Christiane, laissez-moi être votre première dame

Bonjour à tous, et bonjour à madame Taubira qui, je le sais, me lit avec un sourire aussi ému qu’amusé depuis le ministère de la Justice.

Je suis très heureux que vous me lisiez madame Taubira, parce que voilà, je dois vous le dire, je vous aime. J’en parlais justement avec des potes à la terrasse d’un café un jour où il ne pleuvait pas (ça commence à remonter), et ils parlaient des filles qui leur plaisaient. Et là, au moment où tout le monde s’attendait à mon (vibrant) coming-out, je lâche, d’une voix à mi-chemin entre la fermeté et l’innocence, « Christiane Taubira ».

J’eus au moins le mérite de clore la conversation. J’imagine que la stupeur aurait été moindre si j’avais annoncé ma préférence pour Emmanuel Macron, mais c’est une autre histoire.
Mais du coup, je vous le dis, vous êtes vraiment le genre de femme qui me plaît. Pas seulement parce que vous êtes ministre, non, mais simplement, vous êtes toujours cet ange brillant dans l’obscurité glaciale, cette lueur d’espoir qui me rappelle que j’ai bien fait de voter Hollande en 2012. Enfin non, plutôt que j’aurais bien fait de voter Hollande si j’avais été en âge de voter en 2012, on s’est compris.

Le jour où vous invoquez Léon-Gontran Damas pour comparer avec talent la beauté du projet de loi sur le mariage pour tous (j’ai bien compris ce jour-là que je vous intéressais aussi, avouez-le) à celle de la rose dont la Tour Eiffel assiégée à l’aube voit enfin s’épanouir les pétales, sa grandeur à celle d’un besoin de changer d’air, et sa force à celle d’un cri aigu d’un accent dans la nuit longue, vous libérez chez moi un tel sentiment d’amour et d’émerveillement, dont l’immensité serait comparable aux comptes de campagne de l’UMP.

Lorsque, sur iTélé, on vous interroge sur Marine Le Pen, vous répondez « c’est qui, ça ? ». J’oublie alors le tout aussi mythique « Bonjour vous n’avez pas honte » prononcé par un inconnu sur une radio tout aussi inconnue et je ne vois que vous, vous qui maniez aussi bien l’aphorisme que la joute verbale, le long discours et la discrète plaisanterie. J’aime tellement vous entendre et vous voir parler que je me repasse en boucle vos réponses aux « Questions au gouvernement ». A vous toute seule, vous pourriez me divertir et m’émerveiller davantage qu’une animation du Futuroscope, ou qu’un one woman show de Sophia Aram.

Christiane belle
Elle est bonne celle-là !

Quand, dans la revue Society, vous ne vous gênez pas pour critiquer les paroles d’un ministre socialiste étant sans doute à l’heure actuelle en train de planter ses chips triangulaires dans le guacamole offert gracieusement par l’Université d’été du MEDEF (en tous cas pas celle du PS), quand vous dîtes des paroles d’Emmanuel Macron sur le rêve des jeunes français de devenir milliairdaires qu’elles ne peuvent en aucun cas refléter l’évolution de la parole de gauche, malgré l’appartenance de cet homme au gouvernement actuel, je continue de vous admirer, je continue d’être sous le charme, épris de vos belles paroles, amoureux de votre langage. J’ai envie d’être votre homme, votre marié pour tous, votre rose du PS, votre projet de Loi, votre Sceau, voire l’une de vos Queens1.

A l’Assemblée Nationale, le jour où Éric Ciotti vient vous apostropher, ayant cru déceler en vous une cible facile, vous qui avez longtemps été accusée d’avoir fait perdre la gauche en 2002, comme si toute la colère et tout le dénuement dans lesquels se retrouva plongée la gauche républicaine lors de ces sinistres élections devaient irrémédiablement se retourner contre vous, lorsque vous accusez en retour ce pauvre individu de ne pas réussir à réprimer à votre égard un « sentiment contrarié », cette répartie discrète, cette emphase sur ces deux mots prononcés avec votre grâce et votre élégance naturelles me laissent béat. Quelle style, quelle audace, quelle classe !

Je ne vois franchement pas ce qui pourrait s’opposer à la rencontre de nos destins. L’âge ? Quelle importance ? Bon, c’est vrai que vous pourriez être ma grand-mère, bien que vous soyiez beaucoup moins ridée. Mais vu que ma grand-mère maternelle est morte, ça me dérangerait pas que vous puissiez la remplacer, du coup. Après, c’est vrai que je n’ai jamais couché avec ma grand-mère, et pas seulement parce que je n’en n’ai pas eu le temps. Mais à la limite, pour ce domaine, cette fois je l’avoue, le beau et ténébreux Emmanuel Macron me tente plus, donc la question ne se posera pas. Ne vous en offusquez pas, vous êtes toujours ma préférée. Vous vous attirerez sans doute des jugements déplacés de quelques couards de l’UMP face auxquels vous saurez faire face avec force et détermination !

Oui, notre union mettrait un terme à mes ambitions de devenir un jour un grand journaliste. Mais quelle importance ! Carla Bruni a bien réussi à sortir des albums, Valérie Trierweiler s’est mise à écrire des bouquins… Pourquoi ne pourrais-je donc pas être votre première dame en 2017 ? Je suis d’accord pour qu’on fasse notre lune de miel à Cayenne, si vous voulez. Je suis prêt à tout pour vous, à lire tout Césaire et tout Senghor, à oublier les 49-3, et à apprendre le code civil par cœur, mieux que le code de la route. Je vous demanderai juste un autographe pour ma maman, s’il vous plaît.

Je nous vois bien finir notre vie dans une grande bibliothèque avec les sous que vous aurez économisé (garde des sous, c’est plus ou moins votre boulot, non ?), nous pourrions nous lire des poèmes et des extraits de roman à longueur de journée. Je serais votre Guillaume Galienne, vous seriez ma Kathleen Evin, nous aurions l’humeur vagabonde, parce qu’après tout, ça peut pas faire de mal.

Oui, sans doute devez-vous me trouver bien sot à poster mes vulgaires chroniques lues par douze personnes et demi, sans doute devez-vous trouver cette déclaration bien maigre et sans vraie valeur alors que doivent sans doute fleurir sur votre bureau, des courriers bien plus beaux (et sans doute moins sincères). Eh bien oui, sans doute, je suis sot. Alors gardez-moi !2

Ne refusez pas, je suis tout à vous.

  1. Parce que Christiane and the Queens. Pour ce jeu de mots, merci de vous adresser à notre stagiaire : machineacafe@trollsalunettes.fr
  2. Pour ce jeu de mots de trop, merci de vous adresser à notre autre stagiaire : photocopieuse@trollsalunettes.fr
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2 réflexions au sujet de « Christiane, laissez-moi être votre première dame »

  1. Si seulement les hétéros savaient écrire d’aussi belles déclarations d’amour…
    J’attends l’autographe (je n’imagine pas que cette brillante lettre ne parvienne pas à son inspirante destinataire).

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