eux et ce serait dommage de passer à côté.

Wallerand de Saint-Just, par exemple, a déclaré : « Mon programme fait 84 pages. C’est pas parce que mon programme fait 84 pages qu’il est bon mais néanmoins vous pouvez constater que j’ai travaillé. » Voilà donc je pense que la prochaine fois que j’envoie mon CV, je fais une lettre de motivation de 84 pages que je conclus par « constatez que j’ai travaillé ». C’est obligé, ça va marcher.

Notons également que Wallerand de Saint-Just1 est passé pour un mec modéré. En effet, il s’est fait hué par les militants car il refusait… de supprimer les subventions du planning familial à l’instar de Marion Maréchal nous voilà Le Pen. Pour ceux qui seraient pris d’un moment de doute, je vous confirme : nous sommes bien en 2015.

Valérie Pécresse n’était pas en reste sur la connerie. On peut même dire qu’elle a sorti un nouveau tube en évoquant « le choix de Sophie » sur la scolarisation des enfants. En effet, certaines familles n’ont pas assez d’argent pour placer tous leurs rejetons dans le privé (quand t’en a 8, ça chiffre vite, faut admettre) et se retrouvent donc à faire des « choix de Sophie » pour décider qui ira dans le privé et qui ira dans le public. Mais enfin, qu’est ce qu’on fait de si horrible de nous jours aux enfants dans l’école publique ? C’est quand même pas cette histoire de « théorie du genre » qui lui fait comparer l’école publique aux chambres à gaz ?

ca va pas du tout ma cherie

C’est trop grand pour toi ce point Godwin voyons !

Petite parenthèse en parlant de cette théorie du genre2 c’est une telle obsession chez eux que j’ai eu l’impression que tu pouvais récolter une standing ovation juste en criant « Le genre c’est caca boudin ! ». Pensez-y si jamais un jour vous avez besoin d’un gros boost d’égo. Ne me remerciez pas pour le conseil, c’est cadeau pour les fêtes, ça me fait plaisir.

Notons tout de même qu’au grand jeu de « qui veut gagner des électeurs », Nicolas Dupont-Aignan est sorti vainqueur. Parti derrière Valoche à l’applaudimètre au début de cette petite sauterie, il terminera bon premier. Je ne sais pas s’il a raflé des électeurs à ses concurrents ou s’il a juste convaincu les indécis, mais le fait est que c’est bien le seul à ne pas avoir perdu son samedi après-midi, je l’applaudirai bien moi-même, mais j’ai froid là j’ai mis des moufles. Et tout ça en disant les mêmes conneries que les autres (à savoir « aidons les écoles privées » et « le genre c’est caca » donc). De là à dire que mes nouveaux amis ne font pas des masses usage de la matière gélatineuse qu’ils ont entre les deux oreilles, il n’y a qu’un pas, que je franchis allègrement, c’est bientôt le week-end, j’ai le droit de faire du mauvais esprit et en plus ce meeting m’a sérieusement attaqué le moral. Mais, courage mes braves, c’est presque fini, demain je vous debrief le discours de clôture de Ludo, et en prime, y’aura une chanson !

  1. Le candidat FN, pour ceux qui ne sont pas franciliens (vous avez vu, j’ai pas dit « pour les provinciaux ! »)
  2. Qu’ils prononcent « jore » parce qu’en plus de ne pas savoir ce que c’est, ils ne savent pas le prononcer, chantons donc un peu de Brassens tous ensemble si vous le voulez bien.

Le facho comedy club.

Si vous avez raté le début de cette magnifique épopée :
Episode 1
Episode 2

Nous arrivons donc au moment le plus … Je dirais bien le plus bizarre, mais Valérie Pécresse ayant atteint le point Godwin à propos du coût de l’école publique (nous y reviendrons), je ne crois pas que le mot soit bien choisi. Disons qu’à ce moment là, je pense, naïve que je suis, que le point d’orgue sera ce discours. Et de fait, il a son lot de perles.

Ludo est donc sur scène, elle a son micro, elle va ouvrir sa bouche et des mots vont en sortir, le suspense est à son comble, quelle énormité va-t-elle bien pouvoir nous sortir ? Vas-y Ludo ! Donne tout !

singing-ludo

« La nation est une famille de familles ».

OH PUTAIN ELLE Y VA FORT ! Rappel : pour eux la famille c’est « Papa, Maman et leurs enfants ». Donc si tu es célibataire, en couple hétéro sans enfants ou en couple gay (avec ou sans progéniture), tu ne fais pas partie de la nation. Et comme ça, d’un seul coup, Ludo renvoie la moitié de la population (à la louche mais vu le nombre de divorces, je pense que ça fait à peu près ça qui ne rentre pas dans les clous) à une catégorie « citoyens de seconde zone ». Enfin, de seconde zone, même pas étant donné qu’ils ne font carrément pas partie de la nation.

Et ce n’est pas une maladresse ni rien : elle nous expliquera plus tard dans ce discours que « la famille c’est la cellule de base de la société ». Bon bah les gars, en tant que célibataire sans enfant, je vous annonce que je ne fais pas partie de la société. A ce titre, je demande à ce que me soient rendus tous mes impôts (y compris la TVA) et toutes mes cotisations. Je ne vois pas pourquoi je contribuerais à un truc dont je ne fais pas partie. Enfin je ne fais pas partie de sa cellule de base, peut-être puis-je prétendre à celui d’atome, il faudra que je pense à me renseigner.

Sinon un moment j’ai eu une petite lueur d’espoir, j’ai cru que Ludo était en train de faire une vanne. Elle a commencé par « Monsieur Hollande ne sait pas ce qu’est le mariage… » Et là j’ai vraiment vraiment pensé que ça allait s’enchainer par une blague sur Julie Gayet « … puisqu’il a voulu le transformer pour l’ouvrir à des couples qui ne peuvent pas fonder une famille. » Merde, raté.

Donc on en revient à ce point où on annule les mariages des couples stériles ou pas ? Puis d’ailleurs, puisqu’elle fait référence au mariage entre couples de même sexe que c’est contre nature-han non seulement François Hollande a voulu le leur ouvrir, mais en plus, il a réussi. Je suis très inquiète, je crois que Ludo vit dans le déni. Se rend-elle seulement compte que toutes les promesses d’abrogation qui peuvent être faites par la droite et l’extrême droite ne sont que des promesses creuses pour sucer les voix de son fan club ?1 C’est une chose d’être naïf mais à ce stade on frôle la pathologie.

Mais la star de nos manifestants, contrairement à ce que je croyais, n’était pas Ludo. Non, c’était Albé. Vous connaissez Albé ? Albéric Dumont ! C’est lui :

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Oui, je sais, il est beau, moi aussi j’ai des vapeurs là.

Et quand il arrive, le public est chaud comme une baraque à frites à Molenbeek2. J’en viens à me demander si les nanas que j’ai croisées avec un T-shirt « I <3 Albé » se touchent en pensant à lui. Et il fait du stand-up ce con ! C’est le Kev Adams des homophobes néo-réacs ! Je voulais vous mettre un lien vers son sketch, mais il est hébergé sur la chaine de « TV Patriote » avec un bandeau publicitaire et je refuse de générer du trafic chez ce genre d’individus, à plus forte raison si ça leur rapporte du pognon. Il va falloir vous débrouiller seul. Je vous aide un peu : essayez-donc de vous imaginer ce mec, faisant des vannes sur Claude Bartolone et encourageant son public à le huer (Bartolone hein, pas lui même, le masochisme c’est sans doute péché) puis introduire (au sens figuré parce qu’au sens propre, c’est sûr c’est péché) les participants au débat, à savoir Walleyrend de Saint-Just (youpi.), Valérie Pécresse (la joie m’étouffe.) et Nicolas Dupont-Aignan (debout la France qui est en couple hétéro et qui a des enfants). Vous y êtes ? Ça fait rêver hein ? Et encore, vous n’avez pas encore entendu les candidats ! Mais ça, je vous le garde pour demain.

  1. Un carambar à celui qui devine à quel dessin de Charb je pense.
  2. Expression trouvée telle quelle dans mes notes, je crois qu’à un moment et pour mesures évidentes de sécurité évidentes, mon cerveau s’est mis en alerte niveau 4.

La radicalisation en rose et bleu.

Si vous avez raté l’épisode 1 de cette expédition, c’est ici.

Après une attente trop longue et surréaliste dans le froid, puis une double fouille (d’ailleurs les hommes qui fouillent les hommes et les femmes qui fouillent les femmes ils ont pas peur que ça réveille quelque exotisme enfoui ?) et un passage au détecteur de métaux qui a dû sonner une paire de fois vu que plusieurs participants étaient en âge d’avoir des hanches en titane, j’ai enfin pu pénétrer sur le théâtre des opérations. Et la première chose que j’ai pensé en rentrant dans la salle c’est « mais ces gens sont en train de se radicaliser ! ». J’ai rapidement pu me rendre compte que la plupart n’étaient en train de rien du tout dans la mesure où le travail était déjà achevé.

Pour vous donner un idée du tableau : des drapeaux posés sur les chaises, une musique trop forte pour réfléchir, des vidéos à leur gloire (des extraits du JT de France 2, c’est bien la seule chose qui m’empêche d’appeler cela de la propagande, je ne suis pas sûre qu’on puisse dire que le service public fourni de la propagande pour lobby) et de désinformation sur ce qu’est la « théorie du genre » une des pierres angulaires de leur mouvement à laquelle, manifestement, personne n’a rien compris1.

Plus tard, je verrai trois (ou quatre ?) personnes fondre sur trois femmes devant moi. Sur le coup je crois que quelqu’un fait un malaise mais elles seront en fait expulsées manu militari par un service d’ordre, heureusement moins vaillant que celui en service le 1er mai à la sauterie de leurs copains du FN, sans que je ne puisse comprendre pourquoi alors que je suis juste derrière et bien plus occupée à observer mon entourage que ce qui se passe sur la scène. La dame devant moi semble tout aussi perplexe. Quelques minutes plus tard, quelqu’un viendra expliquer à leurs voisins (qui n’avaient donc rien percuté non plus) qu’elles posaient des problèmes. Lesquels ? Je ne le saurai qu’en rentrant.2.

J’avais moi même l’impression qu’ils me zonaient pas mal autour (j’avais envoyé plusieurs tweets moqueurs dont certains ont été relayés par des comptes avec lesquels ils ont l’habitude de se friter et j’étais une des rares personnes à ne pas lâcher son portable). Après l’expulsion des demoiselles, j’ai coupé Twitter (espérant que, si j’étais en effet repérée, ils penseraient que les tweets venaient de l’une d’elle) et de fait après un quart d’heure, la sécurité s’est éloignée de moi pour reprendre une place plus naturelle. Hasard et parano ou pas, je ne le saurai probablement jamais.

Plus tard encore, Nicolas Dupont-Aignan remerciera La Manif Pour Tous de l’avoir invité à leur « débat ». Un jeune homme devant moi dira un peu fort (et à raison) « C’est pas un débat. » et sera vite ramené au silence par ses camarades. S’agissait-il d’un autre groupe d’infiltrés ? Avaient-ils peur de se faire chopper par le politburo ? D’autres questions qui resteront sans doute sans réponse, mais dans tous les cas ce n’est pas rassurant.

Mais reprenons le cours chronologique de ce récit. Je suis donc dans un univers en rose et bleu (drapeaux, vidéos, lumière, s’ils ne louaient pas les chaises directement auprès de la salle, je pense qu’ils les auraient assorties) quand tous à coup la foule se met à scander « Ludo ! Ludo ! Ludo ! Ludo ! » Ludo n’est ni un chanteur de rock, ni un footballer et d’ailleurs malgré son diminutif trompeur, c’est une femme : Ludovine de la Rochère.

Like a virgiiiin ♪♫

Like a virgiiiin ♪♫

Il s’agit de leur gourou qui, grande dame scandera à son tour « La famille ! La famille ! La famille ! » un leitmotiv qui ne sera repris par personne mais aura au moins le mérite de les faire taire, lui permettant de se lancer dans un discours … que je vous raconterai demain !

En attendant, si vous souhaitez aller plus loin, je ne saurai que vous conseiller ce reportage en sous-marin aux universités d’été de la Manif Pour Tous.

  1. Si vous êtes vous même dans le flou, on demandera à Colin de vous faire un topo.
  2. Contenu abonné, mais l’aperçu suffira, je pense, à éclairer votre lanterne.

Ivre, elle décide de partir en exploration sociologique à une sauterie de La Manif Pour Tous.

La question que vous vous posez sans doute à ce stade est « pourquoi ? » et je n’ai pas d’autre réponse à vous proposer que « parce que ». J’avais envie de dépaysement et j’étais trop fauchée pour partir à l’étranger (encore que la SNCF me proposait un offre plutôt pas dégueu sur le Thalys avec le slogan « Bruxelles comme vous ne l’avez jamais vue » et comme je n’ai jamais vu Bruxelles, je me suis dit que je n’avais pas envie de la découvrir en alerte niveau 4) je me suis donc rendue dans le sud de Paris (que j’ai également découvert comme je ne l’avais jamais vu, REP A SA la SNCF) et je ne sais pas s’il serait opportun de dire que je n’ai pas été déçue du voyage.

Il y a pas mal de choses qui m’ont un peu fait halluciner (tellement qu’il me faudra plusieurs articles pour en venir à bout1) mais en y repensant, j’aurais du m’y attendre. Disons que certaines choses que ma foi en l’espèce humain et ma tendance à l’ironie et au second degré quoi qu’il arrive m’incitaient à prendre pour de la caricature se sont avérées ne pas en être.

Par exemple le mocassin à glands n’est pas une légende. D’ailleurs un garçon devant moi dans la file d’attente en avait, il a marché dans une flaque, eh ben vu sa tête j’aime autant vous dire que ce n’est pas étanche ces machins (et que l’eau était froide, mais en cette saison, on s’en serait douté). La dame derrière moi, interviewée par RMC (qui sont, de ce que j’ai vu, les seuls à avoir jugé opportun de venir faire un micro trottoir, ce qui encore une fois ne surprendra probablement pas grande monde) a déclaré que les Français se détestent et que c’est la faute de Hollande et de l’adoption homo2 et s’est étonnée un bon moment de ne pas voir Marie-Chantal3 sa « copine de Manif Pour Tous ».

– Dis donc, elle est sympa Charlotte tu l’as rencontrée où ?
– A un atelier peinture. Et avec Chantal, vous vous êtes connus comment ?
– En manifestant contre le mariage pédé.

Elle finira d’ailleurs par retrouver Marie-Chantal à l’intérieur. Elle était arrivée bien avant et quand même, ça l’étonnait aussi « Marie-Chantal : rater La Manif Pour Tous, c’est pas son genre4.

Notez que je ne devrais pas être trop dure avec cette dame, elle a aussi déclaré que ces meetings c’est l’endroit où « on se marre le plus ». Bon j’avoue, j’ai moi même pas mal rigolé dans cette file d’attente. Nerveusement surtout. Je passais mon temps à me cacher le nez dans mon écharpe en faisant semblant d’avoir froid de peur de me faire chopper en flagrant délit de fou rire nerveux/foutage de tronche. Faut dire que j’ai fait la queue presque une heure (en comptant la fouille qui ne servait à rien vu que sur les quatre poches que comptaient mes sacs, seules deux ont été fouillées et encore pas jusqu’au fond) et que pendant ce temps là j’ai eu le temps d’assister aux scènes et dialogues sus-mentionnée, de voir un mec, me rappelant vaguement cette dame qui vendait des glaces et du pop corn au cinéma quand j’étais môme, essayer de fourguer des goodies LMPT et le monsieur devant moi lui demander s’il avait des images pieuses (pour les curieux, la réponse est « non, les associations religieuses font ça mieux que nous »), d’entendre la dame de derrière déclaré qu’à LMPT « on est tous de la même famille » (je le savais qu’ils étaient consanguins !), de voir Frigide Barjot dédicacer un bouquin et de croiser une meuf avec un tshirt « I <3 Albé »5  et tout ça AVANT de rentrer.

Et ce que je ne savais pas encore, c’est que ce serait pire à l’intérieur. Mais la suite demain, si vous le voulez bien, il faut savoir ménager ses effets.

  1. Ce teasing de ouf !
  2. En y réfléchissant je ne suis pas sûre qu’elle ait dit ça au mec de RMC, mais enfin, elle l’a dit quand même.
  3. Les noms ont été changés, principalement parce que je ne m’en souviens pas et que ça n’a aucune espèce d’importance.
  4. Rappelons d’ailleurs que le genre c’est caca boudin mais cela fera l’objet d’un autre billet.
  5. Ce qui fera aussi l’objet d’un autre billet, car celui-ci commence déjà à s’éterniser.

Indécence akbar

Lundi matin, rude journée. Après un sommeil assez court perturbé par quelques idées noires où résonnaient, lapidaires, les syllabes détachées du mot « attentats », j’avais rendez-vous avec mon destin avec un beau mec avec un concours blanc de philosophie. Le sujet, à traiter en six heures : « Que pensez-vous de cette affirmation de Rousseau selon laquelle « tout corps politique commence à mourir dès sa naissance » ?« . Franchement, sur le coup, j’en pensais pas grand-chose, de son affirmation, à Rousseau. Encore un peu affecté par le week-end mouvementé qui venait de s’écouler1, je n’ai pas résisté au piège facile de parler actualité brûlante, d’où ma conclusion que je vous résume : notre corps politique, si nous l’entendons comme étant notre cité, notre cadre de vie, doit sa survie à notre unité sans cesse renouvelée. Son équilibre est précaire et sans cesse menacée par l’homme et son imprévisibilité, mais l’unité sur laquelle elle repose est le seul moyen de la prémunir contre sa potentielle destruction.

Bref, un remix du discours juste que nous avons tous entendu, pas d’amalgame, un pays uni, merci aux fachos de rester cachés chez eux, aux homophobes de coucher avec des hommes, pour voir ― ou avec des femmes, le cas échéant, aux antisémites d’avoir plusieurs amis juifs, aux judéo-chrétiens de race blanche de manger de la pizza regina ET du couscous.

Je pensais que tout le monde l’avait compris, naïf que je suis. Sauf que voilà, c’était une erreur. Plusieurs cas de figure de gros cons se sont dit que 129 morts, c’était une bonne occasion de ramener sa haine et sa bêtise congénitale. Donc voilà un petit résumé des choses improbablement nulles qu’il ne fallait pas rater ces derniers jours.

« Le gouvernement démission ». Et oui, notre amie Nadine dont nous fêtions l’anniversaire la semaine dernière a un peu de doutes sur le fait que notre gouvernement soit de race blanche (entre Christiane, Najat et Myriam, on peut la comprendre…), et surtout qu’il soit prêt à mouriiiiiiiir pour la tesrie (ça, c’est juste très con). Nadine voudrait un gouvernement fort, un gouvernement d’hommes virils et costauds pour aller mater Daesh directement en Syrie et ailleurs. Nadine voudrait un ministre de l’Intérieur qui balance une bombe atomique sur la Syrie parce que ça éviterait les fuites d’eau. Nadine voudrait que le président finisse son discours par Fuck Daesh. Tu sais quoi Nadine ? Ta gueule.

« Hollande démission ». Et oui, on s’en fout Gilbert que tu n’aies pas voulu montrer que tu soutenais François. Et que tu l’aies fait « respectueusement », on a des doutes. À notre avis, tu es surtout un gros imbécile qui veut fermer les frontières, pour que ça soit la merde ailleurs mais pas chez nous, tu voudrais que les bougnoules se battent entre eux parce que ce sont une bande de sauvages, et tu es déjà prêt à huer le gouvernement alors qu’on a pas encore fini de mettre un nom sur nos morts. En fait, Gilbert, t’es un abruti.

« Les assistantes sociales démission ». Ça faisait un peu trop longtemps qu’on avait pas entendu un « Taubira démission ». C’était genre, il y a deux jours, à 20 heures, sur France 2, dans la bouche de Marine, comme nous l’indique excellent site internet Arrêt sur images2. Déçue d’être prise en flagrant délit de déformation de propos, Marine a dit « merde aux médias » (formule de notre ami Gilbert). Et oui Marine, Christiane tente de comprendre, elle n’essaye pas d’attiser les tensions et les haines. Genre comme toi, tu vois.

Enfin, avant-hier, soit quatre jours seulement après les attentats, alors que tous les noms de chaque victime n’est pas encore connu, l’UMP a encore raté une bonne occasion de se taire en huant notre gouvernement, nos ministres, qui en appelaient, naïfs, à l’unité nationale, à l’union sacrée. Super, les mecs, vous avez tout compris ! Vive l’unité, vive la solidarité, UNION AKBAR.

Bon, après tout ça, vous êtes perdus, et je vous comprends. Voilà donc une liste des trucs dont vous avez le droit de demander la démission.

BFM et TF1 démission. Montrer du vide à des millions de spectateurs sous le choc, entretenir la peur avec des envoyés spéciaux qui ne savent rien parce que, en toute logique, ils ne sont pas DANS le Bataclan, tout ça pour nous maintenir éveillés le plus longtemps possible devant leur chaîne, c’est nul. RMC démission aussi, vu qu’entendre parler de la sextape de Valbuena pendant trois heures m’excite m’intéresse passablement.

Les raclettes aux légumes démission. Comment vous voulez parler d’unité si vous mettez des champignons avec votre fromage fondu ? Une raclette aux légumes, ça tue la soirée, ça tue l’ambiance, ça tue l’unité. Faut tout vous dire, vraiment !

Utilisation de l’expression « cerveau des attentats » démission. Un attentat n’a pas de cerveau, un cerveau bien constitué ne fait pas d’attentats. On arrête de nous faire croire que des fanatiques réfléchissant avec leurs parties génitales éventuellement compressées par une lourde ceinture d’explosifs ont un cerveau. Ou alors c’est un cerveau collectif mal en point.

Licenciement des auteurs des guignols démission. Parce que là on a vraiment, VRAIMENT besoin de rire.

La crise démission. Y a-t-il vraiment besoin d’une explication ?

Les djihadistes démission, mais n’hésitez pas à vous reconvertir en purée, on vous aimera davantage.

On m’informe aussi qu’il serait temps que Michel Houellebecq, à l’instar de son hypothétique sexiness passée, démissionne à son tour, avant qu’il ait le temps de redire des conneries.

En attendant, on arrête de se taper sur la gueule. On se fait tous des câlins et on s’aime. Exceptionnellement, vous avez le droit de vous faire une session de Touche Pas à Mon Poste en mangeant des tartines au Nutella malgré l’huile de palme. Gros bisous, fleurs, cœurs, licornes à profusion, et merci de nous suivre.

  1. Je précise que j’avais eu l’excellente idée, prise la veille, d’aller à Paris entre le vendredi soir et le samedi après-midi. Rien de grave pour moi dans le cas où mes treize lecteurs s’inquiéteraient, j’ai juste eu peur.
  2. Que vous pouvez aller soutenir, ils en ont besoin : http://www.ulule.fr/arretsurimages

[PC #10] Pour un autre concert…

Ne faisons pas dans la finesse, et pour une fois allons droit au but. Puisqu’il y a des gens qui décident d’attaquer des salles de spectacle et des lieux de loisir au motif que c’est contre la religion de les fréquenter, autant leur répondre en chanson. Je crois que c’est ce qu’on appelle l’esprit de contradiction. Des fois, ça sert à exprimer son dégoût. Des fois, juste à faire chier le monde. Des fois, un peu des deux.

Et puis, je suis un anonyme sur internet. Je peux poster les liens de toutes les chansons que je veux, personne ne saura où tirer pour arrêter ça.  Non, arrêtez d’essayer, monsieur. Là, vous êtes en train de tirer dans un arbre innocent. Je ne suis pas un arbre, monsieur. Les arbres ne tiennent pas de blogs. Vous allez mettre Eva Joly en colère, c’est tout ce que vous allez faire, et même vous ne voulez pas voir Eva Joly en colère.

Bref, qu’est ce que je disais ?

Imaginons donc que j’organise un concert virtuel, et un peu fantasmé, dans la mesure où il est peu probable que tous les artistes que j’évoque ci dessous se réunissent un jour en un même lieu (Ferré et Brassens ont un mot d’excuse).

J’admets parfaitement, d’ailleurs, que ça m’ennuierait un peu que, sur nos 25 lecteurs une partie soit constituée d’adeptes de la Sainte Grenade1, mais je me dis tout de même que ça ne leur aurait pas fait de mal de plus écouter ces chansons, parfois.

Pour nos autres lecteurs, j’imagine qu’il n’y aura pas grand chose de nouveau à apprendre pour vous ici, mais ça fait toujours plaisir de réentendre quelques beaux morceaux. Et c’est une manière de dire que les chanteurs ne se tairont pas, et qu’ils iront jouer dans d’autres salles. Et si vraiment vraiment vous n’aimez pas ce qu’ils font, écrivez aux Inrocks. Même ça, c’est plus civilisé que ce qui s’est passé hier.

Comprenez moi bien, ce n’est pas contre la religion en général que je veux lutter, au fond, chacun fait ce qu’il veut, j’ai mon propre avis sur la question et j’ai déjà bien assez de mal à le comprendre pour ne pas en plus essayer de vous l’imposer (ce qu’on m’a pourtant appris à faire au cours de mes études). Non, ce qui m’ennuie, c’est justement que d’autres, parce qu’ils sont persuadés de l’existence d’un dieu, veuillent à tout prix l’imposer à tous ceux qui sont autour d’eux. Surtout que je ne vois pas bien en quoi tuer des gens va les convaincre qu’ils devraient croire. Messieurs les terroristes, retenez ça : c’est très compliqué de convertir un mort. Ou alors c’est juste pour punir, mais quand bien même un dieu existerait vraiment, je n’arrive pas à comprendre comment il pourrait en vouloir à ce point à ceux qui, sans croire en lui, ne sont pas forcément des salauds finis. Ca relèverait du problème d’égo tellement énorme que même Freud, il n’y pourrait plus rien.

Donc bon, playlist. Playlist d’artistes que j’admire, en général, pas seulement pour les chansons que je poste là. Elles ont été choisies parce qu’elles sont thématiques, mais je vous encourage à écouter ce qu’ils ont fait de manière générale.

Et si par hasard un Dieu tombe la dessus, j’ose espérer ne pas l’avoir offensé. Les souffrances éternelles, ça ne me tente pas plus que ça, et je penses faire bien moins de mal avec une chanson qu’avec une grenade.

C’est parti. Je n’ai plus grand chose à dire, les mots des artistes bien plus talentueux que moi qui suivent seront amplement suffisants.

RENAUD – La ballade Nord-irlandaise (1991)

 

LEO FERRE, Thank you Satan (1984 pour cette version)

 

THE ROLLING STONES – Sympathy for the Devil (1968)

 

ALAIN SOUCHON – Et si en plus y’a personne (2005)

 

PETER HAMMILL – The Lie (Bernini’s St Theresa) (1974)

 

GEORGES BRASSENS – Mourir pour des idées (1972)

 

OINGO BOINGO – Insanity (1994)

 

 

Et pour finir, The Eagles of Death Metal le groupe qui jouait au Bataclan le soir du 13 Novembre était en train d’interpréter une chanson intitulée Kiss the Devil. C’est pas fin, mais il faut bien finir quelque part. Et puis au moins, ici, vous êtes sûr de pouvoir l’entendre jusqu’au bout sans être interrompu. A moins que votre connexion internet ne plante, mais alors là, on ne peut plus lutter…

  1. s’il y en a parmi vous qui ont plutôt pensé à ceci en entendant parler de cette arme originale, c’est une très bonne référence aussi. Et de toutes façons, c’est une référence aux Monty Python de base. Donc tout va bien. Enfin non, mais un peu, c’est comme si. Oh et puis merde, de toutes façons personne ne lit toutes ces notes en bas de page.

« Entre haut et bas souvent femme varie, si elle se débat c’est pour mieux dire oui »

(Les sublimes paroles qui ornent le titre de cette chronique sont signées Jeanne Cherhal.)

Je passais par là, et justement j’étais en train de me dire que ce serait bien que certains gros cons arrêtent de penser qu’une femme en politique a la même fonction que la plante verte se languissant dans votre salon.

« Ce qui n’est pas français, c’est de donner l’autorité aux femmes », avait déclaré Napoléon en 1804. En l’an de grâce 2015, certains sont encore à ce stade. D’autres ont évolué, en découvrant que finalement, les femmes en politique, ça pouvait être une bonne idée. Bah oui parce que vous voyez, une femme, ça a des seins. Et des jambes. Bien vu, trouducul !

Nul besoin d’être abonné au Point (quelle idée de toute façon) pour lire les premières lignes de l’article délicieusement sexiste de Jean-Paul Brighelli (un pote à Dupont-Aignan) : « C’est dans Annie Hall que Woody Allen développe le concept californien de LVS – la ligne visible du slip. Mercredi, Najat Vallaud-Belkacem l’a réactualisé en LVS 2 – ligne visible du soutif ». Plutôt marrant ce Jipé, il fait une habile entrée en matière avec Woody Allen, et glisse lentement mais sûrement vers la poitrine de notre ministre de l’éducation nationale, à qui nous avons déjà écrit une déclaration d’amour ici. Vous avez le droit d’imaginer Jipé en train d’écrire ces premières lignes consacrées au soutien-gorge de Najat Vallaud-Belkacem, tandis que s’animent des parties encore trop peu connues de sa propre anatomie.

Et oui, en 2015, si une femme fait de la politique, c’est parce qu’elle a un soutien-gorge qu’elle peut fièrement exhiber à l’Assemblée Nationale, dans le but de servir ses intérêts politiques. Merde alors, si on avait su.

Mais pensez-vous que l’Assemblée Nationale est dupe ? Bien sûr que non ! Ils ont bien compris le petit jeu mesquin de ces femmes politique. Et heureusement que Brighelli est là pour nous montrer que le rouge à lèvres et les boucles d’oreille de Najat Vallaud-Belkacem n’étaient qu’un « écran de fumée ». Et même si au fond d’eux, ça ne les dérange pas d’observer quelques belles formes féminines (*insérer un rire de beauf ici*), nos députés ne vont certainement pas se laisser faire face au pouvoir d’une paire de seins. D’où ce grand moment politique.

https://www.youtube.com/watch?v=BAG1MrLtAEs

Bouh, Duflot qui se ramène avec une robe à fleurs, bouh ! Ci-dessus, l’assemblée phallocratique qui a refusé l’amendement sur la taxe tampon, et qui a apparemment un peu de mal à comprendre que toutes les femmes ne sont pas particulièrement heureuses d’être traitées comme des objets.

Donc voilà, les femmes sont nommées parce qu’elles sont séductrices, elles jouent de leurs charmes pour servir leurs desseins1 politiques, et quand elles ne savent pas quoi faire elles « sucent leur stylo très érotiquement ».

La bonne femme politique est donc la femme laide qu’on ne soupçonnera pas d’avoir été choisie pour son physique, la femme blanche qu’on ne soupçonnera pas d’avoir été choisie pour sa couleur de peau, et qui si possible ne se fait pas trop remarquer puisque de toute façon, la femme politique ne peut par définition ne gagner aucun combat politique, ce domaine étant réservé strictement aux hommes. Et qu’elle n’essaie pas de l’imiter en apprenant – mal, fatalement – le code du travail par cœur, Bourdin l’attendra au tournant.

En fait, une bonne femme politique se plante. Elle est moche et elle rate ce qu’elle entreprend. En fait, la bonne femme politique, c’est Nadine Morano. Heureusement que Brighelli était là pour nous le rappeler.

Pourquoi il faut toujours que ça retombe sur moi ?

Pourquoi il faut toujours que ça retombe sur moi ?

  1. Ce jeu de mot est involontaire.

Rien de tel qu’une tâche pour faire un dépistage.

Valérie Pécresse, qui n’est décidément plus à une connerie près, candidate phare (de la bêtise ou des Républicains-mon-cul, à force, on s’y perd) des régionales en Ile-de-France (mais qu’est ce qu’on a fait au bon dieu qui n’existe pas ?) a mis dans ses promesses de campagne ceci :

tartuche

Je vous laisse quelques minutes pour bien vous imprégner de la tartucherie1 de l’idée. Notre amie Valérie part donc du principe que tous les lycéens sont des drogués et qu’en tant que tels, ils peuvent se carrer leur vie privée bien profond, mais pas trop quand même il faut qu’ils gardent de la place pour ranger les préservatifs remplis de came. Là vous allez me dire qu’un test salivaire ça touche pas à la vie privée, ça va, faut pas abuser. Mais si, tout ce qui touche à ton corps (qui rappelons-le, t’appartiens) relève de ta vie privée et on n’a pas à te foutre un machin dans la bouche pour analyser ta salive sans bonne raison2

Puis à quoi ça ressemble ? L’école est un endroit d’apprentissage, pas un endroit de flicage. On apprend quoi aux élèves si quand ils vont à l’école un mec leur tombe dessus et leur fait ouvrir la bouche pour y fourrer un morceau de plastique3. Et si le gamin a pas envie ? On fait quoi ? Eh ben on considère que s’il refuse c’est qu’il a quelque chose à cacher. Tu veux garder ton intégrité physique ? On te prend pour un drogué. Classe.

Et tout à fait entre nous, s’il s’agit de contrôle aléatoire, vous pensez vraiment qu’ils vont avoir lieu dans les lycées de Versailles et de Neuilly ? Ou vous pensez que ça va plutôt se passer entre Saint-Denis et Bondy ? Hm ? Allons ? Un peu de sérieux. Pour lutter contre la délinquance, la proposition de Valérie Pécresse c’est donc de chopper un gamin sur le chemin de l’école qui à ce moment-là ne fait absolument rien de répréhensible pour lui demander de prouver qu’il n’est pas un délinquant. Non, y’a pas, peu importe comment on formule ça, c’est complètement con4. Je suis désolée, mais il n’y a pas d’autre mots.

Je propose donc un nouveau slogan pour la campagne de Valérie :

« Nous vous devons bien plus que la présomption d’innocence. »

Et dans la foulée je propose aux lycéens, drogués ou non, de cracher dans un mouchoir et de l’envoyer au QG de campagne avec le hashtag suivant sur l’enveloppe : #JaiTrolléValérie.

  1. Un peu d’indulgence, les synonymes de « connerie » sont limités.
  2. Je sais quel genre de vanne vous attendez, mais non ! Un peu de décence que diantre.
  3. J’ai dit non !
  4. Sans compter que c’est illégal.