[PC 7] Une manif à prendre homo

Manifester, c’est tout un art. Le bon petit manifestant devrait ainsi apprendre, tel un guerrier, un certain nombre de techniques indispensables pour survivre sur le terrain, dans cette terrible jungle urbaine qu’il inondera de ses imprécations. Enfin, survivre : disons au moins ne pas passer pour un con, c’est déjà pas si mal. Ainsi, la prochaine fois que vous insulterez un « connard-de-gauchiste-nazi-communo-sarkoziste », rappelez vous bien qu’il n’est là qu’après de longues heures d’entraînement au lancement de pavé, de formation à la maîtrise du mégaphone, de stratégie militantiste (où marcher pour faire chier le plus de monde possible), de cours peinture, de poterie, de résistance à l’alcool et aux lacrymos et de chant.

« Mais », me direz vous, déjà passionnés après ces quelques lignes liminaires, « que se passe-t-il si un manifestant, voire même pire un groupe de manifestant, décidait d’y aller à la zob, sans étudier toutes ces sciences ? »

Eh bien, il se passerait ça.

Bon, donc qu’est ce qui ne va pas ici1 ? On serait bien tentés de répondre « tout », mais cet article ne fait que 185 mots pour le moment, « 185 » étant le 186è mot. Enfin, le premier 185, puisque le deuxième était le 191e, et le troisième le 199e. Savoir compter aussi, c’est important, ça évite les débats sur « la police dit qu’on était trois, mais je vous jure qu’on était 200 000 ! »

Alors, détaillons.

Pour commencer, un rapide résumé de la théorie « manif pour tous », au cas ou vous auriez loupé quelque chose :

« Non mais on va pas autoriser les pédés à se marier, je suis pas homophobes mais quand même, vous me direz pas le contraire, l’homosexualité c’est une maladie et comme par hasard y a que les pédés qui la chopent. » Non, je sais, je grossis à peu près autant le trait qu’un journaliste de chez Libé, en réalité maintenant ils défilent plutôt contre la GPA2, mais j’ai pas envie d’y passer trois heures.

La manif pour tous expliquée aux enfants

La manif pour tous expliquée aux enfants

Je ne vais pas m’attarder sur le début, avec la guitare que même moi je m’en sors mieux (et pour ceux qui se demandent : non, je ne suis pas guitariste) et une foule en délire d’au moins trois personnes. Je n’insisterai pas non plus sur le joyeux « whou » poussé par le chanteur, qui personnellement m’évoque un peu Zaza dans La cage aux folles. Mais je sais, c’est juste moi qui suis rempli de clichés. Et passons directement aux paroles.

Des fous ont pris ta route et le contrôle de toi
Et moi le Ciel m’a donné toute sa liberté
Je n’ai plus peur des hommes ni même de leurs lois
Et je sais que demain un grand ciel bleu se lèvera

Alors. On a du lourd, donc faisons déjà un petit listing :

    • vers 1 : dictature socialiste, bouh !
    • Vers 2 : Jésus est parmi nous.
    • vers 3 : Euh quoi ?
    • Vers 4 : attendez attendez, le mec vient de dire qu’il se fiche de la justice des hommes ?

Laissez tomber la liste, je ne sais pas quelle devait être l’intention derrière cette phrase, mais moi ce que j’y vois c’est quelque chose de quand même très proche du message typique d’un extrêmiste adepte de l’aviation. Je vois peut-être le mal partout, mais quand même, à partir du moment où on dit qu’on juge la justice de Dieu plus importante que celle des hommes, ça veut dire qu’on peut se permettre à peu près tout acte excessif, pourvu qu’il serve la justice de dieu. Alors là c’est juste un manifestant, et il est peut-être très gentil en dehors de ça (j’ai du mal à imaginer autre chose qu’un adepte des JMJ un peu con, au vu de ce que j’entends, mais bon c’est très subjectif), mais merde, le sous-texte c’est important. Et là, il dit ça dans le cadre d’une manifestation, mais c’est largement le propos que pourrait sortir un mec qui irait tirer sur une foule (une foule de pédés, bien entendu, par ce que tout le monde sait que les pédés, ils veulent enculer nos filles bien éduquées pendant qu’elles font la prière, tout ça tout ça).

Enfin bon. Jetons quand même un œil plus attentif au reste. Dans le premier vers, ce qui me pose problème, c’est que le mec a l’air de dire qu’on l’a contraint a faire quelque chose, mais je ne vois vraiment pas pourquoi. Personne l’oblige à se marier en dehors de l’Eglise ou avec un homme, enfin ! C’est pas parce qu’on l’autorise que paf, tout à coup, ça va devenir obligatoire. Du coup je ne vois vraiment pas en quoi des fous ont pris son contrôle.

Et pour le dernier vers, je suis désolé, mais j’écoute cette chanson le 24 septembre et météorologiquement parlant, je ne suis vraiment pas certain que demain il y ait un grand ciel bleu.

A la limite, gris bleu.

A la limite, gris bleu.

Y aura tellement de gens partout et tellement de lumière
Y aura tellement de fous tu respireras tellement d’air

Alors autant le vers 1, je comprend qu’on est encore sur le délire religieux. Sachant que techniquement, tellement de gens partout, c’est un peu une arnaque, on devrait pas dépasser les 144 000 d’après la Bible. D’ailleurs je dis « on », mais il y a peu de chances que j’en fasse partie, mais c’est une autre histoire ça.

Par contre le vers 2, vraiment, ça m’échappe totalement. Je me dis que j’ai peut-être mal compris les paroles, mais comme je ne les trouve nulle part sur internet, je suis bien obligé de me fier à ce que j’ai entendu. Et donc, voici la seule chose que je peux vous proposer pour interpréter ces deux vers ensemble :

« On va aller en boîte de nuit
On dansera toute la nuit
Tu va tomber dans le coma
Un pompier t’oxygénera. »

Voila. Vous en faîtes ce que vous voulez, si vous avez une autre idée n’hésitez pas à partager dans les commentaires.

Et je sais que tu penses à toi et à toutes tes affaires
Mais je te dis je serai là tu peux compter sur moi
Pour aller à Paris danser sur les champs Élysées
Le 24 mars lève toi et viens nous retrouver

C’est un peu le souci des chansons trop claires temporellement : passé la date prévue, ça fait tout de suite beaucoup moins d’effet3 Dans la mesure ou c’était censé être chanté en manif, on peut encore admettre l’idée, je suppose, sauf que dans ce cas, elle devait être chantée à la manif du 24 mars aux Champs Élysées, et donc les manifestants auraient, sur place, affirmé au futur leur présence à une manifestation à laquelle ils étaient présents au présent ?

Cette histoire se complique de vers en vers. Mais offre au passage une toute nouvelle interprétation d’un classique de la chanson française.

Ah et sinon : jolie, la référence au « Lève toi et marche ». Non, vraiment, pour le coup c’est sincère, il y a une certaine subtilité.

Eh !

Y aura tellement de gens partout et tellement de lumière
Y aura tellement de fous tu respireras tellement d’air

Bon, par contre ça ce n’était pas la peine de nous le redire. Sans déconner, on croirait que tout à coup, au milieu du texte, il a foutu un slogan écolo qui n’a rien à voir avec le bouzin. Je me suis dit au début que c’était peut être pour avoir une rime, quitte à ce que ça ne veuille rien dire, mais dans le reste de la chanson l’absence de rimes n’a pas l’air de le troubler plus que ça, alors ce n’était vraiment pas la peine…

Comme des frères qui ne s’étaient jamais rencontrés
Venus de partout pour chanter la liberté

Non vraiment, j’ai du mal avec le concept de chanter la liberté venant de mecs qui, justement, veulent en interdire une. Et encore une fois, ils peuvent se victimiser s’ils le veulent mais personne ne les oblige à faire quoi que ce soit. A la limite à fermer leur gueule, mais vu comment ils chantent, ça me paraît un minimum.

Et les frères qui ne s’étaient jamais rencontrés, superbe image de la famille idéale, vraiment, bravo. C’est encore papa qui est allé pondre un bébé n’importe où, ça. Et on se retrouve avec quinze bâtards à gérer au moment de distribuer l’héritage, voire même plusieurs centaines de milliers selon les manifestants et maximum 20 000 selon la police, ce qui provoque chez moi au moins un respect envers les capacités physiques de papa, mais je crois que je m’égare, comme celle du nord, qui est la plus pratique pour accéder aux Champs Elysées, mais prévoyez à l’avance sinon je vous dit pas le bordel dans le métro.

On lâche rien

Ah ben nous y voilà.

On lâche rien

Et la grappe, vous voulez pas me la lâcher ?

Ceci est un hors sujet pictural.

Ceci est un hors sujet pictural.

On lâche rien le 24 on va tous aux champs Elysées

Non ? Bon ben tant pis. De toutes façons je m’en fous je suis pas Parisien, donc vous faîtes ce que vous voulez sur les Champs Elysées.

On lâche rien allons enfants il est temps de vous réveiller

Deuxième message à peu près bien amené de la chanson avec la référence à la Marseillaise. Faire appel à un élan citoyen pour sauver la France d’un fléau, et le faire comme ça, c’est presque subtil. C’est dommage que le fléau en question n’en soit pas vraiment un. Et que « il est temps de vous réveiller » vienne un peu ruiner l’effet, en faisant ressembler la phrase à une réprimande de maîtresse de CP contre un de ses élèves inattentif.

On lâche rien le droit d’un enfant est une priorité
On lâche rien une vraie famille pour un amour équilibré

Voilà, c’est casé, un papa une maman, papy qui coupe du bois, mamie qui fait des confitures, le cousin avec qui on se marie, la routine. Je ne reviendrai pas sur ce que ça implique pour les familles ne serait-ce que monoparentales, ça a déjà largement été dit. Mesdames, messieurs, si vous devez devenir veufs ou veuves un jour, attendez que les enfants se soient mariés, sinon ils seront déséquilibrés et ce sera de votre faute.

On lâche rien ein ein ein ein ein ein ein ein ein ein

J’ai peut-être oublié un ou deux « ein », mais vous avez compris le sens global.

On lâche rien on vient libérer nos consciences emprisonnées

Au moins, ça éclaircit un point. Ils se considèrent comme prisonniers, parce que le mariage gay est immoral, donc leurs consciences ne le supportent pas, mais on n’autorise pas la juste révolte de celles-ci. Ca tient debout. C’est con, mais ça tient debout dans sa connerie. Alors par contre je ne sais pas si c’est un compliment.

On lâche rien le 24 on va tous aux champs Élysées

On lâche rien

Eh ben, ils ne l’ont pas dit pendant tout le début de la chanson, mais ils se rattrapent sur la fin avec leur « on lâche rien ».

Bon alors : l’instru est pourrie, le chanteur mauvais et le message…Est ce qu’il est. Je n’ai pas eu le courage d’écouter le reste du disque (parce que oui, il y en a un, et vous pouvez même l’acheter ou cliquer pour écouter les titres gratuitement, n’est ce pas généreux ?  On ne sait jamais, des fois que vous manquiez d’idées pour le premier avril, ou pour rigoler un bon coup au mariage de Robert et George), mais ça m’a l’air mal barré pour avoir de sitôt un grand hymne en faveur de la manif pour tous.

Sauf que s’ils sont partis pour continuer leurs manifestations, ils vont encore essayer, trouver de nouvelles chansons, en écrire des pire. Ils l’ont déjà fait, cliquez pour écouter

Alors il est temps de réagir. Mesdames, Messieurs, le 12 octobre prochain, je vous invite à une grande manifestation sur les Champs-Elysées (puisqu’ils ont l’habitude), contre les manifestations qui massacrent la chanson.

Parce que les droits des homos, c’est bien joli, mais il ne faut pas oublier les vrais priorités.
Bon, et là, j’avais prévu de vous mettre une jolie chanson en conclusion, sauf qu’elle n’est pas sur internet. C’est ça, d’écouter des artistes peu connus. Alors je vous met le premier résultat trouvé sur google en tapant le nom de ladîte chanson, La chanson de Nicolas.

Comme quoi, même l’hétérosexualité a ses failles.

"Tu vois Zaza, ça c'est ce qu'on appelle une merde"

« Tu vois Zaza, ça c’est ce qu’on appelle une merde »

  1. Tout en se disant qu’on a au moins échappé au clip ?
  2. Soit dit en passant, c’est vrai que c’est très étrange qu’on veuille faire avancer les dossiers liés à la GPA alors qu’à coté, il y a j’ai l’impression une stagnation assez importante en ce qui concerne l’adoption. Ce serait peut-être intéressant de réussir à caser tous les mioches qui encombrent les centres et orphelinats avant de songer à en pondre cinquante nouveaux. Je sais qu’ici, encore une fois, je grossis beaucoup trop le problème, mais c’est une question qui m’interpelle un peu
  3. J’écris cet article le 24 septembre, soit six mois après le dernier 24 mars en date