[PC 7] Une manif à prendre homo

Manifester, c’est tout un art. Le bon petit manifestant devrait ainsi apprendre, tel un guerrier, un certain nombre de techniques indispensables pour survivre sur le terrain, dans cette terrible jungle urbaine qu’il inondera de ses imprécations. Enfin, survivre : disons au moins ne pas passer pour un con, c’est déjà pas si mal. Ainsi, la prochaine fois que vous insulterez un « connard-de-gauchiste-nazi-communo-sarkoziste », rappelez vous bien qu’il n’est là qu’après de longues heures d’entraînement au lancement de pavé, de formation à la maîtrise du mégaphone, de stratégie militantiste (où marcher pour faire chier le plus de monde possible), de cours peinture, de poterie, de résistance à l’alcool et aux lacrymos et de chant.

« Mais », me direz vous, déjà passionnés après ces quelques lignes liminaires, « que se passe-t-il si un manifestant, voire même pire un groupe de manifestant, décidait d’y aller à la zob, sans étudier toutes ces sciences ? »

Eh bien, il se passerait ça.

Bon, donc qu’est ce qui ne va pas ici1 ? On serait bien tentés de répondre « tout », mais cet article ne fait que 185 mots pour le moment, « 185 » étant le 186è mot. Enfin, le premier 185, puisque le deuxième était le 191e, et le troisième le 199e. Savoir compter aussi, c’est important, ça évite les débats sur « la police dit qu’on était trois, mais je vous jure qu’on était 200 000 ! »

Alors, détaillons.

Pour commencer, un rapide résumé de la théorie « manif pour tous », au cas ou vous auriez loupé quelque chose :

« Non mais on va pas autoriser les pédés à se marier, je suis pas homophobes mais quand même, vous me direz pas le contraire, l’homosexualité c’est une maladie et comme par hasard y a que les pédés qui la chopent. » Non, je sais, je grossis à peu près autant le trait qu’un journaliste de chez Libé, en réalité maintenant ils défilent plutôt contre la GPA2, mais j’ai pas envie d’y passer trois heures.

La manif pour tous expliquée aux enfants

La manif pour tous expliquée aux enfants

Je ne vais pas m’attarder sur le début, avec la guitare que même moi je m’en sors mieux (et pour ceux qui se demandent : non, je ne suis pas guitariste) et une foule en délire d’au moins trois personnes. Je n’insisterai pas non plus sur le joyeux « whou » poussé par le chanteur, qui personnellement m’évoque un peu Zaza dans La cage aux folles. Mais je sais, c’est juste moi qui suis rempli de clichés. Et passons directement aux paroles.

Des fous ont pris ta route et le contrôle de toi
Et moi le Ciel m’a donné toute sa liberté
Je n’ai plus peur des hommes ni même de leurs lois
Et je sais que demain un grand ciel bleu se lèvera

Alors. On a du lourd, donc faisons déjà un petit listing :

    • vers 1 : dictature socialiste, bouh !
    • Vers 2 : Jésus est parmi nous.
    • vers 3 : Euh quoi ?
    • Vers 4 : attendez attendez, le mec vient de dire qu’il se fiche de la justice des hommes ?

Laissez tomber la liste, je ne sais pas quelle devait être l’intention derrière cette phrase, mais moi ce que j’y vois c’est quelque chose de quand même très proche du message typique d’un extrêmiste adepte de l’aviation. Je vois peut-être le mal partout, mais quand même, à partir du moment où on dit qu’on juge la justice de Dieu plus importante que celle des hommes, ça veut dire qu’on peut se permettre à peu près tout acte excessif, pourvu qu’il serve la justice de dieu. Alors là c’est juste un manifestant, et il est peut-être très gentil en dehors de ça (j’ai du mal à imaginer autre chose qu’un adepte des JMJ un peu con, au vu de ce que j’entends, mais bon c’est très subjectif), mais merde, le sous-texte c’est important. Et là, il dit ça dans le cadre d’une manifestation, mais c’est largement le propos que pourrait sortir un mec qui irait tirer sur une foule (une foule de pédés, bien entendu, par ce que tout le monde sait que les pédés, ils veulent enculer nos filles bien éduquées pendant qu’elles font la prière, tout ça tout ça).

Enfin bon. Jetons quand même un œil plus attentif au reste. Dans le premier vers, ce qui me pose problème, c’est que le mec a l’air de dire qu’on l’a contraint a faire quelque chose, mais je ne vois vraiment pas pourquoi. Personne l’oblige à se marier en dehors de l’Eglise ou avec un homme, enfin ! C’est pas parce qu’on l’autorise que paf, tout à coup, ça va devenir obligatoire. Du coup je ne vois vraiment pas en quoi des fous ont pris son contrôle.

Et pour le dernier vers, je suis désolé, mais j’écoute cette chanson le 24 septembre et météorologiquement parlant, je ne suis vraiment pas certain que demain il y ait un grand ciel bleu.

A la limite, gris bleu.

A la limite, gris bleu.

Y aura tellement de gens partout et tellement de lumière
Y aura tellement de fous tu respireras tellement d’air

Alors autant le vers 1, je comprend qu’on est encore sur le délire religieux. Sachant que techniquement, tellement de gens partout, c’est un peu une arnaque, on devrait pas dépasser les 144 000 d’après la Bible. D’ailleurs je dis « on », mais il y a peu de chances que j’en fasse partie, mais c’est une autre histoire ça.

Par contre le vers 2, vraiment, ça m’échappe totalement. Je me dis que j’ai peut-être mal compris les paroles, mais comme je ne les trouve nulle part sur internet, je suis bien obligé de me fier à ce que j’ai entendu. Et donc, voici la seule chose que je peux vous proposer pour interpréter ces deux vers ensemble :

« On va aller en boîte de nuit
On dansera toute la nuit
Tu va tomber dans le coma
Un pompier t’oxygénera. »

Voila. Vous en faîtes ce que vous voulez, si vous avez une autre idée n’hésitez pas à partager dans les commentaires.

Et je sais que tu penses à toi et à toutes tes affaires
Mais je te dis je serai là tu peux compter sur moi
Pour aller à Paris danser sur les champs Élysées
Le 24 mars lève toi et viens nous retrouver

C’est un peu le souci des chansons trop claires temporellement : passé la date prévue, ça fait tout de suite beaucoup moins d’effet3 Dans la mesure ou c’était censé être chanté en manif, on peut encore admettre l’idée, je suppose, sauf que dans ce cas, elle devait être chantée à la manif du 24 mars aux Champs Élysées, et donc les manifestants auraient, sur place, affirmé au futur leur présence à une manifestation à laquelle ils étaient présents au présent ?

Cette histoire se complique de vers en vers. Mais offre au passage une toute nouvelle interprétation d’un classique de la chanson française.

Ah et sinon : jolie, la référence au « Lève toi et marche ». Non, vraiment, pour le coup c’est sincère, il y a une certaine subtilité.

Eh !

Y aura tellement de gens partout et tellement de lumière
Y aura tellement de fous tu respireras tellement d’air

Bon, par contre ça ce n’était pas la peine de nous le redire. Sans déconner, on croirait que tout à coup, au milieu du texte, il a foutu un slogan écolo qui n’a rien à voir avec le bouzin. Je me suis dit au début que c’était peut être pour avoir une rime, quitte à ce que ça ne veuille rien dire, mais dans le reste de la chanson l’absence de rimes n’a pas l’air de le troubler plus que ça, alors ce n’était vraiment pas la peine…

Comme des frères qui ne s’étaient jamais rencontrés
Venus de partout pour chanter la liberté

Non vraiment, j’ai du mal avec le concept de chanter la liberté venant de mecs qui, justement, veulent en interdire une. Et encore une fois, ils peuvent se victimiser s’ils le veulent mais personne ne les oblige à faire quoi que ce soit. A la limite à fermer leur gueule, mais vu comment ils chantent, ça me paraît un minimum.

Et les frères qui ne s’étaient jamais rencontrés, superbe image de la famille idéale, vraiment, bravo. C’est encore papa qui est allé pondre un bébé n’importe où, ça. Et on se retrouve avec quinze bâtards à gérer au moment de distribuer l’héritage, voire même plusieurs centaines de milliers selon les manifestants et maximum 20 000 selon la police, ce qui provoque chez moi au moins un respect envers les capacités physiques de papa, mais je crois que je m’égare, comme celle du nord, qui est la plus pratique pour accéder aux Champs Elysées, mais prévoyez à l’avance sinon je vous dit pas le bordel dans le métro.

On lâche rien

Ah ben nous y voilà.

On lâche rien

Et la grappe, vous voulez pas me la lâcher ?

Ceci est un hors sujet pictural.

Ceci est un hors sujet pictural.

On lâche rien le 24 on va tous aux champs Elysées

Non ? Bon ben tant pis. De toutes façons je m’en fous je suis pas Parisien, donc vous faîtes ce que vous voulez sur les Champs Elysées.

On lâche rien allons enfants il est temps de vous réveiller

Deuxième message à peu près bien amené de la chanson avec la référence à la Marseillaise. Faire appel à un élan citoyen pour sauver la France d’un fléau, et le faire comme ça, c’est presque subtil. C’est dommage que le fléau en question n’en soit pas vraiment un. Et que « il est temps de vous réveiller » vienne un peu ruiner l’effet, en faisant ressembler la phrase à une réprimande de maîtresse de CP contre un de ses élèves inattentif.

On lâche rien le droit d’un enfant est une priorité
On lâche rien une vraie famille pour un amour équilibré

Voilà, c’est casé, un papa une maman, papy qui coupe du bois, mamie qui fait des confitures, le cousin avec qui on se marie, la routine. Je ne reviendrai pas sur ce que ça implique pour les familles ne serait-ce que monoparentales, ça a déjà largement été dit. Mesdames, messieurs, si vous devez devenir veufs ou veuves un jour, attendez que les enfants se soient mariés, sinon ils seront déséquilibrés et ce sera de votre faute.

On lâche rien ein ein ein ein ein ein ein ein ein ein

J’ai peut-être oublié un ou deux « ein », mais vous avez compris le sens global.

On lâche rien on vient libérer nos consciences emprisonnées

Au moins, ça éclaircit un point. Ils se considèrent comme prisonniers, parce que le mariage gay est immoral, donc leurs consciences ne le supportent pas, mais on n’autorise pas la juste révolte de celles-ci. Ca tient debout. C’est con, mais ça tient debout dans sa connerie. Alors par contre je ne sais pas si c’est un compliment.

On lâche rien le 24 on va tous aux champs Élysées

On lâche rien

Eh ben, ils ne l’ont pas dit pendant tout le début de la chanson, mais ils se rattrapent sur la fin avec leur « on lâche rien ».

Bon alors : l’instru est pourrie, le chanteur mauvais et le message…Est ce qu’il est. Je n’ai pas eu le courage d’écouter le reste du disque (parce que oui, il y en a un, et vous pouvez même l’acheter ou cliquer pour écouter les titres gratuitement, n’est ce pas généreux ?  On ne sait jamais, des fois que vous manquiez d’idées pour le premier avril, ou pour rigoler un bon coup au mariage de Robert et George), mais ça m’a l’air mal barré pour avoir de sitôt un grand hymne en faveur de la manif pour tous.

Sauf que s’ils sont partis pour continuer leurs manifestations, ils vont encore essayer, trouver de nouvelles chansons, en écrire des pire. Ils l’ont déjà fait, cliquez pour écouter

Alors il est temps de réagir. Mesdames, Messieurs, le 12 octobre prochain, je vous invite à une grande manifestation sur les Champs-Elysées (puisqu’ils ont l’habitude), contre les manifestations qui massacrent la chanson.

Parce que les droits des homos, c’est bien joli, mais il ne faut pas oublier les vrais priorités.
Bon, et là, j’avais prévu de vous mettre une jolie chanson en conclusion, sauf qu’elle n’est pas sur internet. C’est ça, d’écouter des artistes peu connus. Alors je vous met le premier résultat trouvé sur google en tapant le nom de ladîte chanson, La chanson de Nicolas.

Comme quoi, même l’hétérosexualité a ses failles.

"Tu vois Zaza, ça c'est ce qu'on appelle une merde"

« Tu vois Zaza, ça c’est ce qu’on appelle une merde »

  1. Tout en se disant qu’on a au moins échappé au clip ?
  2. Soit dit en passant, c’est vrai que c’est très étrange qu’on veuille faire avancer les dossiers liés à la GPA alors qu’à coté, il y a j’ai l’impression une stagnation assez importante en ce qui concerne l’adoption. Ce serait peut-être intéressant de réussir à caser tous les mioches qui encombrent les centres et orphelinats avant de songer à en pondre cinquante nouveaux. Je sais qu’ici, encore une fois, je grossis beaucoup trop le problème, mais c’est une question qui m’interpelle un peu
  3. J’écris cet article le 24 septembre, soit six mois après le dernier 24 mars en date

[PC #6] Lalanne a rechié

Lalanne

Il y a des jours où le monde décide de nous faire passer un message subliminal, comme ça, pouf. Et c’est dans ces moments là qu’on se rend compte que le monde n’est pas franchement subtil. Ainsi, alors que la rédac chef de ce blog1 décidait que nous allions nous pencher cette semaine sur la question des réfugiés, voilà que Francis Lalanne, dont je ne savais plus s’il était vivant ou mort, nous sort une chanson et son clip traitant exactement du même thème. Aussitôt, ma rédac chef2 m’assigne la dure tâche de parler de cette œuvre. Enfin, ce n’est pas réellement en parler qui pose problème, hein, il y a des trucs à dire : mais pour les connaître, ces trucs à dire, j’ai du écouter la chanson et regarder le clip.

Bon, alors. Laissez moi cinq minutes le temps de trouver un oto-rhino, d’avancer la date de mon prochain rendez vous chez l’ophtalmo, et puis on pourra s’y mettre. Ah, et on va aussi mettre une jolie musique, pour tenter d’oublier ça. The Hours, par Philip Glass, qui n’a aucun rapport avec notre sujet mais j’avais très envie d’en parler, et de toutes façons c’est mon article je fais ce que je veux.

On commence par un dessin de la photo qui a lancé tout le débat récent autour des migrants, celle du petit Aylan mort sur une plage. Mais attention, quand je dis « un dessin », comprenez le genre de trucs fait sous paint, avec des dégradés de couleurs très laids. Il y a même un cœur tracé dans le sable pour entourer le corps. La grande classe.. Le genre de truc qu’on s’attendrait plutôt à voir dans un de ces nombreux gifs de philosophie de cuisine qui font encore aujourd’hui les beaux jours des chaînes d’e-mails.

Proverbe

Par dessus ça, on a le son d’un cœur qui bat. Quelques secondes plus tard, le dessin laisse place à des images de jt, représentant des migrants sur un bateau, l’air malheureux, tout ça…On ne va pas forcément y revenir pendant tout le clip, Lalanne a du chercher les passages les plus miséreux de toute une année de Claire Chazal3, histoire de bien faire comprendre aux moins vifs d’entre nous (ou éventuellement aux sourds) qu’être migrant, c’est pas cool.

Puis Lalanne commence à chanter. Je sais, c’est pas cool, mais il fallait bien que ça vienne à un moment. Et pour ceux qui n’auraient pas osé cliquer sur le lien de la vidéo, mais se posent quand même la question : oui, on dirait toujours qu’il a une extinction de voix quand il chante. Je sais bien que venant d’un fan de Renaud, c’est un peu cracher dans la soupe que de critiquer un chanteur à la voix…Disons fatiguée, mais bon, Renaud, au moins, il y a des à coté.

Ouvrir son cœur et son esprit
Ouvrir les portes du paradis
A tous ceux
Qui ont l’enfer au fond des yeux4

Alors procédons en deux temps :

1/ Le clip. Lalanne apparaît, avec son look de hipster gothique très malade, jouant du piano et chantant d’un air pénétré, incrusté à l’arrache sur des images dégueulasses de coucher de soleil. C’est presque aussi moche que le clip de « sous le sunlight des trôpiques », sauf que Montagné avait à la fois l’excuse de l’époque et de la vue.

2/ Les paroles. Je ne vais pas signaler à chaque fois que c’est cul-cul, hein, après tout on écoute du Lalanne donc ça paraît évident que toute la chanson paraît composée par un télétubbies défoncé, mais… « ouvrir les portes du paradis », vraiment ? Je veux bien que la France soit préférable aux pays que fuient les réfugiés, et je ne suis pas tellement pour la tendance à critiquer tout ce qui se passe dans notre pays dès que quelqu’un décide de quelque chose, mais dire que c’est le paradis c’est peut-être un peu exagéré quand même. J’imagine que c’est pour faire l’opposition avec l’enfer au fond des yeux, mais une métaphore ça a pas toujours besoin d’être aussi bourrin, tout de même.

Ouvrir son cœur et son esprit
Ouvrir les frontières de son pays
A ceux qu’on a
Privés du droit
De vivre heureux

Là, le plus intéressant qu’on puisse signaler, ce sont les images… Etranges du clip, à partir de 0’30, qui me rappellent un peu ces passages des premières saisons de Docteur House, où on entrait dans le corps des patients pour voir ce qui n’allait pas. Pour ceux qui n’ont jamais regardé docteur House, cherchez des vidéos de coloscopie sur youtube, ça devrait vous donner une bonne idée de ce à quoi ressemble le clip. Doit-on comprendre qu’il y a autre chose que son cœur et son esprit qu’il faudrait ouvrir aux migrants ?

Je ne veux plus voir tous ces gens mourir
Sous les roues d’un train partant
Pour le pays qui ne veut pas les recevoir

Je ne veux plus voir ces troupeaux d’humains
Dériver sur ces bateaux
Sous le regard
De ceux qui ne veulent rien voir5

Proverbe 2

En parlant de train et de gens qui meurent, j’en profite pour placer une réflexion qui n’a aucun rapport : moi, si j’étais un migrant, je ne ferai pas forcément confiance à un train allemand. On vous a démasquée, madame Merkel, on sait que vous voulez rétablir la gloire de votre pays !

Hum hum pardon. Je commence à atteindre beaucoup trop souvent le point Godwin dans ces chroniques, il va falloir que je me calme.

Et sinon, il y a une vague contradiction dans le deuxième couplet : il dit qu’il ne veut plus voir les migrants sous les bateaux, tout en reprochant aux autres de ne pas vouloir voir les migrants sur les bateaux…C’est de très mauvaise foi de ma part, je sais bien qu’en réalité il veut dire que lui a conscience de la situation et qu’il voudrait ne plus avoir à la supporter tandis que les autres n’ont même pas cette conscience et s’y aveuglent, mais ça reste très maladroit comme formulation. Comme tout le reste, je sais bien, mais bon il faut bien que je dise quelque chose de temps en temps.

Ensuite, re-refrain, ouvrir le paradis, son esprit, son cœur, coloscopie, réfugiés, etc, on va pas insister la dessus.

Je veux chanter ces mots d’enfant
A vous messieurs que l’on nomme grands
Quand on est grand
On ne peut pas ne pas savoir

Je vais me répéter par rapport à ce que j’ai déjà dit quand je parlai de la chanson de Yannick Noah, je ne comprend vraiment pas ce qu’ont tous ces chanteurs à entretenir cette image d’innocence de leur part. Je veux bien que le rapport à l’enfance soit une bonne chose dans certains cas, mais quand on traite de sujets graves comme ici, encore une fois, j’aimerai bien qu’il y ait un peu plus d’arguments, et pas seulement le « j’ai gardé mon âme pure d’enfant, j’accueille tout le monde, youpi, je ne suis pas corrompu par l’égoïsme des adultes et des méchants wouuuuh ». Surtout qu’en réalité, les enfants sont tout sauf tolérants, allez cinq minutes dans un cour de récré pour vous en rendre compte. Des gamins, à cette heure ci, ils seraient en train de vérifier avec un bâton si le petit Aylan finit par réagir quand on le touche trop. Je sais, c’est macabre, mais c’est comme ça.6 Ajoutons que le clip nous a proposé une image de comète qui tombe au dessus d’un lac, ce dont je déduis qu’on en a vraiment plus rien à faire de la cohérence.

Savoir ces femmes et ces bébés
Qui n’ont même plus d’eau pour pleurer
Le savoir et faire comme si les aider
N’était pas un devoir

L’image avec l’eau, elle est presque jolie. Si elle n’était pas au milieu d’un texte aussi médiocre, et s’il n’y avait pas la voix larmoyante de Lalanne pour la desservir, à mon avis ça aurait pu marcher. Et sinon, on continue sur la même lancer. Pourquoi est-ce un devoir de les aider ? Parce qu’on est gentils ? Parce que c’est moral ? Parce que c’est humain ? Ne comptez pas sur une explication, c’est un devoir et puis c’est tout. Au même titre que pour certains, c’est un devoir de conserver la pureté de notre pays. Sans justification, je suis désolé mais je ne vois pas qu’est ce qui pourrait me faire préférer un argument à l’autre, si ce n’est mes sympathies personnelles. Mais le but d’un argument est censé être justement d’aller au delà de ces sympathies, et de donner des justifications raisonnables. Et des solutions, au passage, éventuellement. S’il suffisait d’être gentil et ce dire bienvenue pour régler le problème de tous les migrants, ça se saurait. Mais hélas, les questions de coûts, d’infrastructures et d’organisation sont réelles, même si probablement beaucoup moins insurmontables que ce que certains voudraient nous faire croire. Je sais que je ne peux pas attendre d’une chanson, quel qu’en soit l’auteur, de proposer un plan socio-économique détaillé sur le sujet, ceci dit. C’est à d’autres gens de se bouger le cul7

En résumé : c’est de la merde.

Jean Pierre seal of approval

Car il y a assez d’argent
Assez de terres pour tous les les gens
Et pour qu’aucun ne soit jamais
Chassé du monde ou il est né

Car il y a assez de temps
Pour que demain soit maintenant
L’univers dont tous les hommes
ont toujours rêvé

Je ne vais pas commenter sur le premier couplet, ce ne serait même plus tirer sur l’ambulance, mais carrément envoyer les brancards sur un champ de mines. Par contre, j’aimerai une explication à l’antépénultième vers. « pour que demain soit maintenant » ? Après avoir regardé du coté de Retour vers le Futur si Doc Brown avait une explication, j’ai du me résoudre à essayer de l’interpréter moi même. Je suppose qu’en gros, on pourrait formuler ça de manière plus directe par : « Arrêtons de procrastiner, et mettons nous y maintenant ! », mais bon, c’est sujet à caution. Je pense que je n’ai tout simplement pas assez consommé d’herbe à bonheur pour pouvoir comprendre pleinement un texte de Lalanne.

Voila, un appel maladroit au bonheur général et à la fraternité8, une bonne petite repompe de Let It Be en se disant que personne l’entendra, et pouf fini.

Alors, qu’est ce qui s’est passé ici ?

Faisons d’abord un petit point sur les origines de la chanson. Elle n’a pas été composée dernièrement, il s’agit en fait visiblement d’un morceau de 2003. Et le clip lui même daterait en majeure partie de 2009 (je dis en majeure partie, parce que son début, au moins, doit bien être récent…).

« La situation qui empirait à Sangatte m’a inspirée ce texte il y a 15 ans, raconte Lalanne. À l’époque, aucun producteur ne voulait produire cette chanson à cause du sujet et des images. Aucune radio ni chaîne télévisée n’a voulu diffuser cette chanson pour les mêmes raisons. Le producteur, qui a souhaité défendre alors ce titre, vient de le poster sur YouTube, pour manifester son indignation face à l’actualité. »9

Je ne vais pas être de mauvaise foi et évoquer l’idée que si personne n’en a voulu, c’est peut-être juste parce que c’est nul : mais ça conduit à l’accusation souvent faîte à Lalanne depuis que son clip a été mis en ligne, à savoir celle d’hypocrisie et d’opportunisme.

A ce sujet, il se défend par la déclaration suivante :

« Faut-il préciser bien sûr que je ne touche pas d’argent sur la publication youtube de ce titre? Et que si c’était le cas, je reverserais bien évidemment l’intégralité aux associations qui mènent le même combat que moi depuis 20 ans »

Ce qui n’est pas très convainquant, parce que la chanson resterait alors un bon coup de pub, et que de toutes façons visiblement comme il l’a dit plus haut, elle n’avait aucune chance de lui rapporter quoi que ce soit puisque personne n’en voulait. Il ajoute également :

Je suis indigné, j’ai été calomnié. Ce titre, je ne viens pas de l’écrire. Mais hélas, elle n’a jamais été autant d’actualité

Et menace d’ailleurs de porter plainte contre ses détracteurs. J’espère que la rédac chef10 a pensé à mettre de coté pour un avocat.

Ah tiens, on a du boulot

Ah tiens, on a du boulot

Il ajoute ensuite :

Nous ne sommes pas là uniquement pour diver­tir les gens, mais pour les faire réagir. Aujourd’hui, on ne veut plus d’artistes qui font réfléchir, cela ne sera jamais mon cas.

Et là, je ne vois pas bien ce qu’il veut dire. Dans la deuxième phrase, veut-il dire qu’il ne cessera jamais de faire réfléchir (c’est à dire que, au contraire du « on », lui veut des artistes qui font réfléchir) ou à l’inverse qu’il ne fera justement jamais réfléchir, que ce ne sera jamais son cas ? Dans le premier cas, ça voudrait dire qu’il échoue complètement dans ce qu’il veut faire, et ne parait même pas s’en rendre compte. Et dire que l’accueil réservé à la chanson est du à ses thèmes qui dérangent et non à sa qualité, c’est tout de même un peu s’aveugler. Dans le deuxième cas, ça signifierait qu’il fait ses chansons « pour […] faire réagir », mais pas réfléchir, parce que faut pas déconner, les pauvre gens, on va pas trop leur en faire subir. A ce compte là, il a plus ou moins réussi, les gens ont réagi, mais il aurait tout aussi bien pu se contenter d’aller déféquer sur leur paillasson, ça aurait demandé moins d’efforts.

Mais, même si la communication était probablement un des buts de Lalanne (il faut bien que les gens se souviennent qu’il est vivant, une fois de temps en temps), je pense qu’il y a une bonne part d’honnêteté, naïve certes, mais quand même, dans son acte. Soit il joue très bien un personnage (auquel cas je ne vois pas l’intérêt, étant donné le personnage en question) soit Lalanne est réellement totalement dans son monde, qu’il voudrait fait de petites fleurs, de bonheur, d’enfants et d’amour11. Une sorte de cliché de l’adolescent romantique, qui voit le monde très laid alors qu’il pourrait être si beau avec un petit effort. Alors forcément, c’est manichéen : et comme je l’avais dit à l’époque pour Noah, ça dessert sa cause plus qu’autre chose. Je sais bien que les deux chanteurs, à leur manière, respectaient l’image publique qu’ils avaient, mais au bout d’un moment est ce qu’ils ne peuvent pas plutôt faire un petit écart par rapport à cette image, pour être pris au sérieux quand ils parlent de sujets graves ?

Francis Lalanne dit d’ailleurs ne rien regretter à ce qui s’est passé. Ce dont je me permets de douter, parce que maintenant quand on essaie de retrouver la chanson sur son youtube, on tombe sur ça :

Lalanne assume

Ça me rappelle un peu ce qui était arrivé au DARD de Patrick Sebastien il y a quelques années12, un projet qui, s’il avait probablement des intentions de base louable, se vautrait dans une innocence ridicule, de manière plus ou moins volontaire. Et internet ne pardonne jamais ce genre d’erreur, et surtout ne permet pas qu’elles disparaissent. Ainsi, malgré le blocage de sa chanson sur son youtube officiel (j’imagine), il est toujours très simple de la retrouver ailleurs. C’est probablement un peu cruel, et au fond je préfère encore ce que fait Lalanne à ce qu’on peut trouver dans certains des commentaires dans les articles sur sa vidéo13, mais c’est comme ça, et au bout d’un moment on le sait.

Alors on arrête la naïveté, et on fait de vrais belles chansons, avec de vrais beaux clips. Même sur les réfugiés, c’est possible. Ecoutez, et à la prochaine :

  1. Que j’adule et respecte
  2. Que j’adule et respecte, mais plus pour longtemps si elle continue comme ça
  3. Profitez en, visiblement c’est la dernière fois que vous en entendrez parler dans un article
  4. Par rapport à la longueur des vers, je ne sais pas bien ou j’en suis, alors je vais essayer au maximum de respecter des rimes quand c’est possible, mais je crois que c’est surtout du vers libre à tous les niveaux. J’ai rien contre ça, en soit. Faut juste savoir le faire, sinon on a l’impression que le texte a été écrit à l’arrache sans même prendre le temps de trouver de vraies rimes. Comme ici, quoi.
  5. Ah je vous avais prévenus que la versification était dégueulasse…
  6. En vrai, je ne déteste pas les enfants, hein. C’est très rigolo de jouer avec un cadavre, comme nous le raconte Lukas dans un anglais approximatif : https://www.youtube.com/watch?v=niVw_UJlOHo
  7. Vous le sentez, mon gros message subliminal adressé à des personnes qui ne nous liront probablement jamais ???
  8. Qui ne prend pas en compte le fait que certains hommes, l’univers qu’ils rêvent est à base d’élimination de races, d’esclavage des femmes, d’asservissement à un dieu ou prétendu tel, ou encore de licornes qui s’emmanchent au milieu d’un arc en ciel de feu
  9. Il semblerait que Lalanne ait mis une explication détaillée sur son facebook officiel, mais je n’arrive pas à y accéder pour une raison qui m’échappe, alors je dois me contenter de reprendre les bouts de ladite explication qui ont déjà été repris par divers journaux, ce qui est regrettable d’un point de vue documentaire. Surtout que celui qui a le plus retranscrit des propos, c’est Les Inrock, et je ne leur fais pas franchement confiance.
  10. Je vous ai déjà dit que je l’adulais et que je la respectais ?
  11. Et non, « d’enfants et d’amour », ça ne veut pas dire ce que vous pensez, roh, bande de pervers !
  12. C’est fou toutes ces grandes personnalités que je cite dans mes chroniques, quand même
  13. Morceaux choisis : « T’as raison Lalanne, plus jamais ça. Fermons nos frontières et stoppons cette invasion programmée. Cessons de promouvoir le multiculturalisme et le métissage qui ne peuvent aboutir qu’à la standardisation, à l’homogénéisation, à l’uniformisation, à la fin de la diversité de l’espèce humaine. Alors certes cette bouillabaisse des races pourries, ces sous-humains déracinés, apatrides, sans races, sans attaches, devenus simples consommateurs, constitue le rêve du capital, mais il ne doit pas devenir le nôtre. Protégeons la biodiversité, végétale, animale et humaine. » ou encore : « Avais vous déjà vu as quoi ressemble 1 corps rejeter par la mer ?? Ce corps retrouvé en Turquie n est pas + qu une poupée, Svp observer ses habits, ils sont tt propre, si il vienrdrais de la mer , il sera pas dans cette etat là, alors Francais SVP Ouvrez les yeux !! L avenir de vos enfants sont entre vos mains. » (dans un joli français, en plus)

[Le partisan en vacances] Colère de rien, Yannick Noah le poisson

Pour sacrifier à la tradition, à un moment des vacances, il faut se retrouver à la plage. C’est dommage, mais c’est comme ça. Et comme je n’ai pas l’intention de me montrer au milieu de toute une foule de vacanciers, j’ai disséminé quelques seaux de sable dans ma salle de bain d’hôtel (dans la mesure où ce n’est pas moi qui fait le ménage, je n’ai aucun regret), rempli la baignoire, ouvert la fenêtre qui donne directement sur une vraie plage pour avoir l’ambiance sonore, et l’illusion est parfaite. Comme le roi Salman, me voilà avec ma jolie plage privée.

Mais il manque quelque chose à tout ça. Après un instant d’intense réflexion, je me rends compte qu’il n’y a pas de bonne plage sans un peu de musique de plage.

Bon, alors, qu’est ce que j’ai de rythmé et de con dans mes playlist ? Magic System, mais faut quand même pas déconner (et puis accessoirement, je suis censé faire une analyse de paroles, alors ça m’arrangerait qu’il y ait plus de dix mots dans la chanson). Yannick Noah? Bah, j’en ai jamais vraiment écouté, et très bizarrement, je n’ai pas très envie de me lancer…Carlos ?

Bon, ben va pour Yannick Noah alors. De toutes façons, il paraît qu’une de ses chansons a fait polémique, et là, comme ça, à première vue, j’ai du mal à voir comment le mec qui a chanté Saga Africa peut faire un truc qui créé le moindre début d’embryon de débat1 L’album s’appelle Combats Ordinaires, c’est le tout dernier, et on va se pencher sur Ma Colère. Alors, chers lecteurs et lectrices : Y-a-t-il vraiment un combat dans tout ça ? Ou est-ce surtout très ordinaire ? Yannick Noah est-il un grand chanteur engagé ?

Pour répondre à toutes ces questions rhétoriques, écoutons bravement.

Déjà, musicalement : on passe de mauvaise musique à tendance Africanisante comme dans Saga Africa à mauvaise musique à tendance…euh, une certaine tendance, mais je crois que pas grand monde ne voudra la revendiquer, ici. Je ne sais pas si on peut parler d’amélioration à ce niveau, mais au moins, voyons le bon côté des choses : le monsieur ne se répète pas. Enfin, si, mais si on s’en tient à ces deux échantillons et qu’on arrive à oublier que ce n’est pas très bon, ça va. Et puis, il y a eu pire, je vous rappelle (ou, si vous êtes chanceux, vous apprends) que le monsieur a aussi commis un disque de reprises de Bob Marley, qui réussissaient à être encore plus pauvres que les originales2 Donc, avec Ma Colère, on a pas trop à se plaindre, au moins sur le plan musical.

Pour ce qui est des paroles…

Ma colère n’est pas amnésique,
ma colère n’est pas naïve,
ma colère aime la République,
mais en combat toutes les dérives.

Bon alors, je vous préviens tout de suite : autant vous faire à l’anaphore, parce que vous allez la bouffer pendant toute la chanson. Ce n’est d’ailleurs pas forcément un mal, l’anaphore installe un rythme marqué, c’est donc assez logique que ce soit une technique plutôt régulièrement utilisée en chanson. Après, j’ai compté, et on retrouve « Ma colère » dans 23 des vers de la chanson sur 32 (je ne compte pas les reprises), ça commence peut-être à faire un peu trop. C’est comme la chantilly sur une part de gâteau, un peu ça va, mais faudrait voir à ne pas vider trois tubes sur le bouzin3

Sinon, comme le début de la chanson peut avoir l’air un peu obscur si on ne le précise pas, disons tout de suite que Ma Colère est une attaque contre le Front National. D’où le premier vers, qui me semble être une pique destinée à tous les négationnistes que peut compter le parti. Face à ça d’ailleurs je suis assez mitigé : d’un côté, ce n’est pas trop mal amené, et Noah a le bon goût de ne pas insister dessus plus que de raison (ce qui en fait un des passages les plus subtils de la chanson. Et subtil, c’est un grand mot, hein.), mais d’autre part, est-ce très raisonnable d’attaquer un parti sur une opinion qui, il faut être honnête, n’est partagée que par une minorité de ses membres ?

J’ai hésité à faire cette chanson à cause de ça, en partie. Je vais probablement donner l’impression ici de défendre le FN, alors que ce n’est vraiment pas le cas, mon souci, c’est que je trouve inutile, voire contre productif, de les attaquer sur un tel point. On ne peut pas condamner un tout pour ce que fait une petite partie de ce tout, heureusement d’ailleurs, par ce qu’à ce compte là aucun bord politique ne serait plus défendable. C’est aussi absurde que de balancer les goulags à la tête du premier communiste venu4.

Le deuxième vers, je ne vais pas en parler tout de suite, mais gardez le en tête, parce qu’on y reviendra. Quand à la suite, en d’autres termes, Noah nous dit qu’il aime la France, mais qu’il n’est pas pour autant un gros raciste. Bon, ici, il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais ce n’est que le début, alors on va dire qu’il se met doucement en selle.

Un début de carrière difficile.

Un début de carrière difficile.

Ma colère croit en la justice,
ma colère n’est que citoyenne,
ma colère n’est pas un vice
car elle combat toutes les haines.

Hum…alors, les deux premiers vers, admettons, encore une fois je trouve ça simpliste, mais pourquoi pas. Ca a un coté cliché de Paladin dans Donjons et Dragons5, ce qui est amusant parce que le Paladin normalement c’est un chevalier bla…non, rien, rien.

Les deux vers suivant, je suis sûr qu’ils sont dits en toute innocence, mais moi ça me choque déjà un peu plus. Alors, quand une colère combat les haines, elle est une qualité ? Par extension, donc, quand une colère combat pour quelque chose de juste, elle est bonne ? Certes, mais il me semble qu’il y a une part de subjectivité dans ce qu’est la justice, et qu’avec un tel argument, beaucoup de colères sont pardonnables. Et puis, je sais bien que ce n’est pas l’idée de Yannick Noah, mais cet argument c’est plus ou moins celui de la justice populaire, quand quelqu’un fait le mal et répand la haine, chacun est libre de déverser sa colère sur lui. Non, de mon point de vue, la colère n’est pas forcément quelque chose à bannir (de toutes façons ce serait absurde de revendiquer le contraire, puisque ça me semble difficile à mettre en place), mais de là à dire qu’elle peut être la meneuse du combat d’un homme, j’ai déjà plus de réserves. Enfin bon, là je sais que je cherche des sous entendus qui ne sont pas dans le texte de base, hein, et que le défaut majeur est tout autre dans cette chanson. On y vient.

Un milieu de carrière difficile.

Un milieu de carrière difficile.

Ma colère aime la tolérance,
ma colère ne triche jamais,
ma colère fait la différence,
entre une cause et ses effets.

Nous voilà au cœur du problème de Ma Colère. Allez relire le deuxième vers de la chanson. C’est bon ? Bien, maintenant relisez le quatrain ci-dessus. Noah dit que sa colère n’est pas naïve, mais, et c’est bien le souci, elle l’est. Quand bien même le message donne, pris dans sa globalité, envie de sympathiser (appel à la tolérance, à la justice et opposition aux valeurs défendues par le FN), il est amené de manière bien trop grossière pour marcher vraiment. Ici, on est vraiment dans le pays des bisounours, pour les deux premiers vers on croirait presque la morale à la fin du plus condescendant des dessin animés pour enfants. Même les deux vers suivants sont bien trop maladroits pour vraiment donner de la valeur à une idée qui, sans ça, aurait pu être intéressante : celle selon laquelle il faut être prudent lorsque l’on cherche la cause d’un fait, et ne pas sauter aux conclusions les plus convenues. Déjà, formulé comme je viens de le faire, ça a l’air affreusement banal, mais dans la chanson, c’est encore, pire, c’est flou… Ajoutons aussi que c’est vaguement présomptueux, sur le fond. « Regarde ma colère, t’as vu comme elle est belle ? Elle est grosse, ma colère, hein ? Tu la sens ma grosse colère ? Viens, je la partage avec toi ! ». L’exhibitionnisme colérico-gnangnan, une toute nouvelle forme d’art.

Ma colère !
Ma colère n’est pas un front,
elle n’est pas nationale.

Probablement les touches les plus utilisées pendant l'écriture de cette chanson.

Probablement les touches les plus utilisées pendant l’écriture de cette chanson.

Sa colère n’est pas un front. J’espère que ce n’est pas non plus un nez, un pied, une main, un radius, voire même un ongle d’auriculaire, parce que ce serait au moins tout aussi ridicule. Non, blague à part, il est évident qu’il parle de front au sens de groupe politique/social en opposition contre le système établit, ce que prétend être le FN. Mais c’est très con aussi, par ce que ça met dans le même panier l’intégralité des fronts politiques, et il y en a un paquet, d’un peu tous les bords. Pourquoi pas, dans l’idée : je veux bien que l’on renie tous les fronts, en arguant par exemple que c’est une opposition trop brutale qui recherche systématiquement le conflit, c’est peut-être un peu grossier dit comme ça mais il y a du vrai. Mais ici, Noah ne développe absolument rien, et du coup le sentiment que j’ai, surtout couplé au vers suivants, c’est qu’à ses yeux, le seul front qui existe, c’est le Front National. Alors qu’il y a aussi le front populaire, le front de mer, le front d’Avignon… Et je vais m’arrêter là, par ce que mes blagues deviennent déjà bien trop médiocres pour notre bien à tous.

Sa colère n’est pas nationale ? Ok, sauf que ça ne va pas avec ce qu’il disait plus haut sur le fait qu’il aimait la république. Ou alors il entendait République au sens de concept général, et pas seulement de la française… Admettons ça. Enfin, ça ne change rien au problème. Si on prend les deux vers ensemble, d’accord, il y a un semblant de sens, mais tel qu’il le formule, en deux propositions distinctes, on dirait qu’il considère le fait d’être un front et le fait de défendre des valeurs nationales comme des défauts à part entière. Or, nationale, ça ne veut pas dire qu’on prône la supériorité de sa nation/race sur toutes les autres… Noah fait, soit par naïveté totale soit par maladresse dans l’écriture, des à-peu-près grossiers qui nuisent grandement à la portée de la chanson.

Ma colère !
Ma colère a peur aussi,
c’est la peur son ennemie.

Ici, je pense qu’il y a une référence au discours inaugural de Roosevelt à la présidence des Etats-Unis. Référence qui n’est pas forcément volontaire, car la formule est relativement passée dans la culture populaire : «  the only thing we have to fear is … fear itself ». S’ensuivait, dans le discours, une explication disant que la peur était ce qui paralysait un pays, voire le faisait retourner dans le passé, plutôt que d’aller vers un avenir nécessairement inconnu. Dans le cas présent, je pense que Noah veut à la fois critiquer la peur de l’altérité que peut avoir le FN (encore une fois, je simplifie à l’extrême…) et le fait qu’il joue souvent sur la peur des citoyens pour faire passer ses idées (profiter du moindre événement négatif pour faire sa pub, c’est une technique employée par tous les politiciens, mais le FN en joue particulièrement bien). C’est un point qui n’est pas inintéressant, et la première critique qui me semble vraiment valable depuis le début : après, reste le souci que ça critique le FN plus, je trouve, sur ses méthodes de communication que sur le fond de son message lui-même. Mais franchement, vu le niveau du reste de la chanson, on va dire que c’est bien.

Roosevelt, qui n'avait pourtant pas demandé à apparaître ici.

Roosevelt, qui n’avait pourtant pas demandé à apparaître ici.

Ma colère !
Ma colère n’est pas un front,
elle n’est pas nationale.
Ma colère !
Car ma colère à tout l’honneur
de combattre la leur !

En gros, il dit que sa colère a plus de valeur que celle de ceux d’en face. Et encore une fois, j’aimerais bien être d’accord, mais faudrait l’expliquer. Là, on dirait deux enfants qui se disputent pour savoir qui a raison. Ou un concours de qui a la plus grosse, selon que vous préfériez une métaphore innocente ou scabreuse.

Ma colère n’est pas stratégique,
ma colère est sans défenses,
ma colère n’a pas de rhétorique,
pour insulter l’intelligence.

Alors, je passe sur les deux premiers vers, on nage en pleine victimisation, c’en est presque gênant. Enfin si, disons quand même que… Ben moi, si j’avais pas de stratégie, je m’en vanterais pas, surtout pas dans une chanson qui se revendique engagée. Je ne comprend pas la critique, en fait. En quoi le fait d’avoir une stratégie est-il mal, quand c’est pour défendre ses idéaux ? Personnellement je préfère largement un stratège à un mec qui se laisse guider par la colère, hein. Non par ce que là j’ai un peu l’impression que Noah veut se décrire comme une sorte de mélange entre Jésus, Rambo et Bob Marley, et honnêtement je ne suis vraiment pas sûr d’avoir envie de suivre ça.

Et la suite est du même tonneau… critiquer la rhétorique, pourquoi pas, mais dans l’idée ça me semble surtout être un outil, tout un art pour convaincre les gens, qui peut être utilisé pour de bonnes comme pour de mauvaises idées. Ca fait un petit moment que je n’ai plus lu mon Platon, mais il me semble que c’est d’ailleurs ce qu’il lui reproche au final, à travers ses critiques des sophistes, il estime que c’est un art du langage primitivement vide, qui peut défendre n’importe quoi sans souci de la justice6. Ok, en gros, Noah dit que lui ne fait pas de beaux discours menteurs qui tromperaient l’esprit des gens, et seraient en réalité quand on y regarde bien un ramassis d’imbécillités. Sauf qu’encore une fois, critiquer l’idéal pour lequel le FN fait ses discours, d’accord, mais critiquer l’idée même d’un discours ? Enfin, c’est pas par ce que Jésus s’est fait crucifier qu’on a considéré que les clous étaient des objets diaboliques, quand même !

Ma colère n’est pas un mensonge,
ma colère est pleine d’espoir,
ma colère n’est plus un songe,
quand tout leur rêve est un cauchemar.

Alors ici : les deux premiers vers, j’ai rien à dire, les deux derniers, j’ai rien compris. Au moins, c’est vite vu.

Plus sérieusement : vraiment, la fin on dirait du Jean-Claude Van-Damme. Voire pire, un texte des beatles7. J’imagine qu’il faut comprendre que sa colère est réelle et mènera à quelque chose (cf l’espoir juste au dessus), alors que l’idéal du FN est condamné à ne jamais s’appliquer, et tant mieux. Mais franchement, c’est alambiqué, comme formulation, et encore une fois le message est tellement vide…

Ceci est une allégorie.

Ceci est une allégorie.

Avant de conclure, un mot rapide sur le clip. L’idée des vitres bleues blanc et rouges était bonne, je trouve, ça aurait pu donner un joli résultat tout en soulignant le message selon lequel on peut être pour sa patrie sans rejeter tout ce qui n’entre pas dans sa conception ultra-traditionnelle. Yannick Noah, au milieu de ça, maintient son image habituel de type cool, ça fait comme un contraste avec le fait qu’il parle de sa colère pendant toute la chanson, mais c’est assez logique dans le désir général de bien montrer qu’il est gentil, on revient dessus dans quelques lignes. Mais tout ça est gâché par les insert de gens de différentes catégories socio-professionnelles répétant « ma colère », dans une intention de montrer que tous les citoyens se soulèvent contre le FN. Ça verse presque dans le populisme, et clairement dans le démago.

Et voilà sur quoi se basera ma conclusion. L’aspect démago dans l’opposition au FN. Noah, comme plein d’autres, est tellement persuadé que son combat est juste qu’il ne lui vient même pas à l’idée de vraiment se justifier. A ses yeux, il est le gentil, tout beau tout propre, alors comment peut-il avoir tort ? Encore une fois, l’intention est probablement très noble, mais le résultat est plus néfaste qu’autre chose, parce que ça oppose aux arguments du FN (aussi grossiers soient-ils) une simple affirmation de gentillesse. Non mais imaginez les débats que ça peut donner si on applique ça à tout :

« Quand-même, les pédés, ils devraient être stérilisés !
-Oui, mais moi je suis gentil. »

« Quand-même, Vladimir Poutine, c’est un type bien !
-Oui mais moi je suis gentil. »

« Quand-même, James Cameron, il fait de bons films!8
-Oui, mais moi je suis gentil. »

« Quand-même, les anchois, c’est super bon !
-Oui mais moi je suis gentil. »

Voilà ce qu’a dit Marine Le Pen sur cette chanson :

« Le système essaie de remettre en place les vieilles techniques contre le Front national des années 1980. M. Noah est un peu vieux pour jouer à ça. Donc quelle est la prochaine étape? La sortie d’un album Boule et Bill s’engagent contre les extrêmes? Ou Bécassine fait de l’antifascisme? Tout ça ne m’apparaît pas sérieux. »

J’ai l’impression qu’elle veut dire que Noah est corrompu par le système (peu importe ce qu’est ce système, ça fait partie de ces grands mots auxquels on peut tout faire dire, alors Marine en profite), et que sa chanson aurait presque été commanditée par les pouvoirs en place. Ca, j’en doute fortement, mais le reste de son message… Ben c’est dur de totalement être contre. L’attaque est complètement risible. Et ça fait chier de voir que Marine Le Pen apparaît ici comme plus raisonnable que ceux qui l’attaquent, alors que j’aimerai que ce soit l’inverse, ça prouve bien qu’il y a un sérieux problème avec l’argumentaire anti FN. Je trouve ça presque inexcusable d’autant rater une argumentation, quand on a une telle pléthore de points à remettre en question.

Combattre le FN, volontiers, allez y gaiement, je n’ai aucun souci avec ça. Mais il va bien falloir finir par se rendre compte que ça ne suffit plus de dire « On est les gentils, et eux c’est les méchants » façon Biouman. En cherchant un peu ça ne doit pas être si dur de trouver un vrai argument. Même si beaucoup de gens n’ont plus l’habitude.

De mon côté, on vient de me virer de l’hôtel, soit disant que j’ai inondé la chambre et bloqué les canalisations avec du sable humide, un parasol, un sac en plastique, une canette de bière et une méduse géante. Ca m’apprendra, tiens. La prochaine fois, je ferai du camping.

  1. Allitération dans ta gueule!
  2. Donc voilà, pour ceux qui n’auraient pas compris, je n’aime pas Bob Marley. Ca c’est dit, on passe à autre chose. Allez savoir, peut-être qu’un jour je prendrais la peine de me justifier ici, si je trouve un angle d’attaque.
  3. Je crois que mes métaphores vont de mal en pis
  4. Quoi que, si ça vous amuse, allez y. Le communiste est souvent susceptible (encore un cliché), vous aurez peut-être au moins l’occasion de rigoler un peu en le voyant rager. Et je m’excuse auprès de tous les communistes qui me lisent, j’en ai connu de très sympathiques et intelligents, n’arrêtez pas de me lire, et reposez tout de suite cette faucille vous allez blesser quelqu’un.
  5. Pour ceux qui n’y auraient jamais joué, et qui n’arriveraient pas à se figurer ce qu’est un paladin même de manière générale dans l’imaginaire collectif, imaginez Lancelot du Lac, Zorro ou Caliméro : toute injustice met en colère et mérite une punition divine. Avec des supers-pouvoirs, du style faire de la lumière, avoir un cheval aussi cool que Jolly-Jumper, désinfecter une plaie aussi bien que de l’éosine, nettoyer les carrelages graisseux sans utiliser d’eau de Javel…Un chouette truc, et je pense que cette blague ne fera rire que les rôlistes, et encore
  6. S’il y a des philosophes qui me lisent, je vais me faire massacrer en commentaires, donc je précise : j’ai étudié Platon et la philosophie, et j’ai entièrement conscience que ce que je dit là est beaucoup trop simpliste, et met Platon au niveau de profondeur des blagues Carambar, mais déjà que cette chronique se fait longue, alors si je me lance dans toute une dissertation sur la rhétorique chez Tonton, on est pas sortis des ronces.
  7. C’est moi ou c’est le deuxième artiste ou groupe considéré par beaucoup comme culte sur qui je tire dans cette chronique ? Je vais me faire des amis, dîtes donc!
  8. Ooooups. Je vous avais dit que lui non plus je n’aimais pas ce qu’il faisait ?

[Le partisan en vacances] Les bons cons font les bons amis

Je me remets à peine de ma fête du 14 juillet, rendez vous annuel de murge débridée célébration de notre patrie. Moi, je l’ai fêtée dans un petit village comme il en existe tant en France, pas par choix mais parce que je m’étais perdu sur le chemin des vacances, et je peux vous garantir que ce n’était pas triste. Entre deux cubis de Villageoise est arrivé le traditionnel DJ local (Dj Nanard le roi du pinard), qui après deux chansons paillardes et la chenille nous a balancé un remix disco de l’Hymne à Marine1, ce qui m’a convaincu d’aller lui expliquer la nature de notre différent musical à grands coups de platine et de diamant à vinyle. Suite à quoi, mon interlocuteur étant momentanément hors d’état de nuire, j’ai pris les commandes et commencé à fouiller dans un immense carton de cd poussiéreux, dans lequel se trouvait une quantité inquiétante de Patrick Sebastien. Ouf, j’avais interrompu le criminel à temps. Et là, au milieu de tout ça, une pochette attire mon oeil2, un cd portant le titre de Prison dorée, par un groupe au nom bigarré et exotique de Zoufris Maracas. C’était le seul truc que je ne connaissais pas dans le carton, et par conséquent le seul qui avait une chance d’être tolérable, alors..

Je laissais de coté le morceau Et ta mère dans un premier temps, on n’était peut-être pas assez avancés dans la soirée pour que je m’y risque, et me rabattis sur Les cons, un intitulé qui, je dois bien l’admettre, me rendait franchement curieux, surtout que la chanson fait moins de quatre minutes et que ça me paraissait juste pour couvrir le sujet3

Les cons, des Zoufris Maracas, donc.

Plus sérieusement, avant de commencer cette chronique je n’avais pas la moindre idée de qui étaient les Zoufris Maracas, du coup je suis allé faire un petit tour sur leur page facebook pour savoir ce qu’ils disent d’eux-mêmes : je saute le passage où ils expliquent qu’ils se sont connus chômeurs dans le métro4, et vous livre telle-quelle leur description de leur musique :

Des textes qui font mouche et qui naviguent entre humour et poésie, écrits avec autant de hargne que d’autodérision mais surtout beaucoup de tendresse…
[des] mélodies tantôt inspirées des rythmes zouk, des rumbas congolaises, tantôt empruntes des sonorités manouches, afro-brésiliennes ou reggae, accompagnées de texte en français.

Donc, de la chanson engagée festive en empruntant aux musiques populaires du monde. Et pour le nom :

En bref ils sont des ouvriers de la chanson, des « Zoufris » comme on disait en Algérie à propos de ces ouvriers célibataires venus travailler à la reconstruction.5 Et Maracas pour symboliser la musique.

Ma foi, même si la dernière ligne sur les maracas a un gros coté Captain Obvious, à première vue ces gens me sont très sympathiques. Alors, les cons6

Musicalement c’est relativement simple7. Mais bon :

1/ C’est plus ou moins le principe quand on s’inspire des genres populaires évoqués plus haut, ils sont justement prévus pour pouvoir être fait et écoutés facilement

2/ Des chanteurs engagés très talentueux dont la musique ne brillait pas par sa complexité, il y en a eu d’autres, à commencer par Renaud.

Comme quoi, la différence entre un chanteur engagé populaire et un chanteur comico-paillard animateur de centre-aéré8, la différence paraît surtout résider dans l’attitude et, je me sens idiot d’avoir à le dire, les paroles.

Moi si j’écris des ptites chansons9
C’est pas pour vous rendre moins cons
Mais pour vous dire que vous l’êtes bien
Que vous l’êtes bien, c’est certain, c’est certain…

Eh ben, c’est brutal comme entrée en matière. Au moins, ça attire l’attention du public, certes (je ne sais pas vous, mais moi quand on me traite de con, et en insistant en plus, je prend au moins la peine d’écouter ce qui vient ensuite). D’ailleurs, les villageois qui constituaient mon public ont réagi à peu près pareil, il y en a même qui ont commencé à insulter le chanteur en retour (ou moi, maintenant que j’y pense, soit disant que je venais d’éborgner leur DJ). Heureusement qu’il y a la musique derrière pour ôter en violence au message, par ce que le même texte braillé par…Je sais pas, moi, Mélenchon par exemple, ça n’aurait pas fait pareil.

Moi qui vous voit toute le journée
Z’avez pas l’air de rigoler
L’matin vous partez au boulot
Le soir vous rentrez au tombeau

J’veux pas cracher sur vos ptites vies
Mais quand même elles m’ont l’air pourries
Vous allez bouffer en grandes surfaces
Vous devriez l’savoir qu’c’est dégueulasse

Ici, je n’ai pas grand chose à dire, les paroles sont très claires au niveau du message. Cependant, je commence à entrevoir des risques potentiels à la chanson. Déjà, le coté hargneux, même avec la musique, pourrait finir par lasser. Tenez, prenons un exemple.

messaage d'amour

J’imagine que, malgré le chaton, vous êtes vexés. C’est vrai, quoi, de quel droit je me permet de vous tutoyer comme ça, on se connaît pas que je sache.

Ceci dit, je relativiserai en disant que les deux premiers vers de la deuxième strophe me font penser qu’il y a une bonne dose d’humour dans tout ça, on est pas loin de « Je n’aime pas dire du mal des gens, mais il est gentil10 » en termes de construction. De plus, le chanteur a l’air franchement sympathique, ce qui encore une fois passe assez mal quand on ne donne que les paroles.

Ensuite, ils ont l’air de vouloir s’attaquer à beaucoup de monde à la fois. Les cons, annonçait le titre, évidemment ça fait vaste, mais est ce que ce n’est pas éparpiller un peu l’effort que de vouloir tous les traiter en même temps, à savoir en deux strophes les travailleurs lambda et asservis11 et l’industrie de l’alimentation, avec le sous entendu écolo qui s’impose.

Bref, continuons.

Vous prenez jamais l’temps de rien
Vous en êtes teigneux comme des chiens
Et puis après pour vous calmez
Z’allez acheter une nouvelle télé

Vous croyez qu’ça va vous faire du bien
Les téléfilms américains
La propagande de l’autre teubé
Les jeux où ont gagne du pognon

Z’avez pas encore compris
Qu’vous en aurez jamais assez
Et que c’est l’temps puis le mépris
Qui vous boufferont jusqu’au trognon

Bon, le début confirme au moins que l’intention est partiellement comique. Accuser quelqu’un d’être teigneux quand on a passé une minute à l’insulter avant, c’est soit de l’extrême mauvaise foi, soit de l’humour, et je penche franchement pour la deuxième option. ça ne signifie d’ailleurs pas que le message doit être pris totalement à la légère, c’est plus une manière de dire « on en fait trop et on en a conscience, mais c’est une manière de rire avec ce qui n’est pas drôle du tout », et encore une fois je trouve ça plutôt plaisant comme démarche.

Ca passait quand même un peu mieux avec le chaton...

Ca passait quand même un peu mieux avec le chaton…

Pour les paroles, on continue dans la liste des vices de la société moderne selon les Zoufris Maracas, et ils évoquent de nouveau beaucoup de choses en peu de temps (la télévision, la propagande américaine, l’argent et l’obsession pour l’argent), mais le tout s’enchaîne plutôt bien. Sans en avoir l’air, le texte est plutôt intelligemment construit, puisque à chaque fois une constatation en amène une autre, les évocations fonctionnent sur des relations d’implications, ce qui donne une cohérence à un ensemble qui, sinon, serait effectivement un beau bordel. La chanson a plus l’air de vouloir nous proposer des pistes de réflexions que de chercher à explorer ces pistes elle-même, ce qui remplirait probablement un bon double album. D’ailleurs, les problèmes évoqués jusqu’à présent sont tout sauf rarement signalés, et ce qui est recherché paraît être la création d’un sentiment de trop plein, susciter la protestation face à l’accumulation de soucis qui, individuellement, sont bien tolérés par la plupart. Un peu ce que Renaud faisait dans Hexagone, d’ailleurs, avec une hargne similaire12.

Après des semaines à critiquer des immondices, et quand bien même je ne partage pas tous les idéaux de ce qui est dit ici, j’ai le plaisir de constater qu’à ce stade, j’aime vraiment bien cette chanson. Espérons que ça continue13

Moi si j’écris des ptites chansons
C’est pas pour vous rendre moins cons
Mais pour vous dire que vous l’êtes bien
que vous l’êtes bien,
C’est certain, c’est certain…

Et du coup quand revient le refrain, on le prend totalement autrement. Enfin disons plutôt qu’on hésite plus entre la consternation et le rire, le chanteur se moque de nous, de manière assez acide il faut bien l’admettre, mais l’intention est plus de nous réveiller que de nous accabler. En surface, il nous dit que nous sommes des causes perdues, mais il insiste tellement dessus, il le répète tant qu’il rend parfaitement clair que le message qu’il veut faire passer est l’exact inverse. Et encore une fois, la musique festive et donc…Eh bien oui, le mot revient souvent ici mais c’est à juste terme, fédératrice, aide beaucoup à ça, elle veut nous entraîner avec elle, niant par là même le rejet qu’expriment les paroles prises au premier degré.

Ca me permet d’en revenir à ce que je disais la dernière fois sur Sardou et Le temps des Colonies : quand on fait du second degré, il faut se débrouiller pour rendre clair que c’en est. Ici, le doute est difficilement permis, on peut ajouter de nouveau à tout ce que j’ai dit l’attitude scénique du groupe, qui respire la convivialité14…Dans le cas de Sardou, je ne suis pas le seul à avoir de gros doutes sur le degré auquel il faut prendre la chose, la question divise pas mal. Et autant quand une minorité de comprend pas quelque chose, on peut se dire que c’est par ce que c’est eux qui sont cons, autant quand la question divise autant et que les deux cotés ont des arguments très valables, j’ai tendance à me dire que c’est au moins partiellement la faute de l’artiste qui n’a pas su se faire comprendre. Un autre exemple parfait de ça, c’est Toute la Vie des enfoirés, que je n’ai pas traitée par ce que d’autre l’ont très bien fait à ma place

Si jamais j’avais voulu l’inventer
Avec toute ma bonne volonté
Jamais j’serais allé si loin
C’est certain, c’est certain…

J’vous met pas tous dans l’même panier
Vous pourriez pas tous y renter
Puis moi ça m’filerais le bourdon
De voir une telle concentration, constellation, conspiration, consternation

Sur toute la première partie, pas de réelle nouvelle idée, mais je trouve le début de la deuxième strophe très drôle. Sinon, c’est le traditionnel message selon lequel notre société actuelle a atteint un stade d’absurde qu’on n’aurait pas pu imaginer, pas la peine d’insister dessus.

Je noterai tout de même le joli jeu sur les sonorités dans le dernier vers, avec la liste « Concentration, constellation, conspiration, consternation », les quatre mots ayant la même longueur et (presque) trois syllabes en commun, ça donne un joli effet. On peut aussi ajouter le fait que la première syllabe de chaque mot renvoie au thème de la chanson15, non, vraiment, du beau boulot.

Alors oui j’exagère probablement, je doute que ce soit si compliqué de faire ça, hein. Il suffit probablement d’ouvrir un dictionnaire16. En vrai, on pourrait ajouter plein de mots dedans, qui iraient tout aussi bien niveau thème, comme confrontation, confirmation, congrégation, ou même constipation, même si ce dernier me paraît un peu plus bouché au niveau de ses significations possibles17. Et en plus, je suis un peu sceptique avec la présence de « conspiration » dans le tas, de quoi parle-t-il ? De l’asservissement des plus faibles par les plus forts, de la domination18 des riches sur les pauvres ? Ce n’est pas une conspiration à mes yeux, plutôt, c’est triste à dire, une tendance naturelle et absolument pas cachée, quand bien même certes il est nécessaire d’essayer de contrer ça.

La connerie individuelle
Même si parfois elle me dépasse
Ne sera jamais aussi cruelle
Que la sacre saint connerie de la masse

Celle qui nous fait faire la guerre
Qui nous fait voter pour des cons
Et qui dans un élan d’instinct grégaire
Nous fait respecter notre patron

Reprise du même mécanisme qu’avant, une idée en entraîne une autre. Ça marche toujours aussi bien, et ça lui permet d’évoquer en huit vers les mouvements de masse, la guerre, les élections et le patronat. Pas grand chose à dire, je vous invite à réfléchir sur ces différents points, et surtout sur les élections, à une époque où de plus en plus de penseurs commencent à dire qu’il faudrait trouver une alternative au système électoral19. Pour commencer, je vous oriente vers ces deux excellentes vidéos qui abordent au moins une facette de ce sujet ;

Et passons à la suite. C’est un peu le souci d’aborder une bonne chanson, une fois qu’on a dit ce qui allait bien on a tendance à se répèter, là ou la nullité arrive plus facilement à nous surprendre. Si ça continue, je vais finir par chroniquer René la Taupe.

Vous savez quand même qu’cet enfoiré
C’est sur nous qui s’fait son pognon
Il nous la met toute la journée
Et faudrait qu’on reste mignons

Et j’vous parle pas des banquiers
Qui ont dévalisés le monde entier
Sans que personne ne lève le petit doigt
Moi j’ai pas l’droit au chèque en bois
Toi t’y à droit, non t’y as pas droit
Toi t’es comme moi, t’as pas d’emploi

Les patrons de nouveau, et la lutte des classes au cas ou ce ne serait pas encore clair pour quelqu’un. Puis les banques et le chômage, dans la foulée. Sur la fin, le chanteur en profite d’ailleurs pour se rapprocher de son public en passant à un tutoiement (et donc par une adresse individuelle, même si elle se dirige toujours symboliquement vers tous les auditeurs) et en se mettant pour la première fois clairement au même niveau que lui. Bon, il y en a peut-être qui travaillent, dans le public, mais je sais pas,si ça se trouve le cd a été enregistré en Grèce, là où il y a une bonne chance que ce passage soit vrai pour une majorité. Les grecs, c’est rien que des branleurs de toutes façons, regardez Priape.

Et puis, du coup, il nous montre qu’on a le choix entre : chômeur miséreux ou travailleur exploité. Camarade, prend la corde ou le revolver, et choisis sagement ! Non franchement heureusement que le ton global est plutôt joyeux, sinon la moitié du public se serait déjà barrée

Mais que faudra t-il qu’ils nous fassent
Pour qu’au final on réagisse
Si les familles nous laissent de glace
Si l’char d’assaut protège nos vices

Premier appel clair à la révolte de la chanson, après avoir bien expliqué pourquoi on devrait la faire. Tout en évoquant la difficulté de celle ci, en disant que nous sommes au final entretenus dans nos vices. J’aime bien cette idée, par ce qu’elle diffère assez largement du message : « les puissants nous ont viciés et affaiblis », et dit plutôt : « les puissants nous poussent à valoriser nos faiblesses et nos vices ». C’est très différent, dans le premier cas ils sont responsables de tout le mal du monde, dans le deuxième ils n’ont fait qu’exploiter quelque chose qui était déjà là – et donc, c’est en partie de notre faute, on avait ces faiblesses utilisables. Ce n’est pas une critique, je pense, ou une accusation, mais plutôt une constatation, nous ne sommes pas des chevaliers blancs parfaits exploités par des dragons. C’est comme les chambre à gaz, au fond, c’est aussi un peu la faute des juifs, s’ils n’avaient pas eu besoin de respirer ils s’en seraient sorti.

Là, je savais pas quoi mettre pour aérer le texte, du coup voici la pochette de leur deuxième album, par ce que je la trouve chouette.

Là, je savais pas quoi mettre pour aérer le texte, du coup voici la pochette de leur deuxième album, par ce que je la trouve chouette.

Moi si j’écris des ptites chansons
C’est pas pour vous rendre moins cons
Mais pour vous dire qu’y’a des gens biens
C’est certain, c’est certain…

Changement dans le refrain, qui de faussement fataliste passe à optimiste. Malgré tout ce que j’ai dit, et malgré le fait que depuis le début de cette chanson j’ai divisé le monde entre les cons faibles et les con forts20, il y a quand même des gens bien, l’avenir peut être radieux.

Ils sont deux cent fois plus nombreux
Que la bande d’imbéciles heureux
Qui nous emmène tous au carton
Avec les trompettes et les clairons

L’problème c’est qu’on s’parle pas
Coincé dans le chacun pour soi
Persuadés qu’on est les seuls
A voir qu’on va s’manger la gueule
(A ça on va pas s’rater ça!)

Encore une fois, l’idée n’est pas neuve : le prolétariat est plus massif que le patronat (les termes sont un peu limitateurs ici, mais l’esprit est là), il faut juste qu’il s’en rende compte, en arrêtant de se croire seul à être plus malin que les autres, seul à voir ce qui ne va pas. Derrière le message d’espoir, le chanteur admet que le peuple est loin d’être parfait, et j’aime vraiment cet état d’esprit. Bon ce n’est pas non plus la grande déclaration objective sur les faiblesses des gens, hein, ça reste très orienté, faut pas déconner, mais quand même.

Bon, par contre, comme il le disait plus haut, quand on est en masse on a tendance à être con, alors du coup ça va pas être simple à gérer cette histoire. Tenez, c’est dommage que je puisse pas mettre un sondage, j’aurai bien aimé savoir si, quitte à choisir, vous préférez être un peu con et très faible ou un peu faible et très con ?

Et comme je me rend compte que cette chronique manque fâcheusement d’humour, et pour vous changer de l’interrogation cornélienne que je viens de vous soumettre, tenez, un chien qui pète.

Alors j’lance ça sans trop y croire
Parce que je vis d’musique et d’espoir
Mais la vraiment il s’rait grand temps
Que le grand peuple montre les dents

Et qu’on explique une fois pour toutes
A ces salauds qui servent nos doutes
Qu’on va les jeter en prison
ça va être bon, ça va être bon ça va être bon…
(Parait qu’y’a d’ja peut être Pasqua)21

Vu qu’on est là réunis
On a qu’à décider d’un jour
Moi je proposerai le lundi
Pour enfermer tous ces vautours

L’appel à la révolte continue, et j’ai beau ne pas partager la majorité des avis exprimés ici (et être, pour des raisons personnelles, relativement méfiant face au concept de révolution), c’est quand même bien dit je trouve. Il y a bien le coté « je vis de musique et d’espoir », d’amour, d’air, au milieu des oiseaux et de mes frères humains, fait tourner le pétard man, qui est un peu gnan-gnan, mais bon, on peut bien pardonner, hein. Globalement, ça reste très bien. Sans négliger une touche d’humour (« moi je proposerai le lundi… »), qui permet de comprendre par antithèse22 qu’il a conscience que ce n’est pas si facile, et que ça ne se fera pas en cinq minutes.

J’sais pas où ça nous mènera
Mais ça pourra pas être pire
Que de laisser à ces scélérats
Le soin de bousiller notre avenir

Là, en plus d’une relative lucidité, c’est une manière de contrer un argument (qui est d’ailleurs en partie le mien) selon lequel le défaut d’une révolution, c’est qu’on sait pas comment ça va finir. Selon lui, autant essayer, au moins il y aura une chance que ça marche, même si elle est petite. Bon, ça néglige totalement l’option consistant à essayer de faire changer les choses petit à petit, légalement, sans tout de suite aller décapiter à tout va (c’est salissant), mais j’imagine que c’est une solution de tapettes, voire même pire, de gauche23

Non, vraiment, je crois que ce gag n'a aucun avenir.

Je crois que ce gag n’a aucun avenir.

Moi si j’écris des p’tites chanson
C’est qu’je sais pas comment vous dire
Qu’une petite révolution
Nous redonnera à tous le sourire

Et voilà, on redonne le message clairement une dernière fois, tout en continuant à adoucir la violence de l’aspect révolutionnaire par ce coté joyeux. Alors ça peut être considéré comme assez manipulateur, de faire croire comme ça qu’une Révolution peut être une partie de plaisir, mais je trouve ça plutôt de bonne guerre. Leur but, c’est aussi de faire passer un message, et s’ils avaient dit :

« Vos fille se feront p’t’être violer
Et vos garçons carboniser
Mais que voulez vous qu’on y fasse
Une révolution c’est dégueulasse »

niveau pouvoir de persuasion, on aurait un peu perdu au change.

Bilan donc : eh ben c’était bien. C’est pas la seule manière de faire une chanson engagée politiquement, loin de là, mais ce mélange d’humour, de légèreté et de critique acerbe fonctionne franchement très bien, comme l’ont prouvé par le passé Renaud, Brassens et plein d’autres. Comme quoi, c’est pas impossible, et il n’y a même pas besoin de chercher des mélodies complexes, des instrumentations grandioses, des figures de style alambiquées…Il suffit de savoir utiliser les mots de façon pas trop dégueulasse et de structurer correctement ses idées.

J’ai quand même une interrogation : existe-t-il de bonnes chansons engagées, je veux dire bien faîtes, pour des bords comme l’extrême droite ? Ou, pour le formuler autrement : puis-je considérer comme bonne une chanson qui défend des idées que je ne partage pas du tout, et qui ne m’attirent même pas la plus légère sympathie ?24 Je serai vraiment curieux d’avoir une réponse à cette question, alors si quelqu’un connaît de bonnes chansons défendant ces bords là, qu’il m’en fasse part, j’écouterai avec intérêt (j’allais dire avec joie, mais faut peut être pas pousser).

Alors par contre, mes villageois ont compris tout de travers, ils se sont bien révoltés, mais contre moi, et m’ont chassé des platines et du village. Ils sont cons ces villageois, c’est contre les Autres qu’il faut se révolter.

En plus, après, ils ont mis du Patrick Sebastien.

En plus, après, ils ont mis du Patrick Sebastien.

 

 

 

  1. Je ne remercie pas l’ami qui m’a signalé ça, mais le cœur y est. D’ailleurs, j’en profite pour vous conseiller toute la chaîne du monsieur, je ne reviendrai pas dessus parce que je pense qu’on a relativement fait le tour, mais c’est une mine d’or de mauvaises chansons et de liens vers des vidéos bizarres
  2. En parlant de pochettes, même si tout le monde s’en fout, j’aime surtout celle de leur deuxième album, Chienne de vie
  3. Ou, pour paraphraser De Gaulle réagissant à un « mort aux cons » : « vaste programme ! » Et oui, je cite De Gaulle et je vous emmerde.
  4. C’est très résumé, mais l’état d’esprit est là, allez voir vous même
  5. En cherchant plus d’informations sur les Zoufris, j’ai eu le sentiment qu’ils étaient une sorte de symbole de l’ouvrier révolté, celui qui fait la nique à ses patrons et prépare doucement sa Révolution, ce qui rend l’emploi du terme d’autant plus justifié dans le nom du groupe
  6. Et avant que vous ne posiez la question : non, je n’ai pas la moindre idée de ce que le squelette fait là. Visiblement c’est la mascotte du groupe puisqu’il est à tous leurs concerts et sur la pochette de leurs albums, mais je n’ai pas plus de détails. Si je devais vraiment donner une hypothèse, je dirai que ça ressemble à une référence à la fête des morts mexicaine, comme l’avait fait Oingo Boingo sur la pochette de Dead Man’s party, mais ne m’en demandez pas plus
  7. En plus le chanteur a un accent. C’est un défaut en soit, non?
  8. Oui, il faut chanter des chansons paillardes aux enfants, j’assume cette position
  9. Vous pourrez remarquer quelques petites différences entre ce que vous entendrez dans la vidéo et ce que vous lirez ici, probablement dues au fait que je vous fait écouter une version live, là ou je pense que les paroles sont celles de la version studio.
  10. Si vous ne connaissez pas la référence, révisez vos classiques, c’est un spectacle Splendid
  11. Alors notons ici que ce n’est pas mon opinion que j’exprime, mais celle de la chanson, merci. Et oui, c’est une justification lâche au cas ou des travailleurs lambda et asservis me liraient
  12. Renaud dont j’espère pouvoir reparler bientôt en bien. et si par malheur l’album à venir ne me permet pas de le faire, je pourrais toujours aller voir du coté de ses anciens titres.
  13. Tous ceux qui, comme moi, ont l’esprit pétri de clichés de cinéma et de livres savent que c’est exactement le genre de phrase qui entraîne une catastrophe dans les secondes qui suivent. Mais Dieu-en-qui-je-ne-crois-pas merci, on n’est pas au cinéma, on a peut-être une chance de s’en sortir
  14. Je sais, ça fait Oui-Oui au pays des Jouets de dire ça, mais je n’ai pas trouvé de formulation plus adaptée
  15. Phonétiquement parlant, je veux dire, merci de ne pas venir me déployer d’argument étymologiques pour me dire ce que je sais déjà, à savoir que ce n’est pas la même racine
  16. Ce que tout le monde ne fait pas, ceci dit
  17. Non mais je sais, hein, niveau jeux de mots ça devient de plus en plus pitoyable
  18. Tenez, un autre!
  19. En fait, il y en a qui le disent depuis un moment, mais ça n’a jamais été trop médiatisé
  20. Qui l’ont, d’ailleurs, le confort…Hum voilà voilà. Celle là j’ai pas osé la mettre dans le corps du texte, du coup je la range ici, avec un peu de chance vous n’êtes pas trop nombreux à lire les notes en bas de page.
  21. Je réalise qu’aujourd’hui, cette blague sur Pasqua n’a pas l’air de très bon goût, mais la chanson date d’il y a plusieurs années. Je suis d’ailleurs navré de devoir dire que les prédictions sur Pasqua sont relativement fausses, il s’en est toujours bien sorti pépère. En allant vérifier, j’ai d’ailleurs constater que sur sa fiche wikipedia, une rubrique entière est consacrée aux affaires politico-financières de Charlot, plus longue que la liste de ses mandats. J’ai presque envie d’applaudir.
  22. Je sais, ça rappellera plein de mauvais souvenirs de français à plein de monde, pardon
  23. Pas le PS, du coup, ça c’est pas de la gauche, c’est de la merde, faut pas confondre, c’est pas pareil. Et oui, c’est une généralisation. Et non, ce n’est pas bien d’en faire, mais que voulez vous, des fois, quand on essaie d’être drôle, on finit par abandonner ses principes.
  24. J’ai dit plus haut que je ne partageais pas vraiment non plus les idées de la chanson que l’on vient d’entendre, et je pense qu’une révolution pourrait en fait être dangereuse en termes de conséquences, car c’est un mécanisme à mon avis trop désordonné, brutal, simpliste et manichéen. Mais tout de même, j’ai plus d’affection pour ce bord que pour son extrême opposé…

[PC #4] Poutine and out

Il y a des mots pratiques, dans la vie. C’est la réflexion1 que je me faisais l’autre jour, et je fus épaté par sa profondeur.

Et non, bande de petits pervers, je ne parle pas de « bite » ou de « vagin ». Enfin si, c’est pratique aussi, surtout quand on fait de l’art contemporain, mais là ce n’est pas le sujet. Je suis désolé, je ne fais pas dans ce domaine, si c’est ce que vous cherchez allez voir des phonographes à Versailles.

Non, moi je veux parler de la propagande. Un mot qui sent bon les effluves de dictature, d’abrutissement du peuple et de réalité altéré. Le genre de mot qui fait partie des joker de l’argumentation politique. Quelqu’un vous embête, à dire ses idées au peuple de manière populaire ? Paf, dîtes qu’il fait de la propagande, et vous êtes sur que tout le monde va s’en méfier, voir aller vérifier son arbre généalogique pour voir si, des fois, il ne serait pas le fils de Staline ou d’Hitler, voire même des deux. Et c’est vrai que c’est un concept simple, propagande, facile à replacer. C’est pas comme toutes ces conneries de marché, de valeur de la monnaie, de marché du travail, de taux de pauvreté, tous ces trucs plein de chiffres que personne comprend, et où on risque de se retrouver coincé dès qu’on nous demande d’en parler un peu en profondeur. Non, la propagande, tout le monde sait ce que c’est, il y a même une définition de deux lignes dans le Larousse, bref, on est sur un terrain stable.

« Action systématique exercée sur l’opinion pour faire accepter certaines idées ou doctrines, notamm. dans le domaine politique ou social », dixit donc le Larousse2

C’est simple. Trop simple, même, peut être. Par ce que là, en gros, on a deux caractéristiques :

    • la propagande est une action systématique

    • elle agit sur des idées et des doctrines

Bon donc. Agir sur des idées et des doctrines, ça va, pas de souci. Maintenant, systématique :

« 1 Relatif à un système : combiné d’après un système3.

2 Qui est fait avec méthode, selon un ordre logique et cohérent

3 Qui pense et agit d’une manière rigide, péremptoire, sans tenir compte des circonstances

4 Se dit de ce qui se fait de manière invariable, habituelle.4 »

En d’autres termes : la propagande, ça consiste à faire rentrer une idée dans la tête des gens grâce à un plan très élaboré, organisé, répétitif et calculé. Dans l’idée, c’est comme la publicité, sauf qu’on vous parle de partis politiques au lieu de réduction sur les lardons. Mais vu comme ça, la moindre campagne politique relève de la propagande.

Ca, c'est Qublicité. Ce projet "déclinera de la publicité (des « qublicités », ou « publicités sur PQ ») – potentiellement interactive via l’ajout de QRCodes (baptisés « pQRCodes ») – mais aussi des informations, des blagues, des défis, dans un esprit communautaire. Ces derniers pourront, en effet, être l’oeuvre de particuliers, qui seront invités à déposer leurs messages sur une page internet dédiée. Les meilleurs seront, alors, imprimés sur les rouleaux." C'est très sérieux, et le crowdfunding mené il y a quelques années pour que ça se développe semble avoir abouti.

Ca, c’est Qublicité. Ce projet « déclinera de la publicité (des « qublicités », ou « publicités sur PQ ») – potentiellement interactive via l’ajout de QRCodes (baptisés « pQRCodes ») – mais aussi des informations, des blagues, des défis, dans un esprit communautaire. Ces derniers pourront, en effet, être l’oeuvre de particuliers, qui seront invités à déposer leurs messages sur une page internet dédiée. Les meilleurs seront, alors, imprimés sur les rouleaux. » C’est très sérieux, et le crowdfunding mené il y a quelques années pour que ça se développe semble avoir abouti.

Non, là où c’est amusant c’est que maintenant, le mot a acquis un sens négatif, largement admis par tous alors qu’il n’est visiblement pas là de base. La propagande, c’est devenu le fait de communiquer un peu brutalement de mauvaises idées, c’est à dire les idées des autres. Donc, c’est devenu très subjectif.

Elle était longue, cette introduction, hein ? La, je vous vois vous dire : « mais c’est n’importe quoi, il doit parler de chansons, elle est ou ma chanson ? ». Et je vous répondrai, d’une part que je vous emmerde, c’est mon article je fais ce que je veux, et ensuite que justement, j’y viens. Par ce qu’aujourd’hui, on va justement aborder une chanson de propagande. Et surtout une chanson de propagande qui, de notre point de vue, est non seulement mauvaise, mais en plus sans aucune subtilité. C’est parti pour Je veux un mec comme Poutine, chanté par les Putin’s girl5 Je vous laisse savourer6.

Mesdames (et messieurs, aussi, peut-être) je vous laisse gérer les orgasmes que vous avez sans aucun doute senti monter en vous à la seule évocation d’un mec aussi génial que Vladou. 7

Bien. Commençons par les paroles (qui ne commencent qu’après cinquante longues secondes d’un instrumental très douloureux)

Mon mec s’est encore fourré dans de sales affaires
Il s’est battu, a avalé des trucs crados
J’en ai par dessus la tête, alors je l’ai viré
Et maintenant, je veux un mec comme Poutine.

Là, de mon point de vue de petit occidental cynique et intolérant, je me dis que si elle en arrive à vouloir un mec comme Poutine, la pauvre devait effectivement se traîner un sacré raté avant. Enfin, je devrais plutôt dire : « les pauvres », puisqu’elles sont deux. Ben oui, Poutine n’est le fantasme d’une seule femme. Aujourd’hui deux, demain, le monde8

Un comme Poutine, plein de force

Là encore, admettons. Après, plein de force, c’est à double tranchant : ça peut être « je suis fort et je vous protégerai »9, mais aussi « Je suis fort, alors reste ici ou je t’attache dans la cuisine ». Allez demander en Crimée quelle option ils choisiraient pour Poutine.

Un comme Poutine qui ne boirait pas

Non la par contre, un Russe qui ne boit pas, vous ne me ferez pas croire ça, faut pas déconner.

Un comme Poutine, qui ne me ferait pas de peine
Un comme Poutine qui ne s’enfuirait pas.

Alors la par contre je suis d’accord. Il s’enfuit pas, Vladimir, il reste ou il est, indéboulonable. C’est un peu comme une maladie vénérienne, une fois que vous l’avez attrapée, bon courage pour vous en débarrasser.

Vladimir drague

Vladimir drague

Je l’ai vu hier aux infos
Il disait que la paix est à notre portée

Pas étonnant que ça les ait excitées, les mesdames. Moi même, quand je vois Angela Merkel parler d’unité Européenne, je ne me sens plus de joie. Surtout au JT de 20h, c’est un cadre tellement idyllique. On est à la limite de la chanson érotique, je n’avais pas entendu quelque chose d’aussi amoureux depuis Xavier Sainty. On devrait même s’en servir de bande originale pour un film porno10

Avec un mec comme lui on est bien chez soi et chez les amis

Alors bien chez soi, je comprend à peu près (même si perso le fait de dire « avec ça, on est bien chez soi », ça m’évoque plus une paire de pantoufles que Poutine, mais bon admettons), par contre « et chez les amis » ? J’ai plusieurs proposition d’interprétation.

-1 C’est en lien avec l’histoire de la paix juste au dessus, et ça veut dire que Poutine, quand il va chez des amis, n’essaie pas de les tabasser, de leur voler leur argenterie, de violer leur filles et leurs chiens, de plastiquer le garage…Un mec sociable, quoi.

-2 Ca veut dire que Poutine est un gros squatteur, et qu’il n’hésite pas à débarquer chez ses potes (ou pas, d’ailleurs, chez des inconnus ça marche aussi) et à s’installer confortablement le temps qu’il veut.

Perso, au vu de sa politique étrangère et militaire récente, j’ai un peu tendance à privilégier l’option 2.

c’est pourquoi maintenant je veux un mec comme Poutine.11

Puis refrain, quatre fois d’affilée. Quatre fois. Même Xavier Sainty s’était un peu plus foulé au niveau des paroles. Dans le lien que je vous ai envoyé, il manque quelques secondes à la fin mais je vous garantie que vous ne loupez rien. En parlant de liens, voici si vous voulez la chanson en anglais J’imagine qu’ils pensaient pouvoir vendre le clip à l’international. C’est bien d’avoir essayé.

Poutine fait du cheval.

Poutine fait du cheval. (ou alors, Vladimir drague, bis)

Je n’ai pas beaucoup parlé du clip, mais en fait je n’ai pas grand chose à en dire : il est composé en partie d’images d’archives de Poutine dans différentes situations de sa vie politique, des deux chanteuses qui s’agitent vaguement par dessus la musique, et d’images inédites de Poutine en train de regarder le clip12 tout en faisant des choses aussi excitantes que, par exemple, signer des contrats. Franchement rien d’intéressant, en fait. Je ne trouve même pas que ce soit très bien filmé, les lumières sont assez moches, ce qui est plutôt surprenant dans un clip officiel.

Par ce que oui, c’est là qu’on en arrive au point vraiment intéressant : si ce clip avait été l’oeuvre de deux douces dingues, un peu comme l’Hymne à Marine, ça n’aurait probablement pas de quoi faire autant parler13. Là ou les questions se posent, c’est quand on sait qu’il s’agit d’une chanson officielle, gérée par le comité de communication de Vladimir Poutine. C’est à dire que tout un comité et, probablement à un moment au moins, Poutine lui-même, ont estimé que ce clip avait une raison d’être, et était bon dans son genre. On se croirait revenu aux plus belles heures de la Russie Stalinienne, avec ces photos et ces films de Staline faisant des câlins à des enfants14. Alors forcément, on crie à la propagande, et à mon avis c’est à raison. Surtout que dans le cas de Poutine, ce n’est pas un cas isolé, il y a un réel culte de la personnalité autour de Poutine, et s’il est bien élu, il se rapproche en fait bien plus d’un leader à la Staline que d’un président tel qu’on le conçoit en France.

Et ce n'est pas une parodie, c'est très sérieux. Les T-shirt à l'effigie de Poutine se vendent très bien en Russie, parait-il.

Et ce n’est pas une parodie, c’est très sérieux. Les T-shirt à l’effigie de Poutine se vendent très bien en Russie, parait-il.

Mais alors deux questions.

Comment quelque chose comme ça peut-il encore prendre aujourd’hui ? Parce qu’encore une fois, des professionnels ont travaillé la dessus, alors à mon avis s’ils l’ont fait c’est qu’ils pensaient que ça allait sérieusement convaincre des gens que Poutine était un homme bien. Plus même, que Poutine était un homme idéal, non seulement en tant que politicien, mais aussi (et presque surtout) en tant que père de famille. Par ce que c’est ce qui est le plus souligné ici, la fidélité de Poutine, le fait qu’il mène une vie bien rangée, qu’il ait le sens des responsabilités, qu’il soit beau15, qu’il ait une grosse bite...). D’ailleurs à voir le clip j’ai un peu de mal à savoir s’ils veulent présenter Poutine comme un mari (comme le disent les paroles) ou comme un père idéal pour les deux jeunes femmes (dans tout le coté paternel que je ressens dans les images choisies, et en fait aussi dans certaines paroles évoquant la paix). Je pense que c’est un peu des deux ce qui, quand on y réfléchit, est dégueulasse. Mais enfin, quoi qu’il en soit, le message est en résumé : « Poutine est le père de la Patrie », et ça, comme qualificatif, c’est salement vieilli et connoté

Mais surtout : est-ce que vraiment ce genre de chose n’arrive que chez les autres ? Xavier Sainty ne compte pas, encore une fois ce n’était rien d’officiel, mais au fond, on se moque, mais n’a-t-on pas la même chose chez nous, en peut être un tout petit peu moins voyant ?

Je pense que j’exagère, on n’en est pas là en France à mon avis. Mais peut-être que je me trompe. Et surtout, je l’ai déjà dit mais je le répète, la scène politique devient de plus en plus basique dans ce qu’elle nous présente. Le culte de la personne, nous n’y sommes pas encore : mais le culte des partis pointe dangereusement. Au fond, c’est peut être ça qui sépare la propagande de la bonne communication politique, une simple histoire de manière de communiquer, de simplification extrême du propos qui transforme la vérité en une fiction simpliste, avec les bons très gentils d’un coté et les mauvais très méchants de l’autre.

Un mec comme Poutine, ça va, ça arrive aux autres16. Mais vous imaginez, si un jour on se retrouvait avec le clip officiel Une meuf comme Ségo ?

Oh, et puis allez tous vous faire foutre.

Staline

  1. Oui par ce que du moment que je pense, c’est une rêflexion. Je sais bien qu’à ce compte là, on peut dire que Laurent Ruquier, voire même Frigide Barjot réfléchissent. Vous noterez tout le bon goût qu’il y a à mettre Laurent Ruquier et Frigide Barjot dans le même sac. A propos de cette dernière remarque : elle était censée être dans une sous-note en bas de page, mais je ne peux pas attacher de sous-note en bas de page aux notes en bas de page. On travaille vraiment dans des conditions déplorables
  2. Edition 2004, désolé, on a pas le budget pour mieux
  3. Là, j’ai hésité à vous mettre aussi la définition de « système », mais elle fait plus d’une colonne alors allez vous faire foutre
  4. Encore d’après le Larousse, en un peu abrégé
  5. Oui, sans s à girl visiblement. Je pense que c’est comme les James Bond Girl, mais ça me fait quand même nettement moins rêver.
  6. C’est pas de la générosité, c’est juste qu’il est hors de question que je sois le seul à m’infliger ça.
  7. Je sais, c’est dégueulasse, mais bon, que voulez vous, la vulgarité ça fait vendre.
  8. Enfin, le monde féminin. Les mecs, hors de question. C’est pas un pédé, Poutine, non mais oh vous croyez quoi?
  9. Je sais bien que c’est rabaissant, le cliché de la femme qui veut que son homme la protège, mais bon c’est pas moi qui le dit, c’est la chanson
  10. Le porno politique, un genre étrangement peu exploité.
  11. Là, il y a un abominable plan sur Poutine, en légère plongée et probablement filmé à la courte focale. Sans entrer dans des explications techniques de péteux, je pense que c’est ce qui cause cette impression de déformation des perspectives sur ce plan. Sauf que normalement, c’est un effet utilisé pour faire bizarre voire glauque, éventuellement comique, en tous les cas décalé mais certainement pas prestigieux, du coup je ne vois pas ce que ça vient faire là. Ou alors Poutine a juste au naturel une tête bizarre et un sourire de pervers. En tous les cas, pile au moment ou la chanteuse rappelle à quel point elle veut un mec comme Poutine, ça fait très déplacé, et inquiétant en ce qui concerne sa santé mentale
  12. Le clip à sa gloire, donc. Ce qui veut dire qu’on est parfois dans un clip à l’intérieur d’un clip, on appelle ça du métaclip. Et de la mégalomanie, aussi.
  13. Attention, remarque beauf incoming. Surtout que quitte à choisir, je préfère encore voir les deux chanteuses ici présentes que Xavier Sainty
  14. Comme Dutroux, sauf qu’allez savoir pourquoi avec Staline ça passait bien.
  15. les paroles ne le disent pas directement, mais c’est largement souligné par le clip, qui filme Poutine comme un mannequin de pub de parfum
  16. Aux Russes, en plus, donc ça va, on peut se permettre de ne pas s’en préoccuper. Qu’est ce qu’ils ont fait de bien, depuis la Vodka et Dostoïevsky, de toutes façons ?

[PC #3] Un souvenir de leur jeunesse

Tout d’abord, je tiens à présenter mes plus plates excuses à Arnaud Desplechin. Je n’ai pas encore vu son nouveau film, mais je suis sur qu’il ne méritait pas d’être utilisé dans le mauvais jeu de mot de ce titre, et plus généralement pas dans le contexte qui va suivre1. Mais que voulez vous, je n’ai pas pu résister.

Les jeunesses politiques, pour ceux qui ne connaissent pas (non, sérieusement, il y en a ?) c’est un peu comme les JMJ, en remplaçant Jésus par un chef de parti. Dans l’idée, pourquoi pas : personnellement, entre un mendiant barbu qui se vante de créer de la Villageoise à volonté et un petit monsieur en costard qui s’excite comme s’il tenait absolument à faire une crise cardiaque, je ne vois pas de différence fondamentale de charisme. Et puis, les gens sont libres, surtout que quand on est jeune, on a toujours l’excuse de l’âge pour justifier ses errances (ça revient d’ailleurs avec le temps, pas vrai Jean-Marie ?).

Bon ceci dit, il y a aussi un moment ou il faut arrêter de se voiler la face : il y a des trucs, même en étant jeune, pour lesquels on devrait se rendre compte que ce n’est pas une bonne idée. Et la je tiens à exprimer quelque chose qui me laisse un peu dubitatif (et qui est peut être excessif concernant ce qui va suivre, puisque nous ne sommes quand même pas à ce point dans le bas du panier) : qu’on ait une idée qui paraisse bonne à la base mais dont le résultat soit désastreux, c’est tout à fait normal, c’est arrivé à tout le monde, même aux meilleurs2. Mais a un moment, est ce qu’on ne peut pas avoir l’humilité de se dire que, raté pour raté, autant ne pas le dévoiler au public, et éviter une situation plus humiliante qu’autre chose ?

Ben visiblement non, certains ne l’ont pas, cette humilité. Et pour cette troisième chronique du Partisan, voici donc un bref retour sur une chanson célèbre de jeunesses politiques : celle de l’UMP3 sortie en 2010. Le centre et la gauche ont aussi leurs perles à ce niveau, mais bon, que voulez vous, il fallait bien choisir. Et puis le centre, ce n’est même pas un vrai parti politique.

Donc, le clip des jeunesses UMP. Commençons par mettre les choses au clair : il ne s’agit pas d’une composition originale, ni au niveau des paroles ni au niveau du texte, mais d’un lipdub de Tous ceux qui veulent changer le monde, une chanson de Luc Plamondon4 et Christian Saint-Roch sortie en 1976. Sauf que

Phoenix Wright

En réalité, les jeunesses UMP ont préféré utiliser non pas la chanson originale, mais sa reprise modernisée par une Star Académie québécoise (non, ce n’est pas une blague). Donc, malgré le fait qu’ils aient demandé l’autorisation de Plamondon pour utiliser son œuvre, les jeunesses UMP se sont retrouvées avec un procès de la star ac5 sur le dos, pour avoir utilisé leur œuvre sans s’acquitter des droits. En voilà un projet qui part bien. Je ne sais d’ailleurs pas comment s’est conclue cette histoire, les journaux étant beaucoup plus motivés pour parler des problèmes que de leur résolution…

Enfin bref, donc, nous sommes face à un lipdub, une pratique qu’en soit, je n’aime déjà pas beaucoup : ça permet de faire dire beaucoup de choses à une chanson, simplement en changeant les images du lipdub, tout en donnant une impression d’authenticité que je trouve assez malhonnête. Là, dans le cas présent, par exemple, ce n’est qu’après recherches que j’ai appris que la chanson était effectivement un lipdub, et pas une composition originale6, et ça donne donc une valeur politique à une chanson qui, de base, n’en a pas. Je trouve la démarche un peu discutable, mais bon, j’en fais probablement trop, au fond on s’en fout.

Par contre du coup, sur un plan strictement technique, on est loin d’être parmi ce que j’ai entendu de pire : la chanson bénéficie d’une interprétation et d’un mixage professionnels, et quoi qu’on pense de la composition en elle même, on ne peut clairement pas l’accuser d’amateurisme. Soyons honnêtes, quand on ressort de Xavier Sainty, c’est déjà beaucoup. Pour la chanson en elle même, je laisse chacun juge. On reviendra sur le contexte plus tard.

Le clip commence par une citation, qui s’affiche en mode vieux panneau de gare, avec en fond des bruits de conversation sur un quai : « Le pire risque, c’est celui de ne pas en prendre. » Alors je m’interroge : obscure citation de Confucius ? Conseil de Lao Tseu ? Pensée de Pascal ? Axiome de Machiavel ?

Déclaration de Nicolas Sarkosy.

Je ressens comme une vague déception. Mais on va dire qu’ils ont évité le pire, « casse toi pauvre con » en début de vidéo, ça aurait eu encore moins de panache. D’ailleurs on peut dire que les jeunes UMP ont bien suivi le conseil, et ont pris des risques. En voyant ça, Nicolas a du se dire qu’il aurait du prolonger son explication par un « …Mais quand même, au bout d’un moment, faut savoir s’arrêter ». Après on parle de Sarkosy, le mec qui prend des risques inouïs, comme renommer l’UMP « Les républicains »…Un vent de folie souffle forcément sur la jeunesse de droite, avec des gens comme ça comme modèles.

Ils ont du prendre au moins...Oh, je sais pas, cinq bonnes minutes pour trouver le logo.

Ils ont du prendre au moins…Oh, je sais pas, cinq bonnes minutes pour trouver le logo.

Puis, tandis que la musique commence, nous voyons un smartphone sur lequel un SMS s’affiche : « tu nous rejoins ? ». D’ailleurs au début j’ai cru que la date du SMS, 26 octobre 2009, était symbolique de quelque chose, donc j’ai cherché ce qui s’était passé ce jour là. En vrac : l’organisme américain responsable des noms de domaine a autorisé l’utilisation des caractères chinois, arabes et compagnie dans les adresses web, un enfant a disparu en Belgique, Amy Winehouse et Blake Fielder-Civil se sont remariés sur facebook, il y a eu de la fumée à la station Réaumur-Sebastopol, Francis Evrard demandait à être castré pour ne plus aller taquiner d’enfants, faisant dire à Michèle Alliot-Marie que « c’est une question éthique qui ne relève pas d’un seul ministre », un proche de Patrick Sebastien a été viré du club de rudby de Brive, un voleur à la tire a été appréhendé dans le métro parisien…Bon ben tant pis pour le symbole.

Bref, ensuite, split screen à la 24h chrono, des gens montent dans un train, on aide un mec en fauteuil roulant, etc, etc, tandis que l’intro de la musique s’éternise. A 0’30, deux jeunes gens au jeu…Alternatif ont l’échange suivant :

LE GARCON : Pff…franchement, c’est pas le genre de l’UMP quoi…
LA FILLE : Mais pas du tout !! Regarde…Tu vas voir !!!7

Vous, je sais pas, mais moi, j’ai rien compris. De quoi est ce qu’ils parlent ? Qu’est ce qui n’est pas le genre de l’UMP ? Pourquoi la fille répond-t-elle « Mais pas du tout » à la négation du garçon, ce qui, en termes grammaticaux, revient à valider ce qu’il vient de dire, et non à s’y opposer, comme c’était probablement censé le faire ?8 Bref, c’est un dialogue parfaitement hors contexte, censé servir à introduire la chanson à venir, mais qui échoue complètement. Après sa réplique, donc, la fille montre la porte du train, par laquelle entrent trois jeunes souriants, rejoints peu à peu par d’autres, qui étaient probablement cachés sous les sièges jusqu’à ce moment. Le split screen9 revient d’ailleurs, et nous montre d’autres jeunes (ou les mêmes, j’ai pas trop cherché à savoir) dans un parc.

Bon en gros, toute la suite du clip est sur le même modèle : un plan séquence10 dans le train, et diverses séquences en pleine nature, devant la tour Eiffel, etc, etc…défilent. Il y a bien quelques moments de très mauvais goût, comme ce cœur très kitch qui apparaît au milieu du train au moment du vers « au cœur de toute l’humanité », mais globalement tout est pareil.

Et quelques vedettes viennent faire un cameo. Enfin vedettes : On voit Rama Yade, Patrick Devedjian, Rachida Dati, Eric Besson, Jean Pierre Raffarin, David Douillet, Laurent Wauquiez, Xavier Darkos, Frederic Lefebvre, Gilbert Montagné, Christine Lagarde, Stéphanie Fugain, Valérie Pécresse, Nadine Morano, Chantal Jouanno, Eric Woerth et Benjamin Lancar. Pour une partie d’entre eux, j’ai du faire une recherche pour retrouver qui c’était, et les autres ne font pas franchement partie de mes idoles. Tout ça dans la joie de vivre généralisée, probablement par ce qu’ils ont liquidé un kilo de cocaïne ensemble avant de venir.

Voila donc elle c'est Stéphanie Fugain. Répondez honnêtement : Vous l'aviez déjà vu ? Vous savez ce qu'elle fait ? Seriez vous capable de déterminer si elle a vraiment un lien avec Michel Fugain, et si oui lequel ? Vous avez quatre heures.

Voila donc elle c’est Stéphanie Fugain. Répondez honnêtement : Vous l’aviez déjà vu ? Vous savez ce qu’elle fait ? Seriez vous capable de déterminer si elle a vraiment un lien avec Michel Fugain, et si oui lequel ? Vous avez quatre heures.

Après encore ça, ça ne me gène pas : faire venir de prétendues célébrités dans son clip et faire preuve d’un bonheur exagéré, au fond, ça fait partie du jeu fédérateur. J’irai même jusqu’à dire que l’image du train n’est pas bête, certes ce n’est pas original mais bon, le message est bien là : on avance, on est modernes, on va vers l’avenir. Plus même : on avance au sein même du train qui avance, on cherche à aller toujours plus vite. La dessus, je veux bien admettre que le clip fait ce qu’il voulait faire. J’ajouterai que je pense qu’il y a une part d’humour dans tout ça, et une certaine auto-dérision qui n’est pas pour me déplaire (principalement lorsque l’on voit Gilbert Montagné conduire une voiture), bref à première vue il y a tout de même plusieurs choses qui pourraient rendre ce clip sympathique11.

Non, mon gros problème avec ce lipdub c’est la vision du jeunisme qu’il nous donne. Déjà dans le choix de la chanson : « tous ceux qui veulent changer le monde, venez marcher venez chanter » ? Franchement, il n’y a rien de plus attirant pour un jeune, à leurs yeux, que de leur proposer d’aller chanter ?

Ah non ! C’est un peu court, jeunes hommes !
On pouvait dire…Oh ! Dieu !…Bien des choses en somme…
En variant le ton, – par exemple, tenez :
Démocratique : « tous ceux qui veulent voter
Utile : un seul geste, votez pour l’UMP ! »
Publicitaire : « les jeunes, si vous venez
On vous offre un scooter et une pute en sus. »
Agressif « Tous ces cons, ils l’auront dans l’anus
Quand on aura gagné, alors viens avec nous »
Amoureux : « je t’aime, viens voir par là mon chou
A l’UMP tu connaîtras tous les plaisirs »
Terre à terre « et enfin, il faut bien se le dire
Tous les autres partis sont comme nous au fond
Alors te fait pas chier, vote au pif et c’est bon. »
Voilà ce qu’à peu près, mes chers, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit12.

Donc voilà, les jeunes sont réduits à des imbéciles heureux qui chantent et dansent13, mais à peu près tout dans le clip pue le jeunisme forcé. Le portable dernier cri, la réalisation, le « jeunesses populaires yallah14 » sur le plateau de scrabble à 2’30, le concept même de lipdub au fond15…Et le choix de la chanson, qui n’est pas seulement dépourvue de fond politique mais aussi de fond tout court. C’est un appel à la fraternité très bête, avec une métaphore filée écologique elle aussi peu subtile16. Des fois, c’est même franchement ridicule (« Vivre d’amour et mourir d’espérance ») ou tout simplement hors propos (« j’entends la révolte qui gronde au cœur de toute l’humanité » : mais quelle révolte, bon sang ?). C’est tellement vide que je n’ai même pas grand chose à en dire. D’ailleurs, le fait que ça ait été utilisé à la star ac est bien une preuve de la vacuité de la chose, non ?

Mais au fond, je critique ça dans un clip qui s’adresse à un public jeune, mais c’est assez symbolique d’une tendance générale de la politique. On se rappellera des musiques hollywoodiennes des meetings de Sarkosy en 2007 et 2012, de la chanson de Ségolène Royal en 2007, et de manière plus globale encore de toutes les campagnes politiques, qui sacrifient de plus en plus le fond au spectacle. On a même eu, à une élection en pleine période polémique Dieudonné, des candidats FN qui parlaient de « glisser une quenelle dans l’urne » sur leur affiche, semblant penser que cela suffisait à transmettre tout leur message. Je prend l’exemple du FN par ce que c’est le premier qui me vient en tête, mais ils sont tout sauf un exemple unique dans cette nouvelle mouvance17. Ce n’est ni aux chansons, ni aux tracts de faire passer tout un message, je le redis : mais ils devraient tout de même en faire passer un, même basique, et qu’on puisse approfondir sans peine en cherchant un peu.

C’est bien gentil de marcher, de chanter et de danser.

Mais maintenant, il serait temps de penser.

J'ai vu cette affiche pour la première fois sur le chemin de mes exams de fac. A 7h du matin, c'est un peu dur à encaisser.

J’ai vu cette affiche pour la première fois sur le chemin de mes exams de fac. A 7h du matin, c’est un peu dur à encaisser. D’ailleurs, je suis le seul à trouver que celui de droite ressemble un peu à Dudley Dursley ?

  1. Soit dit en passant, quitte à passer pour un cinéphile intello : j’adore Arnaud Desplechin, et je vous le conseille grandement.
  2.  Moi compris, c’est vous dire.
  3.  Qui, à l’époque, s’appelait encore l’UMP, il n’y a donc pas d’erreur.
  4.  Digression sur Plamondon : il fait définitivement parti de ces artistes dont je ne sais pas quoi penser. Par ce qu’il est à la fois derrière les textes de Starmania et La légende de Jimmy, or dans un cas comme dans l’autre il serait absurde de dire que la qualité vient seulement des excellentes musiques de Berger : par contre, à coté de ça, il a participé à Cindy, Notre Dame de Paris, il a écrit des textes pour Céline Dion…Une tentative d’équilibre du karma en alternant bien et mal ?
  5.  Et en plus, de la star ac québécoise…
  6.  Et, pour le dire avant que quelqu’un d’autre ne fasse la remarque : je n’ai aucune culture, hahaha. Et surtout, je ne sais pas lire, par ce que c’est indiqué dans le titre de la vidéo du compte youtube jeunesump…
  7.  Désolé d’insister dessus, mais franchement, dans toute les jeunesses UMP, il y avait pas deux personnes qui savaient jouer ? Même TF1 refuserait de les caster, là ! Et pour ce qui est des points d’exclamation un peu too much, ce n’est pas de ma responsabilité, ils sont dans les sous titres de la vidéo.
  8.  Ben oui, quand on veut nier une négation, faut faire une affirmation. Par exemple :
    « Ce clip n’a pas été fait par des idiots.
    Mais si ! Même qu’ils votent UMP ! », ça marche.
  9. Technique qui, cinématographiquement, a beaucoup été utilisée par De Palma, par exemple. Mais je ne crois pas que ce soit lui qui ait réalisé ce clip par contre.
  10.  Enfin c’est ce qu’ils disent dans le descriptif de la vidéo, mais comme la scène du train est à plusieurs reprises masquée par le passage d’autres écrans, ça pourrait très bien être faux, et en tous cas l’effet que peut avoir un plan séquence se trouve totalement annulé par cette mécanique.
  11.  Mais pas bon pour autant, faut pas pousser.
  12.  Toute ressemblance avec un classique du théâtre français est, bien sûr, involontaire.
  13.  Enfin, agitent les bras, mais si ça se trouve ils sont en train de chasser les mouches.
  14.  Yallah est un terme arabe signifiant « Allons y », et qui visiblement est entré dans le langage jeune…Enfin je dis ça, j’ai du regarder sur internet pour comprendre, et le deuxième résultat google c’était un lien vers les dernières minutes du dernier JT de Laurence Ferrari à TF1, Yallah étant le dernier mot qu’elle a prononcé. Donc langage jeune, mais avec mesure quand même.
  15.  J’ai le sentiment que le lipdub, c’est le truc par excellence des boîtes qui essaient de se faire passer pour jeunes alors qu’elles ne le sont pas du tout, que ce soit Groupama Loire-Breutagne sur Oui je l’adore de Pauline Ester (merci Shazam) ou dans une moindre mesure celui de maxihome sur Gimme gimme gimme de Abba, même si eux ont au moins changé les paroles (et du coup ont réenregistré les voix avec des gens qui chantent faux. On peut pas tout avoir.)
  16.  La chanson date de 1976, je le rappelle. A l’époque la nature c’était assez à la mode, et ça l’était redevenu en 2010
  17.  En parlant du FN, je suis le seul à avoir hâte de connaître le parti (ou l’association, c’est encore flou) que va créer Jean-Marie ? Oui ? Ah, bon, tant pis.

[PC hors série] Mémoire épisodique

Comme chaque année, je me suis infligé le replay de l’Eurovision afin de savoir à peu près ce qui est considéré comme étant une bonne représentation de la chanson Européenne (par ce que, dans l’idée, ça devrait être ça, non?). Or, avant même de m’y mettre, j’avais entendu dire que c’était un scandale que la France arrive aussi bas cette année, ce qui m’avait étonné par ce que d’habitude on admet plutôt volontiers notre nullité. Alors, après écoute, quid de n’oubliez pas, de Lisa Angell ?

1/ La chanson est en français : et c’est bête à dire mais quand on base son oeuvre plus sur le texte que sur la musique (très très ordinaire), être jugé par des gens dont 95% ne comprennent probablement pas notre langue n’aide pas. C’est dommage, mais c’est comme ça.

2/ Je ne sais pas si ça a été pris en compte, mais le devoir de mémoire au bout d’un moment ça devient un peu ridicule. Même si ce n’est jamais dit clairement, la chanson serait une manière de commémorer la première guerre mondiale, et j’avoue en avoir un peu assez de cette inondation d’œuvres à ce sujet sous prétexte que ça s’est passé il y a cent ans. En plus, jusqu’à l’année dernière, on s’en foutait un peu de la première guerre mondiale, occupés qu’on était à commémorer la deuxième ad nauseam, et je ne peux pas m’empêcher de trouver hypocrite ces brusques élans de souvenir pour une cause seulement par ce qu’on atteint un chiffre rond d’anniversaire1.

3/ Surtout que la chanson est extrêmement larmoyante : alors je ne dis pas qu’il faut oublier son histoire, loin de là, mais au bout d’un moment si on pouvait aussi éviter de se la traîner comme un boulet, ça ferait peut être pas de mal non plus (oui, c’était le coup de gueule du jour). et autant la chanson en elle même encore ça pourrait passer, mais si on ajoute Lisa Angell qui a l’air de souffrir rien qu’à chanter2 et la mise en scène avec petit village, ruines, fumée et colombes3 ça verse franchement dans le tire-larme assez insupportable. Je ne parle pas de l’armée de tambours, déjà par ce que je ne comprend pas la symbolique (le blanc pour symboliser une armée de paix universelle?) et ensuite par ce que quitte à faire apparaître plein de joueurs de tambours, ça peut être bien de faire apparaître plein de tambours dans l’accompagnement musical. On appelle ça la cohérence.

Donc verdict : c’est pas nul, mais faut pas déconner c’est pas bien non plus. Et je suis peut être négatif mais présenter une chanson sur la première guerre mondiale, l’amour et les petites fleurs à l’Eurovision, je trouve ça limite opportuniste, voire démago. Je ne le reproche pas vraiment à Lisa Angell, si ça se trouve elle est de bonne foi ; admettons aussi que Robert Goldman4 voulait bien faire, même si visiblement il n’a pas le talent qu’a eu son frère par le passé pour parler de guerre. Mais le choix à l’Eurovision me paraît tout de même bien plus motivé par l’idéologie que par l’art.

Oh et puis : oui, peut être aussi que les votes se font sur des critères politiques.

En même temps quand je vois le coeur dans le logo, je me dit que peut être, au fond, elle était dans le ton du concept...

En même temps quand je vois le coeur dans le logo, je me dit que peut être, au fond, elle était dans le ton du concept…

  1.  On pourrait rapprocher ça, d’ailleurs, des élans nationaux de soutien à des groupes journalistiques pour prendre un exemple parfaitement au hasard, mais seulement quand l’existence de ce groupe nous est rappelée par, je sais pas, un attentat, au pif…, et qui s’achèvent deux mois après, quand on considère qu’on peut sans paraître politiquement incorrect s’en foutre de nouveau.
  2.  ACTOR STUDIO MOTHERFUCKERS ! Hum pardon.
  3.  Comme dans le clip de Xavier Sainty, mais là j’admets que le rapprochement est de très mauvaise foi.
  4. D’après la plupart des sources en tous cas : par contre, le site eurovision et la vidéo de la performance indiquent Michel Illouz et M Albert aux paroles, et Laure Izon et de nouveau M Albert à la musique. Du coup je ne sais pas trop

[PC #2] On touche le fond (national)

J’aurai sincèrement bien aimé ne pas parler aussi vite du front national dans cette chronique. Enfin, en vrai, le « Parti Bleu Marine », mais ça aurait ruiné le jeu de mots du titre, alors je me suis permis cette petite entorse. Et vraiment, j’aurai voulu les laisser tranquilles un peu plus longtemps, les pauvre, qui sont devenus la tarte à la crème de la moquerie politique.

Mais bon, faudrait aussi qu’ils fassent des efforts. Et là, de toute évidence, je ne peux pas passer à coté d’une chanson qui porte le titre tellement attrayant d‘Hymne à Marine. Et non, pas Hymne à la marine, ça c’est autre chose, et je ne suis pas sur que la confusion soit trop appréciée (d’un coté comme de l’autre, d’ailleurs).

Donc non, nous parlons bien de l’Hymne à Marine, sous-entendu Marine Le-Pen, fille de Jean-Marie Le-Pen et tante de Marion-Maréchal Le-Pen1. Une chanson de Xavier Sainty, auteur-compositeur-interprète, ce qui nous ravit par ce que s’il avait délégué une des trois disciplines à quelqu’un d’autre, on aurait pu se retrouver avec quelque chose de meilleur, et ça aurait été dommage.

L'artiste. (probablement après absorption de drogue)

L’artiste. (probablement après absorption de drogue)

On commence donc avec une petite mélodie à la cornemuse synthétique (ou alors c’est un biniou, pour rappeler les origines bretonnes de la Madame ? Genre l’intention de base c’était d’enregistrer avec tout le Bagad de Lann-Bihoué, mais ils avaient poney ce jour là?) par dessus des nappes de…trucs, avant l’apparition d’une photo de la muse de Xavier2, dans une position qui m’évoque vaguement une ivrogne essayant de retrouver son équilibre avant de tomber dans la foule et son vomi.

(Par ce que oui, il y a un clip, et comme on est sur la chaîne officielle du responsable de ce machin il n’a même pas l’excuse du petit rigolo qui aurait traficoté des images par dessus sa chanson. En résumé, vous allez en bouffer de la photogénie selon Marine)

Vers 0’13, alors qu’une boite à rythme s’est insidieusement rajoutée à l’instrumentation, l’image change pour nous dévoiler une colombe de la paix portant un rameau d’olivier sur fond d’océan et de coucher de soleil, encadrée par des étrons branches formant un cœur.

Non sérieusement vous voulez que j’ajoute quoi là ? J’ai même pas besoin de chercher des trucs drôles à dire, il suffit de décrire le bouzin ! On dirait un montage de dessins sortis de la galerie d’images word3 sur lequel on aurait foutu un filtre de couleur avec un sous-photoshop.

Au bout de ces 18 secondes déjà bien chargées, le chanteur attaque enfin le premier couplet, faisant encore passer la chanson dans une nouvelle dimension.

(Ceci est un espace blanc, pour vous laisser le temps de vous imprégner de la voix de l’artiste. On dirait un peu celle de Bernie dans Reflets d’Acide. Pour ceux qui ne connaissent pas, l’auteur la décrit comme un mélange entre Casimir et Stéphane Bern)

Et donc le texte :

Oh divine Marine au visage d’un ange

Alors. Je sais que ça fait qu’un vers, mais désolé je dois déjà commenter. Par ce que face à ça, il y a deux interprétations possibles :

    • Xavier a trop lu de livres de chez Arlequin, et croit vraiment qu’on peut parler de sa muse/amante (la différence semble assez floue pour lui) comme ça sans passer pour un con.

    • Xavier parle au premier degré, sans faire de métaphore, et il divinise vraiment Marine Le Pen

Et honnêtement je sais pas lequel est le plus inquiétant.

Bon, pour parler des points positifs : la photo de Marine qui apparaît quand il évoque le visage d’un ange est moins catastrophique que la précédente.

Oui ben c’est pas facile de trouver des qualités, non plus !

La muse. "Au visage d'un ange", donc

La muse. « Au visage d’un ange », donc

Tu sais lire la détresse dans nos cœurs malheureux
Ton4 amour est si grand pour guérir nos souffrances
Nos voyons notre avenir dans le bleu de tes yeux 5

Alors bon déjà : mon cœur va très bien, merci.

Et ensuite, on a confirmation : option 2. Notre bonhomme est réellement en train de diviniser la politicienne. Je crois qu’on vient de trouver la religion la plus improbable du monde, j’ai hâte qu’il se mette à faire du porte à porte, en disant venir offrir la bonne parole à ses voisins de paliers. Si ses tracts sont aussi réussis que son clip, il pourrait devenir la nouvelle attraction à la mode du tout Paris.

Sublime cadeau du ciel dont tu es la douceur

Passons sur les angelots, les cœurs et le « je vous aime » de l’illustration. Je dirai juste que si c’est ça les cadeaux du ciel, je l’inviterai pas à mon anniversaire. Et puis vous imaginez, vous, faire votre benedicte avant la soupe et vous retrouver avec une Marine dans le potage ? Non vraiment, je suis pas croyant, et je commence à comprendre pourquoi, c’est beaucoup trop terrifiant.

Ta bonté nous fascine avec tant de ferveur
Toutes ces méchancetés gratuites6 à ton encontre
Pour n’avoir comme défaut que d’aimer notre France

Déjà, encontre et France ça rime pas. C’est dommage, par ce que dans le début de la chanson c’était le seul truc qui tenait debout, les rimes. Et ensuite, le passage résume assez bien la chanson : c’est un chant religieux et nationaliste écrit par un mec avec l’esprit d’un enfant de huit ans (tu dis des méchancetés et c’est trop injuste, personne ne m’aime !)

Notre confiance est grande, nos espoirs s’illuminent
Ton amour est si grand tu fais vivre nos cœurs
Nouvelle Jeanne-d’arc tu nous rendra honneur 7
Oh âme de beauté merveilleuse et divine.

C’est pas pour dire, mais il se répète, pépère. Et euh… « nouvelle Jeanne d’Arc » ? L’idée c’est de bouter les anglois hors du royaume de France ?

Sublime cadeau du ciel dont tu es la douceur
Ta bonté nous fascine avec tant de ferveur
Toutes ces méchancetés gratuites à ton encontre
Pour n’avoir comme défaut que d’aimer8 notre France

Donc ça, c’est probablement le refrain. Vraiment, il aurait pu faire un effort sur la rime du coup.

Marine nous t’aimons du plus fort de nos êtres
Il n’y a bien que toi pour faire réapparaitre
Avec un peu de temps le reflet des sourires
Partis avec le Mal qu’on nous a fait subir.

Alors la majuscule à « Mal » c’est mon idée, mais je trouve que ça s’inscrit bien dans la mouvance religieuse du bouzin. Non par ce que là on a la vierge Marie en fond9 alors venez pas me dire que c’est moi qui sur-interpréte.

Sublime cadeau du ciel dont tu es la douceur
Ta bonté nous fascine avec tant de ferveur
Toutes ces méchancetés gratuites à ton encontre
Pour n’avoir comme défaut que d’aimer notre France
Sublime cadeau du ciel dont tu es la douceur
Ta bonté nous fascine avec tant de ferveur
Toutes ces méchancetés gratuites à ton encontre 10
Pour n’avoir comme défaut que d’aimer notre France

Oui, deux fois d’affilée. Alors par écrit ça se voit pas, mais la deuxième fois il va un peu plus vite, et il finit sur un élan particulièrement inspiré qui semble indiquer que c’est enfin fini. D’ailleurs, revoilà la cornemuse. Bon, les images continuent à défiler pendant trente secondes après la fin de la chanson, ce qui rappelle une dernière fois l’amateurisme total de l’entreprise, mais en est-on encore là ?

Ceci dit, il semble que la chanson ait vidé le stock de poésie de notre ami Sainty. En regardant les commentaires, a quelqu’un qui déclarait (sans grande finesse, je l’avoue) que « Sans déconner, c’est tellement de la merde que je pensais que c’était un troll!! », Xavier répond très finement :   » tu encule ta mère dans la gueule et dans le cul ! ». J’aimerai presque qu’on organise un débat télévisé entre lui et Mélenchon, ça mettrait un peu d’animation chez Pujadas 11.

Je pourrais accepter à bien y réfléchir la voix faiblarde, la musique simpliste, les synthés bas de gamme et le mixage presque inexistant. Pour tout dire, ça pourrait presque m’être sympathique, dans d’autres circonstances, et on trouve bien pire à ces niveaux sur internet. Mais les paroles ? Comment, en voulant faire la promotion d’une personnalité politique (les mots sont terre-à-terre, mais il s’agit bien de ça je pense), peut-on croire que ceci est une bonne idée ? Réecoutez la chanson (ou plutôt, gagnez du temps, relisez les paroles) : c’est uniquement un culte de la personne, il n’y a absolument aucune référence politique concrète dedans. J’ai déjà dit dans ma précédente chronique qu’on ne demande pas à un chant partisan de développer tout un programme précis, mais il y a peut être un minimum syndical à respecter, non ? Ici, quelqu’un qui ne connaîtrait pas Marine le Pen serait bien incapable de nous dire quoi que ce soit de concret sur elle juste en écoutant cette chanson, même pas de deviner son bord politique. Pire encore, il suffit de remplacer le nom de Marine par celui de n’importe quel autre personnalité politique (et, de passer le premier « divine » au masculin si besoin est 12) pour obtenir une chanson à la gloire de n’importe qui. Je songe d’ailleurs à enregistrer mon « Hymne à José », je suis sur que je vais faire un tabac (bio) au prochain colloque d’Europe Ecologie Les Verts.

En tous cas, s’il a vu ça, c’est Jean-Marie qui doit bien se marrer. Il aura beau essayer, comme dire sur une chaîne publique qu’en réalité les camps de concentration étaient une annexe du club Med, affirmer que les chaînes sont une excroissance corporelle des noirs, voire même jeter son œil de verre sur sa fille en plein milieu d’un meeting, il va avoir du mal à la discréditer plus que ne le fait Xavier Sainty.

Et rien que pour ça : bravo l’artiste.

Jean Marie, qui a probablement mis cette chanson en sonnerie de réveil.

Jean Marie, qui a probablement mis cette chanson en sonnerie de réveil.

  1.  Présenté comme ça, le front national serait super pratique pour jouer aux sept familles.
  2.  Marine Le Pen, donc, pour ceux qui ne suivent pas.
  3. Si vous ne connaissez pas, je vous promet que vous n’avez pas envie d’en savoir plus.
  4. Là, imagines une sorte de carte postale de la tour Eiffel, avec Xavier Sainty (je suppose) en cadre à coté. Le tout ultra pixellisé, ce qui sera le cas d’une bonne partie des photos de ce clip. Plus tard, on aura le même concept, mais avec une voiture à la place de la tour Eiffel, si quelqu’un comprend la symbolique, qu’il me tienne au courant.
  5. Ici Marine Le Pen, regardant le ciel d’un air pénétré, soit qu’elle contemple l’avenir, soit qu’elle voit venir un pigeon malade qui menace de lui chier dessus.
  6. Ici, une rose avec comme message : « L’amitié est comme cette fleur. Elle ne demande qu’à être cultivée ». Xavier Sainty, c’est le genre de mec qui doit t’envoyer 36 gifs épileptico-philosophico-daltoniens par jour quand il a ton adresse mail.
  7. « Les corses avec Marine », « Marine Le Pen à Ajaccio », façon carte postale, ou plus probablement tract de mauvaise qualité. J’avais déjà évoqué dans ma précédente chronique que, quand on veut faire passer un message à tout un pays voir au monde, ce n’est pas une très bonne idée de faire quelque chose d’aussi clairement régional que ça. La, j’imagine surtout Marine en train de déguster des fromages locaux façon salon de l’agriculture, vous admettre que comme image divine, ce n’est pas le top.
  8. Pour l’illustration, là, je sèche : j’ai l’impression de voir Anne Frank avec un aigle derrière, ce qui serait de très mauvais goût, mais je suis ouvert à toute autre interprétation.
  9.  Plus de nouveau peut être Anne Frank, et un monsieur que je ne connais pas.
  10. La silhouette de la France en bleu-blanc-rouge, avec « PRESIDENTIELLES » écrit en gros, au cas ou on aurait pas compris le message. Plus le logo « fotolia », et c’est pas la première fois qu’on le voit. Xavier, tu te fous un peu du monde, t’aurais pu faire l’effort de payer un euro pour acheter les images et les avoir sans logo, c’est pas cher payer pour la réincarnation de la vierge Marie.
  11. Question subsidiaire : quelqu’un sait-il comment on fait pour enculer quelqu’un (pas nécessairement sa maman) dans la gueule ? A mon humble avis, ça mérite au moins un schémas explicatif
  12. J’attire votre attention sur le fait que, pour faire cette tout bête parenthèse, j’ai revérifié toute la chanson pour relever les adjectifs, et il n’y a bien que ce premier qui qualifie directement Marine, et qui donc nécessite un éventuel changement de genre si notre muse a un Y quelque part dans ses chromosomes.

[PC #1] Et demain l’internationale sera le genre humain (mais décidément pas aujourd’hui)

L’internationale pour inaugurer une série de chroniques sur les chants politiques, tiens, c’est original. Je me suis toujours épaté par ma capacité à être là où on ne m’attendait pas. Enfin, on va dire que c’est histoire d’attaquer en douceur.

Je ne vais pas rappeler ce qu’est l’internationale, mais penchons nous un instant sur ce qu’est censé faire un chant partisan :

1/ Il doit se faire remarquer. Et, dans l’idéal, se faire remarquer de manière positive. C’est pour ça qu’on voit rarement un communiste faire l’hélicobite devant l’Elysée, comme publicité c’est tout de même plus moyen.

2/ Il doit communiquer en termes simples l’idée globale du groupe qu’il défend. Sur ces deux premiers points, ce n’est pas bien différent des tracts politiques que vous recevez à chaque élection, coincés entre une pub Auchan et une invitation à rejoindre la mosquée des adorateurs juifs de Jésus Christ : c’est voyant, ça donne deux trois phrases fortes qui, si elles indiquent bien une direction générale, ne disent souvent rien de très profond. Faut bien admettre qu’il est difficile de développer un concept politique, social ou économique en trois minutes de chanson, ou en six lignes de texte police taille 20 au dessous de la photo de deux cons souriants. Bref, en résumé : un chant partisan n’est pas là pour offrir une argumentation profonde, mais plutôt des slogans, une sorte de publicité, une invitation à aller voir plus en profondeur.

3/ Enfin, le chant partisan se doit d’être unificateur. Parce que soyons honnêtes, ceux qui chantent ou écoutent un chant partisan sont, dans une majeure partie des cas, ceux qui sont déjà convaincus par les idéaux exprimés. Allez demander à Christine Boutin d’écouter « Le chant des partisans », vous verrez si elle accepte (quoi que, allez savoir, si ça se trouve elle ne sait pas ce que c’est. Christine est en train de devenir une sorte de point Godwin national. Ce qui me fait penser que j’aurai probablement l’occasion de l’atteindre un jour dans cette chronique, ce fameux point Godwin. Les nazis partisans, ça existe aussi, même si j’admets qu’aujourd’hui le coté fédérateur passe beaucoup moins bien, bizarrement).

 Eugène Pottier (parolier) et Pierre Degeyter (compositeur),  qui ne méritaient pas tout ce que leur chant a subi.

Eugène Pottier (parolier) et Pierre Degeyter (compositeur), dont le chant ne méritait pas le traitement qu’on lui a  parfois infligé.

 

Après cette trop longue introduction, venons en au cœur de notre sujet.

L’internationale, donc.

On va dire que dans une certaine mesure, le concept est bien respecté : on trouve l’internationale dans plusieurs dizaines de langues sur youtube, sans trop devoir chercher. C’est bien simple, la seule autre chanson que je trouve aussi facilement dans autant de dialectes, c’est « Soyez prêtes », qui est tout aussi chouette, mais nettement moins communiste. Et sans vouloir être chauvin, nous allons prendre la version française comme base, puisque après tout il s’agit de l’original, et qu’elle est de toutes façons excellente.

Déjà, musicalement : alors certes la mélodie est la même dans toutes les langues (à quelques très petits changements près), mais, dans la majorité des versions en France, la rythmique, l’instrumentation et le chœur utilisés participent à créer une ambiance doucement martiale, qui correspond assez bien à l’idée des paroles (après tout, on reste sur une invitation à la révolte, hein. Le genre humain, d’accord, sauf pour les capitalistes, par ce que quand même faut pas pousser). C’est entraînant, et on a facilement envie de rejoindre le chœur et de chanter avec eux, quand bien même on ne serait pas d’accord avec les idées. Donc : « remarquable » et « unificateur », check.

Ensuite, au niveau des paroles : encore une fois, tout est bon. Il existe pas mal de variantes différentes, mais à chaque fois on commence directement sur un appel au peuple (le passage entre crochets est rarement chanté, mais il semble qu’il fasse partie du texte original) ;

« [Debout! l’âme du prolétaire
Travailleurs, groupons-nous enfin.]
Debout! les damnés de la terre!
Debout! les forçats de la faim!
[…]
Foule esclave ! Debout, debout »

Une invitation à s’unifier et à agir (en le répétant plein de fois, au cas ou il y en ait qui dorment au fond. Là au moins personne pourra se plaindre qu’il n’a pas été prévenu de ce qui se passe). Puis, plus loin dans la chanson :

« Il n’est pas de sauveurs suprêmes:
Ni Dieu, ni César, ni Tribun.
Travailleurs, sauvons-nous nous-mêmes;
Travaillons au salut commun. »

et encore (pas présent dans toutes les versions) :

« Bandit, prince, exploiteur ou prêtre
Qui vit de l’homme est criminel;
Notre ennemi, c’est notre maître:
Voilà le mot d’ordre éternel.
[…]
L’engrenage encor va nous tordre:
Le capital est triomphant »

Pas la peine d’expliquer trop : Capitalisme vilain, exploitation, salauds ! Et le peuple va devoir s’occuper de ça tout seul, comme un grand, par ce que Superman est indisponible pour le moment (j’extrapole un peu). Alors c’est pas Le Capital, mais il y a quand même de l’idée (d’ailleurs, avec la mode actuelle, j’ai hâte que quelqu’un se décide à monter Le Capital : La comédie musicale, sur des chansons de Michel Sardou. Ne me remerciez pas pour les images mentales, c’est tout naturel).

Michel Sardou, parce que c'est la seule fois de votre vie que vous le verrez dans un article sur l'Internationale.

Michel Sardou, parce que c’est la seule fois de votre vie que vous le verrez dans un article sur l’Internationale.

 

Et des bonnes versions, soyons honnêtes, il y en a plein. Citons pour le cliché la russe, très proche de celle que nous venons d’aborder tant en ce qui concerne la musique que les paroles (mais en Russe, du coup, et musicalement peut être un peu plus grandiloquent. Probablement le syndrome « choeurs de l’armée rouge »). Je vous conseille aussi d’écouter cette version estonienne, pour son parti pris musical original et plutôt bien pensé, qui permet de donner un petit coup de jeune à un chant qui peut paraître assez daté. Pour les paroles, je n’ai pas réussi à trouver de traduction sur intenet, mais si on décode un peu le charabia obtenu grâce à un de ces abominables traducteurs en ligne, il semble qu’on soit à peu près dans la même lignée que d’habitude.

Bon. Mais je ne suis pas là pour évoquer ce qui va bien, je préfère parler des merdes, ça vend mieux. Et force est de constater que dans certaines langues…Enfin…Disons qu’on comprend pourquoi certains pays n’ont pas fait leur Révolution.

D’ailleurs, ce n’est pas par un pays mais par une région que je vais commencer : la Bretagne. Par ce que oui, l’internationale en Breton, ça existe. Alors quitte à me faire des ennemis, déjà, le concept de chanter un hymne visant à un rassemblement international (putain, c’est le TITRE, c’était quand même pas compliqué !) dans un dialecte, ça ne me parait pas forcément l’idée du siècle. Mais en plus, quand la seule version qu’on trouve sur internet, c’est celle-là, on est en droit de légitimement discuter le concept. La chanteuse, c’est Marthe Vassallo, et si sa voix n’est pas mauvaise et que les paroles collent très bien à l’original français, j’ai du mal à me sentir concerné par sept minutes d’elle, a capella, avec tout de même un entrain très relatif. Quand j’entends ça, j’imagine plutôt une bergère seule sur une lande pluvieuse, chantonnant une dernière fois avant de se jeter du haut d’une falaise (comment ça, j’ai plein de clichés sur la Bretagne ?). L’armée prolétaire est bien loin, et je ne fais pas tellement confiance à Marthe pour faire tomber le capitalisme à elle toute seule, aussi sympathique qu’elle m’ait l’air. Sans rancune.

Autre échec critique, cette étrange version arabe, qui fait un peu tâche au milieu d’assez nombreuses interprétations dans la même langue, dans l’ensemble plutôt réussies. En fait, c’est la seule qui essaie de faire quelque chose de plus « musique locale » dans l’instrumentation, et quitte à paraître coincé encore une fois je doute que ce soit une bonne idée, sur la forme (on croirait un peu pépé et mémé qui poussent la rengaine sur le marché du village) comme sur le fond (international, titre, tout ça, tout ça). J’ai d’ailleurs l’impression qu’on entend des débuts d’applaudissements à la fin, ce qui me fait supposer qu’il s’agit d’une version live, auquel cas je ne peux pas m’empêcher d’avoir un peu pitié du couple de chanteurs qui semblent jouer devant un public parvenu au dernier stade du stoïcisme ennuyé.

Pour la curiosité, signalons aussi ça qui, après recherche, semble en fait être plutôt l’hymne du parti communiste libanais qu’une réelle reprise de l’internationale, même si bien sur il y a des idées communes. D’ailleurs, ce n’est pas moche du tout, une fois qu’on arrête d’essayer de retrouver la mélodie de l’internationale.

Mais je parle, je parle, et en attendant la révolution ne se fait pas. Il est temps de nous laisser pour aujourd’hui – mais on reviendra sur le sujet bientôt, promis. Et pour ceux qui se marrent, là, en se disant qu’ils ont bien fait de pas prendre leur carte de membre au NPA : je vous le prophétise, quel que soit votre bord, votre tour viendra.