Mots de gauche, mots un peu gauches, et gros moches

Le Parti Socialiste, c’est tout un vocabulaire minutieux à maîtriser. Faut pas croire, suffit pas de penser que le changement c’est maintenant et de prendre des roses à pleines mains avant de vous rendre compte que vous avez la paume ravagée par les épines (et donc que vous auriez dû réviser votre cours de bio) pour pouvoir prétendre à l’acquisition de votre carte du parti. Et attention, ils sont très sérieux là-dedans. Quiconque ne respecte pas le strict règlement sémantique du parti pourrait bien, à l’instar de Jérôme Cahuzac, avoir des comptes (en Suisse) à rendre. Démonstration.

Valeurs de gauche, trolls de droite : plutôt #VivreEnsemble #PasDAmalgame ou plutôt #BienPensance #PolitiquementCorrect ?

Bon, là, c’est plutôt simple. D’un côté, ceux qui prônent le vivre-ensemble en harmonie entre tous les peuples et tentent de le rappeler après chaque attentat terroriste, de l’autre, ceux qui dénoncent la bien-pensance de ces gens qui, de peur d’être politiquement incorrects, refusent de dire que tous les arabes sont des intégristes terroristes un point c’est tout, quelle bande de tapettes ces socialos.

Une réponse assez évidente, donc. Je suis sympa, je commence plutôt facile. Prôner le multiculturalisme, la cohabitation pacifique des peuples entre eux, c’est une valeur profondément gauchiste, même si on peut l’appeler comme on veut (« gauchiasse bobo dictature socialiste de la bien-pensance politiquement correcte » me paraît être une proposition recevable). En revanche, s’attirer la gratitude des foules en l’excitant à coups de « C’est les musulmans qui amènent la merde en France aujourd’hui ! » made in Philippe Tesson, c’est une manière un peu gauche de penser, donc une idée de droite. Vous me suivez ?

Illustration randomL’article commençant à devenir imbuvable car trop pauvre en illustration, je pose ça ici. Et puis si jamais vous avez oublié de quoi on parle, ça vous fait un repère. Malin, non ?

La nuance qui fait tout : Faut-il prôner une politique de rigueur ou bien lui préférer l’austérité ?

Ah, vous ne voyez pas la différence, hein ! Pas plus qu’entre la dénationalisation et la privatisation, hein ! Eh bien voilà, vous tombez directement dans le piège, vous ne saisissez déjà pas cette fracture immense entre le mot de gauche et le mot de droite, même si nous nous accordons plus ou moins à dire que ces deux mots sont avant tout des maux.

Bref, histoire de ne pas vous faire attendre davantage, voilà la réponse.
L’austérité, on la laisse à la droite. L’austérité, c’est la tronche du vieux prof de piano aigri du conservatoire à rayonnement régional qui est là depuis plus longtemps que Dumbledore à Poudlard et qui vous regarde un peu en biais parce que vous n’avez pas bossé vos romances sans paroles de Mendelssohn. L’austérité, c’est tout le monde met ses chaussons au pied du sapin et se couche à 21h30 après avoir bu sa soupe. Au chou. L’austérité ne met pas trop d’effusions dans ses embrassades du 1er janvier puisqu’à minuit, l’austérité est déjà au lit. L’austérité, c’est un papa (bricoleur), une maman (cuisinière), on ne ment pas aux enfants. Bref, l’austérité fait peur, et le PS se bat contre l’austérité. Pire, la gauche de la gauche se bat contre l’austérité de la gauche elle-même. L’austérité, c’est donc ce qu’il y a un peu à votre droite. Oui, méfiez-vous de la souris de votre ordinateur voire même de la touche « Entrée », elles sont austères. Votre oreille droite, après 3 jours sans douche, a un côté assez austère aussi. Par quoi la gauche répond-elle alors à l’austérité ? Par la rigueur !

Petit point culture pour le prouver. En mars 1983, Mitterrand annonce le « tournant de la rigueur », et non celui del’austérité. Le mot même de rigueur avait été d’abord utilisé quelques mois auparavant par le ministre socialiste Pierre Mauroy qui définissait la rigueur comme « l’austérité plus l’espoir »… L’austérité, elle, colle davantage à la peau d’un Raymond Barre.
Bref, si vous voulez votre carte au PS, va falloir être rigoureux, et pas austère !

Bernard Sac de RizImage de Bernard Kouchner pour meubler cet article décidément trop textuel, mais vous allez voir, y a quand même un lien avec la suite. A défaut de trouver une photo de lui dans un accoutrement anarchique, le voilà affublé d’un sac de riz.

Grand débat entre Bernard Kouchner et lui-même : Faut-il défendre le droit à l’euthanasie ou se battre pour la réhabilitation du nazisme ?

D’accord, je vous vois poser vos coudes sur votre bureau pour prendre votre tête dans votre main et vous demander ce qui vous a pris de lire cet article. Je vous vois tous les deux, vous et votre regard désolé, vous qui avez cru un instant que cet article serait sérieux, instructif et pertinent de bout en bout. Et je vous comprends. Je viens vous parler l’air de rien de bien-pensance et vivre-ensemble, je vous refais votre culture (si, avouez) en faisant l’étymologie politique de l’austérité et de la rigueur et là, paf, un point Godwin arrive entre ces lignes à la manière d’un cheveu blanc sur la tête d’un chauve. Je vois votre bras, je vois votre main prendre votre souris pendant que vous poussez un soupir exaspéré, prêt à fermer cet onglet maaaaaaais… Mais vous n’allez pas le faire car la question abordée ici est tout à fait sérieuse. Lisez la suite, vous allez voir.

(Alors oui, bon, parler de Bernard Kouchner dans un article sur le PS peut paraître légèrement acrobatique, mais sans doute pas autant que faire passer en force à coups de 49.3 la loi Macron. En tous cas, en terme de socialisme, on en est plus ou moins au même stade. Donc on arrête de critiquer et on écoute, s’il vous plaît.)

Nous ne sommes en effet pas sans nous rappeler ces paroles de notre ami Nanard qui avait vu le rapprochement sordide existant entre les mots « euthanasie » et « nazi », une similitude sans doute plus auditive que sémantique, donc un rapprochement lui aussi assez acrobatique mais qui n’était pas sans l’inquiéter et qu’il était même jusqu’à aller qualifier de « pas gentil », avec une voix légèrement nasillarde1.

Bien sûr, à choisir, allez plutôt défendre l’euthanasie que le nazisme, Vincent Lambert vous en remercierait, mais prenez toujours garde à la malice des mots, toujours.
Dans le même style, sans doute aurions-nous pu nous demander s’il fallait parler de la Centrafrique ou de la Françafrique (ou de la différence fondamentale entre les affaires étrangères et les étranges affaires…).

La question piège : Faut-il aller en Allemagne en Falcon ou avoir un compte en Suisse ?

Alors, faut-il opter pour l’esclandre2 de Manu ou pour l’embrouille de Jérôme ?

Zut, voilà deux scandales de gauche. La question serait-elle alors insoluble ? Dans un dernier espoir, nous pouvons adopter la solution Nanard. Dans « l’Allemagne en Falcon », il y a con, ce qui n’est pas gentil. Mais là encore, c’est l’impasse : dans « compte en Suisse », il y a aussi con. Génies que nous sommes, nous venons de prouver que Falcon et compte sont deux mots de gauche, définitivement.

Christiane dicoChristiane lit quelques extraits du dictionnaire aux deux mauvais élèves de la question suivante.

Duel au sommet : Faut-il dénoncer la méprisance ou encourager la bravitude ?

Vous n’avez pas pu oublier ces grands moments de francophonie. Mais que voulez-vous, à droite comme à gauche, une campagne présidentielle est toujours difficile. Nicolas et Ségolène (deux candidats qui nous ressemblent ♫) en ont fait l’amère expérience. Saurez-vous rendre chacune de ces pépites à son heureux propriétaire ?

Ah, je vous ai vu ! Vous êtes en train de vous demander ce qui ne va pas dans ces deux mots. Vous les avez tapé dans votre logiciel de traitement de texte qui s’est empressé de les souligner en rouge, vous laissant une mine perplexe et contrariée. Je vous laisse chercher les mots originaux. En attendant, la grande conquérante de la bravitude, c’est Ségolène qui tente, depuis la grande muraille de Chine, de réciter un proverbe chinois en français. On constate qu’elle a dû sécher les cours de méthodologie de la version. Quant à la méprisance, elle est signée Nicolas, même si le mot existait en ancien français (pas très étonnant de le retrouver dans la bouche d’un lecteur assidu de Victor Hugo, donc). « Je veux apporter des réponses. Oh. Des réponses qu’on ne comprendra pas dans un certain nombre de cercles dirigeants. Des réponses qu’on va regarder avec cette… méprisance », avait dit notre héros sur un ton qu’il aurait sans doute voulu théâtral. Tu m’étonnes que les cercles dirigeants ne te comprendront pas, Nico. Mais nous, on t’aime.

Un petit dernier (facile) pour la route : Faut-il il s’abonner aux Inrocks ou recevoir Valeurs Actuelles ?

Allez, celle-ci je vous laisse cogiter. Si vous avez bien suivi le reste, vous devriez y arriver !

François Kazakstan« Engagement tenu, et garanti sans austérité. »

  1. Bon, cette précision est éminemment discutable, mais comme vous avez compris mon superbe jeu de mots, vous n’allez pas vérifier. D’avance etc.
  2. Mot de droite ou mot de gauche, le mot esclandre est en tous cas l’un de ces termes qui font la richesse de notre vocabulaire. C’est la seule raison de son utilisation ici.