Je vis dans un film de Ken Loach.

Ça fait plusieurs mois que j’hésite à tenir ici un journal de ma vie à Pôle Emploi. Non pas comme employée, mais comme … comme quoi d’ailleurs ? Comment on doit dire ? Bénéficiaire ? Usagère ? Chômeuse ? Assistée (©Les Républicains­) ? Peu importe le nom, je vais donc régulièrement à des rendez-vous avec Pôle Emploi. En ce moment je suis sous-traitée à un organisme privé, ce qui a comme conséquence principale d’allonger mon temps de trajet pour m’y rendre de 15 minutes à une heure mais c’est bien connu, les chômeurs n’ont que ça à faire. Ce matin, en attendant mon rendez-vous, j’entends, dans un autre bureau dont la porte est restée ouverte, une autre conseillère recommander à sa … bénéficiaire (tranchons pour ce terme là) de manger équilibré. Car c’est bien connu, pour avoir un emploi, il suffit de manger ses 5 fruits et légumes par jour. Une semaine que je dîne de brocolis et de soupe de courgette, encore trois jours et je le rajoute sur mon CV, ça va impressionner les employeurs. J’entends aussi, via cette même porte ouverte des informations très privées sur la situation de la jeune femme, que je me refuse à vous répéter parce que le principe des informations privées c’est un peu que le premier pingouin qui passe n’est pas censé être au courant.

Mon tour arrive dans le bureau d’en face. Joie, allégresse et pluie de paillettes dans les coeurs. J’évoque mes démarches en cours (pour ceux qui ont la chance de ne jamais avoir été confronté à la situation, c’est comme ça que ça marche), en particulier le fait que j’attends une validation de dossier pour avoir le statut d’auto-entrepreneur. Une entreprise qui selon mon interlocutrice ne me permettra pas de vivre. Je suis un peu désarçonnée, d’autant que la même interlocutrice m’a encouragée un mois auparavant quand je lui ai exposé le dit projet. Elle me demande d’arrêter de chercher dans ma branche et de chercher un emploi alimentaire. Alors soyons clairs, ma branche c’est certes l’écriture, mais le statut d’auto-entrepreneur pour rédiger des manuels d’utilisation de mixeurs et d’arbres à chat, pour moi, c’est de l’alimentaire. Quant à savoir s’il y a moyen d’en vivre ou pas, il me semble que le seul moyen est d’essayer. Mais non, je suis donc sommée d’arrêter de mettre toute mon énergie à chercher un emploi dans ma branche (au moins on reconnait que je ne reste pas à fixer le plafond toute la journée, je suppose que c’est déjà ça), de me remettre en question (oui, dans ces termes) et de postuler au MacDo.

J’ai fait six ans d’études.

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