[PC #10] Pour un autre concert…

Ne faisons pas dans la finesse, et pour une fois allons droit au but. Puisqu’il y a des gens qui décident d’attaquer des salles de spectacle et des lieux de loisir au motif que c’est contre la religion de les fréquenter, autant leur répondre en chanson. Je crois que c’est ce qu’on appelle l’esprit de contradiction. Des fois, ça sert à exprimer son dégoût. Des fois, juste à faire chier le monde. Des fois, un peu des deux.

Et puis, je suis un anonyme sur internet. Je peux poster les liens de toutes les chansons que je veux, personne ne saura où tirer pour arrêter ça.  Non, arrêtez d’essayer, monsieur. Là, vous êtes en train de tirer dans un arbre innocent. Je ne suis pas un arbre, monsieur. Les arbres ne tiennent pas de blogs. Vous allez mettre Eva Joly en colère, c’est tout ce que vous allez faire, et même vous ne voulez pas voir Eva Joly en colère.

Bref, qu’est ce que je disais ?

Imaginons donc que j’organise un concert virtuel, et un peu fantasmé, dans la mesure où il est peu probable que tous les artistes que j’évoque ci dessous se réunissent un jour en un même lieu (Ferré et Brassens ont un mot d’excuse).

J’admets parfaitement, d’ailleurs, que ça m’ennuierait un peu que, sur nos 25 lecteurs une partie soit constituée d’adeptes de la Sainte Grenade1, mais je me dis tout de même que ça ne leur aurait pas fait de mal de plus écouter ces chansons, parfois.

Pour nos autres lecteurs, j’imagine qu’il n’y aura pas grand chose de nouveau à apprendre pour vous ici, mais ça fait toujours plaisir de réentendre quelques beaux morceaux. Et c’est une manière de dire que les chanteurs ne se tairont pas, et qu’ils iront jouer dans d’autres salles. Et si vraiment vraiment vous n’aimez pas ce qu’ils font, écrivez aux Inrocks. Même ça, c’est plus civilisé que ce qui s’est passé hier.

Comprenez moi bien, ce n’est pas contre la religion en général que je veux lutter, au fond, chacun fait ce qu’il veut, j’ai mon propre avis sur la question et j’ai déjà bien assez de mal à le comprendre pour ne pas en plus essayer de vous l’imposer (ce qu’on m’a pourtant appris à faire au cours de mes études). Non, ce qui m’ennuie, c’est justement que d’autres, parce qu’ils sont persuadés de l’existence d’un dieu, veuillent à tout prix l’imposer à tous ceux qui sont autour d’eux. Surtout que je ne vois pas bien en quoi tuer des gens va les convaincre qu’ils devraient croire. Messieurs les terroristes, retenez ça : c’est très compliqué de convertir un mort. Ou alors c’est juste pour punir, mais quand bien même un dieu existerait vraiment, je n’arrive pas à comprendre comment il pourrait en vouloir à ce point à ceux qui, sans croire en lui, ne sont pas forcément des salauds finis. Ca relèverait du problème d’égo tellement énorme que même Freud, il n’y pourrait plus rien.

Donc bon, playlist. Playlist d’artistes que j’admire, en général, pas seulement pour les chansons que je poste là. Elles ont été choisies parce qu’elles sont thématiques, mais je vous encourage à écouter ce qu’ils ont fait de manière générale.

Et si par hasard un Dieu tombe la dessus, j’ose espérer ne pas l’avoir offensé. Les souffrances éternelles, ça ne me tente pas plus que ça, et je penses faire bien moins de mal avec une chanson qu’avec une grenade.

C’est parti. Je n’ai plus grand chose à dire, les mots des artistes bien plus talentueux que moi qui suivent seront amplement suffisants.

RENAUD – La ballade Nord-irlandaise (1991)

 

LEO FERRE, Thank you Satan (1984 pour cette version)

 

THE ROLLING STONES – Sympathy for the Devil (1968)

 

ALAIN SOUCHON – Et si en plus y’a personne (2005)

 

PETER HAMMILL – The Lie (Bernini’s St Theresa) (1974)

 

GEORGES BRASSENS – Mourir pour des idées (1972)

 

OINGO BOINGO – Insanity (1994)

 

 

Et pour finir, The Eagles of Death Metal le groupe qui jouait au Bataclan le soir du 13 Novembre était en train d’interpréter une chanson intitulée Kiss the Devil. C’est pas fin, mais il faut bien finir quelque part. Et puis au moins, ici, vous êtes sûr de pouvoir l’entendre jusqu’au bout sans être interrompu. A moins que votre connexion internet ne plante, mais alors là, on ne peut plus lutter…

  1. s’il y en a parmi vous qui ont plutôt pensé à ceci en entendant parler de cette arme originale, c’est une très bonne référence aussi. Et de toutes façons, c’est une référence aux Monty Python de base. Donc tout va bien. Enfin non, mais un peu, c’est comme si. Oh et puis merde, de toutes façons personne ne lit toutes ces notes en bas de page.

[PC #9] Eh, dit, Mitchell…

ORCHIS : Partisan, partisan !

LE PARTISAN ; Oui, qu’y a-t-il, mon bon Orchis ?

ORCHIS : J’ai trouvé la chanson pour cette semaine !

LE PARTISAN : Tu m’en diras tant.

ORCHIS : Non mais écoute !

https://soundcloud.com/believedigitalitaly/wake-up-go-go-forward

LE PARTISAN : Bon, j’ai écouté ton truc, c’est bon, on peut passer à autre chose ?

ORCHIS : Quoi, me dit pas que tu n’as pas envie d’en parler…

LE PARTISAN : Non, c’est mal de se moquer des handicapés.

ORCHIS : Bon, alors on fait quoi puisque tu es si malin ?

LE PARTISAN : On fait ça.

ORCHIS : Tu sais, entre le film de la semaine dernière et cette chanson, les gens vont finir par croire que tu aimes beaucoup de choses. Méfie toi.

LE PARTISAN : C’est vrai qu’il faudra que j’entretienne ma réputation de connard râleur. Fais moi penser à regarder si Sardou n’a pas sorti un nouvel album dernièrement.

ORCHIS : Et donc, pour Pas de Boogie Woogie ?

LE PARTISAN : C’est parti !

Le pape a dit que l’acte d’amour
Sans être marié est un péché

ORCHIS : J’aime bien le coté Gospel blues…ça donne un coté parodique a toute la chanson, c’est très classe. Et puis musicalement, c’est un genre qui a donné plein de bons trucs, on peut pas retirer ça à la religion.

LE PARTISAN : Ni aux noirs.

ORCHIS : Je m’y attendais, à celle là. Tu ne peux vraiment pas t’en empêcher.

LE PARTISAN : Bah, on s’en fiche, ils savent pas lire.

ORCHIS : Et en plus tu les enchaînes…

LE PARTISAN : Comme au bon vieux temps de l’esclavage. COMBOOOOOOO !

ORCHIS : Mon dieu.

LE PARTISAN : Reprenons notre analyse.

ORCHIS : Ça vaudra mieux, oui.

LE PARTISAN : Ce n’est que le début, mais c’est déjà intéressant de constater que le premier vers dit : le pape a dit, et pas la Bible a dit ou quelque chose d’équivalent. Déjà là, il y a une remarque sur le fait que ce ne sont pas les textes sacrés qui décident de ce qu’est la pratique religieuse, mais bien les religieux eux même.

ORCHIS : Même si, dans ce domaine précis, je pense que la Bible dit effectivement quelque chose.

LE PARTISAN : Probablement. Tiens, j’ai une idée, va lire la Bible, ça me fera un petit temps de tranquillité.

Alors ça, c’est du Curé Nantais, un fromage dont je ne connaissais pas l’existence avant de chercher « curé » dans google image, et qui ressemble quand même un peu, vu de loin, à un savon bas de gamme.

Cette nouvelle il me faut l’annoncer
A ma paroisse, je suis curé.

LE PARTISAN : Je trouve ce passage très drôle, on sent déjà à quel point il angoisse à l’idée de devoir apprendre ça à ses fidèles.

ORCHIS : En parlant d’angoisse, je commence à me demander si c’était une bonne idée ce thème. On risque de tellement blasphémer qu’à côté de nous le premier quart d’heure de La Montagne Sacrée aura l’air d’un évangile.

J’ai pris une dose de whisky
Afin de préparer mon sermon
Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit
Je me posais bien trop de questions

LE PARTISAN : Orchis, donne moi ton avis : penses-tu que le whisky est divin ?

ORCHIS : C’est quoi, ça ? Tu fais une pub ?

LE PARTISAN : Non. Mais dans la mesure où le vin est le sang du Christ, peut-on dire que le whisky, dont le degré d’alcool est bien plus élevé, est une sorte de concentré de sang du Christ ? Un peu comme le concentré de tomate, mais en plus catholique ?

ORCHIS : Je n’en sais rien, il faudra poser la question au Synode. En attendant, je ne regarderai plus jamais mon Jack Daniels de la même manière

LE PARTISAN : Tu parlais de blasphème tout à l’heure ? Eh bien, c’en est un que de boire ce machin. Reprenons. Mitchell raille le questionnement religieux en le détournant : notre curé ne se questionne pas sur le sens de ce qu’il doit dire, mais sur la manière dont il va faire passer le message, puisque dire « Bon, les gars, maintenant les femmes c’est comme un tonneau de bière, il vous faudra un sceau d’autorisation avant de pouvoir mettre en perce », ça fait pas terrible au milieu de l’église.

ORCHIS : Oooooh putain…

LE PARTISAN : Donc, notre curé se pose des questions. La suite !

Je ne sais pas le pourquoi du comment, je ne veux pas savoir le pourquoi du comment, je ne sais même pas pourquoi je mets cette image ici.

Au petit matin Dieu m’est apparu
Et il m’a donné la solution
Aussitôt, vers l’église j’ai couru
Parler à mes fidèles sur ce ton

ORCHIS : Donc Dieu apparaît, pouf, comme ça ? C’est étrange, je croyais que d’habitude il envoyait plutôt un messager. Ça lui évite de se déplacer, traverser le ciel juste pour causer à un cureton de campagne je comprend que ça le fasse chier.

LE PARTISAN : Pas si étrange que ça, hein. Si notre curé a passé la nuit à prendre des doses de whisky, je veux bien admettre que ça finisse par faire apparaître Dieu. Mais ça ne change rien au fait que, pris au premier degrés, on est quand même en train de nous dire que ce qui suit est la parole de Dieu lui même. Cette chanson a déjà atteint un joli niveau d’absurdité.

Mes bien chers frères
Mes bien chères sœurs
Reprenez avec moi tous en choeur !

Pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir
Ne faîtes pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir
Maintenant l’amour est devenu péché mortel
Ne provoques pas votre Père Eternel
Pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir

ORCHIS : Eh ben… Il a sacrément relâché son langage, Dieu, depuis la Bible.

LE PARTISAN : Que veux-tu, il faut bien se faire au monde contemporain.

ORCHIS : C’est quoi exactement, un boogie woogie ?

LE PARTISAN : La définition wikipédia étant un peu obscure, voici plutôt une vidéo.

ORCHIS : Ouais. Je sais pas trop quoi dire. En même temps, j’aime pas la danse.

LE PARTISAN : Moi non plus, mais la métaphore devient tout de suite plus claire. le boogie Woogie a tout un côté charnel en tant que danse, en tous cas pour son époque. D’où le fait qu’il soit une bonne métaphore pour l’amour.

ORCHIS : Ou l’épilepsie.

LE PARTISAN : La grande question restant de savoir si, après la prière, on peut booguer-wooguer comme on veut.

ORCHIS : booguer-wooguer ?

LE PARTISAN : Et surtout, en quoi le fait de ne pas être marié empêche de booguer-wooguer…

ORCHIS : Je ne suis pas certain que ce néologisme passe dans le langage quotidien..

LE PARTISAN : A moins que la prière ne permette de légitimer le péché à venir, un peu comme une autorisation spéciale ? Un permis de booguage-wooguage ?

ORCHIS : Euh…

LE PARTISAN : Ou encore, la prière du soir est elle même une métaphore de l’acte sexuel, auquel cas le refrain veut plus ou moins dire : « un p’tit coup pour Dieu, puis un p’tit coup pour se détendre », auquel cas effectivement le mariage est nécessaire pour réaliser la première étape ?

ORCHIS : « Un p’tit coup pour Dieu, un p’tit coup pour se détendre », on croirait presque un titre de chanson de Patrick Sébastien. Qui est bizarrement sans doute le type qu’on a le plus évoqué dans ces chroniques.

LE PARTISAN : Mais dans cette dernière optique, que doit-on comprendre quand on dit que les enfants doivent faire leur prière du soir ?

ORCHIS : On s’engage sur un terrain glissant.

LE PARTISAN : Tellement de questions, si peu de réponses. Soudain, je comprend pourquoi certaines personnes veulent étudier la théologie.

ORCHIS : Faudra écrire une thèse.

LE PARTISAN : Continuons.

Puis j’ai réclamé le silence
Afin d’observer les réactions
Sur certains visages de l’assistance
Se reflétait surtout l’indignation

Quant aux autres, visiblement obtus,
Sachant qu’ils n’avaient rien compris
Ils me demandèrent de faire à nouveau
Le sermon du Boogie Woogie

ORCHIS : En gros, il y a ceux qui comprennent et s’en indignent, et ceux qui pigent rien.

LE PARTISAN : Ouais. Comme dans une vraie église.

ORCHIS : Ça me va.

LE PARTISAN : On peut aussi envisager que ce qui scandalise les gens, c’est le fait qu’on leur interdise de tringler comme ils veulent. La suite de la chanson continuera d’ailleurs à entretenir cette ambigüité. Et c’est vrai, à quoi sert à l’homme d’être supérieur à la pieuvre s’il ne peut pas, comme elle, passer sa journée à tirer tout ce qui bouge ?

ORCHIS : Je crois qu’il y a des espèces de pieuvre ou le mâle perce la femelle avec son pénis, un peu n’importe ou, pour la féconder. J’admets que ce serait marrant de voir ça à échelle humaine.

LE PARTISAN : Et c’est moi qui suis vulgaire, hein ?

ORCHIS : C’est juste de la curiosité biologique !

Jeu : où est la tête sur cette saloperie ?

LE PARTISAN : Mouais. Bon, du coup re-refrain. Puis instrumental.

ORCHIS : Un instrumental sur lequel on pourrait faire un boogie woogie, d’ailleurs.

LE PARTISAN : Ouais, sauf que nous on est tout seul et que du coup on aurait l’air con.

Maintenant tout est fait tout est dit
Mais mes fidèles sont partis
Dieu, je reste seul dans ta maison
J’en ai l’air, mais le dire, à quoi bon ?

Si ton pape m’a fait perdre l’affaire
j’irai tout droit, tout droit en enfer
Mais j’essaierai encore à la messe de midi
Le sermon du boogie woogie

LE PARTISAN : Ici, on peut se demander si les fidèles sont partis parce qu’ils se sentaient offusqués du thème du sermon, ou parce qu’ils voulaient continuer à booguer wooguer comme ils le voulaient, non mais. Et dans les deux cas c’est très drôle.

ORCHIS : J’aime bien aussi le curé qui accuse le pape de l’avoir peut-être envoyé en enfer.

LE PARTISAN : Oui, et qui dit d’ailleurs « ton » pape, comme s’il se discréditait de tout ça. Un peu comme si même lui se rendait compte de l’absurdité de tout ça, mais sans avoir le choix de continuer à faire son sermon. Je peux me tromper, mais j’ai le sentiment que le message de cette chanson c’est qu’il y a certains thèmes que l’Eglise ne devrait pas évoquer, parce qu’elle ne les connaît pas bien. Ce qui fait que notre chanson est tout à fait dans le thème de la semaine, pour une fois.

ORCHIS : Très classe.

LE PARTISAN : Alors on est loin d’être sur de la grande chanson blasphématoire, mais c’est quand même drôle.

ORCHIS : J’ai toujours bien aimé Eddie Mitchell.

LE PARTISAN : Sur ce, je vous dit à la semaine prochaine…

ORCHIS : Moi aussi.

LE PARTISAN : …Et je m’en vais militer pour que cette chanson soit inscrite dans le prochain Diapason Rouge.

Je suis le seul que la vue d’un Diapason rouge fait inévitablement déprimer à cause de souvenirs de colonies de vacances ?

[PC #8] Arrêt-télé, ces guignols !

Bonjour à tous, aujourd’hui, pour coller au thème de la semaine spéciale Bolloré, nous allons parler de …

-Bonjour !

-Ah ? Ben ça, c’est pas banal. Depuis quand est ce qu’on me répond quand je dis bonjour par écrit ?

-Je suis votre nouvel assistant. Enchanté.

-J’ai un nouvel assistant moi ?

-Oui. Et faîtes pas comme si vous n’étiez pas au courant, hein. Parce qu’en vrai, le lecteur sait très bien que vous venez de m’inventer.

-Je me disais qu’avec un peu de chance il se laisserait prendre au jeu.

-Ben non. On la lui fait plus, au lecteur, il connait le truc. Il sait que même quand je lui dis que ce que je dis est écrit, c’est écrit.

-Oh là, ça va être compliqué cette histoire.

-Par contre je ne saisis pas bien l’intérêt.

-Je ne sais pas trop, ça me permet d’introduire mes contre arguments sans trop me poser de questions, je voulais me la jouer Platon, dialogue socratique, tout ça.

-Ouais, sauf que Socrate il parlait de trucs un peu plus profonds que la dernière chanson de Francis Lalanne. C’est pas dans tes articles qu’on va entendre parler d’allégorie de la caverne, a part peut-être le temps de faire une blague de cul que même Bigard il en aurait pas voulu.

-Eh, oh ! Si tu n’es qu’une projection de moi, tu pourrais faire un effort pour me soutenir un peu !

-Je vois pas bien ce qu’il y a à soutenir. Vise un peu la flemme, t’as même pas pris la peine de me donner un nom.

-Ben attend, on va corriger ça tout de suite.

ORCHIS : Test, test…Ah ben oui, ça marche.

LE PARTISAN : C’est vrai que c’est plus lisible, comme ça.

ORCHIS : Par contre, le coup du dialogue tu l’as pas déjà fait il y a trois chroniques  ?

LE PARTISAN : Si, mais je suis sûr que le lecteur ne s’en souvient pas. Et puis ça va, hein, c’est pas comme si notre rédac chef n’avait pas utilisé cinquante fois le coup du guide de survie. Regarde . Et . Et . Et…

ORCHIS : Tu sais qu’on va finir par se faire virer, avec tes conneries ?

LE PARTISAN : Ca va, ça va, je disais juste ça pour discuter1

ORCHIS : Et d’abord, pourquoi « orchis » ?

LE PARTISAN : Eh ben ça, mon petit pote, tu iras chercher toi même. Je ne vais pas faire tout le travail à ta place.2 De toutes façons, on a une chronique à faire.

ORCHIS : Ca fait même un moment qu’on aurait du la commencer, notre chronique. J’ai presque envie de dire que tu as fait exprès de détourner la conversation, pour gagner du temps.

LE PARTISAN : Ben…

ORCHIS : Qu’est-ce qui se passe, tu as peur que la chanson du jour soit trop mauvaise ? Tu sais je pense qu’ils commencent à être habitués, ceux qui te lisent, à force, à écouter de la merde.

LE PARTISAN : Non mais ça, ça va. Des merdes j’en ai c’est pas la question. C’est juste que je n’ai rien qui colle vraiment au sujet.

ORCHIS : Tu peux pas analyser une chanson des guignols ?

LE PARTISAN : Ben il y a pas grand chose à dire, c’est cool et puis c’est tout. Et puis c’est tellement lié à une actualité et à la parodie que c’est un peu compliqué d’analyser ça trop sorti de son contexte. En plus, avec tous les trucs qu’on a déjà fait sur les sujets, on a du épuiser la moitié des chansons de l’émission. Au point que en « chanson guignol », tout ce que j’ai d’un peu original, c’est ça :

ORCHIS : Oui. Mais alors non. Vraiment vraiment non.

LE PARTISAN : On est d’accord.

ORCHIS : Ca vous apprendra à gaspiller votre matière première. Un bon journaliste garde toujours quelque chose sous le coude, histoire de pouvoir resservir le même article dix fois en continuant de faire croire que c’est du tout récent.

LE PARTISAN : Je suis pas encore journaliste. Si c’était le cas, je m’emmerderais plus à faire à manger et je me contenterai de squatter les buffets de toutes les réceptions possibles.

ORCHIS : Du coup on continue à parler de tes soucis de popote au quotidien, ou on essaie de faire un truc un minimum dans le sujet ? Je demande même pas à ce que ce soit constructif, hein, mais qu’au moins on ait pas trop l’impression que tu te moques de ton public.

LE PARTISAN : Du coup je me suis dit qu’on pouvait aussi analyser une chanson sur Bolloré.

ORCHIS : Ca existe, ça ?

LE PARTISAN : J’en avais aucune idée. Du coup j’ai cherché, en pensant que je n’avais rien à perdre. Et du coup voilà :

ORCHIS : Eh ben oui. Ca existe. Yanick Toutain, l’auteur-compositeur-interprète, en a même fait plusieurs, il paraît qu’il a aussi fait Les esclaves de Bolloré et Les évadés sur le bonhomme. C’est un peu sa némésis, je crois. Il y a un coté noble.

LE PARTISAN : Noble, noble… Ca excuse pas tout. Même dans un bar au fond d’une cave à 3h du matin je suis pas sûr que j’en voudrais, de celui là. Et niveau clip, c’est presque plus moche que du Xavier Sainty. Alors si c’est pour discréditer tous ceux qui n’aiment pas Bolloré en utilisant ce truc comme porte-étendard…

ORCHIS : Tu marques un point.

LE PARTISAN : En plus le mec a aussi fait une chanson hommage à Woody Allen. Et ça a beau être un peu supérieur au reste, on n’a pas le droit de faire ça à Woody. On touche pas à Woody.

ORCHIS : Oui bon ça va on a compris. Du coup d’accord, il faut trouver autre chose.

LE PARTISAN : Voila. Alors j’ai songé à parler d’une chanson sur la télévision.

ORCHIS : Ca me paraît bien, ça. Il y a Renaud qui en a fait une, non ?

LE PARTISAN : Deux, en fait. Voire même trois.3. Et je suis d’accord, J’ai raté téléfoot elle est cool, mais bon, pour faire un lien entre bécassine et les guignols…

ORCHIS : Il y a ça :

LE PARTISAN : Tu sais que je vais te faire très mal, si tu continues ?

ORCHIS : Me dis pas que ça te fait pas marrer d’imaginer la tête de tes lecteurs quand ils cliquent sur les liens.

LE PARTISAN : En même temps, au bout de tous ces articles ils auraient pu finir par comprendre que c’était une erreur.

ORCHIS : Faut admettre.

LE PARTISAN : Et puis je l’ai déjà dit. Je fais comme tu recommandais tout à l’heure, la carte Renaud je la garde pour plus tard. Des fois qu’on fasse une semaine spéciale Mitterand, ou bonbons, ou photographie, ou accidents de la route, ou guerre, ou enfants, ou chaton, ou dépression nerveuse…

ORCHIS : Ou alcoolisme…

LE PARTISAN : Eh ! On a pas désactivé le friendly fire ?

ORCHIS : C’est toujours bien de taper un peu sur ceux qu’on aime. Ca fait croire au public qu’on est objectif.

LE PARTISAN : Il est con, le public.

ORCHIS : Je te le fais pas dire. Par contre, il est en train de lire, là.

LE PARTISAN : T’es sûr ?

ORCHIS : Certain. Parce que s’il était pas en train de lire, je ne serai pas en train de dire ça. Tu as beau l’avoir écrit, il n’y a qu’à partir du moment ou un tiers le lit que je le dis vraiment. Donc, si je dis ça, c’est que quelqu’un me lit, et à moins que le quelqu’un en question n’ai sauté au milieu de l’article juste pour essayer de comprendre de quoi ça parlait, il a lu ce que tu as dit. Donc il sait que tu l’as traité de con. Auquel cas, vexé, il a peut être arrêté sa lecture, et du coup ce n’est pas la peine que je continue à t’expliquer tout ça, parce qu’alors j’aurai beau y mettre toute la bonne volonté du monde, je ne le dirai jamais vraiment.

LE PARTISAN : On s’égare un peu, non ?

ORCHIS : Ah ben tu as dit qu’il fallait gagner du temps, alors je gagne du temps.

LE PARTISAN : Reprenons. Du coup j’ai essayé de chercher « chanson télévision » sur google.

ORCHIS : Et alors ?

ORCHIS : Hum. Tu as les paroles qui traînent quelque part ?

LE PARTISAN : « « on a tous un rêve dans la vie » qu’elle me dit en se tortillant. Une femme, une caisse, un ou deux gosse, une belle maison évidemment. J’ai même pas assez d’ambition pour avoir envie de tout ça mais c’est le thème de l’émission. C’est toujours la même merde en pire. Acheter, jeter, prendre un boulot. C’est la même merde en pire. Acheter, jeter, perdre un boulot. C’est toujours la même merde. On a échangé vos parents, on a échangé vos métiers, on a échangé vos cerveaux. Donnez moi tout ce que vos patrons ont le culot d’appeler du temps libre. Laissez moi vous prendre pour des cons. » Sans vers, parce que fuck it.

ORCHIS : Ben, c’est pas trop mal. Et puis la musique c’est un style qui plait à certains.

LE PARTISAN : C’est pas faux, mais tu admettras qu’on manque un peu de texte pour faire une analyse.

ORCHIS : C’est bref et efficace. Pas comme tes articles.

LE PARTISAN : Toi, tu risques pas de revenir la semaine prochaine avec des remarques comme ça.

ORCHIS : Non mais vraiment, c’est quoi qui te gène ?

LE PARTISAN : Rien de bien objectif. En soit, je suis plutôt d’accord avec ce que ça raconte, mais j’aurai aimé trouver un truc un peu plus…Fin, peut-être.

ORCHIS : On est en train de parler d’un groupe de rock punk appelé Guérilla poubelle, fallait pas s’attendre à du Nietzsche.

LE PARTISAN : On peut être subtil tout en étant punk, regarde ça :

ORCHIS : Oui mais alors ça a plus rien à voir avec notre sujet.

LE PARTISAN : Eh bien détrompe toi ! Parce que les réalisateurs, Kervern et Delépine, font partie du staff de Groland. Et du coup, paf, esprit canal, tout ça.

ORCHIS : Ah là, je dis bravo. C’est beau, de réussir à justifier ses errances avec autant de naturel.

LE PARTISAN : Merci.

ORCHIS : D’ailleurs, c’est bizarre, ils ont pas été déprogrammés ceux là.

LE PARTISAN : Ben non, Ils font ça par exemple

ORCHIS : Ouais, c’est bon, ils vont sauter avant la fin de l’année.

LE PARTISAN : Ouais, eh ben en attendant, tais-toi et profite. Et regarde le film, parce que c’est pas pour rien que j’en ai parlé, il défonce grave. Vraiment.4

ORCHIS : Pour en revenir à notre sujet, si tu veux de la chanson subtile sur la télévision, il y a ça :

LE PARTISAN : C’est pas faux.

ORCHIS : …

LE PARTISAN : …

ORCHIS : Alors… ?

LE PARTISAN : Alors quoi ?

ORCHIS : Tu n’en parles pas ?

LE PARTISAN : Hmmm ben disons que là pour le coup ce serait peut-être un peu trop subtil…

ORCHIS : En gros, t’es trop nul pour te frotter à Ferré, c’est ça l’idée ?

LE PARTISAN : Il y a de ça. Le mec, il faut déjà lire le texte trois ou quatre fois avant d’en saisir la moitié des tenants et aboutissants. Alors d’accord, c’est génial, mais à moins de verser dans le commentaire littéraire, je vais pas pouvoir faire grand chose.

ORCHIS : Le pire c’est que ça a beau bien dater, le coté télépute reste tristement actuel.

LE PARTISAN : Carrément. En tous cas c’est cool de l’avoir mentionnée quand même, ça fera un bon truc pour se reposer au milieu du reste.

ORCHIS : Ouais, c’est juste dommage qu’à ce stade probablement personne n’ait pris la peine d’écouter. Et puis, pauvre Ferré, c’est la première fois qu’on en parle ici et il faut que ce soit dans ce simulacre d’article.

LE PARTISAN : Bah, je me rachèterai à l’occasion. J’arriverai bien à placer L’opéra du Pauvre à un moment donné.

ORCHIS : Je soutiens totalement cette initiative.

LE PARTISAN : De toutes façons, Ferré, c’est extra

ORCHIS : Je parie que tu en es très fier, de celle là ?

LE PARTISAN : Carrément !

ORCHIS : Par contre à force d’aligner des références à la chaîne, les gens vont finir par croire que tu veux étaler ta culture.

LE PARTISAN : Ils peuvent bien croire ce qu’ils veulent. Bon, on reprend ? On a un article à finir, je te rappelle.

ORCHIS : Vas y, je t’écoute.5

LE PARTISAN : Du coup, j’ai continué ma recherche. Et je suis tombé sur ça :

https://www.youtube.com/watch?v=4t5_M66Cigo

ORCHIS : Sérieusement ?

LE PARTISAN : Sérieusement.

ORCHIS : Non mais même sans parler du contenu… Elle a gagné le yoyo en bois du japon avec la ficelle du même métal, c’est quoi ce putain de titre ? Il fait quinze putains de mots, et 23 syllabes ! Il faut presque deux alexandrins pour le faire rentrer en entier !

LE PARTISAN : Je sais bien. Et encore, là, c’est quand on s’occupe pas du sens.

ORCHIS : Si tu te mets à essayer de parler du sens, je te préviens, compte pas sur moi pour t’aider.

LE PARTISAN : J’imagine que c’est une tentative d’humour absurde.

ORCHIS : Tu vas me dire que c’est représentatif de son époque ?

LE PARTISAN : Ben un peu oui. Je dis pas qu’il faut l’excuser pour autant, mais c’est les Charlots, aussi. Les mecs qui ont fait Les Bidasses en Folie, Le grand bazar, La grande Java ou même Les charlots contre Dracula.

ORCHIS : Ah oui…

LE PARTISAN : Et Suce ma pine

ORCHIS : Oh. Tu me diras, au moins celle-là on comprend de quoi ça parle.

LE PARTISAN : Les mecs ils ont une plus longue fiche sur Nanarland que sur wikipédia.

ORCHIS : Et plusieurs de leurs films sont disponibles sur youtube. Je dis ça au cas ou quelqu’un ait une soirée à faire passer.

LE PARTISAN : Vive internet.

ORCHIS : Bon, donc ça on oublie aussi. Mais il y a quand même pas que des trucs aussi absurdes, quand même ?

LE PARTISAN : Ben… J’ai aussi trouvé ça…

ORCHIS : Je sais pas comment tu peux faire cette chronique depuis plusieurs mois sans t’être mis sous anti-dépresseurs.

LE PARTISAN : Après, là, je veux bien admettre que je l’ai cherché. C’est Bide-et-musique après tout, alors forcément fallait pas s’attendre à du Mozart.

ORCHIS : Alors on fait quoi ? On s’attarde deux secondes sur cette histoire de viol de la Schtroumphette ?

LE PARTISAN : Je suis pas sûr d’en avoir très envie.

ORCHIS : Ou sur le fait que c’est la première fois que j’entends parler de Téléchat depuis que le Joueur du grenier a fait un épisode dessus ?

LE PARTISAN : Ou encore on en parle juste pas, hein.6

ORCHIS : T’as raison. Laisse moi chercher, tu vas voir, je suis sûr que ça ira mieux.

LE PARTISAN : Tu disais ?

ORCHIS : Je disais que je t’emmerde.

LE PARTISAN : Ceci dit, entre la chanson de merde, le complot judéo-maçonnique, les croix gammées, le vomi et Hitler dans le premier des deux commentaires youtube, tu as réussi un joli combo. D’une certaine façon, tu peux être fier.

ORCHIS : J’y crois pas, même Légion 88 c’est meilleur sur le plan musical.

LE PARTISAN : Ah la vache, j’essaie de les placer depuis le début, ceux-là, j’avais jamais trouvé l’occasion. Bravo, vieux.

ORCHIS : Euh…Merci.

LE PARTISAN : C’était sincère. C’est très rare que je m’auto-congratule comme ça, tu sais.

ORCHIS : Faut juste espérer que personne aura l’idée d’aller chercher « Légion 88 » sur google, sinon on est bon pour se le prendre, notre premier procès.

LE PARTISAN : Autant que ça tombe sur cet article là, au moins je pourrais plaider le dédoublement de personnalité.

ORCHIS : On aurait peut-être du en rester à Chantal Goya.

LE PARTISAN : Mais non, dis pas n’importe quoi. Réessaie un coup, si tu veux. Si ça se trouve tu auras de la chance.

ORCHIS : T’as raison, faut pas se décourager. J’y retourne.

ORCHIS : Je suis désolé. Sincèrement.

LE PARTISAN : Bah, t’excuse pas. C’est déjà mieux que celle d’avant.

ORCHIS : Oui enfin là, on pouvait difficilement tomber plus bas…

LE PARTISAN : Je suis d’accord mais il faut toujours regarder le coté lumineux de la vie.

ORCHIS : Et si on met cette phrase en anglais ça fait…

LE PARTISAN : Chut, dévoile pas toutes mes références, roh ! Laisse le lecteur réfléchir un peu ! Comme ça, ceux qui ont pas la référence comprennent pas, et on reste entre gens de bonne fréquentation.

ORCHIS : Et pour l’article, au final, on fait comment ?

LE PARTISAN : Ben pour tout avouer j’ai été un peu malhonnête avec toi. J’avais ça de coté depuis le début :

ORCHIS : Eh mais t’es un salaud ! Elle est cool, cette chanson ! Bon ok je suis pas fan de la musique, mais ça reste très correct et niveau paroles ça le fait carrément.

LE PARTISAN : Je sais, mais ça me faisait marrer de te voir souffrir.

ORCHIS : C’est déjà malsain de base, comme phrase, mais alors quand on sait qu’en plus tu es en train de te parler à toi même…

LE PARTISAN : Ca va, ça va, le prend pas mal, c’était amical.

ORCHIS : Et puis au fond c’est pas grave, on a notre chanson, c’est parti pour l’analyse.

LE PARTISAN : Ah ça par contre non, faut pas déconner.

ORCHIS : Et pourquoi, cette fois ?

LE PARTISAN : On a plus la place.

ORCHIS : Tu crois que le lecteur en a marre ?

LE PARTISAN : Le lecteur je sais pas, mais moi carrément.

ORCHIS : Et du coup on finit comme ça, en queue de poisson ?

LE PARTISAN : Non, on fait comme je fais toujours : on met un lien sur un truc bien pour terminer l’article.

ORCHIS : En gros, tu balances en ouverture et en deux lignes un truc bien qui aurait été agréable à écouter et à étudier, alors que tu viens d’infliger au lecteur et à toi même toute une analyse d’une énorme bouse ? Voire de toute la fosse à purin dans le cas présent ?

LE PARTISAN : Exactement. C’est le principe d’une ouverture de dissertation, faire miroiter un truc cool dont on parlera jamais parce qu’on a perdu trop de temps à être chiant.

ORCHIS : Je peux le faire ? Je viens de songer à un truc qui peut convenir. Sauf que c’est en anglais, c’est pour ça que j’en ai pas parlé avant.

LE PARTISAN : Je t’en prie, balance la sauce. Amène ça par une phrase du style : « Et pourtant, c’est pas dur de faire une bonne chanson sur la télévision, écoutez ça » :

ORCHIS : Et pourtant, c’est pas dur de faire une bonne chanson sur la télévision. Ecoutez ça :

LE PARTISAN : Et à la prochaine fois7 !

ORCHIS : Je serai là aussi ?

LE PARTISAN : Aucune idée. Tu sais bien qu’il n’y a aucune cohérence dans mes chroniques.8

Raffaello Sanzio, "Platone e Aristotele", 1511 ca.

  1. Au cas où, je tiens à rappeler à ma chère rédactrice en chef que je l’adule et la respecte.
  2. Un indice : c’est Freudien
  3.  A la téloche, et Les filles de joie Mais il n’y en a qu’une de vraiment connue, et en plus les deux autres sont hélas pas géniales je suis d’accord (surtout la deuxième). Et viennent du même album, Rouge sang, son dernier de chansons originales en date, qui est loin d’être aussi mauvais que ça, il est juste bien inégal…
  4. Soit dit en passant, après un film avec Michel Houellebecq (?!) que je n’ai pas vu, leur prochain projet est un road movie avec Gérard Depardieu et Benoit Poelvoorde sur la route des vins. Je pense que le making-of risque d’être au moins aussi épique que le film lui même.
  5. ORCHIS : Eh, cool, je peux même squatter les notes de bas de page !

    LE PARTISAN : Arrête de jouer avec le matériel, et retournes au boulot

  6. Ceci dit, je suis un peu de mauvaise foi : la chanson vient en réalité d’un court métrage que je n’ai pas vu, donc il est possible qu’avec le contexte, ça ait l’air beaucoup moins bizarre. Ou au moins à peu près justifié
  7. Et paf, j’ai placé Danny Elfman et Oingo Boingo dans une de ces chroniques ! Achievement unlocked !
  8. ORCHIS : Par contre, on a un peu déconné, les Guignols et Bolloré ils sont complètement passés au second plan. Ca m’étonnerait pas qu’on nous le reproche.

    LE PARTISAN : J’y ai pensé, et j’ai préparé une super excuse. Si on nous en parle, on dit que c’était pour faire une méta-critique, on fustige l’absence des guignols à l’antenne par leur absence dans notre article. Et paf, au lieu de passer pour des feignasses malhonnêtes, on devient des génies créateurs de la néo-critique. Ni vu ni connu.

    ORCHIS : Des fois, je me dis qu’on est des génies.

    LE PARTISAN : Seulement des fois ? Tu es bien humble, Orchis.

[PC 7] Une manif à prendre homo

Manifester, c’est tout un art. Le bon petit manifestant devrait ainsi apprendre, tel un guerrier, un certain nombre de techniques indispensables pour survivre sur le terrain, dans cette terrible jungle urbaine qu’il inondera de ses imprécations. Enfin, survivre : disons au moins ne pas passer pour un con, c’est déjà pas si mal. Ainsi, la prochaine fois que vous insulterez un « connard-de-gauchiste-nazi-communo-sarkoziste », rappelez vous bien qu’il n’est là qu’après de longues heures d’entraînement au lancement de pavé, de formation à la maîtrise du mégaphone, de stratégie militantiste (où marcher pour faire chier le plus de monde possible), de cours peinture, de poterie, de résistance à l’alcool et aux lacrymos et de chant.

« Mais », me direz vous, déjà passionnés après ces quelques lignes liminaires, « que se passe-t-il si un manifestant, voire même pire un groupe de manifestant, décidait d’y aller à la zob, sans étudier toutes ces sciences ? »

Eh bien, il se passerait ça.

Bon, donc qu’est ce qui ne va pas ici1 ? On serait bien tentés de répondre « tout », mais cet article ne fait que 185 mots pour le moment, « 185 » étant le 186è mot. Enfin, le premier 185, puisque le deuxième était le 191e, et le troisième le 199e. Savoir compter aussi, c’est important, ça évite les débats sur « la police dit qu’on était trois, mais je vous jure qu’on était 200 000 ! »

Alors, détaillons.

Pour commencer, un rapide résumé de la théorie « manif pour tous », au cas ou vous auriez loupé quelque chose :

« Non mais on va pas autoriser les pédés à se marier, je suis pas homophobes mais quand même, vous me direz pas le contraire, l’homosexualité c’est une maladie et comme par hasard y a que les pédés qui la chopent. » Non, je sais, je grossis à peu près autant le trait qu’un journaliste de chez Libé, en réalité maintenant ils défilent plutôt contre la GPA2, mais j’ai pas envie d’y passer trois heures.

La manif pour tous expliquée aux enfants

La manif pour tous expliquée aux enfants

Je ne vais pas m’attarder sur le début, avec la guitare que même moi je m’en sors mieux (et pour ceux qui se demandent : non, je ne suis pas guitariste) et une foule en délire d’au moins trois personnes. Je n’insisterai pas non plus sur le joyeux « whou » poussé par le chanteur, qui personnellement m’évoque un peu Zaza dans La cage aux folles. Mais je sais, c’est juste moi qui suis rempli de clichés. Et passons directement aux paroles.

Des fous ont pris ta route et le contrôle de toi
Et moi le Ciel m’a donné toute sa liberté
Je n’ai plus peur des hommes ni même de leurs lois
Et je sais que demain un grand ciel bleu se lèvera

Alors. On a du lourd, donc faisons déjà un petit listing :

    • vers 1 : dictature socialiste, bouh !
    • Vers 2 : Jésus est parmi nous.
    • vers 3 : Euh quoi ?
    • Vers 4 : attendez attendez, le mec vient de dire qu’il se fiche de la justice des hommes ?

Laissez tomber la liste, je ne sais pas quelle devait être l’intention derrière cette phrase, mais moi ce que j’y vois c’est quelque chose de quand même très proche du message typique d’un extrêmiste adepte de l’aviation. Je vois peut-être le mal partout, mais quand même, à partir du moment où on dit qu’on juge la justice de Dieu plus importante que celle des hommes, ça veut dire qu’on peut se permettre à peu près tout acte excessif, pourvu qu’il serve la justice de dieu. Alors là c’est juste un manifestant, et il est peut-être très gentil en dehors de ça (j’ai du mal à imaginer autre chose qu’un adepte des JMJ un peu con, au vu de ce que j’entends, mais bon c’est très subjectif), mais merde, le sous-texte c’est important. Et là, il dit ça dans le cadre d’une manifestation, mais c’est largement le propos que pourrait sortir un mec qui irait tirer sur une foule (une foule de pédés, bien entendu, par ce que tout le monde sait que les pédés, ils veulent enculer nos filles bien éduquées pendant qu’elles font la prière, tout ça tout ça).

Enfin bon. Jetons quand même un œil plus attentif au reste. Dans le premier vers, ce qui me pose problème, c’est que le mec a l’air de dire qu’on l’a contraint a faire quelque chose, mais je ne vois vraiment pas pourquoi. Personne l’oblige à se marier en dehors de l’Eglise ou avec un homme, enfin ! C’est pas parce qu’on l’autorise que paf, tout à coup, ça va devenir obligatoire. Du coup je ne vois vraiment pas en quoi des fous ont pris son contrôle.

Et pour le dernier vers, je suis désolé, mais j’écoute cette chanson le 24 septembre et météorologiquement parlant, je ne suis vraiment pas certain que demain il y ait un grand ciel bleu.

A la limite, gris bleu.

A la limite, gris bleu.

Y aura tellement de gens partout et tellement de lumière
Y aura tellement de fous tu respireras tellement d’air

Alors autant le vers 1, je comprend qu’on est encore sur le délire religieux. Sachant que techniquement, tellement de gens partout, c’est un peu une arnaque, on devrait pas dépasser les 144 000 d’après la Bible. D’ailleurs je dis « on », mais il y a peu de chances que j’en fasse partie, mais c’est une autre histoire ça.

Par contre le vers 2, vraiment, ça m’échappe totalement. Je me dis que j’ai peut-être mal compris les paroles, mais comme je ne les trouve nulle part sur internet, je suis bien obligé de me fier à ce que j’ai entendu. Et donc, voici la seule chose que je peux vous proposer pour interpréter ces deux vers ensemble :

« On va aller en boîte de nuit
On dansera toute la nuit
Tu va tomber dans le coma
Un pompier t’oxygénera. »

Voila. Vous en faîtes ce que vous voulez, si vous avez une autre idée n’hésitez pas à partager dans les commentaires.

Et je sais que tu penses à toi et à toutes tes affaires
Mais je te dis je serai là tu peux compter sur moi
Pour aller à Paris danser sur les champs Élysées
Le 24 mars lève toi et viens nous retrouver

C’est un peu le souci des chansons trop claires temporellement : passé la date prévue, ça fait tout de suite beaucoup moins d’effet3 Dans la mesure ou c’était censé être chanté en manif, on peut encore admettre l’idée, je suppose, sauf que dans ce cas, elle devait être chantée à la manif du 24 mars aux Champs Élysées, et donc les manifestants auraient, sur place, affirmé au futur leur présence à une manifestation à laquelle ils étaient présents au présent ?

Cette histoire se complique de vers en vers. Mais offre au passage une toute nouvelle interprétation d’un classique de la chanson française.

Ah et sinon : jolie, la référence au « Lève toi et marche ». Non, vraiment, pour le coup c’est sincère, il y a une certaine subtilité.

Eh !

Y aura tellement de gens partout et tellement de lumière
Y aura tellement de fous tu respireras tellement d’air

Bon, par contre ça ce n’était pas la peine de nous le redire. Sans déconner, on croirait que tout à coup, au milieu du texte, il a foutu un slogan écolo qui n’a rien à voir avec le bouzin. Je me suis dit au début que c’était peut être pour avoir une rime, quitte à ce que ça ne veuille rien dire, mais dans le reste de la chanson l’absence de rimes n’a pas l’air de le troubler plus que ça, alors ce n’était vraiment pas la peine…

Comme des frères qui ne s’étaient jamais rencontrés
Venus de partout pour chanter la liberté

Non vraiment, j’ai du mal avec le concept de chanter la liberté venant de mecs qui, justement, veulent en interdire une. Et encore une fois, ils peuvent se victimiser s’ils le veulent mais personne ne les oblige à faire quoi que ce soit. A la limite à fermer leur gueule, mais vu comment ils chantent, ça me paraît un minimum.

Et les frères qui ne s’étaient jamais rencontrés, superbe image de la famille idéale, vraiment, bravo. C’est encore papa qui est allé pondre un bébé n’importe où, ça. Et on se retrouve avec quinze bâtards à gérer au moment de distribuer l’héritage, voire même plusieurs centaines de milliers selon les manifestants et maximum 20 000 selon la police, ce qui provoque chez moi au moins un respect envers les capacités physiques de papa, mais je crois que je m’égare, comme celle du nord, qui est la plus pratique pour accéder aux Champs Elysées, mais prévoyez à l’avance sinon je vous dit pas le bordel dans le métro.

On lâche rien

Ah ben nous y voilà.

On lâche rien

Et la grappe, vous voulez pas me la lâcher ?

Ceci est un hors sujet pictural.

Ceci est un hors sujet pictural.

On lâche rien le 24 on va tous aux champs Elysées

Non ? Bon ben tant pis. De toutes façons je m’en fous je suis pas Parisien, donc vous faîtes ce que vous voulez sur les Champs Elysées.

On lâche rien allons enfants il est temps de vous réveiller

Deuxième message à peu près bien amené de la chanson avec la référence à la Marseillaise. Faire appel à un élan citoyen pour sauver la France d’un fléau, et le faire comme ça, c’est presque subtil. C’est dommage que le fléau en question n’en soit pas vraiment un. Et que « il est temps de vous réveiller » vienne un peu ruiner l’effet, en faisant ressembler la phrase à une réprimande de maîtresse de CP contre un de ses élèves inattentif.

On lâche rien le droit d’un enfant est une priorité
On lâche rien une vraie famille pour un amour équilibré

Voilà, c’est casé, un papa une maman, papy qui coupe du bois, mamie qui fait des confitures, le cousin avec qui on se marie, la routine. Je ne reviendrai pas sur ce que ça implique pour les familles ne serait-ce que monoparentales, ça a déjà largement été dit. Mesdames, messieurs, si vous devez devenir veufs ou veuves un jour, attendez que les enfants se soient mariés, sinon ils seront déséquilibrés et ce sera de votre faute.

On lâche rien ein ein ein ein ein ein ein ein ein ein

J’ai peut-être oublié un ou deux « ein », mais vous avez compris le sens global.

On lâche rien on vient libérer nos consciences emprisonnées

Au moins, ça éclaircit un point. Ils se considèrent comme prisonniers, parce que le mariage gay est immoral, donc leurs consciences ne le supportent pas, mais on n’autorise pas la juste révolte de celles-ci. Ca tient debout. C’est con, mais ça tient debout dans sa connerie. Alors par contre je ne sais pas si c’est un compliment.

On lâche rien le 24 on va tous aux champs Élysées

On lâche rien

Eh ben, ils ne l’ont pas dit pendant tout le début de la chanson, mais ils se rattrapent sur la fin avec leur « on lâche rien ».

Bon alors : l’instru est pourrie, le chanteur mauvais et le message…Est ce qu’il est. Je n’ai pas eu le courage d’écouter le reste du disque (parce que oui, il y en a un, et vous pouvez même l’acheter ou cliquer pour écouter les titres gratuitement, n’est ce pas généreux ?  On ne sait jamais, des fois que vous manquiez d’idées pour le premier avril, ou pour rigoler un bon coup au mariage de Robert et George), mais ça m’a l’air mal barré pour avoir de sitôt un grand hymne en faveur de la manif pour tous.

Sauf que s’ils sont partis pour continuer leurs manifestations, ils vont encore essayer, trouver de nouvelles chansons, en écrire des pire. Ils l’ont déjà fait, cliquez pour écouter

Alors il est temps de réagir. Mesdames, Messieurs, le 12 octobre prochain, je vous invite à une grande manifestation sur les Champs-Elysées (puisqu’ils ont l’habitude), contre les manifestations qui massacrent la chanson.

Parce que les droits des homos, c’est bien joli, mais il ne faut pas oublier les vrais priorités.
Bon, et là, j’avais prévu de vous mettre une jolie chanson en conclusion, sauf qu’elle n’est pas sur internet. C’est ça, d’écouter des artistes peu connus. Alors je vous met le premier résultat trouvé sur google en tapant le nom de ladîte chanson, La chanson de Nicolas.

Comme quoi, même l’hétérosexualité a ses failles.

"Tu vois Zaza, ça c'est ce qu'on appelle une merde"

« Tu vois Zaza, ça c’est ce qu’on appelle une merde »

  1. Tout en se disant qu’on a au moins échappé au clip ?
  2. Soit dit en passant, c’est vrai que c’est très étrange qu’on veuille faire avancer les dossiers liés à la GPA alors qu’à coté, il y a j’ai l’impression une stagnation assez importante en ce qui concerne l’adoption. Ce serait peut-être intéressant de réussir à caser tous les mioches qui encombrent les centres et orphelinats avant de songer à en pondre cinquante nouveaux. Je sais qu’ici, encore une fois, je grossis beaucoup trop le problème, mais c’est une question qui m’interpelle un peu
  3. J’écris cet article le 24 septembre, soit six mois après le dernier 24 mars en date

[PC #6] Lalanne a rechié

Lalanne

Il y a des jours où le monde décide de nous faire passer un message subliminal, comme ça, pouf. Et c’est dans ces moments là qu’on se rend compte que le monde n’est pas franchement subtil. Ainsi, alors que la rédac chef de ce blog1 décidait que nous allions nous pencher cette semaine sur la question des réfugiés, voilà que Francis Lalanne, dont je ne savais plus s’il était vivant ou mort, nous sort une chanson et son clip traitant exactement du même thème. Aussitôt, ma rédac chef2 m’assigne la dure tâche de parler de cette œuvre. Enfin, ce n’est pas réellement en parler qui pose problème, hein, il y a des trucs à dire : mais pour les connaître, ces trucs à dire, j’ai du écouter la chanson et regarder le clip.

Bon, alors. Laissez moi cinq minutes le temps de trouver un oto-rhino, d’avancer la date de mon prochain rendez vous chez l’ophtalmo, et puis on pourra s’y mettre. Ah, et on va aussi mettre une jolie musique, pour tenter d’oublier ça. The Hours, par Philip Glass, qui n’a aucun rapport avec notre sujet mais j’avais très envie d’en parler, et de toutes façons c’est mon article je fais ce que je veux.

On commence par un dessin de la photo qui a lancé tout le débat récent autour des migrants, celle du petit Aylan mort sur une plage. Mais attention, quand je dis « un dessin », comprenez le genre de trucs fait sous paint, avec des dégradés de couleurs très laids. Il y a même un cœur tracé dans le sable pour entourer le corps. La grande classe.. Le genre de truc qu’on s’attendrait plutôt à voir dans un de ces nombreux gifs de philosophie de cuisine qui font encore aujourd’hui les beaux jours des chaînes d’e-mails.

Proverbe

Par dessus ça, on a le son d’un cœur qui bat. Quelques secondes plus tard, le dessin laisse place à des images de jt, représentant des migrants sur un bateau, l’air malheureux, tout ça…On ne va pas forcément y revenir pendant tout le clip, Lalanne a du chercher les passages les plus miséreux de toute une année de Claire Chazal3, histoire de bien faire comprendre aux moins vifs d’entre nous (ou éventuellement aux sourds) qu’être migrant, c’est pas cool.

Puis Lalanne commence à chanter. Je sais, c’est pas cool, mais il fallait bien que ça vienne à un moment. Et pour ceux qui n’auraient pas osé cliquer sur le lien de la vidéo, mais se posent quand même la question : oui, on dirait toujours qu’il a une extinction de voix quand il chante. Je sais bien que venant d’un fan de Renaud, c’est un peu cracher dans la soupe que de critiquer un chanteur à la voix…Disons fatiguée, mais bon, Renaud, au moins, il y a des à coté.

Ouvrir son cœur et son esprit
Ouvrir les portes du paradis
A tous ceux
Qui ont l’enfer au fond des yeux4

Alors procédons en deux temps :

1/ Le clip. Lalanne apparaît, avec son look de hipster gothique très malade, jouant du piano et chantant d’un air pénétré, incrusté à l’arrache sur des images dégueulasses de coucher de soleil. C’est presque aussi moche que le clip de « sous le sunlight des trôpiques », sauf que Montagné avait à la fois l’excuse de l’époque et de la vue.

2/ Les paroles. Je ne vais pas signaler à chaque fois que c’est cul-cul, hein, après tout on écoute du Lalanne donc ça paraît évident que toute la chanson paraît composée par un télétubbies défoncé, mais… « ouvrir les portes du paradis », vraiment ? Je veux bien que la France soit préférable aux pays que fuient les réfugiés, et je ne suis pas tellement pour la tendance à critiquer tout ce qui se passe dans notre pays dès que quelqu’un décide de quelque chose, mais dire que c’est le paradis c’est peut-être un peu exagéré quand même. J’imagine que c’est pour faire l’opposition avec l’enfer au fond des yeux, mais une métaphore ça a pas toujours besoin d’être aussi bourrin, tout de même.

Ouvrir son cœur et son esprit
Ouvrir les frontières de son pays
A ceux qu’on a
Privés du droit
De vivre heureux

Là, le plus intéressant qu’on puisse signaler, ce sont les images… Etranges du clip, à partir de 0’30, qui me rappellent un peu ces passages des premières saisons de Docteur House, où on entrait dans le corps des patients pour voir ce qui n’allait pas. Pour ceux qui n’ont jamais regardé docteur House, cherchez des vidéos de coloscopie sur youtube, ça devrait vous donner une bonne idée de ce à quoi ressemble le clip. Doit-on comprendre qu’il y a autre chose que son cœur et son esprit qu’il faudrait ouvrir aux migrants ?

Je ne veux plus voir tous ces gens mourir
Sous les roues d’un train partant
Pour le pays qui ne veut pas les recevoir

Je ne veux plus voir ces troupeaux d’humains
Dériver sur ces bateaux
Sous le regard
De ceux qui ne veulent rien voir5

Proverbe 2

En parlant de train et de gens qui meurent, j’en profite pour placer une réflexion qui n’a aucun rapport : moi, si j’étais un migrant, je ne ferai pas forcément confiance à un train allemand. On vous a démasquée, madame Merkel, on sait que vous voulez rétablir la gloire de votre pays !

Hum hum pardon. Je commence à atteindre beaucoup trop souvent le point Godwin dans ces chroniques, il va falloir que je me calme.

Et sinon, il y a une vague contradiction dans le deuxième couplet : il dit qu’il ne veut plus voir les migrants sous les bateaux, tout en reprochant aux autres de ne pas vouloir voir les migrants sur les bateaux…C’est de très mauvaise foi de ma part, je sais bien qu’en réalité il veut dire que lui a conscience de la situation et qu’il voudrait ne plus avoir à la supporter tandis que les autres n’ont même pas cette conscience et s’y aveuglent, mais ça reste très maladroit comme formulation. Comme tout le reste, je sais bien, mais bon il faut bien que je dise quelque chose de temps en temps.

Ensuite, re-refrain, ouvrir le paradis, son esprit, son cœur, coloscopie, réfugiés, etc, on va pas insister la dessus.

Je veux chanter ces mots d’enfant
A vous messieurs que l’on nomme grands
Quand on est grand
On ne peut pas ne pas savoir

Je vais me répéter par rapport à ce que j’ai déjà dit quand je parlai de la chanson de Yannick Noah, je ne comprend vraiment pas ce qu’ont tous ces chanteurs à entretenir cette image d’innocence de leur part. Je veux bien que le rapport à l’enfance soit une bonne chose dans certains cas, mais quand on traite de sujets graves comme ici, encore une fois, j’aimerai bien qu’il y ait un peu plus d’arguments, et pas seulement le « j’ai gardé mon âme pure d’enfant, j’accueille tout le monde, youpi, je ne suis pas corrompu par l’égoïsme des adultes et des méchants wouuuuh ». Surtout qu’en réalité, les enfants sont tout sauf tolérants, allez cinq minutes dans un cour de récré pour vous en rendre compte. Des gamins, à cette heure ci, ils seraient en train de vérifier avec un bâton si le petit Aylan finit par réagir quand on le touche trop. Je sais, c’est macabre, mais c’est comme ça.6 Ajoutons que le clip nous a proposé une image de comète qui tombe au dessus d’un lac, ce dont je déduis qu’on en a vraiment plus rien à faire de la cohérence.

Savoir ces femmes et ces bébés
Qui n’ont même plus d’eau pour pleurer
Le savoir et faire comme si les aider
N’était pas un devoir

L’image avec l’eau, elle est presque jolie. Si elle n’était pas au milieu d’un texte aussi médiocre, et s’il n’y avait pas la voix larmoyante de Lalanne pour la desservir, à mon avis ça aurait pu marcher. Et sinon, on continue sur la même lancer. Pourquoi est-ce un devoir de les aider ? Parce qu’on est gentils ? Parce que c’est moral ? Parce que c’est humain ? Ne comptez pas sur une explication, c’est un devoir et puis c’est tout. Au même titre que pour certains, c’est un devoir de conserver la pureté de notre pays. Sans justification, je suis désolé mais je ne vois pas qu’est ce qui pourrait me faire préférer un argument à l’autre, si ce n’est mes sympathies personnelles. Mais le but d’un argument est censé être justement d’aller au delà de ces sympathies, et de donner des justifications raisonnables. Et des solutions, au passage, éventuellement. S’il suffisait d’être gentil et ce dire bienvenue pour régler le problème de tous les migrants, ça se saurait. Mais hélas, les questions de coûts, d’infrastructures et d’organisation sont réelles, même si probablement beaucoup moins insurmontables que ce que certains voudraient nous faire croire. Je sais que je ne peux pas attendre d’une chanson, quel qu’en soit l’auteur, de proposer un plan socio-économique détaillé sur le sujet, ceci dit. C’est à d’autres gens de se bouger le cul7

En résumé : c’est de la merde.

Jean Pierre seal of approval

Car il y a assez d’argent
Assez de terres pour tous les les gens
Et pour qu’aucun ne soit jamais
Chassé du monde ou il est né

Car il y a assez de temps
Pour que demain soit maintenant
L’univers dont tous les hommes
ont toujours rêvé

Je ne vais pas commenter sur le premier couplet, ce ne serait même plus tirer sur l’ambulance, mais carrément envoyer les brancards sur un champ de mines. Par contre, j’aimerai une explication à l’antépénultième vers. « pour que demain soit maintenant » ? Après avoir regardé du coté de Retour vers le Futur si Doc Brown avait une explication, j’ai du me résoudre à essayer de l’interpréter moi même. Je suppose qu’en gros, on pourrait formuler ça de manière plus directe par : « Arrêtons de procrastiner, et mettons nous y maintenant ! », mais bon, c’est sujet à caution. Je pense que je n’ai tout simplement pas assez consommé d’herbe à bonheur pour pouvoir comprendre pleinement un texte de Lalanne.

Voila, un appel maladroit au bonheur général et à la fraternité8, une bonne petite repompe de Let It Be en se disant que personne l’entendra, et pouf fini.

Alors, qu’est ce qui s’est passé ici ?

Faisons d’abord un petit point sur les origines de la chanson. Elle n’a pas été composée dernièrement, il s’agit en fait visiblement d’un morceau de 2003. Et le clip lui même daterait en majeure partie de 2009 (je dis en majeure partie, parce que son début, au moins, doit bien être récent…).

« La situation qui empirait à Sangatte m’a inspirée ce texte il y a 15 ans, raconte Lalanne. À l’époque, aucun producteur ne voulait produire cette chanson à cause du sujet et des images. Aucune radio ni chaîne télévisée n’a voulu diffuser cette chanson pour les mêmes raisons. Le producteur, qui a souhaité défendre alors ce titre, vient de le poster sur YouTube, pour manifester son indignation face à l’actualité. »9

Je ne vais pas être de mauvaise foi et évoquer l’idée que si personne n’en a voulu, c’est peut-être juste parce que c’est nul : mais ça conduit à l’accusation souvent faîte à Lalanne depuis que son clip a été mis en ligne, à savoir celle d’hypocrisie et d’opportunisme.

A ce sujet, il se défend par la déclaration suivante :

« Faut-il préciser bien sûr que je ne touche pas d’argent sur la publication youtube de ce titre? Et que si c’était le cas, je reverserais bien évidemment l’intégralité aux associations qui mènent le même combat que moi depuis 20 ans »

Ce qui n’est pas très convainquant, parce que la chanson resterait alors un bon coup de pub, et que de toutes façons visiblement comme il l’a dit plus haut, elle n’avait aucune chance de lui rapporter quoi que ce soit puisque personne n’en voulait. Il ajoute également :

Je suis indigné, j’ai été calomnié. Ce titre, je ne viens pas de l’écrire. Mais hélas, elle n’a jamais été autant d’actualité

Et menace d’ailleurs de porter plainte contre ses détracteurs. J’espère que la rédac chef10 a pensé à mettre de coté pour un avocat.

Ah tiens, on a du boulot

Ah tiens, on a du boulot

Il ajoute ensuite :

Nous ne sommes pas là uniquement pour diver­tir les gens, mais pour les faire réagir. Aujourd’hui, on ne veut plus d’artistes qui font réfléchir, cela ne sera jamais mon cas.

Et là, je ne vois pas bien ce qu’il veut dire. Dans la deuxième phrase, veut-il dire qu’il ne cessera jamais de faire réfléchir (c’est à dire que, au contraire du « on », lui veut des artistes qui font réfléchir) ou à l’inverse qu’il ne fera justement jamais réfléchir, que ce ne sera jamais son cas ? Dans le premier cas, ça voudrait dire qu’il échoue complètement dans ce qu’il veut faire, et ne parait même pas s’en rendre compte. Et dire que l’accueil réservé à la chanson est du à ses thèmes qui dérangent et non à sa qualité, c’est tout de même un peu s’aveugler. Dans le deuxième cas, ça signifierait qu’il fait ses chansons « pour […] faire réagir », mais pas réfléchir, parce que faut pas déconner, les pauvre gens, on va pas trop leur en faire subir. A ce compte là, il a plus ou moins réussi, les gens ont réagi, mais il aurait tout aussi bien pu se contenter d’aller déféquer sur leur paillasson, ça aurait demandé moins d’efforts.

Mais, même si la communication était probablement un des buts de Lalanne (il faut bien que les gens se souviennent qu’il est vivant, une fois de temps en temps), je pense qu’il y a une bonne part d’honnêteté, naïve certes, mais quand même, dans son acte. Soit il joue très bien un personnage (auquel cas je ne vois pas l’intérêt, étant donné le personnage en question) soit Lalanne est réellement totalement dans son monde, qu’il voudrait fait de petites fleurs, de bonheur, d’enfants et d’amour11. Une sorte de cliché de l’adolescent romantique, qui voit le monde très laid alors qu’il pourrait être si beau avec un petit effort. Alors forcément, c’est manichéen : et comme je l’avais dit à l’époque pour Noah, ça dessert sa cause plus qu’autre chose. Je sais bien que les deux chanteurs, à leur manière, respectaient l’image publique qu’ils avaient, mais au bout d’un moment est ce qu’ils ne peuvent pas plutôt faire un petit écart par rapport à cette image, pour être pris au sérieux quand ils parlent de sujets graves ?

Francis Lalanne dit d’ailleurs ne rien regretter à ce qui s’est passé. Ce dont je me permets de douter, parce que maintenant quand on essaie de retrouver la chanson sur son youtube, on tombe sur ça :

Lalanne assume

Ça me rappelle un peu ce qui était arrivé au DARD de Patrick Sebastien il y a quelques années12, un projet qui, s’il avait probablement des intentions de base louable, se vautrait dans une innocence ridicule, de manière plus ou moins volontaire. Et internet ne pardonne jamais ce genre d’erreur, et surtout ne permet pas qu’elles disparaissent. Ainsi, malgré le blocage de sa chanson sur son youtube officiel (j’imagine), il est toujours très simple de la retrouver ailleurs. C’est probablement un peu cruel, et au fond je préfère encore ce que fait Lalanne à ce qu’on peut trouver dans certains des commentaires dans les articles sur sa vidéo13, mais c’est comme ça, et au bout d’un moment on le sait.

Alors on arrête la naïveté, et on fait de vrais belles chansons, avec de vrais beaux clips. Même sur les réfugiés, c’est possible. Ecoutez, et à la prochaine :

  1. Que j’adule et respecte
  2. Que j’adule et respecte, mais plus pour longtemps si elle continue comme ça
  3. Profitez en, visiblement c’est la dernière fois que vous en entendrez parler dans un article
  4. Par rapport à la longueur des vers, je ne sais pas bien ou j’en suis, alors je vais essayer au maximum de respecter des rimes quand c’est possible, mais je crois que c’est surtout du vers libre à tous les niveaux. J’ai rien contre ça, en soit. Faut juste savoir le faire, sinon on a l’impression que le texte a été écrit à l’arrache sans même prendre le temps de trouver de vraies rimes. Comme ici, quoi.
  5. Ah je vous avais prévenus que la versification était dégueulasse…
  6. En vrai, je ne déteste pas les enfants, hein. C’est très rigolo de jouer avec un cadavre, comme nous le raconte Lukas dans un anglais approximatif : https://www.youtube.com/watch?v=niVw_UJlOHo
  7. Vous le sentez, mon gros message subliminal adressé à des personnes qui ne nous liront probablement jamais ???
  8. Qui ne prend pas en compte le fait que certains hommes, l’univers qu’ils rêvent est à base d’élimination de races, d’esclavage des femmes, d’asservissement à un dieu ou prétendu tel, ou encore de licornes qui s’emmanchent au milieu d’un arc en ciel de feu
  9. Il semblerait que Lalanne ait mis une explication détaillée sur son facebook officiel, mais je n’arrive pas à y accéder pour une raison qui m’échappe, alors je dois me contenter de reprendre les bouts de ladite explication qui ont déjà été repris par divers journaux, ce qui est regrettable d’un point de vue documentaire. Surtout que celui qui a le plus retranscrit des propos, c’est Les Inrock, et je ne leur fais pas franchement confiance.
  10. Je vous ai déjà dit que je l’adulais et que je la respectais ?
  11. Et non, « d’enfants et d’amour », ça ne veut pas dire ce que vous pensez, roh, bande de pervers !
  12. C’est fou toutes ces grandes personnalités que je cite dans mes chroniques, quand même
  13. Morceaux choisis : « T’as raison Lalanne, plus jamais ça. Fermons nos frontières et stoppons cette invasion programmée. Cessons de promouvoir le multiculturalisme et le métissage qui ne peuvent aboutir qu’à la standardisation, à l’homogénéisation, à l’uniformisation, à la fin de la diversité de l’espèce humaine. Alors certes cette bouillabaisse des races pourries, ces sous-humains déracinés, apatrides, sans races, sans attaches, devenus simples consommateurs, constitue le rêve du capital, mais il ne doit pas devenir le nôtre. Protégeons la biodiversité, végétale, animale et humaine. » ou encore : « Avais vous déjà vu as quoi ressemble 1 corps rejeter par la mer ?? Ce corps retrouvé en Turquie n est pas + qu une poupée, Svp observer ses habits, ils sont tt propre, si il vienrdrais de la mer , il sera pas dans cette etat là, alors Francais SVP Ouvrez les yeux !! L avenir de vos enfants sont entre vos mains. » (dans un joli français, en plus)

[PC #5] Après la pause, il faut bien que Sarko-mence…

Les publicitaires

Bonjour, ici le partisan, de retour après de trop longues vacances. Pour me faire pardonner, plutôt que de vous proposer une analyse de mauvaise foi d’une chanson qui l’est tout autant (mauvaise, je veux dire), nous allons entrer dans les arcanes de la création musico-politique. Mesdames, Messieurs, permettez moi de vous soumettre un document d’archives, comme si j’étais un vrai journaliste.

PREMIERE REUNION DES RESPONSABLES COMMUNICATION DE LA CAMPAGNE 2012 DE NICOLAS SARKOZY (DESCRIPTION DE LA RETRANSMISSION VIDEO)

Les trois chargés de communication de Nicolas Sarkozy sont affalés dans des fauteuils, dans un confortable salon près de la machine à café. Sur la table, des gobelets provenant de ladîte machine, obtenus grâce à des jetons gracieusement offerts par l’UMP. Quelques barres chocolatées, des piles de dossiers et un rétroprojecteur qui affiche pour le moment des poissons mal animés, probablement un écran de veille windows. Marcel regarde sa montre, semble réaliser qu’il est déjà 17h et que ça fait trois heures qu’ils sont là à ne rien faire, et prend la parole.

MARCEL : Bon, les gars, il est temps de s’y mettre. Qu’est ce qu’on fait pour le candidat ?

MICHELINE (se réveillant en sursaut):Ben on a qu’à mettre l’accent sur le fait que c’est une femme, qu’elle descend directement du créateur du parti…

MARCEL : Non mais suis un peu, Micheline, finalement on fait Sarkosy, pas Le Pen.

MICHELINE : Merde. C’était un bon filon, le coup de la généalogie.

ROBERT (ouvrant un nouveau snack chocolaté) : on a qu’à leur refaire le coup de 2007, le présenter comme un mec rapide, nerveux et autoritaire…Action réaction, nettoyer les banlieues, tout ça.

MARCEL : Non, le coté roquet enragé ça a marché seulement parce qu’il y avait personne de valable en face.

ROBERT : C’est vrai que Ségolène, c’était pas un choix Royal

MICHELINE (tandis que les deux autres rient de ce bon mot) : Bah, cette année on a quoi ? Plus personne aime les communistes, les écolos sont pris soit pour des humoristes, soit pour des drogués, le centre personne sait ce que c’est, et il suffit de dire partout que le FN c’est pas bien pour se débarrasser de Marine.

MARCEL : Et le PS ?

MICHELINE : Depuis que les gens ont appris pour le pénis baladeur de DSK, ils ont plus de candidat.

MARCEL : Ben si, justement. Ils ont choisi Hollande. Et figure toi qu’il est parti sur une super idée, il va faire croire qu’il est un type normal. Proche des gens, tout comme eux.

ROBERT : Genre il va se gratter les couilles en public ?

MARCEL : C’est ça, et il prend le train, il mange dans des fast-food, il achète les CD de Patrick Sebastien…

MICHELINE : Et les gens vont vraiment y croire ?

MARCEL : Pourquoi pas ? On leur a déjà fait avaler pire hein. Toujours est-il qu’il nous faut quelque chose de béton de notre coté. Surtout qu’on a cinq ans de présidence à faire oublier.

MICHELINE : En gros, il va nous falloir un angle d’attaque solide.

ROBERT : Déjà, on a Carla Bruni qui propose de faire une chanson de campagne, et de l’intégrer subtilement dans son prochain album. Elle m’a envoyé les paroles, ça fait : « Mon Nicolas en chocolat, tu fond dans la bouche… »

MARCEL : Non, ça va pas passer. A la limite, si c’est Sardou ou Renaud qui interprète, on en rediscutera, mais Carla Bruni n’a pas vraiment l’image d’une chanteuse militante.

MICHELINE : Et puis je doute que fondre dans la bouche fasse partie des qualités essentielles d’un bon président.

MARCEL : Je songeais plutôt à partir sur un trip super héroïque.

MICHELINE : Genre Super-Sarko ?

MARCEL : Exactement, Super-Sarko. Ca fait un bon contraste avec le président normal de l’autre coté.

ROBERT : A son sujet, vu qu’il s’appelle Hollande, vous croyez qu’il y a moyen de faire croire qu’il est immigré ?

MARCEL : Note l’idée dans un coin, mais je ne pense quand même pas que les gens soient cons à ce point là.

MICHELINE : Bon, Super-Sarko, alors. On commence par quoi ?

ROBERT : Par le logo ! Un bon super-héros, ça a un bon logo. Regardez la chauve souris de Batman, le slip de Superman…

MARCEL : C’est toi notre graphiste, tu proposes quoi ?

Robert crayonne sur un carnet pendant une minute, fébrile. Il montre finalement le résultat à ses camarades :

Super Sarko

Il y a un instant de silence, pendant lequel Micheline et Marcel regardent le dessin.

MARCEL (sceptique) : Hum…Tu sais que j’adore ce que tu fais, Robert, mais là j’ai un doute.

MICHELINE : Disons que l’aigle…

ROBERT (très fier) : Mais justement, l’aigle, ça fait Napoléon, empereur, tout ça ! Ca rappelle un des grands hommes de la France. Et en plus, il paraît que lui aussi il était petit…

MARCEL : Non, mais vraiment, je crois qu’on ne va pas pouvoir garder.

MICHELINE : A la réflexion, il y a peut-être un problème avec les initiales.

MARCEL : Bon, on laisse ça de coté, on y reviendra plus tard.

MICHELINE : Et pour les super pouvoirs ?

MARCEL : Pardon ?

MICHELINE : Ben oui, si c’est un super héros, il lui faut des super pouvoirs. Sinon, il aura juste l’air super con, et ça il peut très bien y arriver sans nous.

ROBERT : On a qu’a surfer sur l’affaire Bettencourt…Développer un truc autour de ses supers pouvoirs de fraudeur, quelque chose du genre…

MARCEL : Non, ça ça marcherait si on visait la mairie de Marseille, mais pour la présidence, quand même, il faut éviter de trop se vanter partout d’avoir détourné la moitié du PIB du pays pour s’acheter des ray-ban.

MICHELINE : Bah, pourquoi pas ? C’est l’esprit Tapie.

MARCEL : A mon avis, faut s’en tenir aux valeurs sûres. On en fait un super-flic, qui éradique la criminalité. On demande à Zemmour de nous parler un peu d’insécurité, et paf, l’affaire est dans le sac.

MICHELINE : Faudra vraiment qu’on envoie une carte à Ruquier pour le remercier de l’avoir fait démarrer, Zemmour. C’est bien le seul animateur assez con dans le PAF pour faire ça.

MARCEL : Et en plus, on a une super histoire, pour évacuer le problème du premier mandat. On va lui faire faire le discours du repenti. « J’ai fait des erreurs, mais je le regrette, et je reviens tout gentil ». Comme Hulk, mais en plus présentable.

ROBERT : Sinon, on peut aussi dire qu’en vrai, il a fait un super mandat. Insister sur l’aspect disciplinaire, le mec qui a maté la criminalité au fouet, tout ça…

MICHELINE : Oui, enfin en vrai si on regarde les chiffres, il a pas maté grand chose hein.

MARCEL : Ca, c’est pas bien grave, on pourra toujours mentir sur les chiffres.

ROBERT : Moi je disais ça parce que j’ai un logo génial, pour « Super-Mandat »

Il montre ce qu’il griffonnait effectivement depuis plusieurs minutes.

Super Mandat

MICHELINE (après un instant de réflexion) : Je pense qu’il faut laisser tomber les logos, j’ai l’impression qu’il n’y a rien à en tirer.

ROBERT (boudeur) : Bon…Mais si la campagne a l’air trop austère, vous viendrez pas vous plaindre.

MARCEL : Allez, fait pas la gueule. Il nous reste le principal à décider : il nous faut un hymne.

MICHELINE : C’est vrai qu’un super-héros sans musique…

MARCEL : Mais surtout, sans paroles hein. Rappelez vous la première leçon du bon publicitaire, plus on parle et plus on risque de dire une connerie. Royal avait fait l’erreur il y a cinq ans, et on se souvient du résultat.

ROBERT : Ah non, moi je me souviens pas.

Micheline va vers l’ordinateur et lance le morceau sur youtube.

ROBERT (après un silence) : Ah ouais…Ceci dit, en changeant quelques mots ça ferait pas mal dans un stade de foot, pour les supporters de Saint-Etienne.

MICHELINE : Tu m’étonnes qu’elle ait perdu après ça.

MARCEL : Donc on est d’accord, pas de paroles ?

MICHELINE : Ca me paraît plus sur. Il nous faut toujours un compositeur, par contre.

ROBERT : On a qu’à demander à Hans Zimmer. Ca plaît aux jeunes.

MARCEL : Je me suis renseigné, figure toi. Mais le type voulait recréer les chœurs de l’armée rouge avec des nains, et leur faire jouer de l’accordéon électrique sur une reprise électro du thème de Fort Boyard. Il disait que ça symbolisait bien le lien entre tradition et futur de la France.

MICHELINE : Et alors, tu aimes pas l’idée ?

MARCEL : Si, mais cette année nos frais de campagne sont surveillés, et d’après notre avocat, « 200 nains accordéonistes » ça ferait tiquer le tribunal.

ROBERT : Si c’est une question de prix, je peux essayer de bricoler quelque chose sur le synthé de mon petit fils.

MARCEL : Tu sais faire de la musique, toi ?

ROBERT : Non, mais ça doit pas être bien compliqué d’appuyer sur des boutons.

MARCEL : Bon, ben vendu alors.

MICHELINE : En plus, ça va largement faire baisser les prix de campagne si on travaille comme ça en interne. On pourra se redistribuer le surplus de budget en primes de salaire.

MARCEL (se levant) : Bon, eh bien, je pense qu’on a bien travaillé. Il est déjà 19h30, je propose qu’on aille manger, le parti nous a réservé une table chez Ducasse, ça ferait prolo d’arriver en retard à cause du travail.

ROBERT (se levant à son tour) : Oh cool ! Vous pensez qu’on aura le temps pour prendre plusieurs plats ?

FIN DE TRANSMISSION

Et voilà comment on se retrouve avec ça :

Cet espèce de machin simpliste, aux synthés tellement cheap qu’on les croirait sortis d’une BO de Giorgio Moroder dans les années 801, ou d’un obscur jeu de simulation PC du début des années 2000. Quelque part entre two steps from hell et le générique de Fort Boyard, il y a ça, l’hymne de campagne 2012 de Nicolas Sarkozy2.

Je dirai bien qu’en entendant ça, on se dit qu’il méritait de perdre mais :

ADDENDUM
DEUXIEME REUNION DES RESPONSABLES COMMUNICATION DE LA CAMPAGNE 2012 DE FRANCOIS HOLLANDE (DESCRIPTION DE LA RETRANSMISSION VIDEO, EXTRAIT)

CHRISTIAN : Meeeeeerde, vous avez entendu le clip de Sarko ?

SYLVIANE (se prenant la tête dans les mains) : Ouais, ils ont fait fort, les connards d’en face.

BERTRAND : Moi, je le dis depuis le début qu’on aurait pas du leur laisser Robert. Ce mec est tellement con qu’il trouve toujours des concepts de pub géniaux.

SYLVIANE : Bon, du coup on a pas le choix…

CHRISTIAN : Ouais, faut surenchérir

SYLVIANE : Et pas qu’un peu ! Nous… (elle a un sourire carnassier) on va ajouter des paroles !!!

  1. Et attention, j’aime bien Moroder, hein. Mais il avait l’excuse de son époque, et il utilisait ses synthés autrement mieux que le compositeur de ce truc
  2. J’en profite pour préciser que le concept de l’article est emprunté honteusement aux Inconnus, et à leur génial sketch des publicitaires. Donc voila, si vous ne le connaissez pas allez voir sur youtube, c’est beaucoup mieux que ce que vous venez de lire

[Le partisan en vacances] Colère de rien, Yannick Noah le poisson

Pour sacrifier à la tradition, à un moment des vacances, il faut se retrouver à la plage. C’est dommage, mais c’est comme ça. Et comme je n’ai pas l’intention de me montrer au milieu de toute une foule de vacanciers, j’ai disséminé quelques seaux de sable dans ma salle de bain d’hôtel (dans la mesure où ce n’est pas moi qui fait le ménage, je n’ai aucun regret), rempli la baignoire, ouvert la fenêtre qui donne directement sur une vraie plage pour avoir l’ambiance sonore, et l’illusion est parfaite. Comme le roi Salman, me voilà avec ma jolie plage privée.

Mais il manque quelque chose à tout ça. Après un instant d’intense réflexion, je me rends compte qu’il n’y a pas de bonne plage sans un peu de musique de plage.

Bon, alors, qu’est ce que j’ai de rythmé et de con dans mes playlist ? Magic System, mais faut quand même pas déconner (et puis accessoirement, je suis censé faire une analyse de paroles, alors ça m’arrangerait qu’il y ait plus de dix mots dans la chanson). Yannick Noah? Bah, j’en ai jamais vraiment écouté, et très bizarrement, je n’ai pas très envie de me lancer…Carlos ?

Bon, ben va pour Yannick Noah alors. De toutes façons, il paraît qu’une de ses chansons a fait polémique, et là, comme ça, à première vue, j’ai du mal à voir comment le mec qui a chanté Saga Africa peut faire un truc qui créé le moindre début d’embryon de débat1 L’album s’appelle Combats Ordinaires, c’est le tout dernier, et on va se pencher sur Ma Colère. Alors, chers lecteurs et lectrices : Y-a-t-il vraiment un combat dans tout ça ? Ou est-ce surtout très ordinaire ? Yannick Noah est-il un grand chanteur engagé ?

Pour répondre à toutes ces questions rhétoriques, écoutons bravement.

Déjà, musicalement : on passe de mauvaise musique à tendance Africanisante comme dans Saga Africa à mauvaise musique à tendance…euh, une certaine tendance, mais je crois que pas grand monde ne voudra la revendiquer, ici. Je ne sais pas si on peut parler d’amélioration à ce niveau, mais au moins, voyons le bon côté des choses : le monsieur ne se répète pas. Enfin, si, mais si on s’en tient à ces deux échantillons et qu’on arrive à oublier que ce n’est pas très bon, ça va. Et puis, il y a eu pire, je vous rappelle (ou, si vous êtes chanceux, vous apprends) que le monsieur a aussi commis un disque de reprises de Bob Marley, qui réussissaient à être encore plus pauvres que les originales2 Donc, avec Ma Colère, on a pas trop à se plaindre, au moins sur le plan musical.

Pour ce qui est des paroles…

Ma colère n’est pas amnésique,
ma colère n’est pas naïve,
ma colère aime la République,
mais en combat toutes les dérives.

Bon alors, je vous préviens tout de suite : autant vous faire à l’anaphore, parce que vous allez la bouffer pendant toute la chanson. Ce n’est d’ailleurs pas forcément un mal, l’anaphore installe un rythme marqué, c’est donc assez logique que ce soit une technique plutôt régulièrement utilisée en chanson. Après, j’ai compté, et on retrouve « Ma colère » dans 23 des vers de la chanson sur 32 (je ne compte pas les reprises), ça commence peut-être à faire un peu trop. C’est comme la chantilly sur une part de gâteau, un peu ça va, mais faudrait voir à ne pas vider trois tubes sur le bouzin3

Sinon, comme le début de la chanson peut avoir l’air un peu obscur si on ne le précise pas, disons tout de suite que Ma Colère est une attaque contre le Front National. D’où le premier vers, qui me semble être une pique destinée à tous les négationnistes que peut compter le parti. Face à ça d’ailleurs je suis assez mitigé : d’un côté, ce n’est pas trop mal amené, et Noah a le bon goût de ne pas insister dessus plus que de raison (ce qui en fait un des passages les plus subtils de la chanson. Et subtil, c’est un grand mot, hein.), mais d’autre part, est-ce très raisonnable d’attaquer un parti sur une opinion qui, il faut être honnête, n’est partagée que par une minorité de ses membres ?

J’ai hésité à faire cette chanson à cause de ça, en partie. Je vais probablement donner l’impression ici de défendre le FN, alors que ce n’est vraiment pas le cas, mon souci, c’est que je trouve inutile, voire contre productif, de les attaquer sur un tel point. On ne peut pas condamner un tout pour ce que fait une petite partie de ce tout, heureusement d’ailleurs, par ce qu’à ce compte là aucun bord politique ne serait plus défendable. C’est aussi absurde que de balancer les goulags à la tête du premier communiste venu4.

Le deuxième vers, je ne vais pas en parler tout de suite, mais gardez le en tête, parce qu’on y reviendra. Quand à la suite, en d’autres termes, Noah nous dit qu’il aime la France, mais qu’il n’est pas pour autant un gros raciste. Bon, ici, il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais ce n’est que le début, alors on va dire qu’il se met doucement en selle.

Un début de carrière difficile.

Un début de carrière difficile.

Ma colère croit en la justice,
ma colère n’est que citoyenne,
ma colère n’est pas un vice
car elle combat toutes les haines.

Hum…alors, les deux premiers vers, admettons, encore une fois je trouve ça simpliste, mais pourquoi pas. Ca a un coté cliché de Paladin dans Donjons et Dragons5, ce qui est amusant parce que le Paladin normalement c’est un chevalier bla…non, rien, rien.

Les deux vers suivant, je suis sûr qu’ils sont dits en toute innocence, mais moi ça me choque déjà un peu plus. Alors, quand une colère combat les haines, elle est une qualité ? Par extension, donc, quand une colère combat pour quelque chose de juste, elle est bonne ? Certes, mais il me semble qu’il y a une part de subjectivité dans ce qu’est la justice, et qu’avec un tel argument, beaucoup de colères sont pardonnables. Et puis, je sais bien que ce n’est pas l’idée de Yannick Noah, mais cet argument c’est plus ou moins celui de la justice populaire, quand quelqu’un fait le mal et répand la haine, chacun est libre de déverser sa colère sur lui. Non, de mon point de vue, la colère n’est pas forcément quelque chose à bannir (de toutes façons ce serait absurde de revendiquer le contraire, puisque ça me semble difficile à mettre en place), mais de là à dire qu’elle peut être la meneuse du combat d’un homme, j’ai déjà plus de réserves. Enfin bon, là je sais que je cherche des sous entendus qui ne sont pas dans le texte de base, hein, et que le défaut majeur est tout autre dans cette chanson. On y vient.

Un milieu de carrière difficile.

Un milieu de carrière difficile.

Ma colère aime la tolérance,
ma colère ne triche jamais,
ma colère fait la différence,
entre une cause et ses effets.

Nous voilà au cœur du problème de Ma Colère. Allez relire le deuxième vers de la chanson. C’est bon ? Bien, maintenant relisez le quatrain ci-dessus. Noah dit que sa colère n’est pas naïve, mais, et c’est bien le souci, elle l’est. Quand bien même le message donne, pris dans sa globalité, envie de sympathiser (appel à la tolérance, à la justice et opposition aux valeurs défendues par le FN), il est amené de manière bien trop grossière pour marcher vraiment. Ici, on est vraiment dans le pays des bisounours, pour les deux premiers vers on croirait presque la morale à la fin du plus condescendant des dessin animés pour enfants. Même les deux vers suivants sont bien trop maladroits pour vraiment donner de la valeur à une idée qui, sans ça, aurait pu être intéressante : celle selon laquelle il faut être prudent lorsque l’on cherche la cause d’un fait, et ne pas sauter aux conclusions les plus convenues. Déjà, formulé comme je viens de le faire, ça a l’air affreusement banal, mais dans la chanson, c’est encore, pire, c’est flou… Ajoutons aussi que c’est vaguement présomptueux, sur le fond. « Regarde ma colère, t’as vu comme elle est belle ? Elle est grosse, ma colère, hein ? Tu la sens ma grosse colère ? Viens, je la partage avec toi ! ». L’exhibitionnisme colérico-gnangnan, une toute nouvelle forme d’art.

Ma colère !
Ma colère n’est pas un front,
elle n’est pas nationale.

Probablement les touches les plus utilisées pendant l'écriture de cette chanson.

Probablement les touches les plus utilisées pendant l’écriture de cette chanson.

Sa colère n’est pas un front. J’espère que ce n’est pas non plus un nez, un pied, une main, un radius, voire même un ongle d’auriculaire, parce que ce serait au moins tout aussi ridicule. Non, blague à part, il est évident qu’il parle de front au sens de groupe politique/social en opposition contre le système établit, ce que prétend être le FN. Mais c’est très con aussi, par ce que ça met dans le même panier l’intégralité des fronts politiques, et il y en a un paquet, d’un peu tous les bords. Pourquoi pas, dans l’idée : je veux bien que l’on renie tous les fronts, en arguant par exemple que c’est une opposition trop brutale qui recherche systématiquement le conflit, c’est peut-être un peu grossier dit comme ça mais il y a du vrai. Mais ici, Noah ne développe absolument rien, et du coup le sentiment que j’ai, surtout couplé au vers suivants, c’est qu’à ses yeux, le seul front qui existe, c’est le Front National. Alors qu’il y a aussi le front populaire, le front de mer, le front d’Avignon… Et je vais m’arrêter là, par ce que mes blagues deviennent déjà bien trop médiocres pour notre bien à tous.

Sa colère n’est pas nationale ? Ok, sauf que ça ne va pas avec ce qu’il disait plus haut sur le fait qu’il aimait la république. Ou alors il entendait République au sens de concept général, et pas seulement de la française… Admettons ça. Enfin, ça ne change rien au problème. Si on prend les deux vers ensemble, d’accord, il y a un semblant de sens, mais tel qu’il le formule, en deux propositions distinctes, on dirait qu’il considère le fait d’être un front et le fait de défendre des valeurs nationales comme des défauts à part entière. Or, nationale, ça ne veut pas dire qu’on prône la supériorité de sa nation/race sur toutes les autres… Noah fait, soit par naïveté totale soit par maladresse dans l’écriture, des à-peu-près grossiers qui nuisent grandement à la portée de la chanson.

Ma colère !
Ma colère a peur aussi,
c’est la peur son ennemie.

Ici, je pense qu’il y a une référence au discours inaugural de Roosevelt à la présidence des Etats-Unis. Référence qui n’est pas forcément volontaire, car la formule est relativement passée dans la culture populaire : «  the only thing we have to fear is … fear itself ». S’ensuivait, dans le discours, une explication disant que la peur était ce qui paralysait un pays, voire le faisait retourner dans le passé, plutôt que d’aller vers un avenir nécessairement inconnu. Dans le cas présent, je pense que Noah veut à la fois critiquer la peur de l’altérité que peut avoir le FN (encore une fois, je simplifie à l’extrême…) et le fait qu’il joue souvent sur la peur des citoyens pour faire passer ses idées (profiter du moindre événement négatif pour faire sa pub, c’est une technique employée par tous les politiciens, mais le FN en joue particulièrement bien). C’est un point qui n’est pas inintéressant, et la première critique qui me semble vraiment valable depuis le début : après, reste le souci que ça critique le FN plus, je trouve, sur ses méthodes de communication que sur le fond de son message lui-même. Mais franchement, vu le niveau du reste de la chanson, on va dire que c’est bien.

Roosevelt, qui n'avait pourtant pas demandé à apparaître ici.

Roosevelt, qui n’avait pourtant pas demandé à apparaître ici.

Ma colère !
Ma colère n’est pas un front,
elle n’est pas nationale.
Ma colère !
Car ma colère à tout l’honneur
de combattre la leur !

En gros, il dit que sa colère a plus de valeur que celle de ceux d’en face. Et encore une fois, j’aimerais bien être d’accord, mais faudrait l’expliquer. Là, on dirait deux enfants qui se disputent pour savoir qui a raison. Ou un concours de qui a la plus grosse, selon que vous préfériez une métaphore innocente ou scabreuse.

Ma colère n’est pas stratégique,
ma colère est sans défenses,
ma colère n’a pas de rhétorique,
pour insulter l’intelligence.

Alors, je passe sur les deux premiers vers, on nage en pleine victimisation, c’en est presque gênant. Enfin si, disons quand même que… Ben moi, si j’avais pas de stratégie, je m’en vanterais pas, surtout pas dans une chanson qui se revendique engagée. Je ne comprend pas la critique, en fait. En quoi le fait d’avoir une stratégie est-il mal, quand c’est pour défendre ses idéaux ? Personnellement je préfère largement un stratège à un mec qui se laisse guider par la colère, hein. Non par ce que là j’ai un peu l’impression que Noah veut se décrire comme une sorte de mélange entre Jésus, Rambo et Bob Marley, et honnêtement je ne suis vraiment pas sûr d’avoir envie de suivre ça.

Et la suite est du même tonneau… critiquer la rhétorique, pourquoi pas, mais dans l’idée ça me semble surtout être un outil, tout un art pour convaincre les gens, qui peut être utilisé pour de bonnes comme pour de mauvaises idées. Ca fait un petit moment que je n’ai plus lu mon Platon, mais il me semble que c’est d’ailleurs ce qu’il lui reproche au final, à travers ses critiques des sophistes, il estime que c’est un art du langage primitivement vide, qui peut défendre n’importe quoi sans souci de la justice6. Ok, en gros, Noah dit que lui ne fait pas de beaux discours menteurs qui tromperaient l’esprit des gens, et seraient en réalité quand on y regarde bien un ramassis d’imbécillités. Sauf qu’encore une fois, critiquer l’idéal pour lequel le FN fait ses discours, d’accord, mais critiquer l’idée même d’un discours ? Enfin, c’est pas par ce que Jésus s’est fait crucifier qu’on a considéré que les clous étaient des objets diaboliques, quand même !

Ma colère n’est pas un mensonge,
ma colère est pleine d’espoir,
ma colère n’est plus un songe,
quand tout leur rêve est un cauchemar.

Alors ici : les deux premiers vers, j’ai rien à dire, les deux derniers, j’ai rien compris. Au moins, c’est vite vu.

Plus sérieusement : vraiment, la fin on dirait du Jean-Claude Van-Damme. Voire pire, un texte des beatles7. J’imagine qu’il faut comprendre que sa colère est réelle et mènera à quelque chose (cf l’espoir juste au dessus), alors que l’idéal du FN est condamné à ne jamais s’appliquer, et tant mieux. Mais franchement, c’est alambiqué, comme formulation, et encore une fois le message est tellement vide…

Ceci est une allégorie.

Ceci est une allégorie.

Avant de conclure, un mot rapide sur le clip. L’idée des vitres bleues blanc et rouges était bonne, je trouve, ça aurait pu donner un joli résultat tout en soulignant le message selon lequel on peut être pour sa patrie sans rejeter tout ce qui n’entre pas dans sa conception ultra-traditionnelle. Yannick Noah, au milieu de ça, maintient son image habituel de type cool, ça fait comme un contraste avec le fait qu’il parle de sa colère pendant toute la chanson, mais c’est assez logique dans le désir général de bien montrer qu’il est gentil, on revient dessus dans quelques lignes. Mais tout ça est gâché par les insert de gens de différentes catégories socio-professionnelles répétant « ma colère », dans une intention de montrer que tous les citoyens se soulèvent contre le FN. Ça verse presque dans le populisme, et clairement dans le démago.

Et voilà sur quoi se basera ma conclusion. L’aspect démago dans l’opposition au FN. Noah, comme plein d’autres, est tellement persuadé que son combat est juste qu’il ne lui vient même pas à l’idée de vraiment se justifier. A ses yeux, il est le gentil, tout beau tout propre, alors comment peut-il avoir tort ? Encore une fois, l’intention est probablement très noble, mais le résultat est plus néfaste qu’autre chose, parce que ça oppose aux arguments du FN (aussi grossiers soient-ils) une simple affirmation de gentillesse. Non mais imaginez les débats que ça peut donner si on applique ça à tout :

« Quand-même, les pédés, ils devraient être stérilisés !
-Oui, mais moi je suis gentil. »

« Quand-même, Vladimir Poutine, c’est un type bien !
-Oui mais moi je suis gentil. »

« Quand-même, James Cameron, il fait de bons films!8
-Oui, mais moi je suis gentil. »

« Quand-même, les anchois, c’est super bon !
-Oui mais moi je suis gentil. »

Voilà ce qu’a dit Marine Le Pen sur cette chanson :

« Le système essaie de remettre en place les vieilles techniques contre le Front national des années 1980. M. Noah est un peu vieux pour jouer à ça. Donc quelle est la prochaine étape? La sortie d’un album Boule et Bill s’engagent contre les extrêmes? Ou Bécassine fait de l’antifascisme? Tout ça ne m’apparaît pas sérieux. »

J’ai l’impression qu’elle veut dire que Noah est corrompu par le système (peu importe ce qu’est ce système, ça fait partie de ces grands mots auxquels on peut tout faire dire, alors Marine en profite), et que sa chanson aurait presque été commanditée par les pouvoirs en place. Ca, j’en doute fortement, mais le reste de son message… Ben c’est dur de totalement être contre. L’attaque est complètement risible. Et ça fait chier de voir que Marine Le Pen apparaît ici comme plus raisonnable que ceux qui l’attaquent, alors que j’aimerai que ce soit l’inverse, ça prouve bien qu’il y a un sérieux problème avec l’argumentaire anti FN. Je trouve ça presque inexcusable d’autant rater une argumentation, quand on a une telle pléthore de points à remettre en question.

Combattre le FN, volontiers, allez y gaiement, je n’ai aucun souci avec ça. Mais il va bien falloir finir par se rendre compte que ça ne suffit plus de dire « On est les gentils, et eux c’est les méchants » façon Biouman. En cherchant un peu ça ne doit pas être si dur de trouver un vrai argument. Même si beaucoup de gens n’ont plus l’habitude.

De mon côté, on vient de me virer de l’hôtel, soit disant que j’ai inondé la chambre et bloqué les canalisations avec du sable humide, un parasol, un sac en plastique, une canette de bière et une méduse géante. Ca m’apprendra, tiens. La prochaine fois, je ferai du camping.

  1. Allitération dans ta gueule!
  2. Donc voilà, pour ceux qui n’auraient pas compris, je n’aime pas Bob Marley. Ca c’est dit, on passe à autre chose. Allez savoir, peut-être qu’un jour je prendrais la peine de me justifier ici, si je trouve un angle d’attaque.
  3. Je crois que mes métaphores vont de mal en pis
  4. Quoi que, si ça vous amuse, allez y. Le communiste est souvent susceptible (encore un cliché), vous aurez peut-être au moins l’occasion de rigoler un peu en le voyant rager. Et je m’excuse auprès de tous les communistes qui me lisent, j’en ai connu de très sympathiques et intelligents, n’arrêtez pas de me lire, et reposez tout de suite cette faucille vous allez blesser quelqu’un.
  5. Pour ceux qui n’y auraient jamais joué, et qui n’arriveraient pas à se figurer ce qu’est un paladin même de manière générale dans l’imaginaire collectif, imaginez Lancelot du Lac, Zorro ou Caliméro : toute injustice met en colère et mérite une punition divine. Avec des supers-pouvoirs, du style faire de la lumière, avoir un cheval aussi cool que Jolly-Jumper, désinfecter une plaie aussi bien que de l’éosine, nettoyer les carrelages graisseux sans utiliser d’eau de Javel…Un chouette truc, et je pense que cette blague ne fera rire que les rôlistes, et encore
  6. S’il y a des philosophes qui me lisent, je vais me faire massacrer en commentaires, donc je précise : j’ai étudié Platon et la philosophie, et j’ai entièrement conscience que ce que je dit là est beaucoup trop simpliste, et met Platon au niveau de profondeur des blagues Carambar, mais déjà que cette chronique se fait longue, alors si je me lance dans toute une dissertation sur la rhétorique chez Tonton, on est pas sortis des ronces.
  7. C’est moi ou c’est le deuxième artiste ou groupe considéré par beaucoup comme culte sur qui je tire dans cette chronique ? Je vais me faire des amis, dîtes donc!
  8. Ooooups. Je vous avais dit que lui non plus je n’aimais pas ce qu’il faisait ?

[Le partisan en vacances] Les bons cons font les bons amis

Je me remets à peine de ma fête du 14 juillet, rendez vous annuel de murge débridée célébration de notre patrie. Moi, je l’ai fêtée dans un petit village comme il en existe tant en France, pas par choix mais parce que je m’étais perdu sur le chemin des vacances, et je peux vous garantir que ce n’était pas triste. Entre deux cubis de Villageoise est arrivé le traditionnel DJ local (Dj Nanard le roi du pinard), qui après deux chansons paillardes et la chenille nous a balancé un remix disco de l’Hymne à Marine1, ce qui m’a convaincu d’aller lui expliquer la nature de notre différent musical à grands coups de platine et de diamant à vinyle. Suite à quoi, mon interlocuteur étant momentanément hors d’état de nuire, j’ai pris les commandes et commencé à fouiller dans un immense carton de cd poussiéreux, dans lequel se trouvait une quantité inquiétante de Patrick Sebastien. Ouf, j’avais interrompu le criminel à temps. Et là, au milieu de tout ça, une pochette attire mon oeil2, un cd portant le titre de Prison dorée, par un groupe au nom bigarré et exotique de Zoufris Maracas. C’était le seul truc que je ne connaissais pas dans le carton, et par conséquent le seul qui avait une chance d’être tolérable, alors..

Je laissais de coté le morceau Et ta mère dans un premier temps, on n’était peut-être pas assez avancés dans la soirée pour que je m’y risque, et me rabattis sur Les cons, un intitulé qui, je dois bien l’admettre, me rendait franchement curieux, surtout que la chanson fait moins de quatre minutes et que ça me paraissait juste pour couvrir le sujet3

Les cons, des Zoufris Maracas, donc.

Plus sérieusement, avant de commencer cette chronique je n’avais pas la moindre idée de qui étaient les Zoufris Maracas, du coup je suis allé faire un petit tour sur leur page facebook pour savoir ce qu’ils disent d’eux-mêmes : je saute le passage où ils expliquent qu’ils se sont connus chômeurs dans le métro4, et vous livre telle-quelle leur description de leur musique :

Des textes qui font mouche et qui naviguent entre humour et poésie, écrits avec autant de hargne que d’autodérision mais surtout beaucoup de tendresse…
[des] mélodies tantôt inspirées des rythmes zouk, des rumbas congolaises, tantôt empruntes des sonorités manouches, afro-brésiliennes ou reggae, accompagnées de texte en français.

Donc, de la chanson engagée festive en empruntant aux musiques populaires du monde. Et pour le nom :

En bref ils sont des ouvriers de la chanson, des « Zoufris » comme on disait en Algérie à propos de ces ouvriers célibataires venus travailler à la reconstruction.5 Et Maracas pour symboliser la musique.

Ma foi, même si la dernière ligne sur les maracas a un gros coté Captain Obvious, à première vue ces gens me sont très sympathiques. Alors, les cons6

Musicalement c’est relativement simple7. Mais bon :

1/ C’est plus ou moins le principe quand on s’inspire des genres populaires évoqués plus haut, ils sont justement prévus pour pouvoir être fait et écoutés facilement

2/ Des chanteurs engagés très talentueux dont la musique ne brillait pas par sa complexité, il y en a eu d’autres, à commencer par Renaud.

Comme quoi, la différence entre un chanteur engagé populaire et un chanteur comico-paillard animateur de centre-aéré8, la différence paraît surtout résider dans l’attitude et, je me sens idiot d’avoir à le dire, les paroles.

Moi si j’écris des ptites chansons9
C’est pas pour vous rendre moins cons
Mais pour vous dire que vous l’êtes bien
Que vous l’êtes bien, c’est certain, c’est certain…

Eh ben, c’est brutal comme entrée en matière. Au moins, ça attire l’attention du public, certes (je ne sais pas vous, mais moi quand on me traite de con, et en insistant en plus, je prend au moins la peine d’écouter ce qui vient ensuite). D’ailleurs, les villageois qui constituaient mon public ont réagi à peu près pareil, il y en a même qui ont commencé à insulter le chanteur en retour (ou moi, maintenant que j’y pense, soit disant que je venais d’éborgner leur DJ). Heureusement qu’il y a la musique derrière pour ôter en violence au message, par ce que le même texte braillé par…Je sais pas, moi, Mélenchon par exemple, ça n’aurait pas fait pareil.

Moi qui vous voit toute le journée
Z’avez pas l’air de rigoler
L’matin vous partez au boulot
Le soir vous rentrez au tombeau

J’veux pas cracher sur vos ptites vies
Mais quand même elles m’ont l’air pourries
Vous allez bouffer en grandes surfaces
Vous devriez l’savoir qu’c’est dégueulasse

Ici, je n’ai pas grand chose à dire, les paroles sont très claires au niveau du message. Cependant, je commence à entrevoir des risques potentiels à la chanson. Déjà, le coté hargneux, même avec la musique, pourrait finir par lasser. Tenez, prenons un exemple.

messaage d'amour

J’imagine que, malgré le chaton, vous êtes vexés. C’est vrai, quoi, de quel droit je me permet de vous tutoyer comme ça, on se connaît pas que je sache.

Ceci dit, je relativiserai en disant que les deux premiers vers de la deuxième strophe me font penser qu’il y a une bonne dose d’humour dans tout ça, on est pas loin de « Je n’aime pas dire du mal des gens, mais il est gentil10 » en termes de construction. De plus, le chanteur a l’air franchement sympathique, ce qui encore une fois passe assez mal quand on ne donne que les paroles.

Ensuite, ils ont l’air de vouloir s’attaquer à beaucoup de monde à la fois. Les cons, annonçait le titre, évidemment ça fait vaste, mais est ce que ce n’est pas éparpiller un peu l’effort que de vouloir tous les traiter en même temps, à savoir en deux strophes les travailleurs lambda et asservis11 et l’industrie de l’alimentation, avec le sous entendu écolo qui s’impose.

Bref, continuons.

Vous prenez jamais l’temps de rien
Vous en êtes teigneux comme des chiens
Et puis après pour vous calmez
Z’allez acheter une nouvelle télé

Vous croyez qu’ça va vous faire du bien
Les téléfilms américains
La propagande de l’autre teubé
Les jeux où ont gagne du pognon

Z’avez pas encore compris
Qu’vous en aurez jamais assez
Et que c’est l’temps puis le mépris
Qui vous boufferont jusqu’au trognon

Bon, le début confirme au moins que l’intention est partiellement comique. Accuser quelqu’un d’être teigneux quand on a passé une minute à l’insulter avant, c’est soit de l’extrême mauvaise foi, soit de l’humour, et je penche franchement pour la deuxième option. ça ne signifie d’ailleurs pas que le message doit être pris totalement à la légère, c’est plus une manière de dire « on en fait trop et on en a conscience, mais c’est une manière de rire avec ce qui n’est pas drôle du tout », et encore une fois je trouve ça plutôt plaisant comme démarche.

Ca passait quand même un peu mieux avec le chaton...

Ca passait quand même un peu mieux avec le chaton…

Pour les paroles, on continue dans la liste des vices de la société moderne selon les Zoufris Maracas, et ils évoquent de nouveau beaucoup de choses en peu de temps (la télévision, la propagande américaine, l’argent et l’obsession pour l’argent), mais le tout s’enchaîne plutôt bien. Sans en avoir l’air, le texte est plutôt intelligemment construit, puisque à chaque fois une constatation en amène une autre, les évocations fonctionnent sur des relations d’implications, ce qui donne une cohérence à un ensemble qui, sinon, serait effectivement un beau bordel. La chanson a plus l’air de vouloir nous proposer des pistes de réflexions que de chercher à explorer ces pistes elle-même, ce qui remplirait probablement un bon double album. D’ailleurs, les problèmes évoqués jusqu’à présent sont tout sauf rarement signalés, et ce qui est recherché paraît être la création d’un sentiment de trop plein, susciter la protestation face à l’accumulation de soucis qui, individuellement, sont bien tolérés par la plupart. Un peu ce que Renaud faisait dans Hexagone, d’ailleurs, avec une hargne similaire12.

Après des semaines à critiquer des immondices, et quand bien même je ne partage pas tous les idéaux de ce qui est dit ici, j’ai le plaisir de constater qu’à ce stade, j’aime vraiment bien cette chanson. Espérons que ça continue13

Moi si j’écris des ptites chansons
C’est pas pour vous rendre moins cons
Mais pour vous dire que vous l’êtes bien
que vous l’êtes bien,
C’est certain, c’est certain…

Et du coup quand revient le refrain, on le prend totalement autrement. Enfin disons plutôt qu’on hésite plus entre la consternation et le rire, le chanteur se moque de nous, de manière assez acide il faut bien l’admettre, mais l’intention est plus de nous réveiller que de nous accabler. En surface, il nous dit que nous sommes des causes perdues, mais il insiste tellement dessus, il le répète tant qu’il rend parfaitement clair que le message qu’il veut faire passer est l’exact inverse. Et encore une fois, la musique festive et donc…Eh bien oui, le mot revient souvent ici mais c’est à juste terme, fédératrice, aide beaucoup à ça, elle veut nous entraîner avec elle, niant par là même le rejet qu’expriment les paroles prises au premier degré.

Ca me permet d’en revenir à ce que je disais la dernière fois sur Sardou et Le temps des Colonies : quand on fait du second degré, il faut se débrouiller pour rendre clair que c’en est. Ici, le doute est difficilement permis, on peut ajouter de nouveau à tout ce que j’ai dit l’attitude scénique du groupe, qui respire la convivialité14…Dans le cas de Sardou, je ne suis pas le seul à avoir de gros doutes sur le degré auquel il faut prendre la chose, la question divise pas mal. Et autant quand une minorité de comprend pas quelque chose, on peut se dire que c’est par ce que c’est eux qui sont cons, autant quand la question divise autant et que les deux cotés ont des arguments très valables, j’ai tendance à me dire que c’est au moins partiellement la faute de l’artiste qui n’a pas su se faire comprendre. Un autre exemple parfait de ça, c’est Toute la Vie des enfoirés, que je n’ai pas traitée par ce que d’autre l’ont très bien fait à ma place

Si jamais j’avais voulu l’inventer
Avec toute ma bonne volonté
Jamais j’serais allé si loin
C’est certain, c’est certain…

J’vous met pas tous dans l’même panier
Vous pourriez pas tous y renter
Puis moi ça m’filerais le bourdon
De voir une telle concentration, constellation, conspiration, consternation

Sur toute la première partie, pas de réelle nouvelle idée, mais je trouve le début de la deuxième strophe très drôle. Sinon, c’est le traditionnel message selon lequel notre société actuelle a atteint un stade d’absurde qu’on n’aurait pas pu imaginer, pas la peine d’insister dessus.

Je noterai tout de même le joli jeu sur les sonorités dans le dernier vers, avec la liste « Concentration, constellation, conspiration, consternation », les quatre mots ayant la même longueur et (presque) trois syllabes en commun, ça donne un joli effet. On peut aussi ajouter le fait que la première syllabe de chaque mot renvoie au thème de la chanson15, non, vraiment, du beau boulot.

Alors oui j’exagère probablement, je doute que ce soit si compliqué de faire ça, hein. Il suffit probablement d’ouvrir un dictionnaire16. En vrai, on pourrait ajouter plein de mots dedans, qui iraient tout aussi bien niveau thème, comme confrontation, confirmation, congrégation, ou même constipation, même si ce dernier me paraît un peu plus bouché au niveau de ses significations possibles17. Et en plus, je suis un peu sceptique avec la présence de « conspiration » dans le tas, de quoi parle-t-il ? De l’asservissement des plus faibles par les plus forts, de la domination18 des riches sur les pauvres ? Ce n’est pas une conspiration à mes yeux, plutôt, c’est triste à dire, une tendance naturelle et absolument pas cachée, quand bien même certes il est nécessaire d’essayer de contrer ça.

La connerie individuelle
Même si parfois elle me dépasse
Ne sera jamais aussi cruelle
Que la sacre saint connerie de la masse

Celle qui nous fait faire la guerre
Qui nous fait voter pour des cons
Et qui dans un élan d’instinct grégaire
Nous fait respecter notre patron

Reprise du même mécanisme qu’avant, une idée en entraîne une autre. Ça marche toujours aussi bien, et ça lui permet d’évoquer en huit vers les mouvements de masse, la guerre, les élections et le patronat. Pas grand chose à dire, je vous invite à réfléchir sur ces différents points, et surtout sur les élections, à une époque où de plus en plus de penseurs commencent à dire qu’il faudrait trouver une alternative au système électoral19. Pour commencer, je vous oriente vers ces deux excellentes vidéos qui abordent au moins une facette de ce sujet ;

Et passons à la suite. C’est un peu le souci d’aborder une bonne chanson, une fois qu’on a dit ce qui allait bien on a tendance à se répèter, là ou la nullité arrive plus facilement à nous surprendre. Si ça continue, je vais finir par chroniquer René la Taupe.

Vous savez quand même qu’cet enfoiré
C’est sur nous qui s’fait son pognon
Il nous la met toute la journée
Et faudrait qu’on reste mignons

Et j’vous parle pas des banquiers
Qui ont dévalisés le monde entier
Sans que personne ne lève le petit doigt
Moi j’ai pas l’droit au chèque en bois
Toi t’y à droit, non t’y as pas droit
Toi t’es comme moi, t’as pas d’emploi

Les patrons de nouveau, et la lutte des classes au cas ou ce ne serait pas encore clair pour quelqu’un. Puis les banques et le chômage, dans la foulée. Sur la fin, le chanteur en profite d’ailleurs pour se rapprocher de son public en passant à un tutoiement (et donc par une adresse individuelle, même si elle se dirige toujours symboliquement vers tous les auditeurs) et en se mettant pour la première fois clairement au même niveau que lui. Bon, il y en a peut-être qui travaillent, dans le public, mais je sais pas,si ça se trouve le cd a été enregistré en Grèce, là où il y a une bonne chance que ce passage soit vrai pour une majorité. Les grecs, c’est rien que des branleurs de toutes façons, regardez Priape.

Et puis, du coup, il nous montre qu’on a le choix entre : chômeur miséreux ou travailleur exploité. Camarade, prend la corde ou le revolver, et choisis sagement ! Non franchement heureusement que le ton global est plutôt joyeux, sinon la moitié du public se serait déjà barrée

Mais que faudra t-il qu’ils nous fassent
Pour qu’au final on réagisse
Si les familles nous laissent de glace
Si l’char d’assaut protège nos vices

Premier appel clair à la révolte de la chanson, après avoir bien expliqué pourquoi on devrait la faire. Tout en évoquant la difficulté de celle ci, en disant que nous sommes au final entretenus dans nos vices. J’aime bien cette idée, par ce qu’elle diffère assez largement du message : « les puissants nous ont viciés et affaiblis », et dit plutôt : « les puissants nous poussent à valoriser nos faiblesses et nos vices ». C’est très différent, dans le premier cas ils sont responsables de tout le mal du monde, dans le deuxième ils n’ont fait qu’exploiter quelque chose qui était déjà là – et donc, c’est en partie de notre faute, on avait ces faiblesses utilisables. Ce n’est pas une critique, je pense, ou une accusation, mais plutôt une constatation, nous ne sommes pas des chevaliers blancs parfaits exploités par des dragons. C’est comme les chambre à gaz, au fond, c’est aussi un peu la faute des juifs, s’ils n’avaient pas eu besoin de respirer ils s’en seraient sorti.

Là, je savais pas quoi mettre pour aérer le texte, du coup voici la pochette de leur deuxième album, par ce que je la trouve chouette.

Là, je savais pas quoi mettre pour aérer le texte, du coup voici la pochette de leur deuxième album, par ce que je la trouve chouette.

Moi si j’écris des ptites chansons
C’est pas pour vous rendre moins cons
Mais pour vous dire qu’y’a des gens biens
C’est certain, c’est certain…

Changement dans le refrain, qui de faussement fataliste passe à optimiste. Malgré tout ce que j’ai dit, et malgré le fait que depuis le début de cette chanson j’ai divisé le monde entre les cons faibles et les con forts20, il y a quand même des gens bien, l’avenir peut être radieux.

Ils sont deux cent fois plus nombreux
Que la bande d’imbéciles heureux
Qui nous emmène tous au carton
Avec les trompettes et les clairons

L’problème c’est qu’on s’parle pas
Coincé dans le chacun pour soi
Persuadés qu’on est les seuls
A voir qu’on va s’manger la gueule
(A ça on va pas s’rater ça!)

Encore une fois, l’idée n’est pas neuve : le prolétariat est plus massif que le patronat (les termes sont un peu limitateurs ici, mais l’esprit est là), il faut juste qu’il s’en rende compte, en arrêtant de se croire seul à être plus malin que les autres, seul à voir ce qui ne va pas. Derrière le message d’espoir, le chanteur admet que le peuple est loin d’être parfait, et j’aime vraiment cet état d’esprit. Bon ce n’est pas non plus la grande déclaration objective sur les faiblesses des gens, hein, ça reste très orienté, faut pas déconner, mais quand même.

Bon, par contre, comme il le disait plus haut, quand on est en masse on a tendance à être con, alors du coup ça va pas être simple à gérer cette histoire. Tenez, c’est dommage que je puisse pas mettre un sondage, j’aurai bien aimé savoir si, quitte à choisir, vous préférez être un peu con et très faible ou un peu faible et très con ?

Et comme je me rend compte que cette chronique manque fâcheusement d’humour, et pour vous changer de l’interrogation cornélienne que je viens de vous soumettre, tenez, un chien qui pète.

Alors j’lance ça sans trop y croire
Parce que je vis d’musique et d’espoir
Mais la vraiment il s’rait grand temps
Que le grand peuple montre les dents

Et qu’on explique une fois pour toutes
A ces salauds qui servent nos doutes
Qu’on va les jeter en prison
ça va être bon, ça va être bon ça va être bon…
(Parait qu’y’a d’ja peut être Pasqua)21

Vu qu’on est là réunis
On a qu’à décider d’un jour
Moi je proposerai le lundi
Pour enfermer tous ces vautours

L’appel à la révolte continue, et j’ai beau ne pas partager la majorité des avis exprimés ici (et être, pour des raisons personnelles, relativement méfiant face au concept de révolution), c’est quand même bien dit je trouve. Il y a bien le coté « je vis de musique et d’espoir », d’amour, d’air, au milieu des oiseaux et de mes frères humains, fait tourner le pétard man, qui est un peu gnan-gnan, mais bon, on peut bien pardonner, hein. Globalement, ça reste très bien. Sans négliger une touche d’humour (« moi je proposerai le lundi… »), qui permet de comprendre par antithèse22 qu’il a conscience que ce n’est pas si facile, et que ça ne se fera pas en cinq minutes.

J’sais pas où ça nous mènera
Mais ça pourra pas être pire
Que de laisser à ces scélérats
Le soin de bousiller notre avenir

Là, en plus d’une relative lucidité, c’est une manière de contrer un argument (qui est d’ailleurs en partie le mien) selon lequel le défaut d’une révolution, c’est qu’on sait pas comment ça va finir. Selon lui, autant essayer, au moins il y aura une chance que ça marche, même si elle est petite. Bon, ça néglige totalement l’option consistant à essayer de faire changer les choses petit à petit, légalement, sans tout de suite aller décapiter à tout va (c’est salissant), mais j’imagine que c’est une solution de tapettes, voire même pire, de gauche23

Non, vraiment, je crois que ce gag n'a aucun avenir.

Je crois que ce gag n’a aucun avenir.

Moi si j’écris des p’tites chanson
C’est qu’je sais pas comment vous dire
Qu’une petite révolution
Nous redonnera à tous le sourire

Et voilà, on redonne le message clairement une dernière fois, tout en continuant à adoucir la violence de l’aspect révolutionnaire par ce coté joyeux. Alors ça peut être considéré comme assez manipulateur, de faire croire comme ça qu’une Révolution peut être une partie de plaisir, mais je trouve ça plutôt de bonne guerre. Leur but, c’est aussi de faire passer un message, et s’ils avaient dit :

« Vos fille se feront p’t’être violer
Et vos garçons carboniser
Mais que voulez vous qu’on y fasse
Une révolution c’est dégueulasse »

niveau pouvoir de persuasion, on aurait un peu perdu au change.

Bilan donc : eh ben c’était bien. C’est pas la seule manière de faire une chanson engagée politiquement, loin de là, mais ce mélange d’humour, de légèreté et de critique acerbe fonctionne franchement très bien, comme l’ont prouvé par le passé Renaud, Brassens et plein d’autres. Comme quoi, c’est pas impossible, et il n’y a même pas besoin de chercher des mélodies complexes, des instrumentations grandioses, des figures de style alambiquées…Il suffit de savoir utiliser les mots de façon pas trop dégueulasse et de structurer correctement ses idées.

J’ai quand même une interrogation : existe-t-il de bonnes chansons engagées, je veux dire bien faîtes, pour des bords comme l’extrême droite ? Ou, pour le formuler autrement : puis-je considérer comme bonne une chanson qui défend des idées que je ne partage pas du tout, et qui ne m’attirent même pas la plus légère sympathie ?24 Je serai vraiment curieux d’avoir une réponse à cette question, alors si quelqu’un connaît de bonnes chansons défendant ces bords là, qu’il m’en fasse part, j’écouterai avec intérêt (j’allais dire avec joie, mais faut peut être pas pousser).

Alors par contre, mes villageois ont compris tout de travers, ils se sont bien révoltés, mais contre moi, et m’ont chassé des platines et du village. Ils sont cons ces villageois, c’est contre les Autres qu’il faut se révolter.

En plus, après, ils ont mis du Patrick Sebastien.

En plus, après, ils ont mis du Patrick Sebastien.

 

 

 

  1. Je ne remercie pas l’ami qui m’a signalé ça, mais le cœur y est. D’ailleurs, j’en profite pour vous conseiller toute la chaîne du monsieur, je ne reviendrai pas dessus parce que je pense qu’on a relativement fait le tour, mais c’est une mine d’or de mauvaises chansons et de liens vers des vidéos bizarres
  2. En parlant de pochettes, même si tout le monde s’en fout, j’aime surtout celle de leur deuxième album, Chienne de vie
  3. Ou, pour paraphraser De Gaulle réagissant à un « mort aux cons » : « vaste programme ! » Et oui, je cite De Gaulle et je vous emmerde.
  4. C’est très résumé, mais l’état d’esprit est là, allez voir vous même
  5. En cherchant plus d’informations sur les Zoufris, j’ai eu le sentiment qu’ils étaient une sorte de symbole de l’ouvrier révolté, celui qui fait la nique à ses patrons et prépare doucement sa Révolution, ce qui rend l’emploi du terme d’autant plus justifié dans le nom du groupe
  6. Et avant que vous ne posiez la question : non, je n’ai pas la moindre idée de ce que le squelette fait là. Visiblement c’est la mascotte du groupe puisqu’il est à tous leurs concerts et sur la pochette de leurs albums, mais je n’ai pas plus de détails. Si je devais vraiment donner une hypothèse, je dirai que ça ressemble à une référence à la fête des morts mexicaine, comme l’avait fait Oingo Boingo sur la pochette de Dead Man’s party, mais ne m’en demandez pas plus
  7. En plus le chanteur a un accent. C’est un défaut en soit, non?
  8. Oui, il faut chanter des chansons paillardes aux enfants, j’assume cette position
  9. Vous pourrez remarquer quelques petites différences entre ce que vous entendrez dans la vidéo et ce que vous lirez ici, probablement dues au fait que je vous fait écouter une version live, là ou je pense que les paroles sont celles de la version studio.
  10. Si vous ne connaissez pas la référence, révisez vos classiques, c’est un spectacle Splendid
  11. Alors notons ici que ce n’est pas mon opinion que j’exprime, mais celle de la chanson, merci. Et oui, c’est une justification lâche au cas ou des travailleurs lambda et asservis me liraient
  12. Renaud dont j’espère pouvoir reparler bientôt en bien. et si par malheur l’album à venir ne me permet pas de le faire, je pourrais toujours aller voir du coté de ses anciens titres.
  13. Tous ceux qui, comme moi, ont l’esprit pétri de clichés de cinéma et de livres savent que c’est exactement le genre de phrase qui entraîne une catastrophe dans les secondes qui suivent. Mais Dieu-en-qui-je-ne-crois-pas merci, on n’est pas au cinéma, on a peut-être une chance de s’en sortir
  14. Je sais, ça fait Oui-Oui au pays des Jouets de dire ça, mais je n’ai pas trouvé de formulation plus adaptée
  15. Phonétiquement parlant, je veux dire, merci de ne pas venir me déployer d’argument étymologiques pour me dire ce que je sais déjà, à savoir que ce n’est pas la même racine
  16. Ce que tout le monde ne fait pas, ceci dit
  17. Non mais je sais, hein, niveau jeux de mots ça devient de plus en plus pitoyable
  18. Tenez, un autre!
  19. En fait, il y en a qui le disent depuis un moment, mais ça n’a jamais été trop médiatisé
  20. Qui l’ont, d’ailleurs, le confort…Hum voilà voilà. Celle là j’ai pas osé la mettre dans le corps du texte, du coup je la range ici, avec un peu de chance vous n’êtes pas trop nombreux à lire les notes en bas de page.
  21. Je réalise qu’aujourd’hui, cette blague sur Pasqua n’a pas l’air de très bon goût, mais la chanson date d’il y a plusieurs années. Je suis d’ailleurs navré de devoir dire que les prédictions sur Pasqua sont relativement fausses, il s’en est toujours bien sorti pépère. En allant vérifier, j’ai d’ailleurs constater que sur sa fiche wikipedia, une rubrique entière est consacrée aux affaires politico-financières de Charlot, plus longue que la liste de ses mandats. J’ai presque envie d’applaudir.
  22. Je sais, ça rappellera plein de mauvais souvenirs de français à plein de monde, pardon
  23. Pas le PS, du coup, ça c’est pas de la gauche, c’est de la merde, faut pas confondre, c’est pas pareil. Et oui, c’est une généralisation. Et non, ce n’est pas bien d’en faire, mais que voulez vous, des fois, quand on essaie d’être drôle, on finit par abandonner ses principes.
  24. J’ai dit plus haut que je ne partageais pas vraiment non plus les idées de la chanson que l’on vient d’entendre, et je pense qu’une révolution pourrait en fait être dangereuse en termes de conséquences, car c’est un mécanisme à mon avis trop désordonné, brutal, simpliste et manichéen. Mais tout de même, j’ai plus d’affection pour ce bord que pour son extrême opposé…

[Le Partisan en Vacances] Le temps béni des jolies colonies de vacances

Après une année chargée (quatre articles, plus un article bonus, plus mon avis à donner dans le dernier papier de ma collègue), il était grand temps de prendre des vacances, bien reposantes.

Hélas, comme je n’ai pas eu mon permis (paraîtrais qu’écraser une maîtresse d’école et toute sa classe est éliminatoire, vous le saviez vous ?), je suis bien obligé de recourir au co-voiturage. Et, coincé dans les bouchons à la sortie de Paris1, on se retrouve bien obligé de parler2. Après avoir écouté mon conducteur me dire que quand même, Bolloré, il fait de bons choix dans la gestion de ses programmes, je me dis que ce serait peut-être une bonne idée d’écouter un peu de musique. Je regarde donc ce que j’ai à disposition dans la voiture. Chanson populaire française, pourquoi pas, ça me permettra de me remettre en tête de vieux classiques, il y a plein de trucs bien après tout.

Alors. « Dalida : the maxi best of », non. « Mireille Mathieu, the hyper best of », encore moins. « Dorothé, the giga best of ta mère »…On ne s’en sort pas. Ah, là, tenez, le top vingt des meilleures chansons de Sardou. C’est mieux que rien, non ? Et puis Les lacs du Connemara, c’était pas si nul que ça…

C’est parti.

Ah. Bon ben tant pis. On va dire qu’au moins musicalement il y a comme un air de vacances. Vous imaginez bien les vahinés se tortiller sous vos yeux, le commerce indigène où on échangeait des mines d’or contre des perles en plastique, les esclaves qui ne s’étaient pas encore mis dans la tête la possibilité même d’être vos égaux…Ah, la nostalgie

ta gueule, toi ! Non mais !

Un peu d’histoire, d’abord. Avant de finir dans un best of, cette chanson faisait partie d’un album appelé « La vieille », qui contenait d’autres classiques de bon goût tels Je suis pour, J’accuse ou Je vais t’aimer, qui ont tous trois créé des polémiques en leur temps. Sardou les justifiera toutes en disant qu’il joue un personnages dans ces chansons, et que les paroles parfois limites (justification de la peine de mort, l’homosexualité et la transexualité comme des crimes, le fait de considérer qu’aimer, c’est traiter sa femme comme une pute…) ne sont que l’expression des pensées de personnages dont il est lui même totalement détaché. Et honnêtement, je ne sais pas trop quoi penser de cette explication, à première vue j’aurais bien envie d’y croire, mais le personnage Sardou ne m’incite pas particulièrement à le faire.

Anecdote amusante, l’album contient aussi la chanson Le France, sur le bateau éponyme3, qui a été considérée par les communistes comme un chant de soutien aux employés licenciés à l’abandon du bateau. Je résume donc : on parle donc d’un album qui a réussi à la fois à se faire détester des féministes, des progressistes, de la communauté LGBT et des ligues anti-racisme, mais qui a provoqué la sympathie des communistes. Rien que pour ça, je lui aurai donné un disque d’or d’honneur, par ce qu’on y arrive pas tous les jours.

Oh et au fait, tant qu’on parle de Sardou, vous vous souvenez de ça ?

Voila, ça, c’est les Guignols de l’Info, une petite émission dont vous avez peut-être déjà entendu parler. Et, comme l’esprit canal, il semble que ce soit une espèce en voie de disparition.

Revenons en à nos moutons.

http://www.dailymotion.com/video/x9ad8o_guignols-kulunmouton_fun

Non, pas celui là, on en a déjà parlé hier ! C’est bientôt fini toutes ces interruptions ? J’ai une chanson raciste à étudier, moi !

DONC, le temps des colonies, paroles de Sardou (le bonhomme assume) et musique de Jacques Revaux, dont le plus grand succès est la co-composition de Comme d’habitude. Si vous aussi vous cherchez un rapport entre les deux chansons ben…Euh…Elles sont en français. Voila voila. Et ici, la musique pose l’ambiance directement, c’est une sorte de cliché de musique Africaine, que même La Compagnie Créole, Magic System et Carlos n’auraient pas osé faire. Le genre de trucs qui aurait été considéré comme trop vulgaire et cliché pour apparaître dans une comédie française des années 70. Tenez, je suis sur que même Le Pen, il aurait trouvé ça abusé.4.

Moi monsieur j’ai fait la colo,
Dakar Conakry Bamako
Moi monsieur j’ai eu la belle vie,
Au temps béni des colonies.

C’est gentil de m’appeler monsieur, faut le dire. Ensuite, Sardou fait une synecdoque pour évoquer d’abord le Sénégal, puis la Guinée et enfin le Mali en parlant de leurs capitales. C’est fou quand même de voir qu’une figure de style, ça peut donner à la fois ça :

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.5

Et ça :

Moi monsieur j’ai fait la colo,
Dakar Conakry Bamako

C’est fou non ? Enfin ceci dit, c’est le cas de toutes les figures de style hein. Le Zeugme, par exemple :

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours6

Ou

J’ai sauté le petit déjeuner
Et ta mère7

Mais bref, je divague. Revenons en à nos mou…A notre, sujet, à notre sujet.

Que les colons aient eu la belle vie au temps des colonies, ceci dit, je veux bien y croire. Au moins un truc de vrai dans cette chanson.

Les guerriers m’appelaient Grand Chef
Au temps glorieux de l’A.O.F.
J’avais des ficelles au képi,
Au temps béni des colonies.

Y a-t-il besoin de parler de la première ligne ? Missié blanc, grand chef, yabon banania ? Moi bon nègre, toi pas taper bon nègre ! Hum je m’emporte, pardon.

Ensuite, l’AOF, ça peut être « L’association des Optométristes de France », mais dans le contexte, comme je vois pas le rapport, j’imagine que c’est l’Afrique Occidentale Française.

Les ficelles au képi, d’après un ami ayant une bonne culture militaire, il paraîtrait que c’est une image des décorations militaires. Il ajoute aussi que des décorations qui ressemblent à des ficelles, c’est un peu des décorations de merde (le propos de base était plus détaillé, mais j’ai pas tout écouté).

Bref, si on devait résumer ce premier couplet en une phrase : C’était mieux avant.

Ah mais ça suffit, stop maintenant ! C’est pas par ce que vous êtes déprogrammés qu’il faut venir squatter dans mes articles. Si ça continue, je vous dénonce à Bolloré, il vous reconduira à la frontière vite fait, bande de chômeurs.

Voila, maintenant que ces importuns sont écartés, on peut passer au refrain. Je sais que vous en mourrez d’envie.

On pense encore à toi, oh Bwana.

Bwana, c’est un terme swahili8 qui veut dire, de base, maître, patron ou monsieur et qui par extension s’est mis à désigner, au temps béni des colonies, les colonialistes blancs dans leur ensemble. Autant dire que faire chanter à un choeur noir (à l’accent cliché, bien sûr) « bwana », c’est un peu comme faire crier Vive le Roi à Danton9. Par contre, pour ce qui est de « On pense encore à toi » oui, c’est fort probable pour une partie des descendants de colonisés, ce soit vrai. Par contre je ne suis pas sûr de vouloir connaître ces pensées.

Dis-nous ce que t’as pas, on en a.

Pas de souci, on s’est servi, merci.

Y a pas d’café, pas de coton, pas d’essence
En France, mais des idées, ça on en a.
Nous on pense,

Mouais.

J’ai vraiment besoin de détailler plus que ça ?

Par ce que je veux bien, moi, vous faire une liste de la moitié du PAF, des journalistes du Figaro, des pseudos intellectuels et polémistes et des deux bons tiers de nos politiciens, en ajoutant bien sur quelques artistes et starlettes par ci par là pour agrémenter le tout, mais je pense que c’est plus simple, des fois, de juste dire mouais.

Donc : mouais.

On pense encore à toi, oh Bwana.
Dis-nous ce que t’as pas, on en a.

Pour moi monsieur, rien n’égalait
Les tirailleurs Sénégalais
Qui mouraient tous pour la patrie,
Au temps béni des colonies.

Ce passage là, ça m’a rappelé ça :

Sauf qu’ici, c’était du second degré. Encore une fois, je ne suis pas sûr que ça mérite d’être détaillé plus que ça.

Autrefois à Colomb-Béchar10,
J’avais plein de serviteurs noirs
Et quatre filles dans mon lit,
Au temps béni des colonies.

Serviteurs noirs, je suis le seul qui trouve que ça ressemble beaucoup à une litote11 pour esclave ?

Pour la suite, c’est triste à dire mais ça ne m’étonne même pas vraiment venant de Sardou. Je vous ai déjà évoqué en début d’article la chanson Je vais t’aimer, dans le même album que la purge dont nous parlons en ce moment. Dedans, nous avions déjà :

A faire pâlir tous les Marquis de Sade,
A faire rougir les putains de la rade
[…] Je vais t’aimer12

Donc bon, j’en suis plus à ça près, désolé pour les féministes qui me lisent. Au bout d’un moment, il y a quand même des causes perdues, et montrer à Sardou que la femme n’est pas juste un vagin disponible à volonté, je pense que ça va être difficile.

Ensuite, re-refrain. On ne va pas en reparler, non.

Moi monsieur j’ai tué des panthères,
A Tombouctou sur le Niger,
Et des Hypos dans l’Oubangui13
Au temps béni des colonies.

Bon alors là il faut prendre ce que je vais dire avec des pincettes, pour deux raisons :

1/ A l’époque, la chasse était encore largement perçue comme une source de fierté et de gloire14

2/ J’aime pas la chasse, pour des raisons que je ne saurai expliquer entièrement rationellement.

Mais le fait de se vanter d’avoir tué des animaux juste pour le plaisir de les avoir tué, c’est quelque chose qui m’échappe. Je sais que ça donne l’impression que Brigitte Bardot vient soudainement de décider de passer dans l’article faire un petit coucou…

Non mais pardon hein c’est ma faute…

Je disais donc : Je sais que ça donne l’impression que Brigitte Bardot vient soudainement de décider de passer dans l’article pour dire bonjour, mais vraiment, je ne vois pas ce qu’il y a de glorieux à tirer au fusil sur des bestiaux qui, souvent, n’ont même pas eu le temps de vous voir. Mais bref, ça, admettons c’est pas ce qu’il y a de pire dans cette chanson.

Entre le gin et le tennis,
Les réceptions et le pastis,
On se s’rait cru au paradis,
Au temps béni des colonies15.

Quitte à commencer en beauf, autant finir en beauf. Donc, après le racisme et le machisme ordinaires, il fallait bien en venir à l’apéro. C’est très injuste, par ce qu’en vrai le pastis c’est loin d’être mauvais, mais dans ma tête remplie de clichés, c’est forcément associé à une certaine forme de beauferie, je ne saurai pas bien dire pourquoi. Et je sens que si un amateur de pastis passe ici, je vais me faire descendre, mais bon on en est plus à ça près. Et puis franchement, finir une chanson là dessus, vous admettrez que ça manque de panache…

Bref, bilan. L’excuse « j’ai été maladroit », ça va cinq minutes, mais là je trouve qu’il pousse un peu

Quoi ? Mais j’ai même pas dit poussin piou…Enfin bon…

Je disais donc : au début de l’article, j’ai évoqué une excuse de Sardou pour justifier les polémiques que ce texte et d’autres ont créées, mais j’ai volontairement passé sous silence une autre de ses explications, que je voulais reprendre ici16. En effet Sardou a dit à plusieurs reprises qu’il avait juste été maladroit dans certains de ses textes, et n’avait pas réussi à faire passer les idées qu’il voulait, aboutissant même sur des contresens. Pour certains cas, je veux bien : Je suis pour, par exemple, on peut admettre que la généralisation qu’on a faîte n’était pas voulue par Sardou, et qu’il ne voulait vraiment qu’exprimer la douleur d’un père. Je suis même près à pardonner, en étant très tolérant, Le rire du sergent, qui au fond s’inscrit assez bien dans l’air du temps17, et où je trouve que Sardou se moque autant de lui-même que de son sergent. Mais ici…Non, je suis désolé, on ne peut pas arguer la maladresse quand on fait aussi clairement l’apologie des colonies pendant trois minutes. Ou alors la chanson était censée être au second degrè, mais ce n’est pas clair.

C’est le gros souci quand on veut faire du second degré, il faut qu’on sache que c’en est, sinon on passe pour un gros con qui pense ce qu’il dit. Regardez Desproges18, pour ne citer que lui : pas un seul instant on ne se dit qu’il pense ce qu’il raconte quand il insulte les juifs, les noirs, les femmes, ou en fait à peu près toutes les communautés imaginables. Et quand il veut être sérieux et réellement s’en prendre à quelqu’un, il sait aussi le faire comprendre. Et c’est là que Sardou pèche : le texte me paraît trop gros pour être pris au premier degré, mais en vrai…Ben plein de gens tiennent sérieusement un propos qui pourtant parait trop gros pour être pris au premier degré, alors je ne saurai vraiment pas dire. Et encore une fois, le bonhomme en général n’apparaît pas vraiment comme un modèle de tolérance et de modernité. Alors, Le Temps des colonies, moquerie ratée ou brûlot honteusement raciste ? Eh bien je n’en sais rien.

Et comme j’ai l’art de la chute, je sais qu’il va falloir que je trouve mieux que ce doute un peu lâche. Alors, tandis que j’essaie de calmer le conducteur de la voiture dans laquelle je suis, un peu vexé que j’ai jeté toute sa cédéthèque par la vitre alors qu’on passait au dessus d’un pont, je vous laisse avec ça, qui est un autre bon exemple de second degré :

Un dernier pour la route…

Et, en espérant l’entendre de nouveau à la rentrée : à tchao bonsoir.

PPD

  1. S’il y a bien un avantage à Paris, c’est qu’on peut toujours dire qu’il y a des bouchons à l’entrée, à la sortie et sur le périph. Vous noterez que c’est fort par ce que des sorties de Paris, il doit y en avoir plus d’une, mais rien à faire, Paris c’est comme une bouteille de vieux Bordeaux : forcément bouchonné.
  2. A moins d’avoir eu l’intelligence de base de faire croire qu’on était sourd-muet-aveugle, mais j’avais la tête ailleurs
  3. Eponyme, la fille des Thénardier dans les Misérables. Dédicace à tous les littéraires qui nous lisent, s’il y en a…
  4. Je sais, j’exagère, mais quand même, c’est du niveau des noirs dans Tintin au Congo !
  5. Après Rostand, c’est au tour de Hugo de venir faire une apparition qu’il n’avait rien fait pour mériter dans un de mes articles. Je vais m’attirer les foudres de l’esprit des grands auteurs français si je continue.
  6. Salut Guillaume, installe toi, prend un café, des cookies, fais comme chez toi !
  7. J’aurai aimé pouvoir vous dire que c’était une citation, mais ce n’est pas le cas, je suis obligé d’avoir l’honnêteté d’assumer la paternité de ce truc.
  8. Langue d’Afrique Orientale qui semble avoir à peu près autant de dialectes qu’il y a d’habitants là bas.
  9. cul
  10. Ben oui, il nous manquait encore l’Algérie dans les colonies citées. Vous voyez bien que c’est une chanson de vacances, on a déjà fait un road trip dans la moitié de l’Afrique.
  11. Je commence à citer beaucoup de figures de style dans cet article, il va falloir que je me méfie, encore un peu et on va me prendre pour un critique littéraire ce serait humiliant.
  12. D’ailleurs, si vous allez lire les paroles complètes de la chanson, vous ne tarderez pas à comprendre que « je vais t’aimer », ici, c’est juste une manière élégante de dire « je vais te défoncer le cul ».
  13. Le fleuve Niger traverse la Guinée, le Mali, le Niger, le Bénin (si c’est Bénin, c’est pas grave. Désolé, une pulsion subite) et le Nigéria ; l’Oubangui traverse la Centrafrique, la République démocratique du Congo et la république du Congo (lexicomatisation des lois du marché, bien entendu). Encore une fois, je suis désolé, mais je vous fait drôlement voyager, je devrais me reconvertir dans les agences de voyage.
  14. Et de machisme distingué, à base de bière, de concours de rots, de récits de conquêtes, de comparaison de longueur de bite et de transmission d’herpès. Je suis sûr que c’est dans ces moments là que vous êtes heureux d’avoir lu les notes en bas de page
  15. Ceci dit l’effet de rime écrite qui se prolonge sur les quatre vers est presque joli. Bien sûr, ça ne fonctionne pas à l’oral et je sais bien que le but premier d’une chanson est justement d’être écouté, mais quand même, on va donner un bon point pour ça. J’en profite pour dire que niveau écriture, c’est quand même loin d’être ce que j’ai entendu de pire dans ma vie, ça m’ennuie de l’avouer mais Sardou n’est pas mauvais avec les mots. C’est pas du Ronsart, hein, mais c’est pas mal quand même.
  16. Bouh, il manipule le langage ! Média corrompu ! Propagande ignoble !
  17. Je sais que ça ne pardonne rien, ceci dit…
  18. C’est la première fois que j’en parle ici, mais en ce qui concerne l’humour, Desproges est un de mes dieux. Et pour ceux qui ne connaîtraient pas, prenez quelques minutes pour écouter Ce réquisitoire . Et si vous aimez, fouillez un peu, son oeuvre est littéralement bourrée de perles comme ça.

[PC #4] Poutine and out

Il y a des mots pratiques, dans la vie. C’est la réflexion1 que je me faisais l’autre jour, et je fus épaté par sa profondeur.

Et non, bande de petits pervers, je ne parle pas de « bite » ou de « vagin ». Enfin si, c’est pratique aussi, surtout quand on fait de l’art contemporain, mais là ce n’est pas le sujet. Je suis désolé, je ne fais pas dans ce domaine, si c’est ce que vous cherchez allez voir des phonographes à Versailles.

Non, moi je veux parler de la propagande. Un mot qui sent bon les effluves de dictature, d’abrutissement du peuple et de réalité altéré. Le genre de mot qui fait partie des joker de l’argumentation politique. Quelqu’un vous embête, à dire ses idées au peuple de manière populaire ? Paf, dîtes qu’il fait de la propagande, et vous êtes sur que tout le monde va s’en méfier, voir aller vérifier son arbre généalogique pour voir si, des fois, il ne serait pas le fils de Staline ou d’Hitler, voire même des deux. Et c’est vrai que c’est un concept simple, propagande, facile à replacer. C’est pas comme toutes ces conneries de marché, de valeur de la monnaie, de marché du travail, de taux de pauvreté, tous ces trucs plein de chiffres que personne comprend, et où on risque de se retrouver coincé dès qu’on nous demande d’en parler un peu en profondeur. Non, la propagande, tout le monde sait ce que c’est, il y a même une définition de deux lignes dans le Larousse, bref, on est sur un terrain stable.

« Action systématique exercée sur l’opinion pour faire accepter certaines idées ou doctrines, notamm. dans le domaine politique ou social », dixit donc le Larousse2

C’est simple. Trop simple, même, peut être. Par ce que là, en gros, on a deux caractéristiques :

    • la propagande est une action systématique

    • elle agit sur des idées et des doctrines

Bon donc. Agir sur des idées et des doctrines, ça va, pas de souci. Maintenant, systématique :

« 1 Relatif à un système : combiné d’après un système3.

2 Qui est fait avec méthode, selon un ordre logique et cohérent

3 Qui pense et agit d’une manière rigide, péremptoire, sans tenir compte des circonstances

4 Se dit de ce qui se fait de manière invariable, habituelle.4 »

En d’autres termes : la propagande, ça consiste à faire rentrer une idée dans la tête des gens grâce à un plan très élaboré, organisé, répétitif et calculé. Dans l’idée, c’est comme la publicité, sauf qu’on vous parle de partis politiques au lieu de réduction sur les lardons. Mais vu comme ça, la moindre campagne politique relève de la propagande.

Ca, c'est Qublicité. Ce projet "déclinera de la publicité (des « qublicités », ou « publicités sur PQ ») – potentiellement interactive via l’ajout de QRCodes (baptisés « pQRCodes ») – mais aussi des informations, des blagues, des défis, dans un esprit communautaire. Ces derniers pourront, en effet, être l’oeuvre de particuliers, qui seront invités à déposer leurs messages sur une page internet dédiée. Les meilleurs seront, alors, imprimés sur les rouleaux." C'est très sérieux, et le crowdfunding mené il y a quelques années pour que ça se développe semble avoir abouti.

Ca, c’est Qublicité. Ce projet « déclinera de la publicité (des « qublicités », ou « publicités sur PQ ») – potentiellement interactive via l’ajout de QRCodes (baptisés « pQRCodes ») – mais aussi des informations, des blagues, des défis, dans un esprit communautaire. Ces derniers pourront, en effet, être l’oeuvre de particuliers, qui seront invités à déposer leurs messages sur une page internet dédiée. Les meilleurs seront, alors, imprimés sur les rouleaux. » C’est très sérieux, et le crowdfunding mené il y a quelques années pour que ça se développe semble avoir abouti.

Non, là où c’est amusant c’est que maintenant, le mot a acquis un sens négatif, largement admis par tous alors qu’il n’est visiblement pas là de base. La propagande, c’est devenu le fait de communiquer un peu brutalement de mauvaises idées, c’est à dire les idées des autres. Donc, c’est devenu très subjectif.

Elle était longue, cette introduction, hein ? La, je vous vois vous dire : « mais c’est n’importe quoi, il doit parler de chansons, elle est ou ma chanson ? ». Et je vous répondrai, d’une part que je vous emmerde, c’est mon article je fais ce que je veux, et ensuite que justement, j’y viens. Par ce qu’aujourd’hui, on va justement aborder une chanson de propagande. Et surtout une chanson de propagande qui, de notre point de vue, est non seulement mauvaise, mais en plus sans aucune subtilité. C’est parti pour Je veux un mec comme Poutine, chanté par les Putin’s girl5 Je vous laisse savourer6.

Mesdames (et messieurs, aussi, peut-être) je vous laisse gérer les orgasmes que vous avez sans aucun doute senti monter en vous à la seule évocation d’un mec aussi génial que Vladou. 7

Bien. Commençons par les paroles (qui ne commencent qu’après cinquante longues secondes d’un instrumental très douloureux)

Mon mec s’est encore fourré dans de sales affaires
Il s’est battu, a avalé des trucs crados
J’en ai par dessus la tête, alors je l’ai viré
Et maintenant, je veux un mec comme Poutine.

Là, de mon point de vue de petit occidental cynique et intolérant, je me dis que si elle en arrive à vouloir un mec comme Poutine, la pauvre devait effectivement se traîner un sacré raté avant. Enfin, je devrais plutôt dire : « les pauvres », puisqu’elles sont deux. Ben oui, Poutine n’est le fantasme d’une seule femme. Aujourd’hui deux, demain, le monde8

Un comme Poutine, plein de force

Là encore, admettons. Après, plein de force, c’est à double tranchant : ça peut être « je suis fort et je vous protégerai »9, mais aussi « Je suis fort, alors reste ici ou je t’attache dans la cuisine ». Allez demander en Crimée quelle option ils choisiraient pour Poutine.

Un comme Poutine qui ne boirait pas

Non la par contre, un Russe qui ne boit pas, vous ne me ferez pas croire ça, faut pas déconner.

Un comme Poutine, qui ne me ferait pas de peine
Un comme Poutine qui ne s’enfuirait pas.

Alors la par contre je suis d’accord. Il s’enfuit pas, Vladimir, il reste ou il est, indéboulonable. C’est un peu comme une maladie vénérienne, une fois que vous l’avez attrapée, bon courage pour vous en débarrasser.

Vladimir drague

Vladimir drague

Je l’ai vu hier aux infos
Il disait que la paix est à notre portée

Pas étonnant que ça les ait excitées, les mesdames. Moi même, quand je vois Angela Merkel parler d’unité Européenne, je ne me sens plus de joie. Surtout au JT de 20h, c’est un cadre tellement idyllique. On est à la limite de la chanson érotique, je n’avais pas entendu quelque chose d’aussi amoureux depuis Xavier Sainty. On devrait même s’en servir de bande originale pour un film porno10

Avec un mec comme lui on est bien chez soi et chez les amis

Alors bien chez soi, je comprend à peu près (même si perso le fait de dire « avec ça, on est bien chez soi », ça m’évoque plus une paire de pantoufles que Poutine, mais bon admettons), par contre « et chez les amis » ? J’ai plusieurs proposition d’interprétation.

-1 C’est en lien avec l’histoire de la paix juste au dessus, et ça veut dire que Poutine, quand il va chez des amis, n’essaie pas de les tabasser, de leur voler leur argenterie, de violer leur filles et leurs chiens, de plastiquer le garage…Un mec sociable, quoi.

-2 Ca veut dire que Poutine est un gros squatteur, et qu’il n’hésite pas à débarquer chez ses potes (ou pas, d’ailleurs, chez des inconnus ça marche aussi) et à s’installer confortablement le temps qu’il veut.

Perso, au vu de sa politique étrangère et militaire récente, j’ai un peu tendance à privilégier l’option 2.

c’est pourquoi maintenant je veux un mec comme Poutine.11

Puis refrain, quatre fois d’affilée. Quatre fois. Même Xavier Sainty s’était un peu plus foulé au niveau des paroles. Dans le lien que je vous ai envoyé, il manque quelques secondes à la fin mais je vous garantie que vous ne loupez rien. En parlant de liens, voici si vous voulez la chanson en anglais J’imagine qu’ils pensaient pouvoir vendre le clip à l’international. C’est bien d’avoir essayé.

Poutine fait du cheval.

Poutine fait du cheval. (ou alors, Vladimir drague, bis)

Je n’ai pas beaucoup parlé du clip, mais en fait je n’ai pas grand chose à en dire : il est composé en partie d’images d’archives de Poutine dans différentes situations de sa vie politique, des deux chanteuses qui s’agitent vaguement par dessus la musique, et d’images inédites de Poutine en train de regarder le clip12 tout en faisant des choses aussi excitantes que, par exemple, signer des contrats. Franchement rien d’intéressant, en fait. Je ne trouve même pas que ce soit très bien filmé, les lumières sont assez moches, ce qui est plutôt surprenant dans un clip officiel.

Par ce que oui, c’est là qu’on en arrive au point vraiment intéressant : si ce clip avait été l’oeuvre de deux douces dingues, un peu comme l’Hymne à Marine, ça n’aurait probablement pas de quoi faire autant parler13. Là ou les questions se posent, c’est quand on sait qu’il s’agit d’une chanson officielle, gérée par le comité de communication de Vladimir Poutine. C’est à dire que tout un comité et, probablement à un moment au moins, Poutine lui-même, ont estimé que ce clip avait une raison d’être, et était bon dans son genre. On se croirait revenu aux plus belles heures de la Russie Stalinienne, avec ces photos et ces films de Staline faisant des câlins à des enfants14. Alors forcément, on crie à la propagande, et à mon avis c’est à raison. Surtout que dans le cas de Poutine, ce n’est pas un cas isolé, il y a un réel culte de la personnalité autour de Poutine, et s’il est bien élu, il se rapproche en fait bien plus d’un leader à la Staline que d’un président tel qu’on le conçoit en France.

Et ce n'est pas une parodie, c'est très sérieux. Les T-shirt à l'effigie de Poutine se vendent très bien en Russie, parait-il.

Et ce n’est pas une parodie, c’est très sérieux. Les T-shirt à l’effigie de Poutine se vendent très bien en Russie, parait-il.

Mais alors deux questions.

Comment quelque chose comme ça peut-il encore prendre aujourd’hui ? Parce qu’encore une fois, des professionnels ont travaillé la dessus, alors à mon avis s’ils l’ont fait c’est qu’ils pensaient que ça allait sérieusement convaincre des gens que Poutine était un homme bien. Plus même, que Poutine était un homme idéal, non seulement en tant que politicien, mais aussi (et presque surtout) en tant que père de famille. Par ce que c’est ce qui est le plus souligné ici, la fidélité de Poutine, le fait qu’il mène une vie bien rangée, qu’il ait le sens des responsabilités, qu’il soit beau15, qu’il ait une grosse bite...). D’ailleurs à voir le clip j’ai un peu de mal à savoir s’ils veulent présenter Poutine comme un mari (comme le disent les paroles) ou comme un père idéal pour les deux jeunes femmes (dans tout le coté paternel que je ressens dans les images choisies, et en fait aussi dans certaines paroles évoquant la paix). Je pense que c’est un peu des deux ce qui, quand on y réfléchit, est dégueulasse. Mais enfin, quoi qu’il en soit, le message est en résumé : « Poutine est le père de la Patrie », et ça, comme qualificatif, c’est salement vieilli et connoté

Mais surtout : est-ce que vraiment ce genre de chose n’arrive que chez les autres ? Xavier Sainty ne compte pas, encore une fois ce n’était rien d’officiel, mais au fond, on se moque, mais n’a-t-on pas la même chose chez nous, en peut être un tout petit peu moins voyant ?

Je pense que j’exagère, on n’en est pas là en France à mon avis. Mais peut-être que je me trompe. Et surtout, je l’ai déjà dit mais je le répète, la scène politique devient de plus en plus basique dans ce qu’elle nous présente. Le culte de la personne, nous n’y sommes pas encore : mais le culte des partis pointe dangereusement. Au fond, c’est peut être ça qui sépare la propagande de la bonne communication politique, une simple histoire de manière de communiquer, de simplification extrême du propos qui transforme la vérité en une fiction simpliste, avec les bons très gentils d’un coté et les mauvais très méchants de l’autre.

Un mec comme Poutine, ça va, ça arrive aux autres16. Mais vous imaginez, si un jour on se retrouvait avec le clip officiel Une meuf comme Ségo ?

Oh, et puis allez tous vous faire foutre.

Staline

  1. Oui par ce que du moment que je pense, c’est une rêflexion. Je sais bien qu’à ce compte là, on peut dire que Laurent Ruquier, voire même Frigide Barjot réfléchissent. Vous noterez tout le bon goût qu’il y a à mettre Laurent Ruquier et Frigide Barjot dans le même sac. A propos de cette dernière remarque : elle était censée être dans une sous-note en bas de page, mais je ne peux pas attacher de sous-note en bas de page aux notes en bas de page. On travaille vraiment dans des conditions déplorables
  2. Edition 2004, désolé, on a pas le budget pour mieux
  3. Là, j’ai hésité à vous mettre aussi la définition de « système », mais elle fait plus d’une colonne alors allez vous faire foutre
  4. Encore d’après le Larousse, en un peu abrégé
  5. Oui, sans s à girl visiblement. Je pense que c’est comme les James Bond Girl, mais ça me fait quand même nettement moins rêver.
  6. C’est pas de la générosité, c’est juste qu’il est hors de question que je sois le seul à m’infliger ça.
  7. Je sais, c’est dégueulasse, mais bon, que voulez vous, la vulgarité ça fait vendre.
  8. Enfin, le monde féminin. Les mecs, hors de question. C’est pas un pédé, Poutine, non mais oh vous croyez quoi?
  9. Je sais bien que c’est rabaissant, le cliché de la femme qui veut que son homme la protège, mais bon c’est pas moi qui le dit, c’est la chanson
  10. Le porno politique, un genre étrangement peu exploité.
  11. Là, il y a un abominable plan sur Poutine, en légère plongée et probablement filmé à la courte focale. Sans entrer dans des explications techniques de péteux, je pense que c’est ce qui cause cette impression de déformation des perspectives sur ce plan. Sauf que normalement, c’est un effet utilisé pour faire bizarre voire glauque, éventuellement comique, en tous les cas décalé mais certainement pas prestigieux, du coup je ne vois pas ce que ça vient faire là. Ou alors Poutine a juste au naturel une tête bizarre et un sourire de pervers. En tous les cas, pile au moment ou la chanteuse rappelle à quel point elle veut un mec comme Poutine, ça fait très déplacé, et inquiétant en ce qui concerne sa santé mentale
  12. Le clip à sa gloire, donc. Ce qui veut dire qu’on est parfois dans un clip à l’intérieur d’un clip, on appelle ça du métaclip. Et de la mégalomanie, aussi.
  13. Attention, remarque beauf incoming. Surtout que quitte à choisir, je préfère encore voir les deux chanteuses ici présentes que Xavier Sainty
  14. Comme Dutroux, sauf qu’allez savoir pourquoi avec Staline ça passait bien.
  15. les paroles ne le disent pas directement, mais c’est largement souligné par le clip, qui filme Poutine comme un mannequin de pub de parfum
  16. Aux Russes, en plus, donc ça va, on peut se permettre de ne pas s’en préoccuper. Qu’est ce qu’ils ont fait de bien, depuis la Vodka et Dostoïevsky, de toutes façons ?